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CHAPITRE II

LA SITUATION ADMINISTRATIVE DANS LE CANADA ET DANS LES AUTRES PROVINCES

Une ère de progrès

Malgré ces luttes, que le début d'une administration coloniale responsable rendait inévitables, le pays commençait à prospérer et s'outillait pour les besoins futurs du comm:rce et de l’industrie. Le système

municipal était organisé sur des bases solides. Chaque district et même chaque paroisse gérait ses affaires locales, Le gouvernement s'était ainsi débarrassé d'un fardeau devenu trop onéreux. Toutes les vieilles entraves, qui avaient contratié la liberté du commerce, étaient disparues, Le Canada réglait lui-même les détails de son administration des douanes. Le nombre de ses représentants avait été rorté de 84 à 130, ce qui tendait à faire triompher le principe de la « rep: .sentation par la population »,

De 1834 à 1852, de fréquents pourparlers eurent lieu dans le but de faire construire un chemin de fer entre Portland (Maine) et Halifax. Des assemblées furent tenues à cet effet, à Portland, à Toronto et à Halifax ; mais le projet fut abandonné. Par contre, d'autres lignes de chemins de fer s'ouvrirent, sur divers points du Canada ; nommément, la ligne Western entre Hamilton et Windsor (Ontario) ce! la ligne Northern, entre Toronto et Barrie. En 1855, une voie ferrée fut inaugurée entre Halifax et Windsor, Nouvelle-Écosse, Au Nouveau- Brunswick, la ligne de Saint-Jean et Shédiac fut complétée en 1860. Les vieux chemins « corduroy », faits avec des troncs de sapins, furent remplacés par des lits de sable ou de Macadam. Dans les diverses provinces, on s'occupa aussi beaucoup de la construction des ponts.

Dès 1851, le ministère des postes avait réduit le port des lettres à un taux modique et uniforme. Une ligne de phares échelonnés le long du Saint-Laurent donnait plus de sûreté à la navigation et les succès obtenus par le Canada aux expositions de Londres (1851) et de Paris (1855), étonnérent l'Europe,

L'affaire de la « Caroline « et le traité d’Ashburton

Ces deux faits historiques se suivent, par ordre de date, sans toutefois découler l’un de l'autre, Vers 1840, les relations entre les États-Unis et la Grande-Bretagne étaient devenues très désagréables, A chaque instant, il surgissait de nouvelles complications qui ne laissaient pas de nourrir la mésintelligence, de part et d'autre. Dans ses efforts pour abolir la traite des nègres, la Grande-Bretagne s'était aperçue que plusieurs navires, soupçonnés de faire ce commerce, hissaient le drapeau américain, quand ils étaicnt poursuivis, L'’Angleterre prétendait qu'elle avait droit d'aborder ces navires et d'y faire des recherches. Les États-Unis s’y refusèrent tout en continuant à faire le commerce des noirs sur une plus grande échelle.

Le refus de la Grande-Bretagne de rendre les esclaves noirs qui se réfugiaient sur son sol fut aussi une cause de plainte pour les États-Unis. Quand un esclave montait sur un vaisseau anglais ou qu'il mettait le pied sur le territoire anglais, il devenait libre : c'était la loi britannique, et l'Angleterre n’entendait pas la modifier. Un jour, un officier anglais nommé Drew, accompagné de quelques hommes, s’en alla faire des recherches sur le paquebot américain « Caroline ». Il y eut une rixe au cours de laquelle un homme de l'équipage du navire américain fut tué Par un des compagnons du capitaine Drew. Cette affaire fit du bruit. Plus tard, un certain McLeod fut arrêté aux États-Unis, sur l'accusation d'avoir été le meurtrier du matelot américain de ia « Caroline ».

La Grande-Bretagne assuma la responsabilité de l'attaque faite sur le vaisseau américain et demanda la liberté de McLeod. Les États-Unis

firent la sourde oreille, Heureusement, McLeod prouva un alibi et fut acquitté. Cette question n'eut pas d'autres suites.

Il y avait encore, comme cause de différends, les difficultés de frontières entre le Nouveau-Brunswick et le Maine. En 1842, lord Ashburton, plénipotentiaire anglais, fut envoyé à Washington pour négocier un traité avec les États-Unis. Daniel Webster représenta les Américains à cette conférence. Il conduisit les affaires si bien à sa guise, que lord Palmerston qualifia ce traité de « capitulation d'Ashburton». Le traité fixa définitivement les lignes de délimitation telles qu'elles existent aujourd'hui, non seulement entre le Maine et le Nouveau-Brunswick, mais aussi entre 12 lac Supérieur et l'angle nord-ouest du lac des Bois. Cette décision n'était pas juste ; mais ayant été acceptée par Ashburton, elle fait ioi. Pour le reste, le traité était satisfaisant. On s'entendit, de côte et d'autre, pour supprimer la traite des noirs et pour l'extradition des meurtriers, pirates, voleurs, etc., qui cherche-

raient un refuge dans le pays voisin.

La question des pêcheries et l'indemnité de « l’Alabama :

Quand les États-Unis proclamérent leur indépendance, ils perdirent le droit de faire la pêche dans les eaux lerriloriales des provinces britanniques, c'est-à-dire, en deçà de trois milles des côtes. En 1818, un arrangement fut conclu entre la Grande-Bretagne et les États-Unis, en vertu duquel l'Angleterre accordait aux pêcheurs américains le droit de faire la pêche autour des îles de la Madeleine et le long de certaines côtes de Terre-Neuve et du Labrador, avec le droit de toucher ces rives pour sécher ou saler leur poisson. Leurs privilèges sur toutes les autres côtes étaient très limités. Il était permis aux navires pêcheurs des États-Unis d'entrer dans les baies et les havres pour s’y mettre à l'abri, Pour réparer leurs navires, acheter du bois, se procurer de l'eau — mais pour nulle autre fin.

Pendant plusieurs années, les pêcheurs américains se plaignirent de ce qu'il ne leur était pas permis d'aller sur les côtes, afin d'acheter l’appât pour prendre la morue au large, en dehors de la limite des trois milles. Plus tard, quand la pêche du Mmaquereau devint abondante, leurs récriminations augmentèrent parce qu'il ne leur était pas permis d'aller pêcher, en deçà de la limite des trois milles, près la côte où se capture ce poisson.

En 1837, le parlement anglais vota un subside afin d’équiper des croiseurs armés pour faire la patrouille sur les côtes et sur les grands lacs, et pour surveiller les opérations des pêcheurs étrangers. Cette mesure donna lieu à des désagréments plus ou moins sérieux. Par le traité de réciprocité de 1854, toutes les difficultés cessèrent, car les Américains obtinrent le droit de pêcher partout, excepté dans les petits cours d’eau intérieurs.

Ce traité, qui eut force de loi durant onze ans, fut abrogé en 1866. Aujourd’hui, c'est la convention de 1818, remise en vig-1eur, qui détermine les droits et privilèges des pêcheurs étrangers.

* L'Indemnité de « l' Alabama ». — Dans la république américaine, la guerre de sécession dura à peu près quatre ans, et affecta les provinces britanniques de diverses manières. Le commerce s'en ressentit, à l'avantage de nos provinces, car nos produits se verdirent à des taux

bien plus élevés qu'auparavant, Au cours de la première année de cette guerre, il survint un incident qui faillit mettre la Grande-Bretagne aux prises avec les États-Unis. Deux commissaires des États-Unis du Sud, qui traversaient en Europe sur un paquebot anglais, le Trent, furent appréhendés par les officiers d'un vaisseau de &uerre américain, ramenés dans les ftats du Nord et jetés en prison. L'indignation fut très grande en Angleterre, et celle-ci se préparait à déclarer la guerre, quand les Américains rendirent les deux prisonniers aux autorités anglaises.

Pendant la guerre civile américaine, certains navires flibustiers du ud firent des dommages considérables au commerce des États du

de piraterie, sur les côtes du Nord. Les Américains réclamèrent une indemnité, Une commission d’arbitragefixa cette somme à $15,500,000 dollars, et ce montant fut payé sans délai par l'Angleterre,

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