INTRODUCTION
Après auoir parcouru au liure précédent tant les grandes que petites Isles, qui sont dedans ou autour de ce grand golfe de mer, nous passerons maintenant à la Continente, la description de laquelle nous commencerons au costé Septentrional, lequel embrasse plusieurs régions, et de fort grandes prouinces ; ïusques ici presque incognuës (quelques-unes exceptées) ou légèrement et seulement proche du riuage cognuës; car hormis la Nouuelle-Espagne et les prouinces qui lui attouchent iusques au sein de Californie, nous n'auons eu qu'une fort petite cognoissance des autres qui sont au milieu du pais ; par ainsi, nous traiterons légèrement de
celles qui sont moins cognuës, nous afreetans un peu plus diligemment aux autres qui le sont plus, nous ne commencerons pas toutesfois cette description par ces derniers confins, qui sont sous le pôle mesme, maispassant outre ces régions non cultiuées qui sont touffiours roides de glaces et de neges continues, qui n'ont esté visitées qu'en passant par ceux, qui par diuers recoins, golfes et deetroits, ont iusques ici cherché en vain passage vers la Tartarie et le royaume de la Chine, nous commencerons par cellesqui ont desia receu quelque culture par les hommes; qui attouchent le cinquante quatre ou le cinquième degré de la hauteur du' pôle du Nord, et s'appellent auiourd'hui du nom de Nouuelle-France : non que ces régions ayent premièrement esté descouverter. et visitées par les François, car auant aucune nauigation des^ Bretons ou Normands vers ces pais, une grande partie de la coste maritime auait esté non seulement descouuerte, mais mesrae delignée par lean et Sebastien Cabots Vénitiens, sous les auspices de Henri VII roi d'Angleterre, comme font foi leurs chartes Géographiques (desquelles il s'en trouue encvi^re plusieurs pour le iourd'hui en Angleterre) qui contiennent ces mots : " l'an du Seigneur cloccccxcvii lean 'Cabot Vénitien et Sebastien son fils ont monstre le ' chemin à cette terre, à laquelle auparauant personne
* n'auoit osé aller, le XXIV de luUiet enuiron cinq
* heures du matin. Et la nomma Terre premièrement ' veuë, ie croi que de la mer il auoit ieté ses yeux pre- ' mièrement vers cette part : car il appela l'isle qui est
' vis-à-vis S. lean, pour cette raison comme ie pense" ' qu'elle fut descouverte le iour qui est dédié à S. I. ' Baptiste. Les habitans de cette terrp se seruent de
de
peaux d'animaux et <!e despouilles de be»teH saunages pour habits, et en font autant d'estimo que nous de nos plus précieux vestetnents. Quand ils vont à la guerre, ils se seruent d'arc, de flèches, de picquea, de dards, de massues de bois et de sondes. La terre y est stérile et n'apporte aucun fruict, d'où vient qu'elle est remplie d'ours de couleur blanche et de cerfs d'une extraordinaire grandeur: elle abonde en poisson, et raesme il y en a de fort grands, tels que sont les loups marins et ceux qu'on appelle vulgairement Saumona ; il s'y trouve des soles si longues, (ju'elles surpassent une aulne de longueur. Et surtout il y a une grande abondance de ces poissons qu'on appelle d'un nom vulgaire Bacalaos, il y a en cette isle des oiseaux de proyc si noirs, qu'ils ressemblent naifuement aux corbeaux, les perdrix et les aigles y sont noirs." Voilà ce qui en est escrit en ce lieu là. Par après les Cabots assauoir l'an cIoL) Gaspar Corterealis Portugais visita les mesraes terres par le commandement du Roi de Portugal et les descouurit plus avant le milieu du pais, et l'ont occupé comme leur, y ayans mené des colonies par l'authorité du Roi. Or la Nouuelle France comme veuler t plusieurs autheurs françois, y est contenue entre le quarante et cinquantième degré de la hauteur du pôle du Nord ; les autres l'enferment en des limites plus estroits : d'autres l'estendent iusques au soixantième degré : La longueur de ces païs vers l'ouest est incertaine : ci-après nous descrirons iusques où les François par leurs nauigations et chemins terrestres ont pénétré. Nous commencerons au reste la description de cette Continente par l'isle de Terre-Neuve, comme elle est à présent nommée, pour ce qu'elle l'auoidne et ouure le chem.in à icelle..
TERRE-NEUUIi