‹ L'histoire du Nouveau-Monde ou Description des Indes Occidentales [microforme]Chapitre 20 sur 23 · CHAR XXI · texte numérisé non relu

CHAR XXI

Colonies des François menées en la partie Australe de la Nonuelle-Prance.

Après qu'on eut mené quelques colonies en vain es contrées Septentrionales de la Nouuelle-France, les François n'essayèrent plus rien après en ces lieux-là, lusques à ce qu'enfin l'an cLoLiciir, Pierre de Gua Seigneur de Monts, obtint du Roi le tiltre de Viceroi en toutes les prouinces de la Nouuelle-France, qui sont entre le quarante et le quarante-sixième degré de la hauteur du pôle arctique : et fut à lui seul permis par patentes fort amples, de traiter les peaux de castor et autres, en la Province de Cadie, Isle des Bretons, Bayes de S. Claire et de Chaleur, Isle Percé, Gachepé, Chichedec, Mtsamichi, Lesquemin, Tadousac, et à l'une et l'autre riue du fleuue de Canada. Après que ces choses lui eurent esté accordées, ayant loé six vingts laboureurs, il partit de France le septième d'Auril l'an clolociv, et auec un heureux passage, il arriua au port aux Moutons en la Prouince de Cadie où il s'arresta premièrement et y descendit ses gens à terre : mais ayant peu après changé de résolution, il s'en alla à l'Isle de S. Croix à

l'embouclieurc de la riuiore des Entpclioiiiins. L'\ iiyant le [)reniier hiuer perdu par diuerses mahulies trotite-ciiiq de ses gens de sej)(ante neuf, pource que le lieu seuibloit estre trop mal sain pour les François à cause du grand froid, l'an clolocv, au mois de luin ayant obtenu nouuelles patentes de France (car il auoit visité an})arauant diuerses places et toute la coste iusques au Port Mallebarre) il lui sembla pour le mieux de transporter sa colonie au Port- Royal ; et après y auoir laissé trente de ses gens auec raisonnables victuailles, il repassa en France.

Enfin l'an clolocvi le sieur de Poutrincourt faisant un voyage en ces pais et singlant la coste du Sud de Cadie, rencontra les gens que le sieur de Monts auoit laissé au Port-Royal, qui tasehoyent de s'en retourner en France, qu'il ramena de bon gré à leur colonie. L'hiuer auoit esté plus douce cette année là qu'aux précédentes, et auoit esté moins suiet au Scorbut. Après auoir au printemps remarqué diligemment toute la colonie au Port Malebarre et plus outre, ils retournèrent sur l'biuer à leur colonie. Cependant comme l'an clolocvii les lettres de priuilege eurent esté abolies en France et la traite de la pelleterie permise à tous, le sieur de Monta ne pouuant plus supporter la aespense, fut contraint de ramener ses gens de la colonie du Port- Royal en France.

Poutrincourt ayant auec un plus grand appareil mené l'an clolocx de nouuelles gens au Port- Royal et y aynnt trouué les maisons encore entières seulement descouuertes ; il s'a])pliqua premièrement à cultiuer et ensemencer les champs ; par après il fit baptiser plusieurs saunages encore qu'ils ne fussent que bien légèrement instruits aux principes de la Religion chrestienne, et entre les

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premiers leur Cassique Menbertoii, vieux comme lia disoyent <le eent ans, lequel il nommii Henri du nom du Roi de France. Aprèa ce.s choses Poutrincourt cnuoya son fds en France au commencement de rautomne ; lequel ayant raconte par ordre ;\ lu Roy ne, vefue (car le Roi auoit est^î un peu aui»arauant traitreusement assassiné) tout ce qui s'estoit passé en la Nouuello-France ; les lesuites qui estoyent en cour et qui y pouuoyent beaucoup, recherchèrent de tout leur pouuoir la Royne, afin que quelqu'un de leur ordre ftut enuoyé en la Nouuelle-France, auec une pension annuelle de deux mille liures, remonstrana que cela leur auoit esté un peu auparauant promis par le Roi ; et après qu'ils eurent aisément impetré cela, ils csleurcnt deux de leur compagnie Pierre Byard et Edmund Massé pour faire cette charge : qu'ils en noyèrent à Dieppe où il y auoit deux nauires appareillés par deux marchands, qui auoyent contracté société auec Poutrincourt : mais comme ils sceurent (Lescarbot lib 5) que ces lesuites estoyent venus pour monter sur leurs nauires, ils commencèrent à s'y opposer fort et ferme, à cause que le parricide du Roi estoit encore trop profondément cngravé dans leur cœur et ne peurent estre induits d'hasarder leurs moyens pour entretenir une colonie : laquelle seroit eu quelque façon sous la puissance des Espagnols ; s'offrans d'y mener librement des Religieux de quel ordre on voudroit ; mais quand aux lesuites qu'ils n'en vouloyent point, si ce n'est qu'il pleufet à la Royne pour nettoyer à la fois tous les immondices de la France, d'enuoyer à la Nouuelle-France tout l'ordre ensemble ; ils requeroyent en outre, que si la résolution estoit prinse de les y enuoyer, qu'elle les rembourçast des frais faits pour esquiper ces deux na-

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