DÉPORTATION DES ACADIENS ET ÉVÉNEMENTS DIVERS JUSQU’EN
76e Leçon. — Conventions et Réclamations.
La sujétion des Acadiens de la N ouvelle-Ecosse au 8ouvernement anglais était conditionnelle. Sous le gouverneur Philipps, ils avaient “ promis et juré “sincèrement, en foi de chrétiens, qu’ils seraient “entièrement fidèles et obéiraient vraiment à Sa Ma-
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“ jesté, le roi George LI, qu'ils reconnaissaient pour “le souverain seigneur de l’Acadie. ” En retour, on leur avait promis: “1° qu’ils auraient le libre ex- “ercice de leur religion et Pourraient avoir des mis- “sionnaires pour les instruire dans la religion ca- “tholique, apostolique et romaine ”; 2° qu’ils ne ‘“ seraient pas obligés de prendre les armes en temps “de guerre; 3° qu'ils demeureraient en possession “ de leurs biens; 4° qu’ils seraient libres de vendre “leurs propriétés, quand ils le jugeraient bon—pour- “vu que cette vente fût faite à des sujets de la Grande- “ Bretagne; 5° qu’ils pourraient se retirer et trans- “porter avec eux le revenu de leur vente, sans aucun
* “obstacle légal.” Ces clauses avaient été arrêtées
entre Robert Wroth et les Acadiens: elles n’étaient, du reste, que la confirmation du décret de la reine Anne.
Plusieurs historiens dignes de foi affirment que tandis que Philipps accordait ainsi aux Acadiens une promesse de ncutralité, il laissait entendre au gouvernement ünglais que le serment d’allégeance des Acadiens avait été prêté sans restriction. De là naquirent toutes les réclamations faites par les gouverneurs qui lui succédèrent. Surtout depuis la fondation d’Halifax, les gouverneurs exigeaient à tout prix un serment sans réserve de la part des Acadiens.
Pendant que gouverneurs et Acadiens échangeaient des correspondances et avaient des entrevues peu satisfaisantes au sujet de l’allégeance, Shirley, gouverneur du Massachusetts, écrivit ce qui suit au colonel C. Lawrence, gouverneur de la Nouvelle-Ecogse.
“ Je vous prie de considérer à quels dangers sont “exposés aujourd’hui les intérêts de Sa Majesté, à “Pégard des Français neutres. Tout scrupule doit “disparaître. Ilest juste et nécessaire qu’on les “ chasse de la province, à moins que l’on ne prenne “à leur égard de fortes sûretés autres que celles du “serment.” Les Acadiens n’avaient plus qu’à attendre le dénouement fatal.
77e Leçon. — Assemblée dans l'église de Grand- °ré.
Le 2 septembre 1755, Winslow et Murray, officiers supérieurs anglais, sommèrent, sous peine de confiscation de leurs biens, toute la population mâle des environs de Grand-Pré jusqu'aux petits garçons de dix ans, de venir se rassembler à Péglise de Grand- Pré, le vendredi, 5 septembre, pour entendre -une communication importante du gouverneur. Les Acadiens ne soupçonnèrent pas le piège qui leur était tendu.
Le 5 septembre, à trois heures de Paprès-midi, il se trouva, dans l’église de Grand-Pré, 418 Acadiens. Winslow leur déclara, au nom de Sa Majesté, qw’ils étaient tous prisonniers du Roi, que tous leurs biens étaient confisqués et.qu’ils allaient être déportés dans des pays lointains. Il ajouta qu’il leur laissait le droit d’emporter leur argent et leurs effets. I] leur donna lassurance que les femmes et les enfants séraient embarqués avec eux et que l’on aurait soin, autant que possible, de réunir tous les membres de chaque famille sur le même navire.
Cinq jours après, le 10 septembre, le premier embarquement eut lieu. Les navires n'étant pas assez nombreux, les autres départs furent retardés, en sorte que le dernier embarquement se fit au bassin des Mines, le 20 décembre. Certaines promesses de. Winslow ne furent Pas remplies: les membres des différentes familles furent séparés et jetés, sans ressources, soit sur la côte américaine ou sur d’autres rives étrangères.
Le nombre officiel des déportés ne sers jamais connu: quelques-uns l’ont porté à cinq mille ; d’autres, à sept mille et au delà.
Ces infortunés furent disséminés surtout danz le Massachusetts, la Pennsylvanie et le Maryland. Il en tut débarqué plusieurs, cependant, dans les autres Etats. Quelques navires allèrent les transporter même aux Antilles
Un bon nombre de fugitifs échappés de Beaubassin, de Memramcook, de Petitcodiac, da Chipoudy, de Cobequid, de Pigiguit et même de Port-Royal, passèrent à l’île Saint-Jean. Différents groupes restèrent cachés dans le haut des rivières de Memramcook, de Chipoudy et de Petitcodiac. Ils avaient avec eux l’abbé Le Guerne, le dernier missionnaire resté dans l’Acadie française, après le départ ds Pabhé Leloutre.
78e Leçon. —- L'Expulsion des Acadiens devant l’histoire,
D’après les études sérieuses qui ont été faites par les historiens les plus judicieux sur cette expatriation
en bloc, il est suffisamment prouvé que la déportation des Acadiens fut un acte non nécessaire et injuste. En vertu du traité d’Utrecht, les Acadiens avaient reçu la permission de quitter la province dans l’espace d’un an. Ils firent quatre tentatives pour se retirer: premièrement, en engageant des navires anglais; une deuxième fois, sur des navires français ; une autre fois, avec leurs propres vaisseaux, et finalement, en se coupant un chemin à travers les bois qui les séparaient de ce qu’on appelait alors l’Acadie française. Dans chaque cas, les gouverneurs anglais mirent des obstacles à leurs desseins.
Durant les quarante-deux ans de leur résidence dans l’Acadie anglaise ou Nouvelle-Ecosse, ils envoyèrent des pétitions aux gouverneurs, au moins onze fois, pour obtenir la permission de quitter le pays. Les intérêts des Anglais exigeaient leur présence; ils -ssuyèrent que des refus.
Durant : même intervalle de temps, pas un acte séditieux ne fut commis par eux, collec. sent, ni même par une fraction notable de la population. Ils travaillèrent aux fortifications d’Annapolis-Royal ; ils fournirent des provisions à la garnison anglaise, lorsqu'il avaient ailleurs un excellent marché pour tous leurs produits; ils prévinrent le colonel Noble de la marche des Canadiens sur Grand-Pré, en février 1747. Pour ce qui est du serment sans réserve, 1° le gouverneur Philipps et son lieutenant Mascarène les en avaient formellement exemptés; 2° les Anglais ayant rompu la bonne foi des traités en retenant les Acadiens par force dans le pays, ceux-ci
n'étaient plus obligés au serment sans réserve; 3° les Acadiens étaient souvent terrorisés par les Fran- Sais du territoire appelé aujourd’hui Nouveau-Brunswick et aussi par les Canadiens qui leur reprochaient leur lâcheté vis-à-vis des Français ct leur excessive loyauté envers les Anglais.
Toutes ces raisons ne purent prévaloir et le drame de 1755 se déroula, comme nous venons de le dire, avec ses horreurs lamentables.
Dans la Puissance du Canada, les descendants des exilés de Grand-Pré sont aujourd’hui au nombre d’environ un quart de million. Ils sont tous sujets très loyaux de la Couronné anglaise, parce que les temps sont changés et que celle-ci les traite avec plus de justice qu’autrefois.
798 Leçon. — Expéditions de Loudoun et de Hoïborne à Louisbourg.
En 1757, une expédition fut organisée pour reprendre Louisbourg. Lord Loudoun se rendit de New- York à Halifax, avec des navires et des soldats. De son Côté, l’amiral Holborne fit la traversée de l’Océan, avec onze frégates et cinquante transports sur lesquels il avait six mille soldats. Pris de peur à Halifax, Loudoun abandonna son projet. Holborne vint examiner les alentours de Louisbourg, mais il n’osa pas en faire l'attaque. Pour parler franc, les premiers officiers des forces anglaises étaient alors d’une incompétence proverbiale. Ilen fut autrement quand Pitt devint premier ministre au parlement an-
glais; la face des choses changea complètement. Les hautes fonctions dans l’armée et dans la marine —au lieu d’être vendues pour de l'argent ou d’être * le partage exclusif de la noblesse—furent confiées au mérite, à la bravoure et à l’habileté.
Ce fut alors que Pitt résolut de s'emparer non seulement de l’île Royale, mais aussi de faire la conquête du Canada. Il mit sur pied un armement formidable, L'attaque allait se faire simultanément à Louisbourg, à Carillon et au fort Duquesne. Elle commença par Louisbourg. Les Anglais envoyèrent une flotte de 150 voiles sous les ordres de l'amiral Boscawen et une armée de terre de 14,000 hommes. Le général Amherst était commandant en chef et il avait avec lui un colonel de rare bravoure dans la personne de James Wolfe, alors âgé de 34 ans.
La flotte entra dans la baie Gaberousse, le 2? juin. A cause d’une tempête, le debarquement fut retardé de plusieurs jours.
La ville de Louisbourg n’était pas préparée pour un ÈS siège. Ses remparts étaient & SŸ en mauvais état, “écroulés en NN plusieurs endroits sous l’action de la gelée et des mauvais temps”. Il n’y avait qu’une casemate et une poudrière à l’abri des bombes. Les forces françaises se . montaient à 6,500 hommes, y compris les soldats, les miliciens et les Indiens.
80e Leçon. — Capitulation de Louisbourg. Déportation des Acadiens de l’île Saint-Jean.
Drucour, le gouverneur de Louisbourg, était un brave soldat décidé à se défendre jusqu’à la dernière extrémité. Les fortifications de la ville étaient si mauvaises qu’il prit toutes les précautions possibles pour empêcher le débarquement. Malheureusement, ses efforts n’eurent pas de succès à cause des rivalités qui existaient parmi les commandants de la flotte.
Les troupes de terre firent toutefois une défense héroïque, Les régiments de Bourgogne, de Cambèse et d'Artois se signalèrent dans leurs efforts pour. sauver la position et sauvegarder l’honneur du drapeau français. Madame de Drucour allait chaque jour sur les remparts soutenir et assister les soldats. On la vit pointer et tirer elle-même le canon contre les ennemis ; elle distribuait des récompenses aux àrtilleurs les plus âdroits, visitait les blessés et relevait le courage de tous par des paroles bienveillantes.
Cependant, après une résistance de près de deux mois, le gouverneur se vit obligé de capituler. Les remparts éfaient démolis, l'artillerie hors de service. Huit cents soldats avaient été tués ou blessés ; douze cents autres étaient malades. M. de Drucour n’eut qu’à accepter les conditions du vainqueur.
L'île Saint-Jean éprouva les effets de la capitulation de Louisbourg dont elle était alors une dépendance. Après la chute de cette dernière place, l’amiral Boscawen envoya une partie de sa flotte pour incendier et détruire tous les établissements fran-
gais des îles Royale et Saint-Jean, ainsi que de toutes les côtes du golfe Saint-Laurent. Lord Rollo et quelques autres officiers supérieurs furent chargés de cette triste besogne. Encore une fois, par ordre du vainqueur, des milliers d’Acadiens abandonnèrent leurs terres, juste au moment où les belles moissons de l'été promettaient le bien-être et l’abondance pour la saison d’hiver. Les scènes de Grand-Pré se
renouvelaient et l'ile Saint-Jean redevint déserte -
comme aux jours où Champlain et Denys l’explorèrent, pour la première fois, au siècle précédent.
81e Leçon. — Le Premier parlement canadien,
Après la capitulation de Louisbourg, la garnison du fort fut faite prisonnière et conduite en Angleterre. Les Français de la ville et de l'île Royale furent envoyés en France. Les Acadiens, qui étaient en petit nombre à Louisbourg et même dans l’île Royale, se dispersèrent çà et là, les uns à l’île Madame, d’autres au Bras-d’Or et sur les côtes du nordouest de l’île. Il resta à peu près 700 âmes d’origine française sur l’île du Cap-Breton.
Vers cette époque, Belcher, le juge en chef de la ville d’Halifax, attira l'attention du gouverneur Lawrence sur les clauses de sa commission, lesquelles lui enjoignaient de convoquer une assemblée ou parlement pour l’administration des affaires de la province.
Les lords du Bureau du Commerce, en Angleterre,
lui firent la même injonction. En conséquence, le
sthsiilitiéetennen dE Hi à
7 octobre 1758, le premier parlement qui ait jamais été convoqué au Canada, s’ouvrit dans la ville d’Halifax. Il se composait de vingt-deux membres.
82e Leçon. — Colons de la Nouvelle-Angleterre
Plus tard, Lawrence, voyant que les soldats anglais licenciés faisaient de pauvres colons, publia une proclamation aux fins de recruter des colons dans la Nouvelle-Angleterre et les inviter à s'établir sur les terres désertes des Acadiens. Dans cette lettre, il promettait de bonnes concessions de terres à ceux qui viendraient se fixer sur le territoire fécond qui ceinture la baie de Fundy et ses affluents.
De 1759 à 1765, sept mille colons anglais émigrèrent de la Nouvelle-Angleterre pour passer dans l’ancienne Acadie. Un assez grand nombre d’émigrés vint aussi de l’Irlande, à cette époque, sous la direction du fameux colonisateur, Alexander McNutt.
Les rives du détroit de Northumberland, à la Nouvelle-Ecosse, ne furent colonisées qu’en 1767, quand la “ Compagnie de Philadelphie ” envoya des colons dans le territoire aujourd’hui appelé le comté de Pictou.
Quelques années plus tard, il y eut une forte immigration d’Ecossais Highlanders dans ce même comté qui comptait déjà 500 âmes, en 1784.