‹ L'histoire du moyen âge racontée aux enfansChapitre 4 sur 22 · LE ROYAUME DES OSTROGOTES · texte numérisé non relu

LE ROYAUME DES OSTROGOTES

laine et d'en fabriquer des étoffes pour les vétemens de leurs maris et de leurs fils :

a Madame, ajouta-t-ilavec noblesse, mais « eu même temps avec respect, votre gloire ft est attachée à la mienne ; on sait que vous a êtes la mère de Théodoric , et c'est à moi « de prouver que je suis digne d*étre votre « fils. »

Après ces mots il retourna à la tête de ses troupes, et engagea une terrible bataille, dont le succès fut vivement disputé. Il y eut même un moment où le& Ostrogoths , presque défaits et entraînant leur roi lui-même , allaient chercher un refuge dans leur camp, lorsque la mère de Théodoric^ s'avancant au-devant des soldats , ranima leur courage par les reproches généreux qu'elle adressa aux fuyards, qui, ralliés par ce prince, retournèrent au combat et remportèrent une victoire complète. Peu de temps après y Odoacre lui-même tomba au pouvoir du vMwqueur, qui eut la cruauté de le faire

LE ROYAUME DES OSTROGOTES, ai

poignarder dans un festin où il Tavait fait asseoir à ses côtés, et lltalie entière se soumit à.Théodoric.—

Dès ce moment , mes enfans j le roi des Ostrogoths cessa de mériter le titre de barbare, que les Grecs et les Romains donnaient indistinctement à tout ce qui n'était pas né comme eux sous le beau ciel de la Grèce et de Tltalie ; et le meurtre du malheureux Odoacre fut presque la dernière action cruelle qu'on put reprocher àTHÉoDO&iG. Ce fut encore àRavenne qu'il établit le siège de sa puissance , mais il défendit expressément qu'on portât la ihoindre atteinte aux monumens dont l'ancienne Rome était ornée ; il ordonna qu'on entretint avec le plus grand soin les murailles et les édifices , et interdit aux babitans de cette cité d'en détacher une seule pierre pour construire leurs demeures , comme cela s'était vu fréquemment sous les derniers empereurs. Dans le même temps , il faisait bâtir à RaveauA ^ à Vérone, â Pavie et dans çVasvfivix^ «»xx^^

sa LE ROYAUME DES OSTROGOTES.

villes d'Italie, des bains, des aqueducs, des portiques et des palais , et c'est à son règne que l'on a fait remonter Tusage de Uarcbitecture gothique , dont il existe encore aujourd'hui un grand nombre de monumens dans presque tous les pays de l'Europe.

Cette architecture, mes jeunes amis, à laquelle la nation des Goths a donné son nom , est bien dijBTérente de celle en usage jusqu'à cette époque parmi les Grecs et les Romains. Au lieu de ces épaisses mais élégantes colonnes , habilement cannelées ou arrondies , dont le chapiteau , c'est-àdire le sommet , était orné de sculptures représentant des feuillages , des têtes d'animaux ou d'autres genres d'agrémens , et soutenait des voûtes somptueuses et de majestueux portiques , les édifices des Goths se distinguaient par des colonnes minces et déliées qui, réunies en faisceaux, s'élançaient hardiment dans les airs, et semblaient supporter sans effort des arceaux terminés en poinle, ^wiLc^eU on

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donne le nom cI'ogites. Les ornemens des édifices gothiques sont formés de légères découpures, et leurs tours carrées, quoique souvent élevées à une hauteur prodigieuse, sont entièrement à jour comme de jolis châteaux de cartes ou des dessins de den* telles. Si vous voulez vous faire une idée de ces différens genres de constructions , rien ne vous sera plus facile que de comparer les riches cotonnades du Louvre ou du Panthéon de Paris, tout-à-fait semblables à ce que Tart des Grecs a produit de plus parfait, avec les voûtes hardies de la grande église de Notre-Dame, dont une multitude de colonnes élancées soutiennent les arcades immenses. ^,

Dans le même tenips que Théodoric embellissait ainsi les principales villes de l'Italie, il rassurait les pauvres habitans des campagnes, en leur donnant les moyens de cultiver leurs champs , sans éprouver la crainte de voir les Goths s'approprier leurs moissons. De leur coté , ceux-ci ^ «avil-^ quels i] avait distribué une parue à^isVctv^s»

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du pays, étaient devenus laboureurs et bergers , et quoiqu'il leur eût ordonné de se tenir toujours prêts à se réunir autour de lui pour former son armée, ils commençaient à apprécier* les douceurs d'un genre de vie auquel ils avaient été étrangers j usqu'alors. Théodoric, à qui Ton a donné aveô juste raison le surnom de Grand, parce qu'il fit de grandes choses , était ainsi parvenu au comble de la puissance et de gloire ^ lorsqu'il mourut dans un âge encore peu avancé, accablé, dit-on, du remords d'avoir fait périr, dans un instant dq colère , deux des plus illustres Romains de ce temps ^ dant il avait jusqu'alors honoré le savoir et les vertus. Boêce et Sym- MAQUE (c'étaient les noms de ces deux nobles personnages) , ayant eu le malheur d'écrire à l'empereur de Constantinople , pour le prier de protéger la religion catholique , que le roi des Goths , qui avait embrassé Tarianisme, paraissait prêt à persécuter, Théodoric , indigné , ordonna qu^ils fassent mis à morl, twi\% peu de

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temps après, il regretta amèrement son in* justice, et Ton assure qu'à ses derniers momens il croyait voir devant ses yeux la figure vénérable de ses deux victimes.

Il y eut pendant le règne de ce prince un moment où la nation des Ostrogoths parut près de rétablir l'empire d'Occident, que leurs ancêtres avaient renversé cinquante ans auparavant : leur puissance s'étendait depuis la Méditerranée jusqu'au bord da Danube , et comprenait une partie de la Gaule et de Tllalie*, tandis que les Visigoths, sur lesquels régnait Amalarig, petit-fils de Théodoric, étaient les maîtres de l'Espagne et de la Gaule jusqu'à la Loire; mais cette restauration de l'empire écroulé était réservée à d'autres mains , et la race gothique ne devait faire que passer sur l'Europe.

a6 LES VERTS ET LES BLEUS.

Depuis Tan 5^6 jusqu'à Fan 532.

On vous a si souvent raconté, dans les autres histoires, avec quelle ardeur les peuplel de la Grèce et de ITtalie se portaient en foule aux fêtes d'Olympie et aux jeux du Cirque, que vous ne serez point surpris sans doute de retrouver cette passion pour les jeux publics chez le peuple de Constantinople , où les empereurs avaient favorisé ce goût par la construction de rhippodrome et de plusieurs théâtres. Je vais, à ce propos, vous raconter une histoire qui vous fera voir quelle était encore la fureur des Romains d'Orient pour ces sortes de spectacles.

Vous vous souvenez peul-èlte d'avoir

lu daus l'histoire de Tibère que lorsqu'à Rome on célébrait les courses de chars dans le Cirque , les cochers qui les condui3aient se distinguaient entre eux par des costumes de diverses couleurs , au moyen desquelles il était aisé de les reconnaître. Ainsi l'un portait un vêlement blanc , l'autre un vêlement rouge ; celui-ci était couvert d'une casaque verte , celui-là d'une casaque bleue. Chacun des spectateurs prenait parti pour la couleur qu'adoptait son cocher favori , et le vainqueur était couvert ,des applaudissemens forcenés de ses partisans. Les bleus et les verts surtout $e partageaient la faveur populaire, et il arriva de là que bientôt toute la populace de Rome se trouva divisée en deux partis ennemis que Ton désignait par le nom de la couleur qu'ils avaient choisie. Des empereurs eux-mêmes encouragèrent celte folie ^ mais je vous ferai remarquer que ce furent précisément les plus méchans de tous, c'esl-àdîre Cali^ula, NéroD , Commode ^'^^ëCvi-

gabale, qui joignaient Textravagance à ta cruauté, tandis qu'au contraire Trajau, Marc-Aurèle et Antonin auraient rougi de se prononcer dans ces méprisables querelles.

Quoi qu'il en soit , la même manie passa de Rome à Constantiuople; plusieurs sou^ verains de cette nouvelle capitale imitèrent les Césars , leurs prédécesseurs , et ces empereurs se déclarèrent pour les bleus ou pour les verts , selon qu'ils y trouvaient un avantage.

L'empereur qui régnait alors en Orient se nommait Justiniezt^ il était né d'une famille de soldats , sur les bords, du Danube, et son oncle Justin, qui, d'abord simple garde de l'empereur Zenon , s'était élevé jusqu'au trône de Constantinople , avait été forcé, par l'aJBFection de la populace, de lassocier à l'empire. Justinien n'était point un prince méprisable -, il avait de grandes qualités, du savoir et de la prudence^ mais, pour se concilier la faveur du peuple y il s'était prononcé cour le

parti des bleus, qui, se croyant tout permis dès qu'ils eurent placé un empereur sur le trône, ensanglantèrent chaque jour les rues de Constantinople par leurs crimes et leurs désordres. Armés de poignards à double tranchant , ces misé* râbles, qui portaient un costume particulier, pour .se distinguer entre eux, se répandaient pendant la nuit dans la capitale , où souvent des citoyens paisibles étaient égorgés dans leurs maisons et jusque dans les églises.

Puisque je viens de nommer Justinien , qui une fois, revêtu de la pourpre impériale aurait bien voulu pouvoir réprimer la scélératesse des bleus, il faû^que je vous raconte l'histoire de Timpératricc Théodobà , femme de ce prince , qui était simplement la fille du gardien des bétes féroces que Ton nourrissait pour les combats du Cirque. ^

Dès sa plus tendre enfance, cette jeune .fille, douée d'une beauté remarc^aoLbl^ ^ araîi été accoutumée par ses^«LT«i\s"^x£i^w-

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ter sur le théâtre pour ramusement da peuple. Comme elle n'avait aucun des talens que Ton exigeait des comédiens de ce temps V c'est-à-dire qu'elle ne savait ni danser, ni chanter, ni jouer de la flûte, on lui avait appris à faire devant la populace mille grimaces et mille boufibnneries , comme vous en avez peut-être vu faire quelquefois aux paillasses de la Foire ou des boulevards de Paris. On dit même que lorsque celle petite Théodora, enflant ses joues, se plaignait, par des gestes comiques, des coups' qu'elle feignait d'avoir reçus, elle semblait si plaisante aux portefaix et aux matelots de Consta/ttinople (gens , à la vérité, peu délicats en matière de goût), que les éclats de rire et les applaudissement de cette multitude semblaient ébranler les murs du théâtre.

Personne ne se gérait douté alors, n'estil pas vrai , que celle petite comédienne deviendrait un jour une puissante impé- Jmtrice? et cependant ce fu\ ee cfi\\w\^T-

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riva par un de ces étranges caprices de la fortune qui n'étaient pas impossibles dans un temps où les empereurs eux-mêmes étaient pris quelquefois dans les rangs les plus obscurs. A la vérité si , à Rome , le césar Néron n'avait pas rougi de monter sur le théâtre, et de forcer même des sénateurs et de nobles dames romaines à se donner en spectacle à la multitude , jamais encore on n'avait vu de comédien s'élever jusqu'à la pourpre. La mère de Justin ien et l'impératrice Euphémia, sa tante, veuve de Justin , le supplièrent vainement de ne pas placer cette comédienne sur le trône de Constantin -, le nouvel empereur fut inflexible, et la belle Tbéodora prit place sur le trône d'Orient, où elle vit bientôt des ambassadeurs ^ des évoques et des généraux se prosterner à ses pieds et solliciter humblement la faveur de baiser le bas de sa robe. Son nom fut réuni à celui de l'empereur dans les sermens publics que les magistrats ordonnaienl Àf^N^wV^x»^ tribunaux f et J 'arrogante \xaçèt«AxvifeV^

jeter un regard de mépris sur la populace qu'elle avait si souvent amusée de ses bouffonneries. Ceux qui avaient le malheur de lui déplaire furent exposés aux plus grands dangers , et il arriva plus d'une fois qu'elle fit expirer sous le bâton ou plonger dans d'humides cachots creusés sous son palais , les infortunés auxquels il était échappé un seul mot qui rappelât son ancienne condition.

A la vérité cette femme bautaim et cruelle était douée de plusieurs qualités qui lui avaient assuré une grande puissance sur l'esprit de son époux. Pendant une fête solennelle qui se célébrait dans l'hippodrome en présence de Justinien lui-même, une violente sédition ayant éclaté par suite d'une querelle entre les verts et les bleus , l'empereur voulut en vain interposer son autorité entre ces forcenés , et ce fut contre lui-même que toute leur rage se tourna.

£n ua ÎDStatit un immense incendie al- Juipé par les rebelles dèNot^L ^xvàewc^

quartiers de Constantinople *, la grande église de Sainte-Sophie , les bains de Zeucippe , l'hippodrome , un hôpital avec tous les malades qu'il renfermait , une partie du palais impérial , devinrent la proie des flammes \ les soldats de l'empereur furent égorgés par les révoUés partout où ils furent rencontrés , et la sédition dura cinq jours entiers, sans que personne pût arrêter les niassacres et le pillage. Cette épouvantable émeute est désignée par les historiens sous le nom de Nirà (ce qui veut dire en grec : sois vainqueur) parce que ce mot fut le cri de ralliement des factieux.

Tout à coup au milieu de ses fureurs la populace se souvint d'un homme appelé Htpàtivs , qui était le neveu d'un ancien empereur, et résolut de renverser Justinien du trône pour y placer ce pauvre homme qui se tenait caché dans sa maison, de peur que les rebelles ne l'obligeassent à marcher avec eux ^ mais ils l'en tirèrent de force malgré ses prières et les ^le\XT% àa ^aL^K^L-

me , et le transportèrent sur une place publique , où un homme du peuple , le proclamant empereur 9 lui plaça sur la tête en guise de couroune un riche collier de perles.

Cependant la terreur était au comble dans le palais, tous les moyens de résistance semblaient épuisés , et Justinien consterné au milieu de ses courtisans, avait déjà fait disposer des vaisseaux qui , du pied de l'escalier du palais , pouvaient le transporter avec sa famille et ses trésors en un lieu de sûreté , lorsque l'impératrice Théodora montrant seule du courage dans un moment où les guerriers les plus généreux semblaient avoir perdu toule énergie : « Non » , s'écria-t-elle avec emportement en s'adressant à l'empereur, «c César , ce n'est point par la fuite que K doivent se sauver ceux qui ont régné ^ c( nous sommes tous en naissant condam- (( nés à la mort, mais jamais, lorsqu'on a « porté une couronne , on ne doit survivre i( un seul jour à l'empire : quant à moi ,

«je mourrai avant de cesser d'être saluée <( du nom de reine. »

Ce langage inattendu d'une faible femme changea toutes les résolutions de Justinien , et l'empereur, reprenant courage , donna Tordre à ses généraux de réunir les débris des troupes, pendant qu'il faisait rappeler secrètement aux chefs des bleus l'ancien attachement qu'ils lui portaient. C& moyen lui réussit mieux que tous les autres : la fureur populaire s'apaisa^ comme la mer après une violente tempête. Hypatius et quelques uns de ses parens , lâchement abandonnés par ceux mêmes qui l'avaient arraché de sa maison , furent précipités dans la mer :

trente mille personnes de la faction des verts furentimpitoyablcment égorgées dans l'hippodrome embrasé , et Justinien dut la conservation de son trône et de sa vie à la fermeté de cette Théodora , qu'il n'avait pas craint d'élever jusqu'à la pourpre, malgré les rumeurs de lowxVexwçvc^»

BELISAIRE.

Depuis l'an 532 jusqa*à Tan 565.

JusTiBiEir était encore occupé à réparer les désastres de l'épouvantable révolte que je viens de tous raconter , et de rétablir plus magnifiques que jamais la cathédrale de Sainte -Sophie , Thippodrome et les autres édifices incendiés , lorsqu'il résolut de profiter d'un momept où l'Orient parabsait respirer après une $\ violente se* cousse, pour reprendre aux Vandales cette vaste portion de l'Afrique que ces barbares avaient autrefois arrachée à l'empire.

Je ne sais si vous vous souvenez encore

d'avoir lu dans une autre histoire , que

^es Vandales étaient une de ces nations

lavages qui , du temps à^ Y^xsv^^t^wv

Valens , envahirent le territoire romain , et le déTastèrent.Ces peuples , qui tiraient leur origine des contrées qu'habitent aujourd'hui les^ Tartares répandus sur une partie de Tempire de Russie , étaient , au moment de leur invasion en Occident, les plus grossiers de tous les barbares, et c'est pour cela que le mot Vandalisme exprime depuislong-temps dans notre langue la rage de détruire, dont ils paraissaient possédés.

Néanmoins lorsqu'après avoir saccagé Rome sous la conduite de leur roi Gensérie , ils «urent traversé rapidement les Gaules et l'Espagne , pour aller se fixer sar la côte septentrionale de l'Afrique, leurs moeurs farouches parurent s'adoucir par la douceur d'un climat auquel ils n'étaient point accoutumés. Renonçantpromptemçnt aux habitudes de leur vie pauvre et errante , et adoptant pour vétemens de longttfs robes de soie traînantes à la manière des Orientaux , ils contractèrent aussi ,, leurs goûts de luxe et de bonne cKàt^ ^ et ne ressemblèrent bienl6l \i\w% «w ^xsl-

cune façon à ces sauvages soldats que les déserts glacés de l'Asie avaient vomis sur TEurope. La ville deCarthage, rétablie par Jules César, était devenue la capitale de leur empire africain , et Gélimer, qui , du temps de Justinien , régnait sur ces conquérans efféminés ^ passait sa vie dans de délicieux jardins, entouré d'une foule d'esclaves magnifiquement parés , qui par une musique douce et des danses langoureuses , amusaient les loisirs de leur maître.

Ce fut à ces vainqueurs si rapidement dégénérés de l'Afrique, que Justinien.se proposa d'enlever cette fertile province de l'ancien empire romain; mais comme il n'était plus d'usage que les souverains de Constantinople quittassent leurs palais pour aller combattre les barbares, il confia à Bélisàire , l'un 4es plus habiles généraux qui aient jamais existé , le soin de cette guerre et une armée formidable , que plus de si§ cents vaisseaux transportèrent ea peu de temps du port de B^iAuee sut le

rivage africain , presqu'aux mêmes lieux où autrefois^ Scipion rAfricain avait été chercher Annibal avant la bataille de Zama.

Bélisaire , comme ia plupart des guerriers de cette époque , n'était point né Romain^ il avait vu le jour dans les montagnes de Thrace , qui, dans l'ancien temps, avaient fourni d'intrépides soldats à Alexandre-le-Gmnd, et, depuis cette époque, des empereurs à Rome, car vous pouvez vous souvenir que le farouche Galérius , qui força son collègue Dioclétien à perse-* cuter les chrétiens , était aussi Thrace de naissance. "

Bélisaire, dont le nom est un des plus glorieux de l'histoire, n'avait conservé de son origine barbare que le courage militaire et la fermeté^ il avait rendu de grands services à l'empereur dans la terrible émeute des verts et des bleus , en exterminant la plus grande partie des rebelles, et avait mérité par son intrépidité et. sow dévouement toute la con&aiiCe àfc'iwSfcVi.-

4o BÉLISAIRE.

nien. Les talens et le courage da général répondirent parfaitement à l'attente du prince, et en peu de mois le royaume des Vandales fut entièrement détruit, leurs armées mises en fuite, et leur roi Gélimer conduit captif à Constantinople , où Justinien voulut qu'il entrât chargé de fers devant Bélisaire, auquel il apcorda les honneurs du triomphe, spectacle rare pour le peuple de cette capitale, depuis les longs refers de l'empire romain.

Mais Bélisaire , dans cette circonstance, n'eut pas besoin que l'esclaTe assis derrière le triomphateur lui rappelât la fragilité des honneurs du monde , car il donna de luimême un exemple de modestie que je vous engage à ne point oublier : il refusa de monter sur le char magnifique que l'empereur lui avait fait préparer, et aima mieux entrer dansConstantinople, à pied, à la tête de son armée, que de s'offrir en spectacle à la multitude, entouré d'une pompe qui aurait pu blesser les regards de ^mpn maître.

BÉLISAIRË. 41

Cette modestie de Bélisaire , mes jeunes ami» 9 doit nous donner une bonne idée de son caractère et de ses talens , car cette vertu n'appartient qu'au vrai mérite, et la vanité est la preuv^ certaine d'un esprit étroit et d'un cœtflPjpeu généreux.

Je dois vous dire à ce propos que cette conduite honorable de Bélisaire lui fut peut-être aussi dictée par la connaissance qu'il avait du caractère jaloux de l'empereur ] et en effet , depuis cette époque , on remarqua que Justinien témoigna moins d'affection à ce général, et quoiqu'il continUâià profiter de ses talens, ni lui ni Tbéo^ dora ne purent lui pardonner le dernier éclat qu'il venait de répandre sur les aigles romaines.

Cependant la conquête de l'Afrique n'était pas la seule que Justinien allait devoir à ce grand capitaine , dont la gloire l'importunait malgré lui. La Sicile et, l'Italie, que les Gotbs se disputaient avec acharnement depuis la mort du. ^t^xA Théodoric, oâraient à Vemç^tewc ^^^-

4 a BÉLISAIRE.

une occasion trop favorable pour qu'il ne se hâtât pas de^a saisir. Le royaume desOstrogoths fut ébranlé par la seule apparition de Bélisaire, et ce héros allait achever de l'accahier, lor^auele jaloux empereur, pour luiarrachHn'honneurde ce nouveau succès , le rappela à Byzance sous un prétexte honorable, et lui donna pour successeur en Italie un des plus vieux domestiques du palais de l'impératrice, nommé Nar- SES, qui acheva sans peine ce que Bélisaire avait si glorieusement commencé. Rien n'eut été plus aisé à ce noble capitaine, à la tête d'une armée victorieuse et dévouée que de refuser d'obéir^ mais il ne mit pas un seul instant en balance son devoir comme soldat et son intérêt personnel, et rapportant dans le palais impérial les immenses trésors qu'il avait enlevés aux Goths , il conduisit captif aux pieds de Justinien Vitigès , le dernier successeur de Théodoric,

Un second triomphe qui eût achevé d'irriter jf'empereur, ne £wV ^ouv\. \fe y^vx.

de ces nouveaux services-, mais Bélisaire en fut bien dédommagé par le respect et l'admiration que le peuple ne cessait de témoigner à sa vue chaque fois qu'il se montrait en public. Doué d'une taille élevée et d'une figure majestueuse, sa douceur et l'affabilité de ses manières ajou- ^ taient encore à la gloire de ses conquêtes. Les ennemis même qu'il avait vaincus chantaient ses louanges. Pour la première fois depuis de longues années , les armées romaines avaient retrouvé sous son commandement cette exacte et sévère discipline qui avait fait leur force au temps de la république *, leur passage n'était plus marqué par des dévastations , et ses victoires avaient cessé d'élre une calamité pour les peuples qu'il soumettait.

Mais pendant que ce grand homme , en butte à la jalousie dont Justinien n'était plus le maître, recevait ainsi du monde entier les plus glorieux témoignages d'estime qu'un guerrier puisse obtenir^ des dangers imprévus meu^çvîv^wXV ^va^\^^ ^^

côlé de rOrient , et de nouvelles nations barbares , originaires des confins de l'Asie , s'avançaient à peu de journées de Bysance, et bientôt après jusqu'aux portes de cette capitale effrayée.

Les Turcs , dont le nom se trouve ici pour la première fois dans l'histoire, 6i sur lesquels j 'aurai plus tard bien des choses'' à vous raconter, ayaieni passé l'Oxirs , l'un des principaux fleuves de la Haute-Asie , dont il vous sera facile de connaître la position sur une carte géographique , et chassant devant eux les Bulgares , peuple sau* vage qu'ils rencontrèrent sur leur chemin , ils avaient forcé ces barbares à se répandre dans r Asie-Mineure , et même au pied des murs de Gonstantinople , où les attirait la soif du pillage.

Bélisaire, alors parvenu à un âge fort avancé , après avoir employé sa vie entière au service de Justinien , sans avoir pu désarmer la basse envie qu'il inspirait à l'em- /)ereur, avait depuis long- temps déposé son armure -, mais à la vue àe \a cou^Vw-

nation du peuple de cette grande ville , il consentit pour un moment à reprendre les armes et à sauver Tempire. Une armée rassemblée à la hâte et quelques centaines de vieux soldats accourus auprès de leur ancien général , étaient les seules forces que Bélisaire eût à opposer à l'armée bulgare , renforcée de celle des Perses y qui , depuis le cruel Sapor dont je vous ai parlé dans un autre livre , n'avaient pas cessé de combattre les Romains. Mais le nom de Bélisaire valait seul une armée ^ à son approche les ennemis se retirèrent presque sans combat , et G)nstantinople fut encore sauvée.

Il semble que tant de services proclamés hautement par la reconnaissance publique eussent dû mettre un terme à la haine de Justinien , chez qui la vieillesse n'avait point encore éteint les passions de son jeune âge , lor3qu'un complot formé contre la vie de ce prince par quelques mécontens , lui fournit un prétexte pour accabler l'homme o^v lui avait déroué toute son exi^V^Tic;^. ^^^^

saire fut accuse d'être entré dans ce complot , dont il n'avait seulement pas eu con* naissance ; et quoiqu'aucun de ses juges n'ajoutât foi à une pareille accusation , ce vieillard vénérable demeura pendant plusieurs mois prisonnier dans son propre palais. A la fin cependant , son innocence fut solennellement proclamée , ses honneurs lui furent rendus , mais il ne jouit pas long-temps de cette éclatante réparation, car il mourut au bout de peu de mois., après une carrière glorieusement remplie, mais cruellement troublée par l'envie que lui avait suscitée son mérite.

On vous a peut-être montré quelquefois, mes enfans , un tableau célèbre , qui représente ce grand homme aveugle, con« duit par un enfant et réduit à mendier son pain en disant : Donnez une obole a Bélisaire. La vue de ce tableau touchant est bien faite pour émouvoir la pitié , surtout pour ceux qui , comme vous , savent l'histoire de ce fameux général \ mais je i/o/s vous dire qu'heureusemeivV <i^ \aJù\ft3.u.

ne représente point la vérité , et que Justinien ne poussa pas Tingratitude jusqu'à faire crever les yeux au sauveur de son empire , et à réduire aux dons de la charité publique celui qui avait conquis les trésors des Vandales et des Ostrogoths.

Les dernières années de Justinien , qui ne survécut que quelques mois à Bélisaire , furent troublées par des calamités qui occasionnèrent une effroyable mortalité dans l'empire ; des villes furent renversées par df s tremblemens de terre ; la peste dépeupla des provinces entières , et des comètes , que les ignora ns ne manquent jamais de regarder comme des pronostics de malheur, vinrent mettre le comble à la ter-, reur des peuples. Cependant ce règne infortuné est une des époques les plus glorieuses de l'empire d'Orient,, et si ce prince ne fut que lé spectateur des conquêtes de Bélisaire et de Narsès , on ne doit pas oublier que ce fut par ses soins que l'on forma un recueil de lois romaines, que l'on a nommé le Code de Justibi^t* ^ ^V. ^"^ ^

48 BÉLISAIRË.

après avoir été perdu pendani plusieurs siècles , fut retrouvé par un heureux hasard en Italie, ainsi que je vous le dirai plus tard. c

Une conquête de cet empereur, qui est bien- préférable , selon moi , à toutes les victoires de ses généraux , est celle de cet insecte précieux , auquel nous de* Tons de beaux tissus que le monde entier admise ^ je veux parler du ver k soie , ce petit animal qui tire de ses intestins ces fils déliés que l'on a trouvé le moyen d'eip* ployer ensuite à la fabrication de tant d'étoffes élégantes. Jusqu'au règne de Justinien , le ver à soie , qui est <HÎginaire de la Chine, était inconnu dans la plus grande partie de l'Asie et dans l'Europe entière, et c'était de cette contrée éloignée que d«s marchands apportaient ce produit estimé , que , sous les empereurs ronnains , les plus grands personnages seuls employaient pour leur habillement.

Ce fut sous le règne de Justinien que ^f^oa découvrit que les obuîs Aw n^t ^^e ^

qai ne sont pas si gros que des têtes d'épingles, étaient très faciles à transporter d'un pays à l'autre , et bientôt l'Asie-M ineure et la Grèce virent éclore une quantité prodigi<!lise de ces insectes dont les produits devaient un jour enrichir des nations entières. Mais comme rien n'est plus curieux que de savoir comment on peut obtenir ces beaux fils d'un jaune d'or ou d'un blanc d'argent, que l'on teint ensuite en toute sorte de couleurs, je vais tâcher de vous l'expliquer le, mieux qu'il me sera possible.

Aux premiers jours du printemps de chaque année , lorsque les petites feuilles du mûrier blanc , qui sont la nourriture ordinaire du Ver à soie, commencent à paraître, on fait éclore au moyen d'une chaleur douce , les petits vers renfermés dans les œufs que l'on a recueillis Tannée précédente. Bientôt on voit ces insectes presque imperceptibles encore et d'une couleur grisâtre , s'agiter sur le papier où \\& V3s^ placés , et on se hâte de \es 'ço'àfc^ ^«w-

5o BÉLISAIRE.

cernent sur des feuilles de mûrier bien fraîches, qu'ils dévorent en peud'instans , et que Ton à soin de renouveler sans interruption.

En peu de jours vous v(Wis apercevez que le ver grossit presqu'à vue d'œil, se développe , et quelquefois parvient à la grosseur du petit doigt. C'est alors , mes enfans, qu'il faut redoubler de soins et d'attention pour ne point perdre le résultat de tout ce travail. Dans ce moment le ver est atteint de plusieurs maladies qui se manifestent successivement par des changemens de peau, et lorsqu'il a atteint toute sa grosseur, il se montre aussi blanc que le papier sur lequel nous écrivons; mais si dans cet intervalle il survient un orage, ou un changement de température trop subit, il n'en faut pas davantage pour faire périr tout ce petit peuple , que l'on a soin , dans nos climats , d'élever dans des chambres continuellement chauffées.

JEnBn le moment arrive oùV^n^t îisoîife

BÉLISA.IRE. 5i

veut commencer à filer ; on pose tout autour des corbeilles où il est placé de petites branches sèches, sur lesquelles il monte et s'attache par mille fils délicats , avant de s'entourer d'une espèce de coque légère, à laquelle on donne le nom de COCON : c'est de ces cocons dévidés ensuite avec soin, que l'on tire I9 soie.

Dès cet instant, ce travailleur infatigable cesse de manger, on Tentend distinctement nuit et jour s'occuper de son ouvrage jusqu'à ce qu'il Tait terminé, et lorsqu'on a cessé de l'entendre , il ne forme plus 'qu'une grosse chenille, qui ^ transformée en papillon , produit ensuite les petits œufs dont on tire au printemps la récolte de l'année suivante.

Rien n'est plus intéressant, je vous as^ sure , que l'ingénieuse et infatigable activité de cet utile insecte , qui est devenu , depuis cette époque , la source des richesses d'un grand nombre de villes des diverses contrées de l'Europe et de l'Asie ;^ les unes où l'on recueîWe Va. %ov^ ^ ^^^scçûî^

52 BÉLISAlRï:.

je viens de vous le dire, les autres où Ton a trouvé le moyen de la teindre des plus belles couleurs, et d'en tisser de riches étoffes. Ainsi les conquêtes de Justinien, ou pour mieux dire de Bélisaire, les somptueux édifices de Constantinople , et les spectacles splendides dontl'hippodrome fut le théâtre , n'ont laissé qu'un souvenir inutile , acheté au prix du sang de plusieurs millions d'hommes, tandis que la seule introduction du ver à soie dans l'empire d'Orient a suffi depuis tant de siècles pour faire vivre et prospérer dans tous les pays de l'Europe un nombre considérable d'ouvriers utiles et industrieux.

Depuis rân 565 jusqu'à Tan 578.

' Le successeur de Justinien fut un de ses neveux nommé Justin , que l'on a surnommé le Jeune , pour le distinguer de Justin4e-Vieux, qui le premier avait porté au trône de Bysance cette famille de Tbraces.

Lorsque ce prince parvint à la pourpre, Tempire, relevé un instant par les victoires de Bélisaire,. semblait menacé de nouveau par des dangers non moins effrayans que ceux dont il avait été tiré , et les derniers regards de ce grand capitaine auraient pu voir se lever au nord de l'Italie de nouveaux conquérans qui allaient arradier sans retour cette belle province aux empereurs de Con^VviTvVvuo^^-

Depuis le renversement du royaume des Ostrogoths, les provinces italiennes avaient été confiées par Justinien à un magistrat, qui, sous le titre d'EXÂRQUE , était chargé du gouvernement de cette vaste contrée. Le siège de ce magistrat avait été établi à Ra venue , et le premier revélu de cette dignité , que l'on nommait rKXÂRCHÂT , avait été Narsès , ce vieux do*mestique du palais que la faveur de Tbéodora avait placé à la tête des armées après le rappel de Bélisaire.

Narsès, quoiqu'il eût passé la plus grande partie de sa vie dans les appartemens de l'impératrice , à faire de la tapisserie ou à se livrer aux soins du ménage , cachait sous un corps frêle et une taille exigué, une âme forte et ambitieuse. Appelé tout à coup par un caprice de Justinien à remplacer le grand Bélisaire, il avait achevé rapidement la ruine des successeurs de Théodoric , et détruit pour

Jamais la puissance des Goths en Italie.

t^l^xarchat de Ravenne \v\\ çatvxv A^ciTvt

une juste récompense de ses services , et déjà parvenu à une extrême vieillesse, puisqu'il avait alors , dit-on , plus de quatre-vingts ans, il se flattait d'achever paisiblement ses jours dans le rang élevé où le représentant de l'empereur était placé, lorsque tout à coup il reçut de Justin-le-Jeune l'ordre d'abandonner sa dignité et de retourner à Gonstantinople, où l'attendaient comme autrefois les honneurs obscurs du palais de l'impératrice.

Narsès n'avait pas la générosité de Bélisaire : cette ingratitude du successeur de Justinien lui parut une mortelle injure ; il refusa d'obéir aux ordres de l'empereur \ et, résolu d'en tirer une vengeance éclatante , il tourna ses regards vers un nouveau peuple barbare qui , depuis que les Ostrogoths avaient abandonné la Pannonie sous le grand Théodoric, s'était rapproché du Danube, et semblait encore une fois prêt à fondre sur les provinces romaines.

Les hommes de cette nalion ipo\:\aA«v\\.\^

56 ALBOm, ROI DES LOMBARDS.

nom de Longobards ou Lombards , qu'ils avaient reçu , dit»on , à cause de la longue barbe qui les distinguait des autres barbares. Leur roi, nommé Alboi» , était un guerrier intrépide et féroce, dont les peuples sauvages avaient éprouvé la valeur long'temps ayant qu'il songeât à envahir l'Italie. L'histoire de cet Alboin me parait trop propre à vous faire connaître les mœurs des nouveaux conquérans de cette contrée pour que je n'essaie pas de vous la raconter.

Dans sa première jeunesse , Alboin ^ combattant sous les ordres de son père> l'un des principaux chefs ou , si vous l'aimez mieux, des rois de la nation lombarde,, avait rencontré et percé de sa lance dan»

une bataille le fils du roi des Gépides , qui lui disputaient quelques pâturages sur les bords du Danube. Tout fier de son triomphe, le jeune homme rentra au camp de son père , et s'approcha timidement de la table où, suivant la coutume despeu- ^fffesda Nordy on avait préparé \^Wxv^>\<iV.

qui suivait toujours la défaite de leurs ennemis.

Or, il faut que je vous dise que, parmi les Lombards , c'était Tusage , quel que fût d'ailleurs le mérite ou la valeur d'un jeune prince , qu'il ne pût s'asseoir au banquet de la victoire sans avoir été armé de la main d'un roi étranger , et lorsque le père d'Alboin l'aperçut , il lui rappela cette coutume, qui entretenait chez ces peuples un courage indomptable. Alboin se soumit aussitôt à cet usage , et prenant avec lui quarante des plus braves guerriers de sa nation , il se rendit hardiment dans le camp du roi desGépides, qui se nommait

TuRISUliD.

J'ai eu déjà plusieurs occasions , mes enfans, de vous faire remarquer dans vos lectures le respect que les anciens peuples professaient pour les droits de l'hospitalité, c'est-à-dire le bon accueil qu'ils ne manquaient jamais de faire aux étrangers qui venaient leur demander un asile. Dans heaud)ap de pays , les feramesk \fia '^w&S^.-

lustres se faisaient un devoir de laver elles-mêmes leurs pieds fatigués , et il n'y avait pas de crime plus odieux que celui de l'hôte qui attentait à. la vie ou à la propriété du voyageur qui était venu s'asseoir auprès de son foyer domestique.

Les Barbares eux-mêmes connaissaient cet usage et le respectaient,

Turisund , en voyant arriver sous sa tente le jeune Alboin , ne put se défendre d'un sentiment de douleur , car il n'ignorait pas que ce guerrier était le meurtrier du fils dont il pleurait la perte *, mais il sut maîtriser son ressentiment , et fit asseoir à sa table l'audacieux Lombard au milieu de sa famille.

Le repas fut triste à la vérité , car il y avait là le vaillant CuiiriMUND , fils aine de Turisund, qui supportait avec indignation la présence de cet étranger, et à côté de lui la belle Rosàmonde sa fille , qui ne pouvait retenir ses larmes en voyant près d'elle celui qui avait tué son oncle : malgré sespïeurSf Aosamonde éla\X encot^ éWouis-

santé de beauté, et le farouche Alboin luimême ne put s'empêcher d'être frappé d'admiration.

Mais voilà que tout à coup Cunimund lançant un regard terrible au prince lombard , et échauffé parle vin autant que par ses regrets fraternels : « Les Lombards, ditce il avec la rudesse d'un sauvage , ont la K figure et l'odeur des j'umens de nos plai- (( nés )) ; et en disant ces mots il regardait avec mépris les bandelettes blanches dont les guerriers à longue barbe avaient les jambes enveloppées.

Cette grossière injure devint le signal d'un combat terrible. Alboin et ses quarante compagnons tirèrent leurs épées ; mais malgré leur courage ils n'auraient pas tardé à être accablés par la foule des Gépides accourus au bruit, si le vieux Turisund, par respect pour l'hospitalité qu'il avait accordée au Lombard en le faisant asseoir à sa table, n'eût apaisé le tumulte; il ordonna aux Gépides de se relvir^v ^ ^\.

après avoir accordé à VimçTuàeaV lsJJc^w\

6o ALBOIN, ROI DES L0MBARI3S.

l'armure encore sanglante de son malheureux fils , il lui permit de s'éloigner suivi de ses compagnons. Le jeune homme sortit donc triomphant de cette aventure périlleuse , et hien des années encore après cet événement, les peuples du Rhin céléhraient par un chant barbare cette aventure du héros lombard.

/Peu de temps après avoir acquis par cet exploit un si grand renom parmi les tribus voisines 9 le jeune Alboin devint roi de sa nation , et son premier soin fut de faire demander en mariage la belle Rosamonde à Cunimund , qui lui-même avait succédé à son père. Mais le prince gépide n'avait point oublié qu'Âlboin était le meurtrier de son frère , et il rejeta avec mépris la demande du monarque lom* bard. Cette nouvelle insulte devint la

cause d'une guerre furieuse entre les deux nations , et dans une grande bataille qui décida du sort de la race gothique dans cette' contrée (car vous savez que les Gépides étaient aussi desiioVVvft^^ K\>ùovwVxî«.

ALBOIN, ROI DES TX)MBARDS. 61

de sa propre main le malheureux Cunimund , dont la mort entraîna la défaite de son peuple. La belle Rosamonde ellemême tomba au pouvoir du vainqueur ; mais au lien de la traiter en captive , il réleva sur-le-champ au trône, et lui donna le titre et les honneurs de reine. Nous allons voira présent ce qui résulta d'un mariage contracté sous de si tristes auspices^ Si vous avez lu la mythologie des Scandinaves, vous vous rappelez sans doute que la récompense des guerriers admis au Walhalla d'Odin était de boire l'hydromel dans les crânes de leurs ennemis. Or, les Lombards étaient d'origine scandi* nave; et quoique depuis plusieurs années ils se fussent convertis au christianisme , l'usage s'était conservé parmi eux de se servir de ces coupes affreuses dans les festins auxquels ils aimaient à se livrer. Alboin, fidèle à cette coutume nationale , fit faire du crâne de Cunimund une coupe qu'il réserva pour les grandes cécé^ monies. , '^

6a ALBOIN, ROI DES LOMBARDS.

Ce fut précisément dans ce temps-là que le vieux Narsès, indigné de l'ingratitude de Justin-Ie Jeune , décida, sans beaucoup de peine, l'intrépide Alboin à se jeter sur l'Italie avec toute sa nation, en lui promettant de grandes richesses et le pillage de plusieurs villes ; le Lombard se mit donc en marche à la tête de son peuple , auquel vinrent se réunir , dans Tespoir du butin , une foule d'autres sauvages encore errans sur les bords du Danube , et les restes de la nation des Gépides. Alboin parut bientôt sur les Alpes- Juliennes, qui, du côté de l'orient, forment l'entrée de l'Italie , et du haut de ces montagnes , il salua d'un cri de joie la partie de cette contrée à laquelle depuis ce temps on a donné le nom de Lom- BAKDiE , et dont la ville de Milan était la capitale.

Narsès, pour déterminer les Lombards à envahir l'Italie, leur avait promis qu'aucune armée ne s'opposerait à leur marche ; vi en effet Aïhoxii s'empara sau^ eoxsiWt^

de toute cette province jusqu'aux portes de Rome et de Ravenne. La terreur précédait son armée, le peuple fuyait à son approche, et chacun emportait ce qu'il avait de plus précieux dans les bois ou les montagnes et jusque dans les petites îles du golfe Adriatique. Ce fut alors que quelques fugitifs italiens fondèrent au fond de ce golfe une ville qu'ils nommèrent Yeiïise , et dont il ne faudra point oublier l'origine , parce^ que j'aurai par la suite plus d'une histoire intéressante à vous en raconter.

La seule cité de Pavie osa opposer aux conquérans une longue et vigoureuse résistance^ le grand Théodoric l'avait autrefois entourée d'une forte muraille, et l'on y voyait encore un palais magnifique qu'il avait habité. Pendant trois ans, les intrépides habitans de Pavie , espérant être secourus par l'exarque, repoussèrent les assauts des Barbares, et Alboin , au comble delà fureur, jura qu'il n'épargnerait dans cette malheureuse \\V\^ xvWotsvswîs^x

ni femmes*, ni enfans, et que tout ce que la famine n'aurait pas fait périr serait exterminé par l'épée. Vous pouvez juger quel fut l'effroi de ces malheureux , quand ils se virent contraints d'ouvrir leurs portes aux vainqueurs , et aucun d'eux ne doutait que son dernier jour ne fût arrivé , lorsqu'à l'instant où le prince lombard passait sous la porte de la ville pour y faire son entrée, son cheval s'abattit sous lui , et il devint

' impossible de le relever. . •

Cette circonstance imprévue produisit

^ ' un heureux changement sur l'esprit du conquérant ; au lieu d'exciter sa colère , elle lui fit faire un retour sur lui-même , et considérer l'instabilité des choses humaines , puisqu'au moment du triomphe, la chute de son cheval aurait pu le tuer ^ il pardonna entièrement à cette population tremblante, pourvu qu'elle se soumit à son obéissance , et s'étant rendu aussitôt au palais de Théodoric , il trouva cet édifice si remarquable , qu'il le choisit pour

l son séjour ordinaire , en déclarant que

Pavie serait désormais la capitale du nouveau royaume des Lombards.

Cependant , malgré cette modération , le naturel du barbare n'avait point été adouci par de si heureux succès , et dès qu'il n'eut plus de dangers à affronter , il se lirra à toute la brutalité des passions de la race Scandinave. L'ivrognerie, vice ordinaire aux peuples grossiers, devint son passe-temps le plus agréable , et , comme vous le verrez tout à l'heure , la cause de sa perte.

Vous savez comme moi , mes enfans , tout ce qu'a d'ignoble et d'affreux ce vice honteux qui fait descendre Thomme au niveau d'une béte stupide ; les histoires que vous connaissez sont pleines d'exemples frappans des malheurs qu'il entraîne , et l'incendie de Persépolis ou le meurtre de Clytus, ne sont sans doute pas sortis de votre mémoire; jugez donc maintenant ce que devait être l'ivresse pour un sauvage tel qu'Alboin. >.

Dans une de ces orgies , îotV etv xvsi^^

chez tous les peuples d'origine scythique , où il avait réuni les principaux chefs de son armée, Alboin , hors de lui-même par l'effet du vin et le tumulte du banquet, ordonna qu'on lui apportât le crâne de Cuiiimund, qu'il regardait comme le plu»

précieux ornement de sa table ; puis, le remplissant du vin le plus exquis, au milieu des hurlemens de ses compagnons de débauche, il eut l'infernale pensée de l'envoyer à Rosamonde , afin , dit-il, que la reine se réjouît aussi avec son père*

On porta donc à cette malheureuse princesse l'affreuse coupe et l'ordre du roi , et Rosamonde fut près d'expirer de douleur en écoutant cet atroce message *, mais enfin , rassemblant tout son courage , elle s'écria en effleurant de ses lèvres ce vase horrible : « Que la volonté de mon seigneur et maître s'accomplisse ! » Mais elle jura tout bas de laver dans le sang d' Alboin cette effroyable offense.

En effet, peu de jours après, ayant intro- Ijipr/V dans les appartemens au to\ à^\x^ qÇ-

Aciers qu'elle avaît su déterminer à la servir, moitié par ses prières , moitié par ses menaces, dans un moment où ce prince paraissait plongé dans le profond sommeil qui suit rivresse, elle le fit percer de coups, après avoir eu soin de lui enlever son épée. La fille de Cunimund sourit en voyant tomber le meurtrier de toute sa famille; mais la fureur des Lombards, en apprenant l'assassinat de leur chef, ne lui permit pas de jouir de sa vengeance , car, obligee.de se réfugier auprès de l'exarque de Ravenne avec ceux qui avaient été ses complices , elle périt quelques mois après ^ misérablement empoisonnée par l'un d'eux, dont elle avait voulu se défaire. X,

Peu de temps après la mort d'Alboin , un autre chef des Lombards, nommé Zo- TON, fonda en Italie, à quelque distance de Rome , un état particulier qui fut appelé le DUCHÉ DE Bénévent , du nom de la ville qui ^ devint la capitale. La puissance de ces barbares se trouva ainsi élab\\e smv V^ plus grande partie de cette conXxèe^ovv^^

se maintint pendant un grand nombre d'an« nées, jusqu'à ce qu'elle fût enfin renversée par le plus célèbre des rois francs , ainsi que vous le verrez dan3 la suite de cette histoire.

Pour bien comprendre , mes jeunes amis, la manière, dont lltalie fut, à cette époque , partagée entre les différentes nations qui l'occupaient, vous ferez bien de jeter les yeux sur une carte géographique de ce pays, où vous distinguerez aisément les divers états dont je viens de vous parler. Vous remarquerez alors que le royau* me de Lombardie eu occupait la plus grande partie ; que l'exarchat de Ravenne, dépendant de l'empire grec , ne s'étendait plus que sur quelques villes situées au bord de la Méditerranée et de l'Adriatique, dans les pays que l'on nomme aujourd'hui la PotJiLLE et la Càlabre ; et qu'entre Rome et ces villes maritimes se trouvaient la ville et le duché de Bénévent , encore a/>/>artenant aux Lombards.

Pendant ce temps, \«l V\«â\^ ç^wsk» ^

presque abandonnée par les exarques de Ravenne, voyait chaque jour ses murs se dépeupler par la misère, et ses environs ravages par les barbares et les maladies que causait la destruction de cette multitude de canaux et d'aquéducs qui amenaient autrefois l'eau dans cette grande ville. Le consulat avait été aboli par Justinien, et Tévéque de Rome, auquel on commençait alors à donner le nom de PAPE , ce qui veut dire père , était devenu le véritable souverain de cette cité , quoiqu'il y existât encore un officier de l'empereur d'Orient auquel on donnait le titre de duc des Romains.

70 L*HEPTARCH1E.

Depuis Tan 44B jusqu'à Tan 600 (environ ).

Pendant que les événemens que je viens de vous raconter livraient ainsi à de nouveaux barbares les débris de l'empire d'Occident, il se passait dans une ile voisine des Gaules encore peu connue dans ce tempslà, d^autres faits non moins in tëressans, au récit desquels vous ferez bien de prêter aussi attention.

Les plus anciens habitans de cette contrée,, que l'on nomma d'abord l'île aux vertes Collines , à cause des belles prairie^ dont elle était couverte , portaient le nom de Gaêls ou.de Galls : c'étaient , dit-on , des bommes sauvages, en tièrementadonnés à la chasse , pour laquelle ils étaient par-

enus à dresser des renards dont ils se ervaient comme de chiens. Attaqués dans eurs demeures par des peuples d'origine ELTiQUE, c'est-à-dire appartenant à la ace des Celtes répandus dans ces temps eculés sur la plus grande partie de l'Euope , les Galls fugitifs avaient cherché un sile dans un pays froid et agreste , qu'ils lommaient I'Alben , ou la région des monagnes , et qui forme l'extrémité de l'ile u côté du nord. Le reste du pays tomha lors au pouvoir des envahisseurs étrangers, ui furent appelés Cambriensou Logriei^s, elon que la contrée où ils se fixèrent se rouva située sur une des côtes du couchant u de l'orient.

Il y avait donc déjà un certain nombre ['années que les Cambriens et les Logriens ecupaient la plus grande partie de leur onquéte, lorsqu'une nouvelle natiou délarqua également sur un des rivages de île. Ces nouveaux venus étaient des Bre- CHS 9 et ils tiraient leur origine de cell^ artie do h Gaule que l'on nomuiavV ^o\^

TArraorique , el. qui est comprise entre Tembouchure de la Seine et celle de la Loire ; les Bretons n'étaient pas moins grossiers que ceux qui les avaient précédés, mais comme ils parlaient à peu près la même langue que les Gambriens , ceux-ci leur permirent de s'élablir librement du côté du nord entre leurs demeures et les montagnes des Galls , dont ils ne se trouvèrent séparés que par deux rivières , nommées la Clyde et le Forth.

Ainsi , mes enfans , vous remarquerez qu'il se trouva en ce moment dans Tile aux vertes Collines, à laquelle les Bretons donnèrent le nom de Bretagne , quatre peuples différent, dont vous f#rez bien de distinguer la position sur une carte géographique; les Gambriens, habitans du rivage occidental de Tile; les Logriens , établis sur les côtes du sud et de l'orient \ et enfin les Bretons, placés entré ces diverses nations , depuis le golfe de Solway jusqu'aux bords de la Clyde et du Forth : tout le ça^% mow\^ç\eux situé

L^ÔEPTARCHIE. 7 3

au-delà de ces nyières, était devenu la retraite desGalls, et c'est celui que l'on nomme aujourd'hui l'ExossE.

A présent 9 mes jennes amis, je ne sais si vous vous rappelez d'avoir lu dans un autre livre que Jules César fut le premier qui conduisit une armée romaine dans le pays des Bretons. Efa bien ! pendant quatre cents ans que les Romains, après la mort de ce grand homme^ occupèrent la Bretagne^ il ne se passa guère un instant sans qu'ils eussent à se défendre contre les premiers possesseurs, qui, plutôt que de se soumettre à leur puissance, s'étaient aussi retirés de l'autre coté de la Clyde; et dans quelques petites iles voisines , d'où , soiis le nom de Pictss et de Scots ou Ecossais, ils renouvelaient sans cesse la guerre contre les aigles romaines.

Œaque année aux premiers jours du printemps on voyait des troupes de ces peuples sauvages mais intrépides, franchir les rivières dans de légers h^Ll^^N^.^ d'osier^ recouverts de pea\x%.,Ae \k^v^^>

74 fHlPTAKCHIE.

qu'ils transportaîeQt «isëment sur leurs épaules, «t entahissant tout à -ooufi ie pays où les Romains étaient ^toblîs , dévaster les villes que ceux-ci avaient fondées dans leur ile.'

Les ravages des Pictcs et des Scots devinreat même si firéquens peodaat k durée de l'empire , que deux des Césars de Rome, dont les noms doivent vous être les plus connus, Adrien et AlexaiMlre Sévère, firent élever^ en travers de laBre^ tagne, douis longues et fortes murailles dont les débris existent encore aujourd'hui , pour mettre les colons romaine à l'abrî des attaques des barbares; mais ces derniers «e se lassèrent pas d'assftiliir dti ennemis qu'ib détestaient, et lorsc^'aii bruit de l'invasion 4es Goths es Italie, le»

légions rappelées par les empereurs Ho^ norius et Arcadius a 1a défense de Rome et de Raveoae, abandonnèrent enfia la Bretagne, les vieux Bretons, reprenaat fouie leur audace, renversèrent les grandes ^murailles y et se reii&Vr^iit taaUres âm

L'H£PTARGHI£. 7^

pays que leurs ancêtres avaient si longtemps disputé aux armes romaines \ il ne resta de ces conquërans que quelques femaies et des enfans trop jeunes pour les suivre, qui en grandissant perdirent le souvenir de leur origine , et se glorifièrent aussi d'être Cambrtens.

.A cette époque , le principal chef des Bretons était un Logrien , nommé Gvoa- TBmTji^ qui aurait voulu soumettre à sa puissance tous les autres peuples de Tile, mais quelques uns de œux-ci refusèrent de lui obéir, et déjà il s'en était suivi entre eujL plusieurs combats acharnés , lorsque des marchands d'origine germaniqueiayant débarqué dans la petite ile de Tqàiikt(oii l'on disait aussi qu'autrefois Jules César avait abordé), proposèrent à Guorteryn de lui amener une troupe d'hommes de leur fNation pour l'aider à soumettre les autres Bretons* Ces étrangers étaieatdesSÀxojis, ce qui dans leur langue barbare voulait dire les hommes aux grands couteaux.^ parce que leur arme prind^^ ^\a\\ ^^^^^

courte épée dont ils se servaient très adroitement dans les combats. Le chef breton eut l'imprudence d 'accepter leurs offres, et de leur promettre potir récompense une province appelée le pays de Kent, qui était la plus rapprochée de rile de Thanet^ mais il ne tarda pas  se repentir, comme tous allez voir, de n'avoir pas refusé le secours de ces étrangers. < ' En effet , les prétendus marchands qui avaient fait ces propositions à Guorterya n'étaient autres que des chefs de guerre de la nation saxonne, dont les vaisseaux lui amenèrent bientôt un grand nombre de soldats ; Hekgist et Horsa (c'étaient les noms de ces deux chefs) étaient frères, et d'une humeur farouche et intrépide, comme tous ces guerriers germains, qui avaient envahi' jadis l'empire romain, et leur armée avait pour drapeau un étendard rouge, sur lequel était représenté un cheval blanc ^ fidèles à leur engagement , iis aidèrent d'abord Guorteryn contre seg ennemis , mais d'auVre^ Wwd^ d«i

LUEPTARCHIË. 77

Saxons étant venues les joindre, ces barbares se trouvèrent bientôt trop à l'étroit dans leur pays de Kent, et ils voulurent forcer le chef logrien à leur abandonner de nouvelles provinces. L'imprudent Guopteryn reconnut alors , mais trop tard , la faute qu'il avait faite en se fiant à ees étrangers, et lorsqu'il voulut s'opposer par la force des armes à leurs prétentions, il fut complètement défait par euj^, quoique leur chef Hengist eut péri dans le combat. Alors Horsa , prenant le titré de roi de Kent, s^mpara d'une partie de la Lbgriè , et delà grande ville de Loubres , qui était la capitale de l'île I et attira bientât sur ses traces de nouvelles troupes saxonnes, qui firent successivement la conquête de la Bretagne presque entière.

Yoils êtes peiit-étre surpris , mes jeunes amis, de voir ces Saxons, originaires de la Germanie, transporter ainsi par mer les armées qui envahissaient l'ile des Br«r 10x15/ màS votre ëtonnemeuV ce^t^Vaiv^

78 L'HEPTARCHIB.

que vous saurez que ces peuples nés àTeBOh bouchure d'une grande ririère noma^ée l'ËLBE, et sur les bords de la mer do Nord , avaient l'habitude de consUruire de petilâ navires, qu'ils dirigeaient ensuite sûr les flols avec autant de hardiesse que d'habileté. Sur de légères barques à voiles , ou conduites par de robustes rameurs, on les voyait, bravant les tempêtes, auxquelles n'auraient pu réûster les grands vaisseaux romains, tJK>rder tout à coup au nombre de plusieurs milliers sur les côtes des pays 4{u'ila voulaient ravager, et s'y répandre ensuite de toutes parts, sans que rien pût arrêter leur ai»dace. Ce fut de cette manière que plusieurs troupes de ces barbares envahirent les diverses parties de la Bretagne, où leurs chefs fondèrent suœessiveiaent ^ oik*tre le royaume de Kent, d'autres étals auxquels ils donnèrent le nom de leur com^ mune patrie. Ainsi , il j eut à la fois dans l'île des Bretons un royaume de Wesi>Sex, ^Êfu AfAÊCr de i 'ouest} un auVre àieSRm-S&Uv

L*H£PTARCH1£. 79

ou Saxe du sud, cl un troisième enfin apprié Est-Sbx, ou Saxe de Test.

Mais bientôt d'autres barbares genqains, également rirerains de la mer du Nottl, attirés par le merveilleux succès de leurs voisins les Saxons , suivirent la même route, et non moins hardis navigateurs que vaillans guerriers, s'emparèrent à leur tour des côtes de la Logrie que ces dfernierai n'avaient point encore occupées.

Ceux-là se nommaient les Angles , et ib se fixèrent d'abord dans une contrée voisine du noyaume de Kent, auquel ils donnèrent le nom d'Ear-AsoULB, ou pays des Angles de l'est ^ plus tard , un de leurs chefs ayant pénétré dan^ l'intérieur de la Bretagne , y établit un second royaume de MnciB, ou pays des Marécages, ainsi nommé à cause de la nature du sol de cette province. Enfin, ayant firanehi mie des grandes rivières del'ile, appelée rHinuEE, ils fondèrent dans cette contrée un royaume de Northumskib, ce qui si^in* fiait le pays qm est au noràÀeY>^^\iiit^«^

80 L'HEPTARCHIÊ.

Ces trois nouveaux états furent dès-lor^ appelés la terre des Angles , d'où s'est formé depuis le nom d^NGLE!rEiLRB , «que porte encore à présent Tancienne île de Bretagne, jusqu'aux bords de la Clyde et du Forth , qui la. sépare de l'Ecosse.

Quant aux anciens Bretons , repoussé» de tous cotés par les nouveaux envahisseurs que leur désunion avait introduit»

dans leur ile , ils les combattirent d'abord vaillamment, sous la conduite de plusieurs chefs cambrions , dont le plus célèbre fut Arthur de Bretagne , qui disparut après un combat sanglant, sans que jamais se»

amis ni ses ennemis aient pu avoir la cer^ titude de sa mort. Puis, lorsque toute ré* sistance fut devenue inutile , les uni; repa^rent la mer pour chercher un refuge dans l'Ai^morique gauloise , à laquelle ils donnèrent le nom de Bretagne, et où leur langue xieltique sW conservée jusqu'à nos jours ^' les autres ne pouvant se résoudre à abaodohner entièrement leui^' chère patrie, f^sa retirèrent dana uue ptoviute ^^\x C^vUle

L'UEPTARCUIE. 8i

t montagneuse de cette ile , d'où ils reoQisèrent avec persévérance toutes les ttaques que les Saxons et les Angles dirièrent contre eux.^ Pendant long-temps, es hommes crédules ne pouvant se peruàder que leur vaillant chef Arthur eût éri , conservèrent l'espoir que le retour e ce grand guerrier serait le signal de leur élivrance ; cette vaine espérance , qui les 3Utint durant de longues années, leur fit apporter avec patience la vie pauvre et iborieuse à laquelle iU se virent coudâmes; et^ce ne fut que lorsqu'up roi de Merle, nommé Offa, eut fermé par une forte luraille la province de Galles, qu'ils haliaient, pour les empêcher de faire des xcursions dans son royaume , que ces res- ^ des Cambriens et des Bretons changéeut leur nom pour celui de Gallois, que on donne encore aux habitans de cette artie de l'Angleterre.

Ce sont les quatre états établis dans l'île e Bretagner^ar les Saxons, et les trois utres^ dont les Angles fur^twVVs^ WAa.-

82 L'H£PTARCHI£.

tears , ainsi que je viens de vous l'expliquer, qui formèrent alors rHEPTAacHiB , c'est-à-dire le pays des sept royaumes ; et vous ferez bien , mes enfans , d'apprendre à connaître la position de ces différentes provinces, dont vous entendrei parler souvent dans des livres pins savans que celui-ci.

HERACLIU8. 83

HÉRACUUS.

D^oisran 57>S jsaqu'à Vêm ^8.

Justik-xsJbujie a'ezifftait plus , et deux très empereurs lui avaient succédé en u d'années : des ennemis inconnus jus* .'alors s'étaient encore élevés contre mpire d'Orient, et il semblât! que le )ment éiaic arrivé où la seconde ca« taie du monde romain allait subir la desr lée de la firemière. Les âvaess, l'un s peuples sauvages que les Turcs, en ssant l'Oxus, avaient rejetés sur l'Asiei snaçaient les murs de G>nstantinople » leur prince, auquel ils donnaient le »m de Chagaiï , campait insolemment IX portes de cette gmnde ville.

Chaque jour c'étaient èe wow'nâXft^ ^^-

mandes de ce chef barbare, qui sem* blait commander en maître au milieu de Tempire ; tantôt le Chagan avait la curio* site de voir un éléphant, et on se hâtait de lui conduire, avec une suite nombreuse , le plus gros de ceux des écuries de l'empereur ; tantôt le barbare , qui n'avait jamais dormi que sur des nattes de paille, avait la fantaisie de coucher dans un lit d'or aux dépens de l'empereur, et les plus habiles ouvriers du palais se mettaient aussitôt en devoir de satisfaire cette envie, en lui fabriquant le lit le plus magnifique que l'on eût encore vu *, mais l'insolent, haussant les épaules, refusait ce présent en disant qu'il était indigne de la majesté d'un grand roi. D'énormes quantités d'étoffes de soie, de meubles précieux et de vaisselle d'or ou d'argent étaient transportées chaque jour dans le camp des barbares, et leur appétit grossier était stimulé par le poivre et la cannelle , aromates venant de l'Inde , et dont . ils n ^avaient jamais gouVé ^xsAc^i'^Llorsi.

HÉRA.CLIUS. ' 85

Dans ce temps-là , l'empereur qui portait la couronne de Byzance se nommait Maurice : des qualités guerrières l'avaient fait choisir par son prédécesseur pour arrêter les désastres de l'Orient, et il ne put supporter sans indignation des insultes si souvent renouvelées-, il résolut donc de se mettre lui-même à là tête des troupes pour châtier l'insolence des Avares, et soustraire Fempire grec au tribut honteux queleChagan lui avait imposé.

Or, il faut que je vous fasse remarquer que depuis le grand Théodose, dont l'histoire vous a été racontée dans un autre livre , aucun souverain n'avait paru en personne sur les champs de bataille , et l'on paraissait avoir oublié à Constantinople que le titre d'empereur était celui dont les armées de la république romaine saluaient leur général après une victoire.

Maurice fut donc le premier qui, après!

plus de deux siècles , témoigna l'intention de se mettre à la tête des troupes \ ma\s \V eût mieux valu pour son Viotvwewv o^*^

86 * H^RACLIUS.

n'eût jarnuis conçu cette pensée, car ^soit que les basses flatteries du sénat de Byzance, soit que les pleurs de rimpëràtrice , en Toyant son mari s'exposer aux hasards de la guerre, eussent énervé et afiaibli son courage , il n'alla pas à plus de sept lieues de la capitale, et ramenant promptiement à Constantinople 1 étendard sacré de la croix , qu'il avait fait porter au camp , il déclara qu« des présages sinistres l'empêchaient de poursuivre la généreuse entreprise qu'il avait commencée. Vous allez voir maintenant en quoi consistaient les prétendus présages qui avaient fait reculer le méprisable empereur, comme si un homme de coeur ou même une personne raisonnable pouvait ajouter Coi à de pareilles sottises.

Un cheval qu'il affectionnait était tnort subitement, chose que Ton voit arriver tous les jours ; un sanglier avait traversé la route qu'il devait suivre, ce qui n'a rien de surprenant dans un pays où se tjxMiveot ces sod-tes d'anunaiin*^ ^i\^iv xisi ^io-

lent orage suItI d'une pluie abondante Tavail as9aiUi sur son chemin y accident que peuvent éprouver tous ceux qui ae mettent en voyage. La honte d'une sem* bkUe lâcheté retomba sur l'empereur , mais l'empire vit aussi s'accroître ses dangers par l'audace qu'inspira aux ennemie une telle pusillanimité. Dès ce moment^ on put prévoir que le sceptre ne tarderait pas a échapper à une main si faible , et que le premier qui voudrait s'en saisir le lui ar* raçherait aisément.

Eîn effet, peu de temps après, les soldats, que la conduite de Maurice venait de cou* vrir d'infamie aux yeux des barbares , s'é»

tant révoltés contre lui , élurent pour em* pereur un de leurs officiers, nommé Pho- €is, homme grossie et cruel, tandis que les verts et les bleus , insultant publiquement Maurice , l'obligeaient à fuir de G>nstantinople dans un petit navire qui le porta à Chalcédoine , sur la cote d'Asie, avec l'impératrice et ses neuf enfans. Là il attendit avec résignation VaxtiN^ ài^^vk-

dats envoyés par Phocas , qui le fit égorger avec cinq de ses fils. Leurs têtes furent portées à Constantinople, et livrées pendant plusieurs jours aux insultes de U populace. L'impérairicç et ses filles ne tardèrent pas à subir un sort aussi cruel , et cette race impériale parut éteinte.

Après ces meurtres , le centurion Phocas /délivré de la crainte que liii inspirait cette famille, se montra digne, par ses cruautés, des sanglants débuts ^e son règne. Entièrement abandonné aux passions les plus brutales, il ne se croyait empereur que pour s'enivrer*, et n'ayant point assez de courage pour combattre , il livrait sans remords les provinces^ de l'empire aux ravages des Avares et des Perses , qui, sous prétexte de venger la mort de Maurice, s'étaient réunis pour marcher sur Constantinople. jEn même temps les personnages les plus illustres de l'empire, par l'ordre du féroce Phocas , étaient mis à la torture, supplice réservé jusqu'alors éiiijr esclaves y et l'hippodrome était de-

venu le lieu où le tyran faisait exposer les têtes et les cadavres de ses victimes. Une pareille barbarie ne pouvait demeurer long-temps impunie , et de toutes parts les vœux du peuple appelaient un vengeur, lorsque tout à coup le bruit se répandit qu'un fils de Tinfortuné Maurice , nommé HÉRAGLixrs , échappé au massacre de sa famille y s'était mis à la tété des légions d'Afrique , et qu'une flotte nombreuse allait le conduire sous peu de jottrs dans le port de ConstaAtinople. ..V

Cette rumeur, mes jeunes amis, n'était pas dénuée de vraisemblance et même de vérité , puisque Héraclius , paraissant en vue de cette capitale , décida une révolte des verts , qui eut pour résultat la cbute de Pbocas ; mais le général qui devenait ainsi le sauveur de Vempire, au lieu d'être, comme on l'avait dit, le.fik de Maurice, n'était que celui de l'Exarque d'Afrique , que des avis secrets et les vœux du peuple opprimé avaient appelé à tenter cette enireprise. \

Quoi qu'il en soit, le tyran, dépouillé de la pourpre qu'il airait souillée de tant de sang, fut jeté dans une barque et chargé de fers*, on le conduisit ainsi jusqu^à la galère que montait Héràclius, qui, après lui avoir reproché ses crimes, ordonna qu'il fût mis à mort. Les lambeaux du corps de ce misérable furent précipités dans la mer, et le libérateur Héraclius iiit. élevé au tràne par les acclamations una* nimes du peuple et des soldats*

Cependant l'empire , délivré de la ty-*> rannie de Pbocas, subissait encore les.

malheurs qu'il avait attirés en rallumant la guerre contre les Perses , dont le roi Cboseoes était le digne successeur de l'implacable Sapor II , qui fît subir de si affreusi traitemens à l'infortuné Yalérien. Quoique le meurtre de Maurice , dont il se di«* sait l'ami, eût été vengé par Héraclius ^ Chosroès n'en oontinua pas moins de r^-^ vager l'Asie', la Syrie-, l'Egypte , la Pales* tine , et enfin s'empara de Jérusalev, d'oif il ealeva , dit-on , la \ra\e crovx de lécçis^

HÉRACUUS. 91

Qirist. Chaque jonr, des courriers apport taieni à Hëraclius ia nouyelle de quelque désastre; et bientôt Tarmée des Perses campa sous les murs de Chaleédoine , qui n'était séparée de Constantinopie que par le Bosphore , facile à franchir en quelques heures.

Dans le même temps^ les Arares déras* taient les provinces occidentales , depuis les bords de la mer Adriatique jusqu'à la Tfaraoe ; el pendant les premières années du règne d'HéracUus , les limitée de l'empire grec furent , pour ainsi dire , placées aux portes de Bysance*

Tout à ooup ce prifice , jusqu'alors patient spectateur de tant de défaites, se résout à faire une tentative pour arracher l'Orient à celte longue suite de revers. Il assemble un grand nombre de nouveaux soldats, en forme une armée formidable , et comme le trésor impérial était épuisé, il emprunte les richesses des égUsee de Ck)o^ stantinople pour subvenir aux friiis de la guerre;^f5 ^ pour ne pcnul ««xi^^x ^^>\^

93 liÉRàCUUS.

armée sans expérience à une défaite sous les murs de sa capitale, c'est dans les états mêmes du roi de Perse qu'il se décide à porter la guerre. '

Cette audacieuse entreprise fut couronnée des plus étonnans succès. Héraclius , par son exemple et ses discours, excita ses nouvelles troupes à venger la profanation des églises de Jérusalem et l'enlèvement de la sainte croix sur les adorateurs du feu ; car vous vous souvenez sans doute que la religion dçs mages avait toujours été celle de la Perse ; aussi remporta-t-il la victoire partout où il rencontra les eunemis. En peu d'années , les talens , le courage de ce prince le rendirent maître des états et du trésor même de Chosroès , qui était renfermé dans un palais orné de trois cents colonnes d'or et d'argent. Je n'ai pas besoin , je pense , mes enfans, de vous faire remarquer qu'il y a sans doute beaucoup d'exagération dans cette pompeuse description du palais des rois persans , et que ces prétendues colonnes d'or %\.d'9iT^«ixV.élQLient

Traisemblablement en bois, revêtu de feuilles de ces métaux précieux.

Au bruit inattendu des victoires de Tempereiir d'Orient , Chosroès était revenu en toute bâte sur ses pas ; mais craignant de livrer aux liasards d'une seule bataille la destinée de son royaume et la sienne , il évita soigneusement de combattre. Cette bésitation fut la cause de sa perte ^ car tandis que , reti^é dans un camp sur les bords du Tigre, dont il est si souvent ques* tion dans l'Histoire ancienne, il songeait à poser la tiare sur la tête d'un de ses fils qu'il préférait à tous les autres, un de ces princes, nommé Siroes , se révoltant contre son père, égorgea en un seul jour dix-buitde ses frères, et plongea le malheu« reux vieillard encore vivant dans un cachot profond , oii il ne tarda pas à expirer. Mais le perfide Siroès n^ jouit -pas long -temps de son crime , et vous verrez bientôt en quelles mains devait passer l'suitique monarchie des Perses.

Le parricide de Siroès acViev^ ee qj\^Vî^

94 HÉRACJtIUS.

victoires d'HéracliuS' avaient si giorieiise* ment commencé ^ et jamais depuis ï^tg" temps ^ l'empire d'Orient n'avait été environné de tant de gloire. Le retour de l'empereur à Byzanee fut un véritable triomphe; il rentra dans sa capitale sur un cbar (rainé par quatre élépbans : le sénat et le patriarche de Constantinople , qui était le chef de l'église d'Orient , s'avancèrent audevant de lui , tenant en main des branches d'olivier ; et lorsque la nuit fut venue^ une multitude innombrable de flambeaux éclaira la route qu'il devait parcourir parmi les acclamations d'un peuple im-:

mense qui mêlait à ses transports des larmes de joie.

Nous allons, voir maintenant ce qui arriva dans ce temps-là dans une contrée voisine , et quelles furent les conséquences d'un événement auquel personne alors n'avait fait attention , au milieu des grandes scènes que je viens de vous raconter.

VikhÀBLE £X LES ARABES. gS

Depuis Tan SÔQJusquÀ l'an $22.

Si voiu av£z ^tts Jbs yeuK , mes jeunes amis ;, nw c^rte ^ogmpbique de l'ancien monde , remarquez , je vous prie , cette large presqu'île coxiprise entre la mer Rouge^ le golfe Persique et l'Océaa;! indien. Cette contrée, sUuéesous un ciel brûlant et que rafraîchissent rarement les vents de la mer, est celle qu'on nomme 1' Arabie , et comme elle a été le bereeau 4'ttii peuple et d'un homme qui ont changé la face d'une grande partie du monde, il faut que je vous raconte, sur -ce pays, plusieurs particularités qui vous paraîlnont ^os doute digues de quelque intérêt.

La pJiiis grande pariîe àe te n^s^sX^v^î^^"^-

toire , mes enfans , est d'un aspect bien triste ; ce sont d'immenses plaines de sable qui s'étendent à perte de vue, sans que Ton y aperçoive un seul brin de verdure ; l'œil ne peut s'y reposer que sur quelques rochers blanchis par le soleil, dans les crevasses desquels croissent quelques plantes presque desséchées, qui n'ont d'autre nourriture que les rosées de la nuit, car il n'y a point un seul petit ruisseau dans toute cette contrée , et il y pleut si rarement^ que lorsque par hasard un orage éclate sur cette partie du globe , on se bâte d'y creuser des citernes , où l'on recueille soigneusement la moindre goutte de pluie.

Vous jugez bien que dans un pareil pays il n'est pas possible aux hommes de se bâtir des maisons , et de cultiver un sol sablonneux qui ne peut rien produire. Aussi , les Arabes sont-ils pour la plupart errans dans ces vastes solitudes, transportant avec eux des tentes légères qu'ils dressent partout où se rencontre devant eux quelque Thice de verdure , un puvls o\i wcv xoÀxv^i^

filet d'eau , dont ils puissent désaltérer^ leurs troupeaux pendant quelques jours ; c'est pour cela qu'on donne à ceux qui vivent de cette manière le nom de Bédouins, qui signifie voyageurs. Mais si laProvidence, en plaçant cette terre aride sous un ciel brûlant, a privé ses habitans de tous les avantages des climats tempérés , elle a donné à TArabe , comme un dédommagement de cette vie de souffrance, deux serviteurs ou plutôt deux compagnons , qui partagent ses travaux et l'aident à lutter contre le climat qui le dévore. Ces deux serviteurs , mes enfans , ce sont le cheval et le chameau , qui, en supportant toutes les privations de leur maître, lui donnent le moyen de parcou rir en peu d'instans d'énormes distances dans le désert , et de se transporter avec une rapidité presque incroyable aux lieux les plus éloignés avec ses tentes , sa famille , et tout ce qu'il possède. *

Dans tous les pays du monde , comme vous savez , le cheval est v\i\ «kXvvwvA ^^'^^-

et oourag€Ux , qui , par sa docilité , est deyenu le plusntile auxiliaire de rhomme ; mais le cheval de l'Arabe est aussi son ami : il est élevé sous sa tente avec ses etifans, qui, tout petits encore, s'attachent à sa longue crinière ; le noble animal se prête à leurs jeux et à leurs caresses , et partage leur oourrvtare : mais lorsque rhomme veut franchir un de ces immenses trajets qui le conduisent à quelque so«iree nouvelle oa à quelqu'une de ces îles de verdure éparses dans la solitude auxqpoelles on donne le nom d'OAsis, 'le c^rsier se courbe pour que son maître puisse se placer commodément sur son dos, et l'emporte arec une agilité sans exemple à travers cet océan de sable. A la guerre, si l'Arabe est blessé , son eheval s'arrête , et parait compatir à sa douleur ^ il semUe qu'il cherche à s'associer à ses maux comme ilfi'aasocie à ses jouissances, lorsqu'il par* courtic désert avec la rapiditéd'une flèche.

Et le chameau , mes jeunes amis, cet anhnal à deux bosses dont personne n'est

»las tenté de trouver la Bgure ridicule , orsqu'on connatt sa docilité ^ sa patience il sa sobriété , il est dans le désert le bien» aiteur et le sauteur de l'Arabe. C'est fan [ui, sur son dos, transporte les fardeaux les >lus pesans, et souvent des outres pleines Teau pour désaltérer le voyageur qui s'a« renture dans le désert. C'est lui qur^ par me heureuse conformation naturelle , leut conserver pendant plusieurs jours lans son estomac une certaine quantité l'eau , qui lui tient lieu de toute nourriure , sans que pour cela ses forces et son curage se ralentissent un seul instant* Ce i*est pas tout encore : dans le désert ^ le îbameau supplée à tout ce qui manque à 'existence pauvre et vagabonde de l'Arabe; la femelle nourrit l'homme de son lait jucré et rafraîchissant ; ses longs poils^ qui tombent et se renouvellent chaque année, lervent à confectionner les vétemens grostiers des Bédouins , et même l'étoffe solde dont leurs tentes sont fabriquée&« Aimif ta Providence, qm ai(Nia£.^\ kc^!^

loo L'ARABIE ET LES ARABES.

sous un ciel où tant de prÎTations de toat genre viennent l'assaillir , l'en a dédommage en lui donnant ces deux utiles animaux , et surtout en le douant lui-même des qualités précieuses que nous admirons en eux, et le rendant sobre^ laborieux et in trépide, tel enfin qu'il faut être pour supporter cette existence de misère et de périls. Cependant il faut que tous sachiez que toute l'Arabie ne présente pas comme lesol desséché que parcourent les Bédouins, l'aspect d'une mer sablonneuse , et qu'en approchant des bords de l'Océan on trouve une contrée couverte d'arbres et entrecoupée de sources abondantes, que l'on a nommée l'Yémen , ou l'Arabie HEUREUSE, bien différente de l'Arabie pÉTRÉE , ce vaste désert de rochers et de sables qui sépare l'Egypte de la Palestine , et dont il est si «ouven^^ question dans l'Histoire sainte. C'est dans l'Yémen, véritable paradis des Arabes, que se recueillent l'encens et les aromates exquis iiojat les peuples de YOrvetA «>tv\. ^\ viv-

L*ARABIE ET LES ARABES. loc

des , et surtout le caie , cette graine parfumée , dont l'usage est aujourd'hui Tune des habitudes les plus répandues de notre Europe. Ce sont les Arabes qui l'ont fait connaître dans le monde entier; et si cette production se retrouve sous d'autres climats, son parfum n'est pas comparable à celui du café qui se récolte sur le sol brûlant de l'Yémen. Enfin, c'est sur la côte arabe du golfe Persique que se pèchent ces perles précieuses qui sont ache^ tées à prix d'or par les marchands de l'Europe et de l'Asie , pour en faire la parure des princesses et des dames.

Le long des bords de la mer Rouge, on rencontrait autrefois des tribus d'Ârrafe errans , auxquels on donnait le nom d'IcTHiopHAGEs , c'est-à-dire mangeurs de poissons , parce qu'ils n'avaient d'autre nourriture que le produit de leur pèche. Ces hommes grossiers et misérables Vivaient alors sans lois et sans idées , mais peu à peu ils réunirent des troupeaux de cbevaiijr, de ctameuux eV ài^ TOk«>aXMvvs ^

qu'ils prirent Thabitude de mener paitn là où ils saTaient rencontrer quelque pàtu rage , ou même une simple source d'eai douce.

Les productions de l'Arabie Heureuse sont devenues pour cette contrée um source inépuisable de richesses. Chaqui année ou voit de longues files de chameau:

conduits par des marchands de tous le pays , traverser les déserts de sable , pou apporter aux Arabes , en échange de leur p^rfum§ , du blé d'Egypte et de Syrie ^ à l'or et des étoffes précieuses qui se fabri quent en Asie. Ces troupes voyageuses forcées d'apporter avec elles ^ comme le Bédouins 5 leurs tentes , leurs outreaf^'eai et leur nourriture pour un trajet cffii||^ sieurs mois , se nomment encore aujour d'hui des garavàubs 9 et comme elles d trouvent point de gites aui milieu des sablea chaque soir elles sont obligées de dresst leur camp pour s'y reposer avec les ani maui^ qui transportent leurs provisions c Jeui's richesses.

L*ABj^I£ et les arabes. io3

CescaraTanes, mes jeunes amis^ presque toujours composées de plusieurs milliers d'hommes et de chameaux , sont encore à présent le seul moyen dont on puisse faire usage pour traverser les plaines immenses de l'Arabie Déserte, où la plupart des Toya»

geurs qui ont eu l'imprudence de s'y avpn-* turer seuls , ont été dévorés par les bétes féroces ^ .ou engloutis sous les montagnes de sable que soulèvent quelquefois des vents impétueux qui s'élèvent de la mer Rouge, ^mme dans le grand désert d'A* friqu^^ù vous vous souvenez sans doute quQjfênt autrefois la gr^mde armée de CaïQbyse. ^-

D'autres dangers attendent encore dans ces solitudes les hommes assez hardis pour s'y avancer: les Bédouins, qui ne refusent jamais l'hospitalité au voyageur qui vient s'asseoir sous leurs tentes , ne se font aucun scrupule de dépouiller ou même de tuer les marebands qu'ils rencontrent égarés dans le désert : c'est à leurs yeux une ooutume qui n'i riejû de néprékens&Vfi ^ ^x. c>^ xf^"^^

io4 L'ARABIE £T LES A^BÊS.

ne peut être évité que par ceux qui se ré Dissent en troupes armées et assez nor breuses pour imposer de la crainte à c brigands du désert.

Cependant quelques villes se sont él vées sur plusieurs points de T Arabie , trisi et misérables dans l'origine , mais bieni devenues importantes , parce qu'elles se vent de rendez-vous aux riches car vanes qui viennent échanger les produ de l'Europe et de TAsie contre les pa fums de l'Arabie Heureuse. Parmi c villes, on distingue la Mecque, située peu de distance de la mer Rouge, au pi de trois montagnes arides, sur un. sol' roche, et où un seul puits ne donne qu'a eau amère et saumâtre. Le commer des caravanes a successivement transforn cette ville de la Mecque en un riche mi gasin , d'où les trésors du monde enti se répandent ensuite sur toute l'Arabi

Ce n'est pas, sans doute, la premiè

fois, mes enfans, que vous rencontr

daas vos iectures des NVWe» utiVxcXxv^ ^

i; ARABIE ET LES ARABES. io5

le commerce et illustrées par l'industrie de leurs habttans; telle fut autrefois Car* thage, dont je vous ai tant parlé dans THistoire romaine, et qui ne dut sa ruine qu'à l'orgueil de ses riches marchands, qui croyaient que leur or pouvait lutter contre le fer (t^s armées romaines. Vous verrez ainsi , dans plusieurs histoires, des villes et mémo des provinces entières, devenir florissantes par le commerce , et ne perdre leur prospérité que lorsque leurs habitans dédaignèrent le travail qui la leur avait fait acquérir.

Maintenant je dois vous dire que, dans l'ancien temps , les Arabes étaient idolâtres, c'est-à-dire qu'ils adoraient de fausses divinités ou de simples créatures représen tées par des idoles ; mais tous ne reconnaissaient pas les mêmes dieux -, et tandis que les uns , auxquels on donnait le ^nom de sABÉEHs, rendaient un culte au soleil, à la lune et aux étoiles (car le sabéisme n'était autre chose que l'adoration des astres)^ les autres avaient embrassé \a t^Y\^vc)v\ ^^^

io6 L'ARABIE £T LES ARABES.

mage»de la Perse , et s'dtaient fait» lea adcH> râleurs du feu. Plu» tard , qne^uc8 jaifii, échappés à la ruine de Jérusalem par Veto* pereur Titus , avaient répandu panai les tribusdesBédouioa la religion d'^faham, dont les Arabes croyaient d'ailleurs être les descendans par son fils Ismaêl. Enfin , plusieurs prêtres chrétiens, arrivés ^t Constantinople à la suite des caravanes qui se rendaient à la Mecque , avaient fait connaître TÉvangile aux Arabes , et quel'ques peuplades de cette nation avaient consenti à recevoir le baptême. /

Cependant parmi cette multitude de croyances religieuses qui divisaient les tribus de l'Arabie , la Mecque renfermait un temple très ancien auquel on donnait le nom de la Kâba, édifice rustk^e»

n'ayant qu'une seule porte et une s9le fenêtre , et soutenu par trois colonnes de bois grossièrement travaillées ; c'était là que tous les Arabes, quels qu'ils fussent , idolâtres , sabéens » juifs , chrétiens même, se rendaient en foule cViac^xie «mi^^ ^ut

UAAÂBIË ET LES ilRABES. 107

y adorer trne pierre noire que l'on prétendait être tombée du ciel.

La tribu des Koreishites , composée de soldats et de marchands , avait la garde de la Kaba; et la famille d'HASHBM, ou des Hashcmites , l'une des plus illustres de la M ecq«e , remplissait l'office de prêtres de ee temple célèbre. Ce fut dans cette famille que naquit un homme qui devait en peud'àaiiëes changer entièrement la face de cette partie de la terre.

Màbowet ( dont le nom aral>e est Mo- Bàsicco) était le petit-fils du grand-prétre de la Kaba; son père, sa mère et son aïeul moururent lorsqu'il n'était qu'un tout petit enfant , et ne lui laissèrent pour tout bien qu'une vieille esclave éthiopienne et cinq ehameaux ; mais un de ses ondes , nommé âbu-Tàleb , prit pitié du pauvre orphelin , dont la beauté éladt , dit-on , extraordinaire , et lui servit de père et de protecteur.

Mais une belle figure et une taille remarquable n'étaient que \e!& \sko\\\^\^'^

fo8 L'ARABIE ET LES ARABES.

qualités de Mahomet ; et quoique ses avan-^ tages extérieurs prévinssent en sa faveur tous ceux qui le voyaient, ses manières polies et respectueuses envers les hommes puissatis , sa douceur et sa charité envers les pauvres, lui concilièrent bientôt l'afiection d'un grand nombre de personnes.

Avec cela, cet homme, qui n'avait jamais appris à lire et à écrire, était doué d'une éloquence naturelle et entraînante ; il ne parlait que la langue arabe la plus pure et la plus élégante; et vous comprendrez mieux encore l'impression que ses dis* cours produisaient sur l'esprit de ses concitoyens, lorsque vous saurez que tous les peuples de TOrientse laissent facilement entraîner par un style plein de figures et orné d'images empruntées à leur climat et à leurs habitudes, x

Jusqu'à l'âge de quarante ans , la vie de Mahomet fut celle de tous les Arabes de son temps : après plusieurs voya* ges en Syrie, ou il apprit à connaître la religioD des juifs et des chrétiens, une

L'ARABIE ET LES ARABES. log

riche veuve de la Mecque nommée CàDi- JAH, dont il n'était d'abord que le premier domestique , consentit à le prendre pour mari en récompense de ses services ^ son existence jmqu'alors ne présenta donc rien de remarquable^ mais à cette époque cet homme parut devenir tout autre.

Pendant plusieurs années il se retira dans une caverne profonde située à peu de distance de la Mecque , pour y i passer tout un ' mois dans une entière solitude ] il rechercha la conversation des étrangers instruits et des riches marchands que les caravanes amenaient dans sa ville natale , et chacun remarquait un | grand changement dans toutes ses manières , lorsqu'un jour il se présenta tout à coup dans la Kaba , et prêcha d'abord à sa famille , et bientôt après à tous les Arabes qui voulurent l'entendre, une religion nouvelle dont il posa ainsi le principe : Il n'y.a qu'un seul Dijeu , et Mahomet ESÎyjfl^l^^^ETE^^

DaDs sesj^ÊKtKÊ>ns flRràoxvtvivV. ôxvf\

iio L'ARABIE ET LES ARABES.

prières par jour, et recommandait l'usage fréquent des bains, du jeûne et des aumônes. Il défendait à ses disciples de boire du vin , parce que Tabus de cette liqueur est surtout funeste dans les c^pits de l'Orient, et leur promettait qu'après leur mort ils seraient punis ou récompensés dans un autre monde, selon qu'ils l'auraient mérité.

Il y avait déjà trois ans que Mahomet prêchait à ses plus proches^ parens sa nouvelle doctrine, et il n'avait encore persuadé que sa femme Cadijah, son esclave Zeîd, à qui il avait promis la liberté , son jeune cousin âli, fils d'Abu-Taleb , et enfin un Arabe son ami, nommé Abu-beker, lorsqu'il fit^ préparer un repas composé d'un agneau et d'un vase de lait ( ce qui doit nous donner une bonne idée de la sobriété des convives) , et y invita quarante personees de la famille des Hashemites.

(( Mes parens et mes amis , leur dit-il

(( lorsqu'ils furent tousréui^^e suis le

« seul qui puislQ^ou^lBJBr biens de

« ce monde et ceux d'une autre vie. Dieu Xi m'a ordonné de vous appeler à son ser- « vice ; quel est celui de vous qui veut être « mon wiziR, c'est-à-dire m'aideràpora ter mon fardeau ? )>

Tous ceux qui entendirent ce langage restèrent muets de surprise ; et l'on pouvait voir sur leur visage l'étonnement et le mépris que leur inspirait un pareil langage, qui leur semblait celui d'un extravagant* Personne ne se disposait à lui répondre, lorsque le jeune Ali, à peine âgé de quatorze ans, rompit le silence en s'écriant : «Prophète, je suis cet homme; et si « quelqu'un ose s'élever contre toi, je lui a briserai les dents , je lui arracherai les a yeux, et je lui casserai les jambes. Pro- « phète, je serai ton wisir. »

A ces mots , tous les assistans haussèrent les épaules , et Abu-Taleb , croyant que son fils avait perdu la raison , l'engagea sérieusement à abandonner ce^dessein ridicule , mais |f^'€^traii^vpAr tme ^^assvûtL

violente dont il n'était plus le maître :

(( Cessez vos remontrances » , dit-il à son père avec ce langage figuré si ordinaire aux Arabes; a quand on placerait le soleil <( sur ma main droite et la lune sur ma (( main gauche, je ne voudrais pas cbantt ger de résolution. »

Le sentiment passionné qui inspirait à Ali ce langage extravagant n'était autre que l'enthousiasme qu'il éprouvait pour Mahomet , c'est-à-dire une ardeur déraisonnable qui faisait disparaître à ses yeux tous les dangers de Tentreprise du prophète j pour ne lui en laisser voir que le mérite et la gloire.

L'enthousiasme , mes bons amis , auquel je dois vous dire que les jeunes gens, surtout, sont enclins, parce qu'ils ne ré- 0jéchissent pas toujours assez mûrement, est devenu, quelquefois le motif de belles actions et d'admirables traits de courage et de vertu , m^ souvent aussi il a fait com* mettre d^^andes fautes à ceux qui s'y

L'AHABIE £T LES ARABES. ii3

sont abandonnée, en les empêchant de suivre les conseils de la raison et de l'amitié.

Quoi qu'il en soit , la plupart das témoins de cette scène demeurèrent stupéfaits , mais quelques uns d'entre eux s'étant laissés séduire par l'exemple de l'impétueux jeune homme, Mahomet, dès ce moment, vit chaque jour s'accroitre le nombre de ses disciples^, et ce fut alors qu'il s'oécupa pendant plusieurs années de dicter à Othmaiî, son secrétaire, un livre qui contenait les préceptes de sa nou-> velle religion ^ et auquel il donnsrle nom deKoRAN. ^'

Pendant ce temps , les Koreishites , qu Abu-Taleb ne contenait plus qu'avec peine , s'indignaient de l'audace de Mahomet , et lui avaient même interdit l'entrée de laKaba, qu^il profanait , disaient-ils, par ses discours étranges; mais comme le prophète ne tenait aucun compte de leur défense, ils résolurent de mettre un terme à son audace enle chassant de force du tem- />le, et même de profiter de eeWe ^vcc^wv-

ii4 L'ARABIE ET LES ARABES.

stance pour envelopper dans sa ruiné toute la famille desHashemites, qu'ils accusaient d'avdir favorisé Timposture.

En effet , l'oncle de Mahomet étant mort, un autre grand-prétre , nommé Abu-Sofhiàn, fut mis à sa place. Or, Abu-Sophiàn était de la famille d'On- MYÀH , ennepiie de celle d'Hashem , et la mort de Mahomet fut décidée par une assemblée des Koreishites.

Heureusement, celui-ci, informé par un avi^ecret du danger dont il était menacé , eut assez de temps pour se dérober, .

par la fuite, au sort qui l'attendait, et, à la faveur de la nuit, il sortit de la Mecque , suivi de son seul ami, Âbu-Beker, qui •n'avait pas voulu l'abandonner. Ceux qui avaient été envoyés pour le tuer pénétrèrent , peu d'instans après son départ, dans sa maison , où ils ne trouvèrent que le courageux Ali, qui, vêtu d'une robe verte, s'était couché sur le lit du prophète, où il faisait semblant de dormir, pour donner à son maître le temps àé s'è\o\%ti^T,t5A.-ç-^

L'ARABIE ET LES ARABES. ii5

même au prix de son sang. Malgré leur fureur, les Koreishites eurent pitié de cet imprudent jeune homme; mais, certains que les fugitifs ne pouvaient encore être fort loin , ils se mirent à leur poursuite.

Il ne faudra point oublier, mes enfans, cette fuite de Mahomet , qui , dans l'histoire des Arabes , est un événement fort remarquable „ puisque c'est de cette épo»

que , à laquelle ils donnent le nom d'HÉ- GiRE, qu^ils ont pris la coutume de dater leurs années, comme nous autres chrétiens, nous datons les nôtr^i de la naissance de Jésus-Christ.

ii6 L'UÉGIRE DE MAHOMET.

Depuis l*ân 622 jusqu'à Tan 632.

Pei^dà^it ce tmip^, Mahomet et^son fidèle Abu-Beker avaient fui si rapidement, qu'avant que Ton fût sur leurs traces, ils étaient parvenus à se blottir dans une caverne profonde , située à quelque distance da la Mecque , et dont l'entrée était si étroite qu'elle était presque entièrement obstruée par une toile d'araignée et un nid d'hirondelle. Les deux fugitifs eurent l'heureuse idée, en se glissant dans cette retraite obscure, de ne point déranger ces objets, qui attestaient que depuis long-temps personne n'avait passé par cette ouverture , et cette précaution fut la cause de leur salut , car, à ipeiue avaient-

ils pénétré dans cette cachette , qu'ils entendirent les pas, et bientôt après, les Toix des Koreishites qui les poursuivaient.

Abu-Beker, malgré soii dévouement, ne fut point à l'épreuve d'un instant de terreur, lorsque les menaces et les imprécations de leurs ennemis parvinrent à son oreille , et déplorant tout bas l'extrémité à laquelle ils étaient réduits : a Nous ne <( sommes que deux pour leur résister » , dit-il avec amertume à son compagnon.

— ^ « Oui, lui répondit Mahomet avec as- (cBunuce, mais Dieu est avec nous! »

Cette fermeté ranima le courage d'Âbu- Beker, et la confiance du prophète ne fut point trompée ; car les Koreishites , après aToir soigneusement examiné l'entrée de la caverne, ne jugèrent pas que deux hommes eussent pu passer sans déranger l'araignée et l'hirondelle qui tapissaient cette ouverture, et leur éloignement délivra les fugitifs de toute crainte.

Le lendemain , les fils d' Abu-Beker leur ayan! amené secrètement des eWTcw^^xrk ^x

ii8 L'HÉGIRE DE MAHOMET,

des i^ivres , ils se mirent en route pendant la nuit, et se dirigèrent avec rapidité sur une ville arabe nommée Yàtr£b , située à quelques journées de marche de la Mecque, et où Mahomet savait qu'il trouverait des amis : mais le prophète et son ami n'avaient pas encore atteint les portes de cette ville, lorsqu'ilsentendirentretentir derrière euX| sur le sable , les pas de plusieurs coursiers rapides*, c'était une troupe de Kôreishitei qui avaient suivi leurs traces; en cet instant, c'en était fait de Mahomet et de sa *

religion, et la lance d'un Arabe pouvait, d'un seul coup, changer l'histoire da monde , lorsque Mahomet , s'arrétant devant ses ennemis, leur imposa assez de respect, par sa fermeté, pour qu'ils le laissassent échapper de leurs mains et poursuivre sa route avec son fidèle compagnon.

En approchant d'Tatreb, où déjà la nouvelle de sa fuite l'avait précédé, le prophète vit avec étonnement sans doute cinq cents Arabes de cette ville s'avancer à la rencontre de ce\w\ c\vxv ?>^ àîvmv. V^w-

Toyé de Dieu : ce fut là qu'on lui rendit pour la première fois des honneurs publies, et comme il n'y avait que peu d'idolâtres parmi les habitans de cette ville, ce fut elle que Mahoipet, par reconnaissance pour le bon accueil qu'il y avait reçu,, nomma Médiue, ou la ville du livre.

Il fit son entrée dans cette cité au milieu des acclamations du peuple ^ monté ^ur un chameau , la tête ombragée par un krge parasol , et faisant porjier devant lui son turban déroulé en guise d'étendard sacré.

Le nombre de ses disciples s'accrut bientôt de tous ceux qui avaient quitté la Mecque pour le suivre dans son exil , et le peuple de Médise embrassa avec ardeur sa nouvelle religion , qu'il nomma l'islamisme , ce qui signifie , en Arabe , résignation à la volonté de Dieu. Ses compagnons , se voyant plus nombreux chaque jour, prirent alors la dénomination dcMA- HOMÉTÀirs ou de musulmans, que portent encore aujourd'hui les peuples qui ont adopté le Koran.

Le premier soin de Mahomet , après ce succès presque inattendu , fut d'acheter à Médine un terrain où il s'occupa sans délai de faire bâtir une petite maison et une MOSQUÉE, c'est-à-dire un temple pour sa religion , et ce fut dans cet édiâce grossièrement construit qu'il réunit ses compagnons pour leur prêcher le Koran. Devenu à la foie le grand -prêtre de ce temple et le roi de Médine , il aimait à se faire entendre souvent de son peuple , et comme il n'avait d'abord ni chaire ni fauteuil pour se reposer, il fit placer dans sa mosquée le tronc d'un palmier, espèce d'arbre qui croit en Arabie , où il s'appuyait lorsqu'il se sentait fatigué.

Cependant le bruit s'étant répandu, parmi les tribus du désert, que Mahomet, échappé de la Mecque , était devenu le roi de Médine, attira bientôt des dififérentes parties de l'Arabie des troupes de Bédouins qui venaient entendre ses discours et s'instruire des préceptes du Koran. Ces hommes grossiers, charroèsd^^w Ub^bl^,

qu'il savait toujours mettre à leur portée, l'écoutaient avec enthousiasme , et bientôt il se vit à la tête d'une petite armée prête à combattre et à mourir pour lui. Afin de décider ses disciples à lui faire le sacrifice de leur vie , si cela lui devenait nécessaire, il aiânonçait que ceux qui embrasseraient le Koran iraient, après leur mort, dans un paradis dont il leur faisait une description enchanteresse.

(( Là » , disait-il à ces malheureux deminus, nés sur un sol aride et sous un ciel brûlant , a vous trouverez des bosquets de <( verdure incessamment rafraîchis par <c des fontaines et des rivières qui ne taris- <( sent jamais; là, vous serez vêtus de « robes de soie tout éclatantes de diamans <c et de perles , et vous habiterez des palais <( de marbre , où des festins splendides « vous seront servis dans de la vaisselle « d'or par des jeunes filles aux yeux <( bleus, que l'on nomme des houris. »

Les Arabes écoutaient ces promesses merveilleuses avec une curiosvVè Xtv'saXx^-

ble , et ils embrassaient avec ardeur une croyance qui leur permettait d'échanger une éternité de délices contré quelques jours de leur misérable existence.

Si l'on TOUS donne quelque jour à lire, mes enfans , des contes fort amusans que l'on nomme les mille et tT» e nuits j et qui ont été composés par un auteur arabe, vous comprendrez mieux alors tout le charme que les disciples de Mahomet trouvaient à l'entendre. Ces contes sont remplis de récits prodigieux où l'on ne rencontre que diamans , pierreries^ escarboucles , qui éclairent la nuit comme des réverbères , et où les pièces d'or se mesurent avec des boisseaux, comme le blé dans les autres pays de la terre. Ces pompeuses descriptions , ces exagérations mensongères, sont tout-à-fait dans le goût des peuples de l'Arabie , pour qui la vie de ce monde est si misérable qu'ils ne peuvent cpncevoir de félicité parfaite que dans l'abondance des biens dont la nature les a privés.

L'HÉGIRE DE MAHOMET. la'i

n n'y avait pas encore six ans que Mahomet avait été chassé de la Mecque, et il se voyait déjà à la tête d'une armée qui lui était entièrement dévouée, lorsqu'il annonça que Dieu lui avait ordonné de propager sa religion parle cimeterre (espèce de sabre large et recourbé , dont les Arabes se servent, avec . beaucoup d'adresse), et de détruire \e^ nations idolâtres. Alors il §rb.ora son étendard sacré devant la porte de Médine , et vit bientôt accourir auprès de lui une multitude d'Arabes du déserf, qui prirent dès ce moment le nom de SAnnAsiirs , ce qui veut dire voleurs, parce qu'en eflPet, en attendant qu'ils eussent des combats à livrer, ils se contentaient de dévaliser les marchands qui traversaient en caravanes les sables de l'Arabie; mais Mahomet, qui n'avait point oublié ses anciens ennemis les .Koreishites, résolut d'abord de tourner contre eux le^ armes de ses compagnons, avides dj^^dangers autant que de pillage. ,%

124 L'HÉGIRË DE MAHOMET.

Je ne pourrais vous raconter ici , mes enfans , toutes les expéditions qu^il dirigea contre les habitans de la Mecque, dabord avec peu de succès à la vérité , car il faillit plus d'une fois tomber entre leurs mains, mais vous saurez seulement qu'après avoir été vaincu par Abu-Sophian , ce chef de la famille d'Ommyah, qui l'avait chassé de sa ville natale, il s'empara de plusieurs chameaux richement chargés qui appartenaient à ce grand-*prétre , et finit par se faire ouvrir les portes de la Kaba , dont Abu-Sophian lui-même f int déposer les clés à ses pieds. Ses plus fiers ennemis devinrent ses disciples les plus ardens, et les habitans de la Mecque reconnurent pour le véritable prophète de Dieu , celui qu'ils avaient proscrit sept ans auparavant.

L'un des premiers soins de Mahomet, après ce triomphe éclatant, fut de faire briser toutes les idoles que renfermait la Kaba, et de déclarer que ce temple serait celui du dieu dont il était le prqnhète^ il défendit en même temps que ^wavs aucun mé-

L'HÉGIRE DE MAHOMET. ia5

toréant 9 c'est-à-dire aucun de ceux qui n'auraient pas adopté l'islamisme , pût s'y introduire. Cette conquête mit à ses pieds tous ceux qui lui avaient résisté jusqu'alors , et il se trouva bientôt le chef de presque toutes les tribus de l'Arabie, qui en quelques années rejetèrent toute autre religion que celle du Korau.

Vous allez croire peut-être , mes jeunes amis, que Mahomet, parvenu si rapidement au comble de la grandeur , puisqu'il se trouvait à la fois le prince et le prophète d'une nation redoutable , avait renoncé tout-à'-fait à la simplicité de sa vie primitive , pour se donner sur la terre un avant-goût des jouissances qu'il promettait à ses disciples dans son paradis , mais vous allei voir qu'il en fut tout autrement, et qu'il ne voulut se distinguer des autres Arabes que par sa modestie et sa sobriété. Tandis qu^il ne cessait d'entretenir ses disciples de tant de promesses brillantes , il se contentait pour lui-même de sa Simplicité ordinaire. Soxxn^wV ô^^'^ ^^"

maines entières s'écoulaient sans qu'il s lumât le moindre feu à son âtre, car c' tait lui qui s'occupait des soins du nu nage ; il balayait lui-même le plancher < sa maison , tirait le lait de ses brebis , raccommodait de. ses propres mains chaussure et ses vétemens.

Cette extrême humilité vous surprendi sans doute dans cet homme extraord naire , mais il faut vous rappeler que M homet était le roi d'un peuple pauvre accoutumé aux privations , et que c'éla par son exemple surtout , qu'il voulait i; troduire chez les Sarrasins la sobriété et patience , qui sont des vertus si précieusi pour tous les hommes. Jamais il ne faisa usage de vin , selon les préceptes du Kc ran , et le plus souvent il apaisait sa faii au moyen d'un petit morceau de pal d'orge. Cette extrême tempérance, malgi les travaux d'une vie si agitée , lui perm d'atteindre une vieillesse assez avancée Mais enfin , comme tous les hommes soi mortels y il sentit après utve coxvev» tsi^

die que sa fia approchait, et montant encore une fois dans la chaire de sa mosquée de Médine , il voulut édifier ses disciples par ses dernières actions.

t( S'il se trouve parmi ce peuple qui a m*écoute , dit-il à haute voix , un seul (( homme que j'aie frappé injustement et <( avec colère , qu'il se lève , et je me sou- « mets aux coups qu'il voudra me doniier ; « si j'ai nui par mes discours à la réputa- « lion de quelqu'un de mes frères, qu'il « m'en accuse devant tout le monde , et je <( lui ferai réparation-, enfin si j'ai fait tort <( à une seule personne de ce qui lui appar- € tenait , qu'elle me le dise à l'instant « même, afin que tout ce que je possède a serve à réparer mon injustice. »

Alors dans l'assemblée un homme éleva la voix pour réclamer trois drachmes d'argent ( sorte de petite monnaie du pays) qu'il avait prêtées au prophète dans ^a jeunesse; Mahomet ordonna aussitôt que cette dette fût payée, et remerciai vivement cet homme de u^ ^vx.^ \\suN^ve

laissé mourir sans qu'elle fut acquit ^rès cela 9 il rendit la liberté à tous esclaves , régla lui-même la cérémonie ses funérailles , et voulut consoler ses a en leur donnant sa bénédiction. Il dési son fidèle Abu-Beker pour faire à sa p] la prière publique , en lui donnant le t d'iMAir , ce qui signifie cbef de la prii et trpis jours après il rendit le deri soupir, couché sur un tapis étendu à te Ses plus proches parens Tenterrèrenl lieu même où il avait expiré, et de] ce temps, son tombeau devint le but c pèlerinage, où se rendirent les fid mahométans, auquel leur religion donne de visiter au moins une fois <3 leur vie , les villes saintes de la Mec et de Médine.

Si' je vous ai raconté aussi longùemè mes bons amis, l'histoire du prétei prophète Mahomet , c'est pour v faire comprendre quelle fut la CaibL des commencemens de l'Islamisme , 1 nous verrons tout à YViftwv^ ç.wscs\v

L'HËGIHE &E MAHOMET. 119

presque ttitalîté de l'Asie , une parlie de l'Afrique, et menacer l'Europe même.

Déjà, lors de la mort de Mahôm^, quoique dix ans fussent à peine écoulés depuis qu'il était sorti fugitif de la Meccjué, toutes les tribus de l'Arabie, auparavant si diGTérenles par leurs croyances, avaient brisé leurs idoles , pour adopter la oou- Telle religion , et ces peuplades errantes et naguère encore si divisées, s'étaient réunies pour ne plus former, sous le nom <âe S&rrasins , qu'une seule et même nation, nation forte et redoutable, à qui le prophète de la Mecque avait annoncé que son cimeterre répandrait le Koran sur toute la terre. .' <

i3o LES PREMidFs CALIFES.

ÉES PREMIERS CALIFES.

Depuis l'an 63a jusqu'à l'an 660.

Quoique Mahomet, avant de mourir, eût désigné son ami Abu-Beker pour faire la prière publique à sa place , et l'eût ainsi investi de la dignité d'iman, un grand nombre de mahométans déclarèrent qu'ils préféraient obéir à Omar , l'un des chefs koreishites, qui ne s'étaient soumis que les derniers au prophète , tandis que d'autres se prononcèrent en faveur de l'enthousiaste Ali , ce fils d'Abu-Taleb qui, ayant été l'un des premiers à suivre Mahoniet , était devenu le mari de Fatime 9 la plus chérie des filles du prophète , et se trouvait par sa naissance le chef de l'illustre famille des Hashemixes. Mais le généreux

LES PREMIERS CALIFES. i3i

Omar, ayant reconnu que cette dissidence allait étouffer dans son berceau la religion des Sarrasins , fut le premier à donner l'exemple de la soumission envers Abu- Beker. Cette résolution de l'un des guerriers arabes les plus redoutés apaisa toute discorde -, et Ali lui-même se soumit au nouveau chef de la prière , qui prit le titre de calife , ce qui veut dire vicaire ou remplaçant de Mahomet.

Ce calife , à là vérité, était digne par ses vertus de succéder au prophète, dont il avait partagé la mauvaise fortune. Avant ^ d'accepter sa nouvelle dignité , il demanda pour tout salaire qu'on lui accordât trois pièces d'or par année , avec l'entretien d'un chameau et d'un seul esclave noir ; et le vendredi de chaque semaine , il distribuait lui-même aux pauvres mahométaus ce qui lui restait de son bien ou de l'argent du public. Aussi , lorsqu'il mourut , il ue laissa pour héritage qu'une robe grossière , et cinq pièces d'or qui furent remises à Omav^ qu'il avait àès\%tvfeijw«

i3a LES PREMIERS CALIFES.

son successeur, comme le^ius digne d'oecupcr après lui la chaire d'où Mahomet avait prêché le Koran.

Mais, tandis que les premiers califes donnaient ainsi aux Arabes l'exemple du désintéressement et de la charité, leurs armées, conduites par des chefs intrépides , dont les plus célèbres furent Amrou et Caled, que Mahomet lui-même avait surnommé l'Epée de Dieu, franchissaient les bornes de leurs déserts, et envahissaient en peu d'années la Syrie, la Perse, la Palestine et l'Egypte , menaçant de leur redoutable cimeterre les peuples qui réfuseraient d'embrasser l'islamisme , ou de payer un tribut au vicaire de Mahomet. Les villes les plus^ riches et les plus populeuses de l'Orient tombèrent en leur pouvoir avec leurs trésors, leurs immenses magasins de marchandises précieuses , et leurs magnifiques églises, dont plusieurs furent transformées en mosquées. L'opulente Damas, capitale de la Syrie , se rendit à Caled après un siège meurtrier, et A\exai\àt\^ ^)\fc-\svfea\ft>

LES PREMIERS CALIFES. i33

cette ville célèbre dont il est si souvent question dans Thistoire, ouvrit ses portes à Amrou. Ce fut même ce général, qui, à la prière d'un savant Egyptien , ayant demandé au calife Omar ce qu'il devait faire de la fameuse biblioljiéque des Ptolémée^, qui renfermait plusieurs millions de volumes manuscrits (car vous savez que Timprimerie n'était point encore inventée dans ce temps-là ), en reçut celte réponse , que vous connaissez peut-être déjà : « Si ces (c livres dont tu me parles , écrivit le fa- <c rouche calife, ne font que répéter ce que <( dit le Koran , ils sont inutiles ; mais s'ils (c contiennent des choses contraires à ce (c livre divin , ils sont dangereux , et de ce toute manière tu les détruiras. » Ces seuls mots furent l'arrêt de destruction de ce vaste dépôt des connaissances humaines, et les trésors de science que tant de siècles avaient amassés, servirent à chauffer pendant six mois entiers les bains publics d'Alexandrie.

Le grand Héraclius , qui Tégiv^\V. ^w^o^^

i34 LES PREMIERS CALIFES.

à Gonstantinople , vit aussi les provinces de l'empire ravagées par ces nouveaux ennemis plus redoutables que les Perses et les Bulgares , mais du moins son trâne ne fut qu'ébranlé ; tandis que le dernier successeur de Chosroès , encore vêtu d'une longue robe de soie brodée d'or, et la tête couverte d'une tiare ornée de pierreries , fut conduit captif aux pieds du calife, qui le traita avec humanité , et lui permit même de vivre libre.

Au milieu de ces progrès presque incroyables de l'islamisme , Omar continuait la vie pauvre et frugale dont Abu-Beker lui avait laissé l'exemple. Sa nourriture habituelle se composait de pain d'orge et de dattes fraîches , sorte de petit fruit fort commun en Arabie. Il ne buvait que de l'eau pour étancher sa soif; et lorsqu'il prêchait en public , il portait une robe percée de douze trous, ni plus ni moins.

On raconte même qu'un ambassadeur persan étant un jour venu apporter en tribut un grand nombre de ncVvess^s îiux pieds

LES PREMIERS CALIFES. i35

duCoMMÀiïDEUR DES CROY AN S (c'était le titre que les Sarrasins donnaient à leur calife), trouva celui-ci endormi parmi des mendians sur les marches de la mosquée de la Mecque. Mais si le calife ne s'enrichissait pas des victoires des Mahométans , il n'eu récompensait pas moins magnifiquement les moindres soldats de ses armées, à chacun desquels il faisait distribuer après chaque conquête de grosses sommes d'or et d'argent, sans leur laisser oublier pourtant que d'autres récompenses les attendaient enoore dans le paradis de Mahomet.

Cependant l'intrépide Galed, après avoir achevé la conquête de la Syrie, était parvenu jusqu'aux portes de Jérusalem , et le gouverneur de cette ville sainte s'était engagé à en livrer les portes sans combat , pourvu toutefois que le calife lui-même se présentât pour en recevoir les clés. Omar, quoique déjà très avancé en âge, consentit donc à entreprendre ce voyage lointain , et il se mit en route à travers le désert dans le modeste équipage d'un svmp\^ iad.\^^'^^

i3fi LES PREMIERS CAUFES.

arabe. Monlë sur un chameau à f>oil ro' le plus commua des animau)!; de cette pèce , sur lequel on avait placé un p sac de blé , un autre de dattes sècbes, i ëcuelle de bois , et une outre pleine d'e on le voyait accueillir les musulmans accouraieut de tous côtés sur son pas»

pour contempler le vicaire de Mahom et rendre la justice à ceux d'entre eux avaient quelque demande à lui faire. L< que quelque Sarrasin , oubliant la siraj cité dont le calife donnait l'exemple , présentait devant lui magniSquementv à l'asiatique , Omar lui arrachait sa b lante robe de soie , et lui jetait de la b< au vbage. Ce fut ainsi qu'il acheva ce i voyage à travers l'Arabie et la Syrie :

étant arrivé aux portes de Jérusalem s'assit à terre , en attendant qu'on vînt en apporter les clefs, qui ne se firent pc attendre. Après cette conquête importai il reprit dans le même appareil le chei de Médine , déclariint que la place do life était auprès du tonL^ea^o. à^'NWclq.'c

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