CHAPITRE IV AVANT LA CONFÉDÉRATION
n'avait pas encore de gouvernement responsable, Un acte arbitraire du gouverneur Colebrooke vint réveiller l'ardeur des réformistes. Sans consulter qui de droit, sir William nomma son gendre secrétaire provincial. Wilmot et d'autres membres du conseil exécutif démissionnérent sur-lechamp. De son côté, le bureau colonial refusa de casser cette nomination. C'est alors que les réformistes les plus en vue, Wilmct, Fisher et Ritchie, organisèrent une Opposition en règle. Ils influencèrent si bien l'opinion publique que, après les élections
générales de 1847, la première assemblée Amand LANDRY
législative, tenue en février 1848, approuva une résolution aux fi
ns de demander un 8ouvernement responsable.
La demande, envoyée au parlement impérial, fut immédiatement accordée. :
En 1851, un acte qui donnait aux divers comtés de la province le pouvoir d'organiser un système municipal, pour l'administration de leurs affaires respectives, fut adopté par la législature. La même année, le premier câble sous-marin qui ait été posé au Canada fut coulé sur le détroit de Northumberland, entre le Nouveau-Brunswick et l’île du Prince-Édouard : il avait dix milles de longueur.
Le recensement pris en 1851 donne au Nouveau-Brunswick une po- * pulation de 193,800 âmes, parmi laquelle il y a, selon M. Rameau, à peu près 21,000 Acadiens.
En 1848, sir Edmund Head est nommé gouverneur à la place de Colebrooke. Il est remplacé, en 1854, par J.-H.-T. Manners-Sutton, et celui-ci, en 1861, par A.-H. Gordon. Enfin, en 1866, le major général H. Doyle est nommé administrateur, et il agit en cette qualité jusqu’à la Confédération.
La prohibition fut une question très discutée dans le Nouveau- Brunswick, vers 1850. Elle porta Samuel Léonard Tilley au premier rang dans le parti libéral et contribua à le faire arriver au pouvoir, en 1861. La question de l'instruction publique soulevait non moins d'intérêt. L'acte d'Éducation de 1858 admit et encouragea l’enseignement de la religion dans les écoles.
Les chefs politiques les plus remarquables de cette époque furent Albert-J. Smith, John-M. Johnston, Peter Mitchell et R.-D. Wilmot. Le premier fut un des commissaires envoyés, en 1866, à Washington, pour demander le renouvellement du traité de Réciprocité — une mission qui n’eut pas de succès.
Au point de vue hiérarchique et de l'éducation, les principaux événements sont l'érection de deux diocèses et l'établissement d’un séminaire catholique dans la province. En 1842, un siège iocésain est érigé à Saint-Jean. Le grand vicaire de Charlottetown, l'abbé Dollard, est nommé évêque du nouveau diocèse.
En 1854, un prêtre canadien, l'abbé F.-X.
Lafrance, fonde, à Memramcook, le séminaire Saint-Thomas. Ce fut, à l'origine, une école mixte fréquentée par les deux sexes et dirigée par deux instituteurs et une institutrice. Cette école fut fermée en 1862 ; cependant le curé Lafrance s'occupa de faire continuer son œuvre. A force d'instances auprès de son évêque, il obtint
Père LEFEBVRE des sujets de la congrégation de Sainte-
Croix. En 1864, un de ces religieux, le
révérend P. Camille Lefebvre, fut chargé du même établissement
dans lequel l'abbé Lafrance avait organisé un cours académique et,
plus tard, par un acte de la législature provinciale, il fit recoanaî-
tre cette institution civilement, sous le nom de « Collège Saint-Joseph ».
Quatre ans auparavant, en 1860, un siège épiscopal fut érigé dans la
partie septentrionale du Nouveau-Brunswick : Mgr James Rogers en fut le premier évêque.
Dans ces deux diocèses de la province, des académies ou collèges diocésains ont été établis, à cette époque, pour l'instruction classique des jeunes gens. Des cours de langue anglaise et d'études classiques y ont été suivis avec de bons résultats, tant que ces établissements ont été ouverts pour l’enseignement de la jeunesse,
À la Nouvelle-Écosse (1840-1867)
Les luttes pour l'introduction du Souvernement responsable ont été plus ardentes dans cette province qu'au Nouveau-Brunswick. Quand le comte Russell envoya, de la part du parlement impérial, des instructions au gouverneur général du Canada, lui conseillant de favoriser le régime de gouvernement responsable dans les colonies anglaises, le Bouverneur du Nouveau-Brunswick, sir John Harvey, se montra disposé à en faire l'essai, Il n’en fut pas ainsi de sir Colin Campbell, gouverneur de la Nouvelle-Écosse. Celui-ci prétendit que les avis du comte Russell ne concernaient que le Canada et non pas les provinces maritimes. Il fut remplacé, en 1840, par lord Falkland. Comme ce dernier était un libéral anglais, les réformistes crurent que, sous son administration, le gouvernement responsable serait introduit sans difficulté. Malheureusement, la formation d’un ministère coalisé et la grande question des subsides sollicités pour une université provinciale embrouillérent tellement la situation, que lord Falkland se trouva bientôt en guerre ouverte avec tous les réformistes de sa province, surtout avec Howe, Uniacke et McNab.
Il fut remplacé par sir John Harvey. L'élection générale du 5 août 1847 — la premiére faite en un seul jour, dans la Nouvelle-Écosse, — donna au parti réformiste une ma jorité de sept membres.
L'année 1848 est remarquable à cause du triomphe complet des principes de la réforme administrative, non seulement dans la Nouvelle-
cosse, mais, comme nous l'avons vu, dans le Nouveau-Brunswick et au Canada. Désormais les noms de tories et de libéraux seront relativement vides de sens. Dans les diverses provinces, toute administration publique sera jugée sur ses mérites ou sur ses fautes, et le vote du peuple, auquel le gouvernement est responsable, aura bientôt condamné un ministère coupable de malversations ou de corruption.
Les cinq lieutenants-gouverneurs suivants administrérent la Nouvelle-Écosse avant la Confédération. Sir John Le Marchant (1852- 1858) ; le comte de Mulgrave (1858-1863) : sir Hastings Doyle (1863- 1864) ; sir Richard-G. Macdonnell (1864-1865) ; sir Fenwick Williams (1865-1867). Ce dernier, qui naquit à Annapolis-Royal, s'était grandement distingué à la défense de Kars, dans l'Arménie russe. A cause de ses services, la chambre anglaise des Communes lui avait voté une pension annuelle de 100 louis sterling. Pendant son administration, la législature de la Nouvelle-Écosse lui présenta, à son tour, une épée de grand prix, en témoignage d'appréciation et d'estime.
L'année 1851 vit la fondation du journal The Casket, publié à Antigonish, N.-E. Ce journal hebdomadaire est devenu un vaillant et habile défenseur de la cause catholique en Amérique.
Dans la même ville, le collège Saint-François-Xavier a été
fondé en 1854, Cette institution a reçu une charte universitaire,
En 1853, un jeune ecclésiastique acadien, M. Hubert Giroir, natif de Tracadie, N.-E,. était promu à l'ordre de la prêtrise, Ilomme de grand cœur ct de haute intelligence, l'abbé Giroir, durant ses trente années de sacerdoce, a fait des efforts constants et extraordinaires pour établir des maisons d'éducation et des écoles françaises au milieu des Acadiens de sa province,
La Convention de Charlottetown
La nécessité d'un lien entre les diverses provinces britanniques de l'Amérique du Nord s'imposait de plus en plus. Depuis cinquante ans, diverses résolutions avaient été envoyées, à ce sujet, au bureau colonial, et les autorités de la Grande-Bretagne répondaient, en substance : « Arrangez cette affaire chez vous ».
Pendant la guerre civile des États-Unis (1861-1864), divers incidents avaient semé un tel esprit de défiance et de secrète hostilité, au sein des
tats-Unis et des provinces britanniques, que celles-ci avaient senti le besoin de s'unir pour se mieux protéger. Au parlement du Canada, à la session de 1864, un comité, composé d'hommes de diverses croyances politiques, fut nommé afin d'étudier la. situa :on et de prendre des
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Sir John MACDONALD Sir Georges CARTIER
mesures pour mettre un terme aux difficultés sectionnelles qui embarrassaient sérieusement le gouvernement.
Pour discuter leur propre projet d'union, les provinces maritimes avaient fixé, au premier septembre 1864, l'ouverture d’une convention dont les séances auraient lieu à Charlottetown, île du Prince-Édouard. Dans l'été qui précéda cette assemblée, plusieurs membres du parlement du Canada visitèrent les provinces maritimes, où ils surent s'attirer la confiance et les bonnes grâces d’un grand nombre de députés provinciaux. En septembre, la convention de Charlottetown svait à peine commencé ses travaux quand les délégués reçurent une dépêche de Québec, leur demandant si une députation canadienne serait admise à leurs séances. Ils répondirent dans l'affirmative. Immédiatement John-A. MacDonald, Georges-Étienne Cartier, George Brown, Alexander Galt, Thomas d’Arcy MeGee et William MacDougall s'embarquèrent sur un paquebot du gouvernement, le Victoria, et se rendirent à Charlottetown, où les délibérants les reçurent à bras ouverts. Il va
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sans dire que la question de l'union des provinces maritimes fut absor-
bée par le projet d'une confédération de
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toutes les provinces britanni-
Conveniton de Québec
Une autre convention eut lieu à Québec, dans le mois d'octobre, Toutes les provinces anglaises de l'Amérique du Nord étaient invitées à y envoyer des représentants. L'ouverture de ce congrès se fit le 10
octobre, Les délégués suivants, qui seront toujours appelés « les pères de la Confédération », étaient présents :
Le Canada-Uni
John-A. Macdonald,
Sir Étienne-Pascal Taché, George Brown, Georges-Étienne Cartier, Alexander-Tilloch Gait, William McDougall, Thomas-D'Arcy McGee, Hector-Louis Langevin, Jean-Charles Chapais, Oliver Mowat,
Alexander Campbell, James Cockburn,
Nouvelle- Écosse
W.-A. Henry,
Jonathan McCully,
R.-B. Dickey, Adams-George Archibald,
a résolution suivante avait
Nouveau- Brunswick Samuel-Leornad Tilley, John-M. Johnston,
Charles Fisher,
Peter Mitchell, Edward-Barron Chandler, W.-H. Steeves, John-Hamilton Gray.
Île du Prince- Édouard
Le colonel Gray,
Edward Palmer,
W.-H. Pope,
George Coles,
Edward Whelan,
T.-H. Haviland,
A.-A. Macdonald.
Terre- Neuve F.-B.-T. Carter, Ambrose Shea.
séances à huis clos ; cependant il fut révélé
Bretagne,
et que cette union se fasse sur une base reconnue juste et équitable pour les parties intéressées ». À la fin de la convention, le 28 octobre, soixante-douze résolutions ayant trait aux détails qui réglaient l'Union,avaient été adoptées. La partie embarrassante était de faire justice aux réclamations financières de chaque province. Les délégués s'étaient enga-
gés à ne rien dire avant que
ces soixante-douze résolutions fussent sou-
mises aux chambres provinciales, mais le peuple eut vent de tout, avant la convocation des chambres.
Le parlement du Canada,
au mois de février 1865, adopta, par une
grande majorité, les résolutions de l'union. Dans les Provinces mari-
times, l'opposition devint très grande,
Pas un seul des délégués qui avaient pris part à la convention de Québec ne reçut son mandat pour la chambre d'Assemblée, Un ministère a nti-unioniste remplaça le cabinet Tilley, et les partisans de la Confédération perdirent peu à peu l'espoir de voir leur rêve se réaliser.
À la Nouvelle-Écosse, on considérait le projet fédératif comme illusoire et chimérique. Seulement, faute d'élection, le peuple n'eut pas l'occasion de se prononcer,
Traité de Réciprocité — Les Féniens
Dans une lecon précédente, nous avons vu que le traité de Réciprocité entre le Canaüla et les États-Unis cessa d'être en vigueur, en 1866. Les États-Unis furent les premiers à en demander l'abrogation, sous prétexte que les provinces britanniques retiraient de ce traité plus de profit qu'eux-mêmes, Au fond, les Américains étaient irrités contre l'Angleterre parce que celle-ci, durant la récente guerre civile, n'avait pas “aché ses sympathies à l'endroit des États du Sud.
Au mois de septembre 1865, il y eut, à Québec, une assemblée convoquée dans le but de faire renouveler le traité de Réciprocité : elle prit le nom de « Conseil Confédéré des traités de Commerce ». Ce conseil se composait de six délégués, dont deux représentaient le Canada et quatre les provinces maritimes. Toutes les provinces anglaises étaient disposées à faire des concessions dans le but de faire revivre le traité : des commissaires furent nommés pour aller à Washington. Ils s'y rendirent, à la fin de janvier 1866 ; mais ils échouèrent complètement dans leur mission. Le traité de Réciprocité prit fin le 1er mars de la même année,
En 1865, diverses rumeurs firent croire à une invasion imminente des Féniens. On désignait alors sous le nom de Féniens ou Fraternité Fénienne (Fenian Brotherhood), une association formée, en 1848, par quelques Irlandais. Elle avait pour but d'inquiéter le Canada et de l'envahir, si c'était possible, En 1866, les Féniens commencèrent à se grouper, ici et là, sur les frontières. Une grande invasion fut annoncée pour le 17 mars, mais il n'en fut rien.
Cependant, sur la frontière du Nouveau- Brunswick, on surprenait quelquefois des attroupements de la « Fraternité » ; aussi le Canada et les provinces maritimes firent-ils une levée de soldats qu'ils exercèrent, afin de défendre le pays, en cas d’invasion.
Le 1er juin, non loin du fort Érié, sur la frontière du Niagara, une troupe fénienne, forte de 900 hommes et dirigée par le « général » O'Neill, se jeta sur le village de Ridgeway. Elle harcela fortement les bataillons anglais que commandaient les
*.-X. GARNEAU colonels Peacock et Booker, à Port Col-
borne et à Chippewa. Quoique maître de
la situation à Port Colborne, O'Neill se retira, dans la nuit du 2 juin,
Sur ie Lerritoire américain, et l'échauffourée fénienne n'eut pas d'autres suites.
En cette année 1866, la mort vint enlever au Bas-Canada son historien le plus célèbre, Françnis-Xavier Garneau, né à Québec en 1809.
Dans la province du Nous eau-Brunswick, les appréhensions soulevées par les menaces des Féniens contribuërent, dans une certaine mesure, à changer les vues du peuple relativement à la confédération. Dans la session de 1866, le ministère anti-fédéré se vit obligé de présenter sa démission. La dissolution des chambres ayant été faite, une élection générale eut lieu, dans l'été, et le peuple se Prononça aussi ouvertement en faveur de la confédération qu'il s’y était opposé, l'année précédente, lorsque le cabinet Tilley avait été renversé.
La même année, le parlement de la Nouveile-Écosse se montra favorable à l'adoption du 36 de confédération, mais comme nous l'avons déjà dit, le sentiment de la province ne fut pas manifesté par les suffrages du peuple.
Convention de Londres — L'Acte de l'Amérique Britannique du Nord
Au mois de décembre 1866, seize délégués représentant le Canada, le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse, étaient réunis à l'hôtel Westminster Palace, Londres, en Angleterre, dans le but d'arrêter un Programme définitif de confédération. Les Îles de Terre-Neuve ct de Prince-Édouard préférèrent garder leur autonomie, c'est-à-dire l'indépendance absolue dans le gouvernement de leurs affaires.
Les délégués commencérent leurs travaux le 4 décembre ct ils les avaient à peu près terminés à Noël, Le projet déjà préparé à la « Convention de Québec » fut modifié notablement, à l'avantage des deux provinces maritimes. L'acte de fédération, tout en s'appliquant immédiatement aux provinces que les délégués représentaient, pourvoyait néanmoins à l'admission possible d'autres provinces.
La question entière soumise au parlement impérial, en février 1867, reçut l'assentiment royal, le 29 mars suivant. Une proclamation royale, publiée le 23 mai, fixa au Ir juillet la déclaration officielle de la « Puissance du Canada ». Le Haut-Canada allait s'appeler désormais la province d'On- ; tario et le Bas-Canada, la province de Québec.
Le premier jour de juillet fut célébré comme un jour de fête. Le lendemain, sir N.-F.
Belleau était nommé gouverneur de la pro- Lord MONCK vince de Québec ; Henry-W. Stisted, gouverneur de la province d'Ontario ; sir F. Williams, gouverneur de la Nouvelle-Écosse, et C.-W. Doyle, gouverneur du Nouveau-Bruns vick.
En ratifiant les termes de cette confédération, le gouvernement impérial s'était aussi engagé à prêter une somme de 3,000,000 de louis sterling pour la construction d'un chemin de fer intercolonial.
Lord Monck devint Bouverneur général de la Puissance du Canada, et le premier parlement se réunit le 6 novembre 1867.