TERRE-NEUVE
340 Leçon. — Terre-Neuve,
Comme il a été dit À la onzième leçon, sir Humphrey Gilbert, vice-roi de Terre-Neuve, mourut en se rendant en Angleterre. Après sa mort, durant trente ans, Terre-Neuve demeura sans gouvernement et ne fut fréquentée que par quelques Européens qui visitaient ses côtes, à cause de ses établissements de pêche. A l’intérieur, les Boéticks ou Indiens rouges —beuplade indigène de l’ile—étaient redevenus les seuls propriétaires de la forêt.
Plus tard, John Guy reçut l’ordre d’y conduire une petite colonie d’Angleterre et d’en être le gouverneur. Il se fixa à l’Anse-des-Maringouins (Mosquito Cove) ; ais son établissement ne put prospérer. Ceux des colons qui survécurent à la misère ne tardèrent pas à retourner dans leur pays.
Quelques années après, Richard Whitbourne, nommé juge de la cour d’amirauté, fut envoyé à Terre- Neuve, afin de régler les différends qui ne cessaient de s’élever entre les marchands côtiers (traders), et aussi de percevoir les droits réguliers sur le poisson et l'huile. C’était une mission d'autant plus délicate que, jusque-là, les marchands côtiers avaient eu, dans ce commerce, plus que leurs coudées franches. Dans l'exercice de ses nouvelles fonctions, Whitbourne rencontra plus d'obstacles qu’il n’en put surmonter ; c’est pourquoi Jacques Ier, roi d'Angleterre, nomma sir George Calvert gouverneur de Terre-Neuve. Avant de partir, celui-ci fut admis à la chambre des lords et prit le nom de lord Baltimore. Il eut, lui
aussi, à soutenir de fortes luttes. Les difficultés vinrent et des Français établis à Plaisance, et de ses propres sujets, les Anglais puritains qui étaient mécontents de le savoir catholique romain. Il était à la veille d’aller fonder une colonie au Maryland, lorsque la mort vint l'emporter. Son fils hérita de sa commission royale et fonda cette colonie dont la plus grande ville porte encore de nos jours le nom de Baltimore,
Sir David Kirke, qui s’était em paré de Québec, en 1629, succéda à lord Baltimore dans la direction des affaires de Terre-Neuve. Il fit tout son possible pour intéresser les Anglais en faveur de cette colonie. Lettres fréquentes au Bureau colonial, magnifiques descriptions de l’île, peinture exagérée de ses ressourcés—rien ne fut épargné pour arriver à son but. Malheureusement, il w’avait pas été prudent dans ses nombreuses correspondances. Il avait blessé les gusceptibilités, tantôt des royalistes, tantôt des parlementaires. Il fut rappelé en Angleterre, pour répondre à de nombreuses accusations portées contre lui. Sir David se justifia assez habilement pour reprendre administration de Terre-Neuve qu’il garda jusqu’à sa mort. Ses héritiers, cerendant, perdirent tout ce qui leur revenait par droit d’héritage — et cela par suite des graves représentations que le jeune lord Baltimore ne cessa de faire valoir contre sir David, auprès de la cour royale.