AVERTISSEMENT
La première partie de THistoire du Moyen Age , que nous publions aujourd'hui , comprend toute la période qui s'étend depuis la chute de l'empire d'Occident en 476 9 jusqu'à la mort de Guillaume-le-Conquérant , yers la fin du onzième siècle.
Nous ne nous sommes dissimulé, dans cette nouvelle publication, aucune des difficultés que présentait cette époque mémorable , pour être mise à la portée de très jeunes intelligences , que le drame seul de l'histoire peut inlére?>&^T ^ xùsiS& dont }} est indispensable de ba&^i: \fô^ y^^-
vj AVERTISSEMENT.
mières études historiques sur des aperçus solides et rationnels.
Le moyen âge , par la spécialité de sa couleur , par la rude originalité de ses mœurs naïves , par la variété de ses événemens , par la diversité des hommes et des peuples qui jouent un rôle dans ses grandes scènes, offre sans contredit le tableau le plus animé que Ton puisse demander à Tbistoire.
C'est le travail général du genre bumain sur lui-même , à travers une longue tourmente , d'où doit sortir une société nouvelle avec ses idées, ses arts, ses découvertes , son esprit d'affrancbissement et d'examen *, berceau d'une autre civilisation , il n'a plus le vernis des siècles antiques , et n'a pas encore le caractère des âges qui doivent le suivre ; mais tous les germes de l'époque suivante y sont dépo< ses 9 ils y fermentent , s'y développent , et des symptômes irrécusables rendent in-^ faillible et prochaine la révolution que le seizième siècle doit voir éclater. Pour quiconque conDait bien le mo^^tv iç^e ^ l'his-
AVERTISSEMENT. vij
toire moderne n'a plus rien qui puisse surprendre ^ tout y est prévu et compris d'avance : cç sont les anneaux consécutifs de la même chaîne des siècles.
Ce n'est point dans un ouvrage purement élémentaire , tel que celui-ci , qu'il a été possible de développer le spectacle imposant que présente cette phase du monde ^ mais du moins nous nous sommes efforcé de réunir les faits principaux sous un point de vue qui frappât assez nos jeunes lecteurs, pour les préparer à l'étude complète et profitable des excellens traités dont cette période a été l'objet depuis quelques années. Pour atteindre ce but, nous n'avons épargné ni recherches, ni travail ; les meilleurs ouvrages modernes ont été consultés , et aucun fait n'a été admis sans être appuyé sur les témoignages les plus authentiques. La géographie de cette époque, si négligée jusqu'à nos jours dans les études, nous a paru aussi devoir fixer notre attention , et un a\.V^% ^^^i\A^ que nous nous proposons de ^\3\:X\^^ ^^
vilj AVERTISSEMENT,
concert avec M. le professeur Levi (i), ajoutera pour la jeunesse à l'intérèl qu'elle pourra trouver dans nos récits.
En un mot, nous avons voulu , autant que nous le permettait un cadre resserré par d'aussi étroites limites , Faciliter aux instituteurs et aux élèves la connaissance d'un temps auquel il n'est plus permis à personne de demeurer étranger, aujourd'hui que nos goûts, nos modes, nos objets d'art et d'étude, sont devenus en quelque sorte le reflet de cette époque éloignée.
(i) Le plan de ce volame et de celni qui , complétant l'Histoire dn Hojen Age, doit le suivre immédiatement , a été tracé de manière à développer les précieuses îndicatioDB renfermées dans les Esquisses historiques tt Ut Élemens d'Hittoire. générale de ce savant professeur.
L^HISTOraE
BU) Moisn hm^
L'an 476 de Vère chrétienne.
Si vous avez bien écouté Thistoire romaine, mes jeunesamis, vous n'aurez point oublié sans doute que les empereurs Valens et Yalentinien partagèrent entre eux leur vaste puissance pour en former deux grands états , dont l'un reçut le nom cI'em- PIB.E d'Oeicnt , et l'autre celui d'EMPiRE d'Occident.
Vous savez aussi que la capitale du premier fut l'ancienne Byzàjsce, qui, depuis Constantin, a été appelée Go^stk^'^v«<<5^^:2«-^ tandis que le siège du seeotvà. ^xcv^v^^ ^"^
a CONSTANTINOPLE.
transporté à Milan , grande et belle ville d'Italie, que Valentinien préférait au séjour de la vieille Rome.
Or, l'empire d'Occident , assailli de tous côtés par les barbares , avait cessé d'exister, pendant que celui d'Orient, encore debout, semblait devoir hériter de toute la puissance de Rome ; mais quoique l'autorité des empereurs de Constantinople s'étendit encore sur plusieurs royaumes de l'Asie, de l'Europe et de l'Afrique, il s'en fallait de beaucoup , comme nous ne tarderons pas à le voir, qu'elle fût aussi solide en réalité qu'en apparence.
L'histoire que je vais vous raconter à présent est celle de cet empire de Byzance et de tous les états qui se formèrent des débris du monde romain; je dois vous dire que l'on donne le nom de moyen âge à cet espace de temps qui ne comprend pas moins de dix siècles , et s'étend depuis la chute de l'empire d'Occident jusqu'à la
W^'oe totale de celui de Constantinople.
wAfa/s /'Orient y mes enfans , c\m\ , eomm^
vous savez , a été le théâtre de presque tous les événemens que vous avez appris jusqu'aujourd'hui , n'était plus à cette époque ce que nous l'avons vu dans les histoires anciennes. Menacée à son tour et même envahie suiiplusieurs points par les barbares , cette partie du monde avait vu disparaître la plupart des villes , des royaumes , des nations même les plus célèbres de l'antiquité. Tout y avait changé à la fois, les lieux et les hommes qui les habitaient, les noms et les mœurs des peuples, c'est-à-dire les habitudes, les usages, les croyances , par lesquels ils se distinguaient eatre eux. *
Le culte des dieux de l'Egypte , de la Perse , de la Syrie , avait fait place à la religion de Jésus-Christ^ des églises chrétiennes s'étaient élevées sur les ruines des temples païens ; la croix que Constantin avait arborée au-dessus des aigles romaines brillait sur les places publiques, et était presque partout respectée comui^ Vvcùa:^ d'uu saint mystère. Les désevVs àieiY'ÇiS^^V-^
qae Ton nommait la TsébaIde ^ parce qu'ils étaient peu distans de la fameuse Thèbes aux cent portes, étaient peuplés de nouveaux chrétiens qui, sous le nom de MOINES ou solitaires , fuyaient la société des autres hommes, eUse vouaient aux privations les plus douloureuses par lesquelles ils espéraient acheter la vie éternelle que rÉvangile promet aux serviteurs de Dieul Ces moines adoptaient des costumes bizarres ^ ils laissaient croître leur barbe et se rasaient entièrement la tête : la plupart marchaient nu-pieds, et leurs vêtemens étaient faits de peaux de bétes ou des étoffes les plus grossières. Quelques femmes aussi se retiraient dans ces solitudes , où elles se soumettaient également à cette existence pénible, persuadées que rien ne pouvait être plus agréable à Dieu que de renoncer volontairement à tous les biens de la terre.
Dans les premiers temps du christia-
nisme, les moines vivaient séparément,
Jes unsdans des grottes tapmëesd^ mousse,
les autres sous de petites huttes qu'ils construisaient de leurs mains, ordinairement dans les sitei les plus sauvages et les plus écartés, où ils se nourrissaient d'herbes et de racines , et se désaltéraient de Teau de la source la plus voisine. Mais bientôt plusieurs de ces solitaires se réunirent pour prier et travailler en commun , car Toisi- .
veté et la paresse étaient regardées par eux, avec juste raison , comme de très grands péchés. Ils se donnaient le nom de frères , et, sous la conduite de l'un d'eux, qui recevait le titre d'ABsÉ , ils continuaient leur vie pauvre et lahorieuse, s'imposant quelquefois pour règle de ne jamais proférer une seule parole. Les cabanes plus vastes où les moines se réunirent ainsi furent appelées des monastères, et vous ferez bien de vous rappeler Torigine de ces établissemens, dont il est souvent question dans l'histoire du moyen âge. Vous verrez plus tard que, pendant cette période, il n'y eut pas une seule contrée qui t\^ V\\. ^ ^«s^^ a^ grand nombre de ces TUOT\a^Vfe\^^ «C?»
6 COMSTAMTIWOPLE.
plusieurs solitaires de divers pays illustrèrenl par leur savoir et leur sainteté , et j'aurai saos doute occasion de vous faire remarquer les services que, par leurs travaux de diffërens genres, les moines de ce temps-Ii rendirent aux nations de l'£urope. \ I Un changement non moins remarquable, mes eafans, s'était accompli vers la même époque dans la capitale de l'empire. Les souverains de Conslantinople , quoiqu'ils fussent, en effet, les successeurs d'Auguste, et prissent encore le titre d'empereurs romains, différaient des premiers Césars par un grand nombre d'usages toutà-fait inconnus à l'ancienne Rome.
Un riche manteau de pourpre, une longue robe blanche, des brodequins rouges brodés d'or et de pierreries, et une coiffure élevée semblable à la tiare des rois de Perse de l'antiquité formaient leur costume ordinaire, sous lequel il était impossible àe reconnaître la simplicité de la toge ro-
placé le latin de la république et de Tem pire, et c'est pour cela qu'on donne le plus souvent aux princes de Constantinople le titre d'empereurs grecs , qui leur était mieux approprié que celui de romains.
En même temps leurs armées ne comp-^ taient presque plus de soldats nés dans les provinces de l'empire, et la plupart de ces légions qui avaient porté si loin jadis la gloire des armes de Rome , ne se composaient que d'étrangers ou de barbares , qui , attirés par Tappât de riches récompenses , venaient vendre aux Grecs leurs services et leur sang , comme autrefois les mercenaires de Garthage ^ qui mirent cette république à deux doigts de sa perte. Aussi ces hommes grossiers et avides de pillage étaient-ils plus redoutables à l'empire qu'aux ennemis qu'ils étaient chargés de combattre. Plusieurs chefs de ces mercenaires furent n&éme portés au trône par le câprier à^ \«v5l\% soldats^ et Léok T* , qui Tèçcv^vV. V Cj^'sv-
stantinople lorsqne l'empire d'Occideat fut renversé sous Âugustule, fut surnommé risATJHiEN , parce qu'il sortait des rangs d'une troupe nombreuse de la nation Isaurienne , originaire d'Asie , à la-* quelle était confiée à cette époque la garde de la capitale. \
Si TOUS avez sous les yeux cette carte de l'ancien monde qui a été dessinée pour que vous puissiez y suivre les histoires que l'on vous a déjà racontées, rien ne vous sera plus facile que de bien connaître la position géographique de cette grande ville de Gonstantinople , située sur l'étroit bras de mer qui sépare l'Europe de l'Asie; ce bras de mer est divisé en plusieurs bassins auxquels on donnait autrefois le nom de Propontide et de Bosphore TiE Thrace 5 et il forme la seule communication qui existe entre le Pont-Euxin ou mer Noire et la Méditerranée.
Cette capitale, qui renfermait alors une
/jopu\ai{on deux fois plus considérable
r que celle des plus grandes v\V\cs c\w^ ïvqus
connaissions aujourd'hui , sans en excepter même Londres et Paris , était ornée d'une multitude d'édifices remarquables, dans lesquels Constantin et ses successeurs s'étaient efforcés de surpasser la magnificence de Rome elle-même. Les cités et les temples de la Grèce et de l'Italie, par Tordre de ces princes, avaient été dépouillés des plus riches ornemens que tant de siècles y avaient entassés , et l'on avait vu en peu d'années la nouvelle ville de Con* stantin se remplir de statues précieuses en bronze et en marbre , représentant les dieux et les héros de l'antiquité ; un vaste cirque réservé aux courses de chars et de V chevaux, auquel pour cette raison on donnait le nom grec d'HiPPODKOME , avait été décoré d'une admirable colonne de cuivre représentant trois serpens entrelacés^ cette colonne ^ avait été enlevée au fameux temple de Delphes, où l'on assure qu'elle avait fait partie des présens offerts par Thémistocle à Apollon , après la. dé.faite des Perse$ à Salamme* QjaaXx^ âckSs-
1 o CONSTANTINOPLE.
vaux de bronze, attribues à un fameux sculpteur grec, qui pendant long-temps avaient fait l'ornement de l'élégante Corinthe, avaient été également transportés sur Tune des places publiques de Constantinoplc, et je serais fort aise que vous gardiez le souvenir de ce monument, parce que vous en entendrez sans doute parler dans d'autres circonstances, où vous verrez qu'ils semblent toujours destinés à devenir le prix de quelque victoire.
De toutes parts dans cette nouvelle capitale du monde, s'élevaient des obélisques de granit et de marbre, des théâtres, des aqueducs, des portiques, des églises , des bains publics , dont les plus célèbres étaient ceux de Zeugippe, que Constantin lui-même s'était plu à embellir , et enfin plus de quatre mille maisons non moins remarquables par leur élégance que par leur somptuosité.
Mais de tous les monumens dont cette rWe c^/êArepouvaits'enorgueilUr, ilu'y en
avait pas de plus magnifique que Iffgrande église de Sainte -Sophte , fondée par Constantin , et enrichie par sa mère , Timpératrice Hélène. Plusieurs des empereurs qui lui avaient succédé l'avaient égale- . ment embellie , et rien n'égalait la splendeur de cet édifice : ses murailles revêtues de jaspe et de porphyre, sortes de pierres polies qui offrent le mélange des plus belles couleurs \ ses cent colonnes de marbres apportés des différens pays du monde ; ses huit dômes y espèce de toits ar« rondis en boule , surmontés d'une longue flèche , qui s'élevaient à une grande hauteur; son pavé de mosaïque, c'est-^-dire formé de tout petits cailloux de différentes nuances , rapportés les uns aux autres, et représentant les tableaux où les plus admirables . effets de la peinture étaient surpassés, faisaient de cette église une véritable merveille. C'était sur le sommet du dôme le plus élevé que les empereurs grecs avaient placé utv^ vcglmense croix d'or que Von açeve^si^^
ï 2 CONST ANTINOPLE .
une diilance prodigieuse, et celte vasU cathédrale eût suffi pour illustrer la vill de Constantin , et faire respecter di monde entier la religion chrétienne, à la quelle elle était consacrée.
Tant de richesses de tout genre accu mulées dans ce seul monument, étaien encore surpassées pourtant par la somp tuosité qu'étalait de toutes parts la cou des empereurs. Un immense palais situ entre Thippodrome et la cathédrale d< Sainte-Sophie , était ente ^iré de jardin délicieux qui descendaient en terrasse jusqu'au* rivage de la Propontide. On ] voyait répandus avec plus de profusioi que de bon goût, le marbre et le porphyre, les diainans et les pierreries d( toutes couleurs, les étoffes les plus rare:
et les plus magnifiques , les métaux les plu! précieux , des tableaux , des statues , e enfin un nombre infini de mosaïques. Au près de la salle où les empereurs rece vaient du haut de leur trône les ambassadeurs étrangers y on remarqu^U d^xxxUont
CONSTANTINOPLE. i3
de grandeur naturelle, qui roulaient leurs yeux d'émeraude et de rubis , et rugissaient comme de véritables bétes féroces , tandis qu'à câté d*eu}[^s élevait un arbre également d'oc, sous le feuillage duquel semblaient s'être réfugiés une multitude de petits oiseaux artificiels, dont chacun faisait entendre le ramage particulier à son espèce. De moelleux tapis de laine et de soie couvraient les marbres sur lesquels on marchait , et les vétemens des moindres valets de ce palais étaient d'une richesse si remarquable que , lorsque quelqu'un d'eux, portant uiie longue robe de fioie brodée d'or ou d'argent se montrait à cheval dans les rues de Gonstantinople , les enfans qui les voyaient passer s'écriaient qu'ils avaient vu des rois.
i4 LE ROYAUME DES OSTROGOTES.