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6ge Leçon. — L'expédition du duc d’Anville. De Ramezay et de la Jonquière.
Quelques succès remportés sur l'Angleterre, en Europe et dans les Indes, permirent à la France de songer au relèvement de ses affaires en Amérique. M. de Maurepas, ministre de la marine, résolut de reprendre Louisbourg et même de conquérir Boston. Une flotte, composée de onze vaisseaux et de trente transports montés par trois mille hommes de débarquement, fut préparée pendant l’hiver 1745-46 et mise sous les ordres du duc d’Anville. Elle devait aborder à la rade de Chébouctou ( Halifax), où six cents Canadiens et six cents sauvages, commandés par M. de Ramezay, viendraient l’attendre pour opérer avec elle.
Cet armement eut la plus triste fin. Assailli par des tempêtes continuelles, d’Anville perdit nombre de bâtiments dans une traversée qui dura quatrevingt-six jours. Arrivé dans la rade d’Halifax, au
mois de septembre, il eut la douleur de voir une
fièvre pestilentielle se déclarer dans son armée et lui | enlever 2,400 hommes en dix jours. En sus, deux | cents sauvages, atteints à leur tour, succombèrent au fléau. D’Anville en mourut de chagrin, le 27 septembre. Un vent de malheur semblait s’être déchaîné contre cette expédition car, trois jours après, son successeur, M. d’Estournelle, pris de fièvre chaude, se perça de son épée.
M. de la Jonquière prit le commandement, mais il se hâta de fuir les rives empestées de Chébouctou. Avec quatre vaisseaux et le reste de l’armée, il partit pour assiéger Annapolis. Arrivé au Cap-Sable, une furieuse tempête dispersa ses navires et lobligea de retourner en France. :
À la suite de ce désastre, les Canadiens, demeurés seuls en Acadie, s’y maintinrent avec succès durant l'hiver suivant. Shirley, gouverneur de Boston, envoya cinq cents hommes pour les déloger. Ceux-ci furent surpris dans leur campement d’hiver par les Canadiens et les sauvages, et ils furent battus à Grand-Pré, le 11 février 1747. Leur commandant, le colonel Noble, fut tué avec un grand nombre des siens. Les autres se rendirent au chevalier de la Corne qui les fit mener à Annapolis.
Une seconde expédition envoyée de France, sous les ordres de M. de la Jonquière, fut vaincue à la hauteur du cap Finistère, en Espagne, par une flotte anglaise, après cinq heures d’une vaillante résistance.
L’année suivante, en 1748, quand la guerre de la succession d'Autriche se termina par le traité d’Aix-
la-Chapelle, une des clauses de ce traité rendit le Cap- Breton aux Français en échange de Madras qui revint aux Anglais,
mm CHAPITRE II.
ne,
70e Leçon. — Fondation d'Halifax.
M. de la Jonquière, après la défaite de sa flotte en 1747, avait été fait prisonnier de guerre par l’Angleterre. Le roi de France se vit obligé d’envoyer ün nouveau gouverneur au Canada, et le choix tomba sur le marquis de la Galissonnière. Celui-ci comprit clairement la situation. Pendant sa courte administration, il dirigea tous ses efforts auprès de la cour de France pour faire peupler le littoral de l'Amérique du Nord par des colons français et, en même temps, pour augmenter et fortifier les garnisons dans la vallée de l’Ohio et dans l'Ouest. De son côté, le gouverneur anglais de Boston faisait les mêmes demandes au bureau colonial en Angleterre. Ses appels furent si Pressants que le ministère anglais résolut de fonder à la Nouvelle-Ecosse un établissement important, afin de détruire l'influence française de Louisbourg, et surtout afin d’empêcher les Acadiens de la Nouvelle-Ecosse de reconquérir leur ancienne colonie.
La fondation d’Halifax fut une entreprise d'Etat, Deux mille cinq cents colons, y compris les femmes et les enfants, débarquèrent au bord de la baie de Chébouctou, à la fin du mois de juin 1749, Edward Cornwallis, le nouveau gouverneur de la Nouvelle. Ecosse, accompagnait les immigrants, On choisit une colline, à l’ouest du hävre, pour y fonder la nouvelle ville qui fut appelée Halifax, en l’honneur du comte Halifax, président du “ Bureau du Commerce et des Plantations””. Au commencement de l’hiver, toute cette colonie était installée. Les rues de la nouvelle ville étaient déjà tracées, un bon nombre de Maisons construites, une enceinte de palissades flanquée de redoutes et à peu près achevée, était armée et gardée par les bataillons anglais ramenés de
Louisbourg, après la restitution de cette place à la France,
71e Leçon. — Situation difficile pour les Acadiens, Actes de vengeance par les Indiens,
Dans les établissements que les Acadiens possédaient, d’Annapolie jusqu'aux alentours de la baie de * Chignectou, on comptait à peu près 8,500 à 9,000
âmes. M. Rameau porte même ce nombre à 12,000. La ville d’Halifax était à peine fondée que Cornwallis lança une proclamation dans laquelle il demandait aux Acadiens de prêter désormais un ser. ment d’allégeance absolu et sans réserve, En d’autres termes, dans un délai de trois mois, les Acadi
devaient s'engager à fournir assistance à toute personne que la Couronne voudrait établir ou défendre à la Nouvelle-Ecosse.
Jusque-là, les Acadiens avaient prêté le serment d’allégeance sous la réserve qu’ils ne porteraient pas les armes. Mascarène le fit remarquer à Cornwallis dans la séance d’un conseil tenu le 14 juillet 1749. Le gouverneur prétendit que les officiers qui avaient accepté de telles réserves avaient manqué à leur devoir,
Les Acadiens soutenaient que leurs réclamations étaient fondées sur des actes authentiques. “ Plusieurs “de vos prédécesseurs, disaient-ils à Cornwallis, ont “reconnu notre bon droit et ils ont consenti à nous “accorder cette réserve de ne point porter les armes. “Ils nous ont assuré qu’ils avaient toute autorité “pour cela. Si nous avons été trompés, le Roi ne “saurait retourner une telle supercherie contre C4 nous. 29
Cornwallis leur répondit « qu'ils n’avaient plus qu’à se soumettre à merci ou qu’ils seraient dépouillés de tout ce qu’ils possédaient. ” C’était l’annonce première de la déportation.
Les Acadiens assurèrent le gouverneur qu’ils se reconnaissaient volontiers les sujets dévoués du roi d'Angleterre, mais qu’ils voulaient être exempts de Pobligation de porter les armes ou ils quitteraient le pays.
— Eh bien, quittez-le! s’écria Cornwallis.
Voilà où en était la discussion sur le serment d’allégeance, un an après la fondation d’'Halifax.
M. de la Jonquière fit tout en son pouvoir pour empêcher les Acadiens de devenir sujets anglais. Il leur conseilla fortement de se fixer sur la partie occidentale de l’isthme de la Nouvelle-Ecosse que le &ouvernement français réclamait comme son terri-