DE CHARLEMAGNE
àTinstant même en langue romane aux guerriers franks qui l'entouraient.
. En entendant cette promesse de leurs princes, les deux armées, après avoir fait éclater mille transports de j oie ^ se livrèrent à des j euxbruyans en signe d'allégresse; et Lothaire , perdant alors tout espoir de réunir désormais sous son sceptre tous les Etats deCharlemagne, consentit enfin à ne plus exiger que ses frères se soumissent à son obéissance. Ce premier partage de l'empire d'Occident fut réglé par une convention, connue daàs L'histoire sous le nom de Traité db Verduit, parce qu'elle fut conclue dans la ville de France que l'on nomme ainsi , et je dois vous faire remarquer que ce fut la première atteinte portée à cette vaste puissance , et le signe certain de sa prochaine dissolution.
En effet , moins de cinquante ans après la bataille de Fontanet , quoique deux em-^ pereurs de la famille de Gharlemagne eussent encore réuni dans cet esçacedfc\««s^'îi toutrOccident sous leur àoxa\T\^>Àow ^ V»
ai a LES PETITS-FILS, clc.
démembrement commencé par le traité de Verdun se trouva entièrement achevé ^ et Cqaklbs-le-Gros , que vous apprendrez à connaître dans une autre histoire , fut le dernier prince français qui ait été décoré du titre impérial. Les États de Charlemagne formèrent alors sept royaumes différons, sur plusieurs desquels j'aurai des récits à vous faire ^ ce furent ceux de France, de Navarre, de Provence, de Bourgogne, d'Allemagne., d'Italie et enfin celui de Lorraine, que Von nommait alors LoTHAuiiiGiÀ ou {o pays des enfans de Lo* thaire.
Vous ferez bien d'apprendre à connaître , sur une carte géographique > la posi* tion de ces différons États , dont plusieurs subsistent encore aujourd'hui, et dont d'autres, ont été le théâtre des événemens que je ne tarderai point à vous raconter.
LES ROIS DE MER. ai 3
Depuis Tan 787 jusqu'à Tan 870.
Il n'y avait pas encore bii^ long*temps que le3 Anglo-Saxons (c'est le nom que Ton donne aux conquérans germains de l'iU de Bretagne) avaient fondé l'heptarchie, lorsque de^ prêtres chrétiens^ envoyés par un pape nommé Grégoiee III , après avoir traversé Içs Gaules , arrivèrent en Angleterre V où ik entreprirent de convertir les Saxons à la religion chrétienne. Le chef de ces prêtres , dont le nom était Augustin 9 sans se laisser rebuter par la difficulté de se faire entendre par un peuple dont le langage lui était inconnu , parvint à déterminer à recevoir le b^i^Vray&Mwx^x
de Kent nommé Ethelbeet, dont rexemple fut suivi par un grand nombre de ses sujets. En quelques années, la Northumbrie et les autres États de rbeplarchie embrassèrent également le chr,istiapisme ; el Augustin^ pour prix de ses travaux, ayant reçu le titre d'évéque/se fixa dans la capitale du royaume d'Étbelbert, nommée Càntorbéry , c'est-â-dire là cité des hommes de Kent, et à cause de cela, la dignité d*évéque de cette ville dont il fut revétn devint la j)rémière de TEglise saxonne.
Cependant la religion chrétienne , qui enseigne la douceur et la charité, en ôtant un peu de leur rudesse aux mœurs grossières que les Saxons avaient apportées de Germanie , commença bientôt à leur faire connaître les avantages d'une vie paisible et régulière ^ au lieu de continuer à se livrer aux violences ordinaires aux peuples sauvages , ils prirent la coutume de former des assemblées^ auxquelles ils donnèrent le nom de Wittehàgemot , c'est-à-dire ]e conseil des sages^, o\iVçï?i ^fÀ^^xscc^deleui
LES ROIS DE MER. ai 5
nation , appelés thàiies , rendaient la justice à ceux qui venaient se plaindre.
Or un jour, comme si l'Angleterre eût été continuellement destinée à voir des étrangers y exercer de nouveaux ravages, il arriva que trois vaisseaux , montés par des hommes inconnus , mais parlant une langue presque semblable à celle des Angles et des Saxons, abordèrent une des côtes de l'ancienne Logrie. Le thane le plus voisin ayant Toulu connaître à. quelle nation appartenaient ces étrangers et ce qu'ils demandaient , s'avança au-devant d'eux escorté d'une suite peu nombreuse ; mais ces inconnus, sans répondre à ses questions^ se précipitèrent sur lui , et l'ayant tué , ainsi que la plupart de ceux qui l'accompagnaient, se répandirent danses environs, qu'ils dévastèrent -, après quoi , se rembarquant précipitamment , ils disparurent , avant que Ton eût pu découvrir de quel pays ils étaient veixus.
Maintenant , il faut que je vous dise que ces pirates ou brigands de me^Y , ^^\ wv
ai 6 LES ROIS DE MER.
devait bientôt connaître en Â'hgleterre, étaient des Daivois, peuple habitant les îles et les bords de la Baltique , d'où vous avez vu , dans l'histoire romaine , qu'étaient sortis les Goths , les Visigoths et les Gépides. Ils étiiîent donc, cotnttxe ces peuples, d'origine teutonique \ ils adoraient les divinités Scandinaves dont parle la mythologie, qui vous a sans doute été racontée il y a peu de temps , et leurs mœurs n'étaient pas moins barbares que le culte cpi'ilstendaient à ces dieux sauvages.
Couverts de vétemens de peaux de chèvres grossièrement travaillées , et dont les longs poils leur paraissaient un ornetnent on les voyait sur de légères embar cations à deux voiles , que d*habiles x\ meurs fais^iient glisser sur la mer, s'avè turer dans de lointains et pénibles voyag Ils appelaient cela suivre la route des gnes, parce que ces sortes d'oiseaux, sont aussi originaires du Nord , passa ainsi à leurs yeux sur les flots pour se rfre , à I'approc\\e de YVvvveT^ ^^Tv^\»f
mats moins rigoureux de l'Europe occidentale.
Chez ces peuples grossiers , où la navigation n'était qu'un jeu d'adresse pu d'intrépiditë , celui qui, debout sur les rames d'un navire que les matelots agitaient en cadence, y conservait autant d'aplomb que sur le terrain le plus solide, ou qui lançait et "recevait alternativement de la même main trois flèches à la hauteur du pluslong mât de leurs barques , celui-là , mes enfans, passait pour avoir plus de mérite que tous s€^ compagnons, qui s'empressaient de le choisir pour guide dans leurs courses les plus lointaines et les plus hasardeuses, et lui donnaient le titre de Roi de mer.
Vous ciroirez aisément qu'une dignité qui s'acquérait ainsi par des tours d'adresse et de force, trouvait bien. des concurrens; aussi chaque troupe de brigands danois avait-elle son roi de m6r, avec lequel elle entreprenait des expéditions sur les côtes de la mer du Nord et de la Baltique.^
ai8 LES ROIS DE MER.
Dans ce temps-là , le plus fameux des rois de mer était Ràghenae-Lodbroo , c'està-dire Raghenar au pantalon de cair, parce qu'il portait comme les simples matelots danois une sorte de vêtement de ce genre en peau de chèvre à longs poils. Ce chef barbare n'avait pas seulement mérité soo élévation par ses tours de force pendant ses voyages ; mais , lorsqu'il s'agissait de combattre et d'exterminer les peuples dont il ravageait le pays , Lodbrog se faisait encore remarquer par son courage et sa férocité. Les habitans de la Saxe , d^a Frise et des côtes de la Germanie l'avaient va plus d'une fois abordant leurs rivages, y porter le pillage et la dévastation, et plusieurs autres rois de mer étaient venus se ranger sous ses ordres. \
Lodbrog avait entendu raconter dans sa jeunesse que des Saxons, en peu de jours de traversée , avaient rencontré jadis une lie fertile où ils s'étaient établis , et comme les Scandinaves méprisaient les peuples
ureiiement couverVi^ a\x OExtvètàaiû&me ,
LES ROIS DE MER. 2x9
qu'ils regardaient comme les indignes descendans de la grande race teutoniqae , il résolut de suivre la même route et de tenter la même fortune. Quoique déjà avancé en âge , il fit construire deux vaisseaux , qu'il appela ses chevaux de mer, plus longs que ceux dont les Danois se servaient ordinairement 'dans leurs courses, et choisit pour l'accompagner les plus intrépides guerriers de sa nation.
Maintenant il faut que je vous dise que, chez tous les peuples du Nord, c'était Tu- 9age, avant de rien< entreprendre, de demander les conseils de leurs femmes , qui passaient, dans leur esprit, pour savoir prédire l'avenir. Lodbrog , pour se conformer à cette coutume, au moment de s'embarquer consulta, sur l'issue de son voyage, sa femme AsslaNga , dont les avis lui inspiraient ordinairement la plus grande confiance.; mais celle-ci, quoique accoutumée à le voir s'exposer à tous les périls de la mer et des combats , ne fut pas maitresse cette foisd'une trislQ^%e\{lNÀ^wV^\s^^
et le supplia avec larmes de ne point aller en Angleterre, l'assurant qu'un pressratiment secret l'avertissait que ce voyage ne pouvait manquer de lui être funeste.
Lodbrog l'écouta d'abord avec attention, car il respectait , comme tous les Danois, les paroles des femmes; mais bieiitât, s'abandonnant à toute l'ardeur dé son courage, il chassa cette incertitude d'un moment, et ayant sauté' sur un de ses navires, il ordonna qu'on lâchât la bride à ses grands chevaux de mer.
Si vous aviez quelque idée , mes jeunes amis, des difficultés sans nombre qui fout de la navigation un art fondé sur une foule de connaissances sérieuses, telles que l'astronomie, les mathématiques et la géographie, vous ne seriez point étonnés d'ap* prendre que Lodbrog et ses compagnons, livrés sur des mers inconnues à leur seul courage , se trouvèrent bientôt en grand danger de périr. En approchant des rivages de l'Angleterre, leurs longs vais-
uXf ne pouvant voçaet smx \«& €k;^u
LES RdiS DE MER. aai
comme les barques légères que leurs rameg mettaient en mouvement , se brisèrent' contre les rochers qui défendaient les côtes de*la Northumbrie , et l'intrépide roi de mer, suivi de ses compagnons , qui s'étaient sauvés à la nage ^ n'eut d'autre moyen de salut que de s'avancer dans ce royaume , portant partout sur leur passage la dévastation , et mettant en fuite les An* glo-Saxons , épouvantés de l'apparition de ces étrangers.
Cependant le roi des Northumbriens, qui dans ce temps-là se nommait OElla, ayant appris le petit nombre d'ennemis qui osaient s'aventurer dans son royaume, réunit en toute hâte une armée, et marchant aussitôt à la rencontre des* Danois, leur livra une bataille sanglante. Lodbrog , enveloppé dans un manteau que sa femme Âsslanga lui avait donné , pénétra quatre fois l'épée à la main dans les rangs des Saxons, dont il fit un horrible carnage; mais enfin, accablé par b nombre y couvert de bles^ut^^^ ^X «^\«i
aaa LES ROIS DE MER.
avoir vu périr tous ses compagnons, il tomba vivant encore au pouvoir de ses ennemis.
Plus la terreur que le chef danois avait jetée parmi les Northnmbrieixs avait été grande , plus la vengeance qu'OEUa voulut en tirer fut horrible , espérant , par un tel exemple , effrayer les barbares qui pourraient être tentés de le suivre en Angleterre. L'infortuné Lodbrog, malgré ses cheveux blancs et ses glorieuses blessures, fut condamné à périr dans un cachot rempli de vipères et d'autres bétes venimeuses^ mais pendant cet affreux supplice, qu'il supporta plus long-temps qu'un autre homme, tant son corps, naturellement robuste, était encore endurci par l'iiabitude de la douleur et du travail , le courage du vieux roi de mer ne se démentit point un instant. On dît même qu'au milieu des souffrances inouïes qui le déchiraient, il fit entendre un chant funèbre où il se plaisait à rappe- 1er les principaux exç\o\\& à.^ ^ N\ft ^ <î& ^
<îlait un usage chez les nations du Nord , où les guerriers , certains après leur mort d'être reçus dans le Walhalla d'Odin, souriaient à l'approche de leurs derniers momens, et expiraient sans laisser échapper un seul cri de détresse.
Ce chant lugubre de Raghensr-Lodbrog fut long-temps fameux parmi les peuples teutoûiques , et les guerriers danois 9 penchés sur les rames . de leurs navires, ou se préparant à combattre leurs ennemis, s'excitaient, en le répétant, à venger le supplice de ce chef célèbre.
Cependant le bruit de la mort terrible de Lodbrog , en parvenant jusqu'au pays des Danois , devint pour eux le signal d'une guerre acharnée contre les Saxons de l'Angleterre. En moins d'un an, les trois fils du prince barbare, non moins intrépides que leur père , et de plus affamés de vengeance , ayant rassemblé huit rois de mer, qui étaient leurs parens ou leurs amis, et une foule de soldats de leur nation, se présenlèrenl VovA.'^^wscç^::^^'^
iî24 L£S ROIS DE MER.
une multitude de barques devant les rivages de la Northumbrie , qu'ils envahirent avant même que les Ânglo-Sazons eussent pu se préparer à la défense. Le roi Œlla, tombé vivant entre leurs mains, périt dans des supplices, encore plus affreux que ceux qu'il avait infligés à Raghenar, pendant que les royaumes de Mer^ cie et d'Est-Anglie , ravagés par d'autres bandes , passaient entièrement sous la domination des Danois, qui s'y établissaient.
Par cette invasion^ il ne resta plus dans toute l'Angleterre que le seul royaume de West-Sex, séparé des barbares par la Tamisé et la Saverne, sur lequel la race saxonne continua de r^ner ; mais il s'en fallait encore de beaucoup , comme vous allez voir, que les princes de cette nation fussent les maîtres de ce débris de leur ancienne puissance.
ALFRED-LE-GRAND. 2a5
ALFRÈD-LE-GRAND.
Depuis l an 870 jusqu'à Tan 900.
Dans le temps que les Danois envahissaient ainsi la plupart des états de l'ancienne heptarchie , le roi des Saxons de Touest se nommait âlfaed; dans sa jeunesse, ce prince avait fait plusieurs voyages à Rome et en Italie , d'où il avait rapporté parmi ses sujets du West-Sex, un grand nombre de connaissances précieuses 9 dont ceux-ci étaient loin d'apprécier le mérite^ mais la science et la politesse ne convenaient point encore aUx Saxons, chez qui la rudesse de leurs ancêtres était à peine effacée, et sous prétexte qu'un prince savant devait manquer de i^urage, parce que les gaet\\ct% ôkfc ^^>x^
2a6 ALFRED-LEt-GRAM).
époque étaient grossiers et ignorans , ils prirent en haine leur roi Alfred : mais nous verrons bientôt combien cette haine était injuste 9 puisque ce fut au contraire à l'intrépidité autant qu'à la prudence de ce prince, qu'ils furent redevables de leur salut.
Ce reproche de science adressé par les Saxons à leur monarque, mes jeunes amis , qui vous surprend sans doute aujourd'hui que tout le monde reconnaît les avantages d'une bonne éducation , cessera de vous paraître étrange, lors<^ue vous saurez qu'à cette époque le monde entier, livré aux ravagés des barbares ou à des guerres cruelles, avait vu s'éteindre la plupart des connaissances qui avaient illustré les beaux siècles de Rome et de la Grèce. Les chefs des nations nouvelles, entièrement adonnés à la guerre , avaient des mœurs trop rudes pour chercher à s'instruire , et si quelques moines de France et d'Italie n'eussent cherché à recueillir les débris des ^tusvsca Vvim
grecs et latins , l'Europe entière serait retombée dans une barbarie complète , dont les travaux de TEglise chrétienne purent seuls la préserver. Il faut même remarquer que jusqu'à Cbarlemagne, et même long-temps après, les prêtres et les moines, auxquels on donnait le nom de clercs, c'est-à-dire de savans, étaient les seuls qui sussent lire et écrire , mais que tous les autres hommes de ce temps dédaignaient des connaissances, qu'ils croyaient bonnes tout au plus pour ceux qui n'avaient pas la force et le courage de soulever une épée, ou de manier un cheval de bataille.
Cependant le généreux Alfred , à l'approche des Danois , faillit • être victime de l'éloignement que son peuple avait manifesté contre lui ^ vainement il appela les tbanes et les autres Saxons à la défense de leur pays ; aucun d'euxne réponditàson appel, et tandis que ce vaillant prince redpublait d'efforts pour sauver les derniers débris de la puissance saxoniv^* %^^^c!^\^
consternés se soumettaient aux barbares , et préféraient un honteux esclavage à des combats glorieux. Mais la Providence avait sans doute permis ces revers pour faire connaître la grande âme du rot des Saxons 9 et la gloire qu'un règne paisible ne lui eût pas permis d'acquérir , ce fut aux épreuves d'une cruelle adversité qu'il en fut redevable.
Après avoir inutilement tenté le sort des armes , avec un petit nombre de soldats fidèles , contre les bordes danoises qui avaient franchi la Tamise , et ravageaient les campagnes du West-Sex , Alfred ayant congédié ses derniers compagnons, découragés par tant de défaites, résolut d'attendre un temps plus heureux pour sauver l'Angleterre , si l'Angleterre pouvait être sauvée.
Tandis que ce qui restait encore de généreux Saxons cherchaient un refuge, ceux-ci dans le pays de Galles , ceux-là de l'autre côté des mers, dans celui des BretonSj Alfred seu\ el âiè^wvi^ ^wi& les vête-
mens les plus obscuts , se retirait dans les plus pauvres chaumières de son royaume, où il n'avait garde de se faire connaître , de peur que quelque traître ne découvrit sa retraite aux Danois , qui le cherchaient de tous côtés pour le ^aire mourir. Ses armes étaient le seul hièn qui lui restât , mais il les réservait soigneusement pour le temps où îl pourrait combattre de nouveau les ennemis.
Un jour , ayant demandé l'hospitalité à la femme d'un berger des montagnes , il profitait de ce moment de repos pour mettre la corde de son arc en état de lui servir , lorsque la villageoise , tout occupée de ses soins de ménage , le chargea de retirer des galettes de farine d'orge , qu'elle avait mises à cuire sous la cendre ; mais à peine cette bonne femme eut-elle le dos tourné , que le roi oublia sa recommandation, et laissa brûler les gâteaux qu'elle lui avait confiés. ^ A son retour, rhotesse voyant tout soh régal gâté , se mit fort en colère, et reç^tocVi^wV Anx^-
a3p ALFRED-LE-GRAND.
ment à Alfred sa distraction , elle lui dit dans son indignation , que sans doutô il eût été plus habile à manger les gâteaox qu'à les faire cuire. Le roi sourit de ces reproches, qu'il reconnut avoir mérités, mais il se garda bien d'imposer silence à cette commère , de peur de laisser soupçonner quel pouvait être 9on rang.
N'était-ce pas un speetacle bien' frappant et bien extraordinaire , mes enfans, que celui d'un prince généreux et vaillant , obligé de se soumettre à toutes les privations d'une si misérable existence, pour attendre le moment où il pourrait reparaître avec éclat, et montrer enfin aux Danois que leur plus dangereux ennemi n'avait fait que sommeiller.
Cependant les Saxons, depuis qu'ils s'étaient soumis aux hommes du Nord, avaient appris à regretter le temps où ils vivaient paisiblement sous le gouvernement de leur rpi Alfred, qu'ils croyaient mort ou perdu pour l'Angleterre. Chaque JMir les barbares imi^vXo^^l^ks leur eide-
vaient leurs bœufs ou leurs chevaux , brisaient leurs charrues ou les forçaient de s'y atteler eux-mêmes , en les frappant rudement comme des bétes de somme; la misère et l'indignation des pauvres caïApagnards était au comble , et ils ne ces<saient de faire des vœux secrets pour qu'un secours , qu'ils n'osaient plus espérer ni de Dieu ni deâ hommes , vînt mettre un terme à leurs souffrances.
C'était précisément ce qu'attendait Alfred pour se montrer, et rallier autour de lui tout ce qui restait encore de courageux Saxons dans la vieille Bretagne. A cet effet il avertit secrètement quelques thanes dont la résolution lui était connue , et leur assigna un rendez-vous ài jour fixe , pour qu'ils s'y réunissent en armes avec les paysans de leurs anciens domaines , afin d'assaillir les Danois. Mais avant de tenter pour la dernière fois le hasard d'une bataille, le roi résolut de pénétrer lui-même dans le camp des ennemis^ sous le costume d'un BÂRPEy sorte de chanteurs (\\si ew KTw^^r-
!k32 ALFR£D-L£^RA]MD.
terre, à cette époque^ avaient coutume de parcourir lés campagnes et de réciter , en s'accbmpagnant d'une petite harpe, l'histoire des anciens rois du pays. C'était par ces bardes, connus de tout temps en Angleterre , que s'était perpétué le souvenir des exploits. du roi Arthur, que les gens ignorans attendaient encore comme un libérateur , lorsque depuis plusieurs siècles il avait cessé de vivre.
Or^ je dois vous dire que ces bardes, dont le peuple anglais écoutait totijours les chansons avec plaisir, étaient également bien reçus dans toute la Bretagne , sous le toit de chaume du paysan , sous la tente du soldat, et dans le palais des rois. Les plus célèbres de ces musiciens voyageurs étaient les bardes écossais , qui, dans leur langue gaélique , racontaient les aventures surprenantes de Fihgàl et d'OssiAN , anciens rois des montagnes de FAlben , qui , suivant une tradition accréditée parmi ces nations sauvages, crojaient, à travers \e& \msv£&.Wd& de
ALFRED-LE-GRAND. a33
leurs lats et de leurs vallées , voir glisser les ombres de leurs aieux morts sur les champs de bataille , et distinguer le bruit des armes et les cris des combattans dans les mugissemens des tempêtes. Une sorte de respect religieux environnait les bardes, qui seuls appre.naient ainsi aux peuples l'histoire de leur pays , et. les Danois euxmêmes , tout barbares qu'ils étaient, n'auraient point osé porter la main sur ufi seul d'entre eux.
Ce fut donc sous le costume de l'un de ces musiciens qu'Alfred , portant une petite harpe , pénétra dans le camp des ennemis; pour ne point leur inspirer de défiance, il leur fit entendre d'abord des chants guerriers , que ces hommes du Nord écoutèrent avec tant de plaisir, qu'après les lui avoir fait répéter plusieurs fçis au milieu de leur cercle , ils le conduisirent en triomphe sous la tente de leur roi, nommé Gotbrum, pour qu'il Tenlendit à son tour. Ce Gotbrum n'était qu'un soldat farouche eV çco^^'îvKt^ 's^^
voyant autour de lui les Saxons soumis et consternés, croyait n'avoir plus rien à craindre de cette nation asservie. U écouta aussi avec plaisir les chants du barde étranger, et le retint même pendant plusieurs jours auprès de lui pour Tamuser de ses chansons, qu'Alfred avait le talent de loi rendre agréables par sa présence d'esprit et sa gaité.
Vous jugez bien , mes enfans , que le chef barbare était loin de soupçonner que ce barde inconnu, qu'il accueillait sous sa tente pour se désennuyer, n'était autre que le prince saxon qu'il avait cherché si long-temps pour le faire mourir. Mais le temps que celui-ci passa dans le camp des Danois ne fut pas perdu pour ses desseins, car il en profita pour connaître le nombre de leurs soldats , et lorsque le jour du ren* dez-vous qu'il avait assigné à ses thanes fut arrivé , il s'échappa adroitement de l'armée ennemie, et rejoignit les siens, qui
'attendaient avec impatience.
■ La Jbataille qui s'et\ç^a^Çi^ \^ X^xÀ^TûaMi
ALFRED-L&GRÀ7ÏD. 2|35
fut sanglante et terrible , et les Danois surpris de voir une armée saxonne se lever devant eux , sans qu^ils eussent seulement soupçonné son approche , furent entièrement mis en déroute. Leur chef Gonthrum , vaincu , se soumit à recevoir le baptême ; la plus grande partie de son armée dispersée tomba sous les coups des Saxons, qui s'étaient soulevés de toutes parts en apprenant le retour de leur roi, et Alfred, surnommé le Gîland , moins à cause de cette victoire , que de la prospérité qu'il fit renaître en Angleterre par sa sagesse et ses vertus , eut là gloire d'avoir sauvé le West-Sex de. la domination d& ces étrangers.
Cependant , mes jeunes amis , il ne faut pas croire que cette victoire délivra pour toujours l'Angleterre des invasions des hommes du Nord; après la mort d'Alfred, de nouvelles hordes danoises vinrent assaillir à diverses reprises l'ile de Bretagne; et ce ne fut qu'après plus de cent cinquante ans de guerres eV de lasiîîsvevs^'î*'
236 ALFBED-LE-GBAND.
comme vous le -verrez plus tard , que Teutons, chassés d'Angleterre par un derniers successeurs saxons de ce gr prince, cessèrent entièrement d-y ezei des ravages. ^ .
LES EMPEREURS D'ALLEMAGNE. a37
Depuis Tan 888 jusqu'à l'an 968.
Il n'y avait guère plus de vingt ans , mes enfans, que la faiblesse de Charlesle-Gros avait mis fin au second empire d'Occident , lorsque les princes de la famille de Gharlemagne, que l'on appelait les Karoliugs, c'est-à-dire les fik de Charles, cessèrent aussi de régner sur la Germanie ; le dernier des rois germains de cette race illustre se nommait Louis IV ou l'Eu- FAUT, parce qu'il fut le quatrième prince de ce nom depuis Louis-le-Débonnaire , et mourut avant d'avoir atteint l'âge d homme*
Dans le temps précisément que les divers états dont je vous ai parlé se formaient des débris de l'empire d^i^^'^t^^^^
238 LES EMFEREUBS D'AIXEMAGE
chacun de ces royaumes eux-méme tait divisé en un certain nombr petits états , que l'on désignait par 1 nomination de duchés on de comtés, qu'ils appartenaient à des ducs ou .
comtes. Dans le principe, ces seignei furent autres que d'anciens che£ guerre, auxquels les empereurs 01 rois avaient confié leurs provinces à vemer, et qui s'en étaient rendus pc seurs pour leur propre compte ; que fois aussi c'étaient des évéques ci abbés de iqpnastères , enrichis des t et des maisons que les princes e hommes puissans de cette époque et dans l'usage de donner aux églises e abbayes, en expiation de leurs pé< mais bientôt tous ceux qui posséderai petit château bâti sur une colline .
monté de tourelles , et entouré d'épj murailles ou d'un fossé profond , devii les maîtres des campagnes, et se r ^rent comme les véritables souve pays environnant. \3t\^\v^\\:^>îs
ce genre suffisait pour rendre un seigneur redoutable à dix lieues à la ronde , parce que de là il pouvait à son gré faire ravager par ses soldats tous les environs , et chaque paysan , pour se faire l'ami d'un voisin si formidable , venait lui offi*ir humblement une partie de la récolte de son champ, pourvu qu'il voulût bien le laisser jouir du reste , sans brûler sa chaumière ou enlever ses bestiaux.
Vous apprenez peut-être avec étonnement, mes jeunes amis, qu'il y eût alors des seigneurs assez méchans pour se faire craindre ainsi des pauvres campagnards , qui ne leur faisaient aucun mal^ mais votre surprise cessera lorsque je vous dirai qu'à cette époque , où tous les hommes étaient rudes , .grossiers , ignorans , et passaient leur vie à guerroyer, la raison du plus fort était toujours la meilleure, et que pour ce motif chacun était forcé de chercher un appui auprès de celui qui pouvait le protéger. Ainsi , de même que le paysan offrait à son seiguewt ww^'Ç'^'^'^^
a^o LES EMPEREURS D'ALLEMAGNE.
de sa moisson pour qu'il lui en laissât le reste , te seigneur qui ne possédait qu'un petit château et une faible troupe de soldats mal armés , priait son Tobin qui possédait une forteresse et un grand nombre d'hommes couverts d'armures de fer, de no pas l'abandonner, lorsque ses ennemis Tiendraient ravager ses terres; de sorte que chacun s'adressant ainsi à celui qui pouvait lui prêter aide et assistance , il en résulta bientôt que tous les seigneurs du même royaume se trouvèrent liés entre eux par des obligations mutufslles, c'est-àdire que le fort s'engagea à protéger le faible , et le faible à se soumettre à la volonté du fort, lorsqu'à son tour celui-ci l'appellerait à le servir.
Ce fut en France que Ton vit d'abord s'établir ce nouvel ordre de choses, qui reçut le nom de féodalité , parce que la FÉAUTÉ ou fidélité aux cngagemens réciproques devint le premier devoir que chacun eut h remplir . ParA^Xes V^^'Si ^V» V^^sk-^^^ ies hameaux, se lTOUNete\v\\À^xvV^V\w*Nw^
entre une ^multitude de seigneurs, grands ou petits, qui vivaient tous aux dépens des marchands ou des laboureurs de leurs donfiaines , dont ils se disaient les maîtres^ et auxquels ils donnaient le nom de serfs ou d'esclaves. Le duc ou lé comte assez puissant pour que d'autres seigneurs vinssent solliciter son appui , portait le titre de SUZERAI19 , et ceux qui lui étaient soumis prenaient celui de vassaux.
Lorsqu'un vassal venait faire hommage à son suzerain , è'est-à-dire s'engager à le servir et à l'aider suivant la coutume féodale , il ployait un genou devant lui en signe de soumission, et plaçait ses deiix mains dans les siennes, pour faire connaître qu'il renonçait à faire usage de sa force sans sa permission.
Après la guerre et le brigandage , qu'ils préféraient à toute autre occupation , les seigneurs féodaux , retirés dans leurs sombres châteaux forls , n'avaient cas de hjIvsa grand plaisir que la chasse , ^^Va.qî^.^'^'^ se livraient de différeule^ tsvw£vv^^e.%-
a4a LES EMPEREURS D'ALLEBIAGIŒ.
La plus agréable , parce qu'elle se faisait sans danger, était celle du Faucon , espèce d'oiseau de proie que Ton parvenait à dresser à la poursuite des autres oiseaux, qu'il prenait au vol, et rapportait tout Tivans à son maître. Les dames de ce tempslà prenaient elles-mêmes un grand plaisir à cette chasse du faucon , qu'elles suivaient des yeux en parcourant les campagnes, montées sur des chevaux élégans y et suivies de pages et d'écuyers.
La chasse aux bétes fauves, dont presque toutes les forets de l'Europe étaient peuplées à cette époque, présentait plus de périls , et à cause de cela même* plaisait davantage à ces rudes batailleurs , qui la regardaient comme une image de la guerre.
Aussi était-il interdit aux vilains^ c'est-àdire aux campagnards, de nourrir des faucons et d'entretenir des lévriers, espèce de grands chiens si légers , qu'en trois ou quatre bonds ils prenaient un lièvre à la course \ ce plaisir était entièrement réservé aux seigneurs, qui^d^us c;^x\a\\ï^^^%m^ême,
punissaient de mort l'audace d'un chasseur qui aurait tué sur leurs terres un cerf ou un sanglier. Cette passion pour cet exercice convenait à des hommes d'une humeur turbulente et guerrière, et voilà pourquoi il n'est pas rai*e de voir sur d'anciennes tapisseries des cavaliers représentés leur faucon sur le poing , et des lévriers courant devant eux.
Pendant que les mœurs féodales s'établissaient ainsi en France sous les successeurs de Charlemagne , l'Italie et la Germanie cpmmençaient aussi à les voir se répahdre; ce dernier pays, particulièrement ^ se trouva partagé entre quatre princes qui prirent le nom de ducs de Fraicconie , de Saxe , de Bavière et de
SOUABE ou ThURINGE.
Si vous avez bonne mémoire , mes enfans , vous n'aurez point oublié , sans doute , ces terribles Huns au visage aplati et à la tête carrée, qui, sous la conduite d'Attila, exercèrent de si affreux ravages dans l'empire rom^vti ^^wv"^ ^^^
vous Tai raconté dans une autre histoire.
Eh hien , tandis que les derniers Karolings régnaient en Allemagne, de nouvelles troupes de harbares de la même origine, auxquels on donnait alors le nom deMAD- GiÂREs ou de HoiTGROis , envahirent l'Allemagne , ritalie et même une partie de la Lorraine et de la France, où ils accomplirent d'horribles dévastations. Les peuples et les rois de ces diverses contrées , après avoir essayé vainement de les combattre, furent réduits, pour les apaiser, à leur offrir des richesses de toute espèce que les barbares acceptaient , mais qui ne les* empêchaient pas de continuer leurs ravages.
Tant que la famille de Charlemagne avait régné sur la Germanie , les ducs allemands , par respect sans doute pour la mémoire de ce grand homme, s'étaient soumis sans murmure à leur obéissance^ mais lorsque , par la mort de Louis4'£nfant , cette race auguste se trouva éteinte, ces seigneurs , se voyant exposés sans chef wcursions des Iloivgto\% ^ résolurent
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de placer Tun d'entre eux sur le trône , et de se séparer pour toujours des Karolings de France, qui n'étaient plus assez forts pour les défendre. Le choix de la nation germanique assemblée pour nommer un roi tomba sur Othon , duc de Saxe , qui était, dit-on, le petit-fils du fameux Witikind^ mais ce prince s'excusa sur son grand âge de ne pouvoir accepter la couronne qu'on lui offrait, et proposa de la céder au duc Conrad de Franconie, qui consentit à la recevoir. Cette sage modestie du duc saxon n'empêcha point pourtant sa famille de parvenir bientôt au trône *, car peu de temps après le roi Conrad étant mort, le choix des Germains se réunit sur Henri , fils d'Othon , qui fut surnommé l'Oise* LEUR , parce qu'il était à la chasse à l'oiseau, lorsqu'on vint lui apprendre que la couronne de Germanie lui appartenait.
Henri-l'Oiseleur, par son courage et son habileté , établit sa puissance sur les divers éLats qui formaient alors la nation germanique; il comballVl ^ovv^xs&KOJkSS'^^-
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les Slaves et les Hongrois, et prépara, par rëilat de son règne, celui de son fib OthonP', surnommé le Grand, qui éleva si haut la gloire de la maison de Saxe, l'une des plus illustres de l'Europe.
Dans ce temps-là , mes bons amis , l'Italie présentait aussi le spectacle de grands déchiremens et de guerres sanglantes. Depuis la chute du second empire d'Occident , la couronne de fer avait été possédée successivement par des chefs lombards connus sous le nom de marquis de FRiouLCt DE Spolete , auxquels Charlemagne avait autrefois confié la garde de quelques petits états situés sur la frontière de l'Allemagne et de l'Italie , car ce titre de marquis signifiait , en langue tudesque , comte des frontières.
L'un de ces princes, appelé Bérev- GER P', avait pris le titre de roi de Lomhardie et même celui d'empereur, qu'il méritait par son courage et ses vertus, mais vaincu d'abord par les Hongrois sur les
^rds de la Bremta , TivièYe ôilXsàÀfe cç;i\^
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jette dans la mer Adriatique , il avait vu se tourner contre lui la plupart des seigneurs de son royaume, qui croyaient sans doute, comme beaucoup d'hommes , que le malheur est un signe de faiblesse ou d'incapacité. Cette fois , au contraire , la fortune se déclara pour l'empereur italien, qui usa noblement de sa victoire en pardonnant à ses ennemis ; mais , comme vous allez voir, il périt bientôt victime de sa générosité.
Un seigneur lombard, nommé Flambert, que Bérenger avait comblé de faveurs , et ^ dont il avait même tenu l'un des enfans sur les fonts de baptême, gatgné par les ennemis de ce prince, eut l'ingratitude de concevoir le dessein de donner la mort à celui dont il n'avait reçu que des bienfaits.
L'emperfeur, informé par un avis certain du compl(ft de ce méchant , n'aurait eu qu'un mot à dire pour le faire saisir et mettre à mort par ses gardes, mais croyant sans doute Flambert incapable d'accomplir
le crime gu'il avait proj^lè/A\^^^^Y^^^
24 s LES EMPEREURS D'^LLEBfAGNE.
dans un cabinet de son palais de Yërone, qu'il habitait alors, et, après lui avoir rappelé leur ancienne amitié, il lui représenta toute l'horreur du meurtre dont il s'était chargé ; puis, imitant la clémence d'Auguste envers Cinua , il lui présenta une coupe d'or, qu'il le pressa d'accepter : « Que cette coupe , lui dit-il , soit (( entre nous le gage^d'une réconciliation a sincère , et qu'elle vous rappelle cha- « que fois que vous en ferez usage , l'affec- (( tion de votre empereur et le pardon qu'il « vous a accordé. » Flambert demeura confondu en entendant ce langage, mais il avait l'âme trop scélérate pour apprécier tant de générosité , et il ne sentit pas en lui-même le regret d'avoir menacé les jours d'un si bon prince.
Le soir même de cette scène , l'empereur-, au lieu de se retirer, comme de coutume , dans les appartemens de son palais, où il dormait ordinairement entouré de ses gardes, voulut aller coucher pour cette
JLdans un pavillon \soVè au \xv\Vv^>\ de ses
jardins, dont il éloigna même les officiers attachés à sa personne, pour montrer à tout le monde qu'il ne conservait aucune défiance. Le sommeil de cet homme vertueux fut paisible , comme l'est toujours celui que procure une bonne conscience , tandis que l'ingrat qu'il venait d'épargner passa sans do^ute une nuit agitée par le trouble qui précède et qui suit toujours une mauvaise action.
Le lendemain, à la pointe du jour, comme l'empereur sortant de son pavillon se rendait à l'église, Flambert se présenta sur son passage, suivi d'une troupe ar-> mée, et au moment où le prince s'avançait vers lui pour l'embrasser, l'infâme lui porta un coup de poignard qui le jeta sans vie sur la place.
Un crime si atroce ne demeura pas impuni , comme vous pouvez croire , et le meurtrier périt peu de temps après misé-^ rablement ^ mais les Italiens reconnurent bientôt le malheur d'avoir perdu cet excellent prince^ lorsqu'un duc d^^QM\%^^^
aSo LES EBfPEREURS D'ALLEMAGHE.
nommé Hugues, qu'ils avaient appelé i régner sur eiux, fit peser sur la^Lonîbardie une épouvantable tyrannie, dont plusieiin des principaux seigneurs , quelques é? iques, et une multitude d'autres pers(Hines devinrent les victimes^
Réduits à recourir à des étrangers pour mettre fin à leurs misères, les peuples dltalie tournèrent leurs regards et leun espérances vers le puissant Othon, qui venait de remporter une victoire éclatante sur les Hongrois, aux bords du Legh, l'un des fleuves d'Allemagne, et d'arrêter pour toujours les ravages de ces barbares , qui, après s'être soumis à recevoir le baptême, se fixèrent enfin dans l'ancienne Dacie , à laquelle ils donnèrent le nom de Hongrie, que cette contrée a toujours porté depuis. Othon , à la prière des Lombards , entra en Italie à la tête de son ar mée victorieuse , et après avoir été couronné , à Milan , roi de Lombardie , par le pape Jean XII , qui régnait alors , il recul peu de temps aptes , ^^ ^om^ ^ Va. dlçiit^
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impériale, qui, depuis ce temps, n'a jamais été séparée de la couronne de Germanie.
Il faudra donc remarquer, mes jeunes amis, que ce fut Othou-le-Grand qui réunit le premier le titre d'empereur à celui de roi des Germains , et ne pas oublier que c'est de cette époque que date l'existence de l'empire d'Allemagne, qui est encore à présent l'un des plus puissans de l'Europe. > .
a 5 a LES NORMANDS EN ITALIE.