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Pendant le troisième hiver, on ouvrit des chemins dans le bois, et, grâce à la société dite « l'Ordre du Bon-Temps », les provisions ne firent pas défaut, Quinze gentilshommes de la table de M. de Poutrincourt étaient les membres de cette association, et ils s'étaient engagés, sur leur honneur, à pourvoir amplement, par la pêche et par la chasse, aux principales dépenses de la table,
Le chef Membertou et des sachems prenaient part aux festins des Français, On dit que ces Souriquois, comme on les appelait à cette époque, étaient graids conteurs, grands rieurs, grands mangeurs et grands fumeurs. Ils apprirent aux colons qu'un des meilleurs moyens de se guérir ou de se préserver des maladies, dans le nouveau monde, c'était de se faire sucer, Euxmêmes, ils pratiquaient la « suerie » une fois par mois.
CHEF MEÉMBERTOU
Poutrincourt, Lescarbot et Hébert
Jean de Biencourt, sieur de Poutrincourt, baron de Saint-Just, en Champagne, sortit d'une excellente famille féodale de Picardie.
Quoique bien dévoué à la cause du roi Henri IV qui favorisa les calvinistes, même après sa conversion, © ‘rrincourt était cependant bon catholique, En outre, il était plein de ravoure, de dévouement et de sagacité.
Le démembrement des anciens héritages et les grandes dépenses faites pendant les guerres de l'époque avaient amoindri la fortune de sa famille. Aussi, craignant que cette dernière, en déclinant sans cesse, vint décheoir dans les derniers “angs de la noblesse ruinée, il tourna ses espérances vers les forêts vierges de la Nouvelle-France. Il se joignit à M. de Monts dans le but de faire une extension de la mère patrie par delà l'Océan.
Marc Lescarbot était un avocat du parlement de Paris. Il vint en Acadie avec M. de Poutrincourt, à titre d'amateur, « pour connaître la terre oculairement, disait-il, et pour fuir un monde corrompu». Il était doué d'un esprit ferme et plein de ressources. Il fut très utile à la colonie, tant par la gaieté de son caractère que par son jugement et son savoir-faire. Il écrivit une histoire de la colonie ct fit souvent des poésies d’un genre original,
Au nombre des principaux colons se trouvait un ancien apothicaire de Paris, Louis Hébert, qui se consacra, lui aussi, à l'œuvre des premiers fonc teurs français, en Amérique.
Hébert était un homme de science. Malgré les pénibles travaux auxquels il dut prendre part comme les autres, dans ce nouvel établissement, on le voyait souvent faire de longues courses pour étudier les plantes du pays et prendre connaissance des ressources que ces régions pouvaient offrir,
Cependant, il ne devait point rester en Acadie. Quelques années après la fondation de Port-Royal, il fut un des compagnons de Champlain dans l'établissement du Canada, où il se fixa définitivement avec toute sa famille,
Madame de Guercheville et les Jésuites
Sous prétexte que M. de Monts ruinait le commerce des pelleteries et ne s'occupait pas assez de la conversion des sauvages, les marchands de Dieppe et de La Rochelle firent de la cabale auprès de Henri IV et réussirent enfin à faire révoquer, en 1606, la concession faite au chef de la colonie de Port-Royal.
Cette nouvelle fut un coup de foudre pour Poutrincourt. Aussi, au mois d'août 1607, nous voyons ce dernier quitter avec ses gens l’établissement de Port-Royal, pour retourner en France. Il laissa bâtiments et propriétés à la garde des sauvages.
Trois ans plus tard, il revint, amenant avec lui l’aîné de ses fils, Biencourt, âgé de dix-huit ans, puis Claude de Latour, accompagné de son fils Charles alors âgé de quatorze ans. De plus, il était accompagné d’un religieux, prêtre, noramé Jessé Fleché. Quelques semaines après son arrivée, ce missionnaire baptisa vingt et un sauvages. Le chef Membertou, qui avait er.viron cent ans, fut du nombre des nouveaux chrétiens.
Le jeune Biencourt retourna en France, l’année suivante, et il intéressa à cette œuvre coloniale et surtout à la conversion des sauvages, une dame d’honneur de la reine, nommée Antoinette de Pons, marquise de Guercheville. Celle-ci offrit une somme de quatre mille livres pourvu que des Jésuites fussent adjoints à l'expédition. Les marchands de Dieppe firent des difficultés. Ceci n'empêcha pas Biencourt d’amener les PP. Biard et Ennemond Massé. Malheureusement, durant une absence assez prolongée du sieur de Poutrincourt en France, Biencourt se brouilla avec les jésuites.
A cette nouvelle, Mme de Guercheville résolut de faire fonder ailleurs l'établissement qu’elle désirait protéger. Elle fit organiser une expédition sous les ordres de M. de la Saussaye. Celui-ci toucha à Port- Royal afin d'y prendre les deux pères jésuites, et la nouvelle colonie, nommée Saint-Sauveur et forte de trente-cinq hommes, fut établie sur l'île de M-nt-Désert. Il se trouvait donc simultanément deux petits postes français en Acadie, celui de Port-Royal et celui de Saint- Sauveur.
Destruction de Port- Royal
Deux ans après la fondation de Port-Royal, quelques Anglais vinrent établir une colonie dans l’État de Virginie. Leur petit établissement prit le nom de Jamestown, du nom de leur souverain. Comme les Anglais étaient munis de chartes royales leur concédant presque tout le territoire compris entre le 34e et le 45e degré de latitude, ils conclurent que les Français établis à Saint-Sauveur et à Port-Royal étaient des intrus. En 1613, ils envoyèrent un de leurs capitaines, Samuel £ cgall, avec une petite flotte pour faire disparaître les établissements français.
La France était alors en paix avec l'Angleterre, Les nouveaux colons français ne s’attendaient pas à une attaque. Le village de Saint-Sauveur fut surpris tout d’abord. Ses habitants étaient dispersés çà et là ; ils n’opposèrent aucune résistance et capitulèrent, Argall détruisit les papiers et les brevets de la colonie, chargea sur ses navires
tout ce qui pouvait s’enlever, brûla le reste et emmena les malheureux Français en Virginie.
A l'automne de la même année, le pirate de la Virginie fit une semblable expédition à Port-Royal où il remporta un égal succès.
On peut imaginer la tristesse du sieur de Poutrincourt quand, revenu de France à Port-Royal, le printemps suivant, il aperçut les ruines de sa seigneurie et apprit que son fils n’avait plus qu’à errer, fugitif, dans les bois. Il retourna en France, pour y chercher du secours, mais appelé à prendre les armes pour la cause de son roi, il fut tué, en 1615, au siège de Méry-sur-Seine. Il était âgé de cinquante-huit ans. En lui disparaissait le chef, le père de la colonie.
Il tombait au champ d'honneur, mais, malheureusement, sans avoir pu compléter l'œuvre à laquelle il avait consacré toute son énergie, durant les onze plus belles années de sa vie.
Biencourt succéda à son père et maintint la seigneurie de Port-Royal jusqu’à sa mort. Il transmit ses pouvoirs et ses titres à son ami Charles de Latour qui les remit, dans la suite, à M. de Razilly.
De cette manière, l'occupation française de Port-Royal n'avait pas été interrompue, lorsque le traité de Saint-Germain-en-Laye fut conclu, en 1632.
L'île Saint-Jean et la Nouvelle-Écosse
L'île Saint-Jean, qui ne fut colonisée qu'après 1715, était cependant découverte à l’époque dont nous nous occupons. Les écrivains anglais disent qu’elle fut explorée par Sébastien Cabot ; les Français, de leur côté, attribuent cette découverte à Jehan Alfonce, pilote de Roberval. Quoi qu'il en soit, Jacques Cartier longea l’île Saint-Jean, lors de son premier voyage sur nos côtes, mais il la prit pour la terre ferme.
Champlain, dans son voyage de 1603, désigne l’île Saint-Jean comme étant alors universellement connue par les marins. Ses havres et ses parages étaient fréquentés par des pêcheurs basques. Les sauvages y habitaient en assez grand nombre.
D'un autre côté, en 1621, sir William Alexander, comte de Stirling, obtint du roi d'Angleterre la concession de toute l’Acadie, sous le nom de Nouvelle-Écosse. Le comte de Stirling avait de magnifiques plans. Il se proposait de diviser son immense seigneurie en cent cinquante parts, de trois à six milles de front sur le rivage de la mer. Chaque part devait être concédée à des gentilshommes auxquels serait conféré le titre de baronnet. Ceux-ci s’engageraient à transporter et à établir, sur leurs seigneuries, des cultivateurs auxquels ils distribueraient des terres, selon les conditions alors en usage.
En 1629, un certain nombre de familles écossaises furent débarquées à Granville, vis-à-vis de Port-Royal. Leur colonie ne put réussir, Plusieurs familles se réfugièrent, plus tard, au Massachusetts ; les autres languissaient misérablement quand le traité de Saint-Germainen-Laye vint rendre l’Acadie à la France.
Pendant ce temps-là, le jeune Latour, tout en conservant sa seigneurie de Port-Royal, avait établi, en outre, un poste important au fort Louis, non loin du cap Sable.
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