‹ L'histoire; entretiens sur l'évolution historiqueChapitre 10 sur 32 · L'EGYPTE ANTIQUE · texte numérisé non relu

L'EGYPTE ANTIQUE

Note préliminaire. — Origines nubiennes, berbères et sémitiques de la population. — Origines clérico-féodales de la monarchie. — Arts de ïancien empire.

— Les pyramides. — Éclat des IV« et VI« dynasties. — Le moyen empire, la XII* dynastie. — Invasion nord-orientale : les Hyksos. — Développement intellectuel et religieux de TÉgypte antique : culte direct, puis symbolique des objets proches et lointains; cuite des êtres ou aspects cosmiques. — Mythologies locales. — Dieux du Centre : Osiris, sa famille et sa légende.

— Dieux du Nord (Delta) : Phtah, Beset, Neith, Nou, etc. — Dieux de l'Est : R&, etc. — Dieux du Sud : Ammon et son groupe. — Théologie : les Ennéades et les Triades.— Culte des morts. — Théorie du Z>oud2e.<-> Vie d'outre-tombe; ch&timents, métempsycose, récompenses. — Apothéose des vivants destinés à l'immortalité. — Origine du droit divin.

Ni six jours, ni six mille ans, ni six cent mille ans n'ont suffi à Tordonnaoce, telle quelle, de ce globe sublunaire. Longtemps avant que le très peu aimable Jahvé imaginât de créer la lumière avant le soleil, vingt, trente dieux, et des plus notables, avaient façonné, tant bien que mal, ciel, terre, plantes, animaux, infusoires et primates. Avant la puérile fabrication d'un limoneux Adam et Textraction d'une Eve intercostale, vivaient, aux bords de la Vézère et en cent autres lieux, des chasseurs de mammouths, des harponneurs de lamantins, qui, d'un trait assez juste, incisaient sur quelque lame d'os le profil de leur monstrueux gibier ; et ces gens, dits de la Madeleine, succédaient, l'histoire. 1

ou se juxtaposaient à d'autres races^ plus septentrionales et mille fois plus antiques.

A l'époque, assez indéterminée (du soixantième au quarantième siècle av.J.-C), où se laissent entrevoir les premiers mouvements, les premiers contacts des groupes qui vont renoncer à la vie animale du chasseur errant, ce que nous appelons l'ancien monde était occupé déjà par les hybrides des trois grands embranchements du genus homo : le jaune, répandu dans le nord et Test de l'Asie (peut-être de l'Europe) ; le noir^ bordant, depuis la Malaisie^ les côtes de l'océan Indien; enfin le hlancy maître de TAsie antérieure (à partir du versant occidental de l'Altaï) et des côtes méditerranéennes des trois continents.

Dans ce monde blanc^ qui va réclamer la plus grande part de notre attention, règne une activité, une tendance h la mobilité, qui contraste avec l'apathie relative des noirs et des jaunes. Deux mouvements s'y succèdent et s'y rencontrent : l'un, extrêmement lent, parti des régions atlantiques, et dès les temps magdaléniens, se propage d'Occident en Orient, déposant en Europe les Ibères, en Afrique les Berbers ou Libyens; l'autre, moins antique et plus rapide, apporte d'Orient, flot par flot, des populations plus dégrossies, des mœurs moins frustes et des idées plus complexes. La rencontre et la pénétration réciproque de ces deux courants ont laissé quelque souvenir dans les plus anciennes traditions de la Grèce et de Rome. Les Athéniens contaient que leur territoire avait vu la lutte décisive des Pélasges et des Ibères. Rien n'était plus familier aux Latins que l'expulsion des Sicanes par les Sicules, et des Sicules par les Ausones. Les recherches de la palethnologie et de l'érudition confirment ces vagues réminiscences. L'origine orientale des animaux domestiques, des armes et faucilles de bronze, les longues traînées de sépultures et de types encore vivants qui marquent la route des colonnes immigrantes autorisent à ranger parmi les événements réels des invasions, des combats, des révolutions, dont le détail nous échappera toujours.

Ainsi se joignirent et se mêlèrent, dans les régions habitables

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de l'Asie antérieure et de l'Europe, les tril>us chasseresses, pastorales, agricoles, métallurgistes, blondes et brunes, grandes et petites, dolicho- et brachycépliales, peu à peu forcées par leur accroissement respectif h des rapports sociaux, hostiles ou pacifiques. Mais, soit que ces races eussent atteint déjà leur humble apogée, soit que, pareilles il certaines plantes, elles eussent besoin, pour produire, de contacts parasites, d'excitations étrangères, elles semblent s'être arrêtées longtemps aux premiers stades de la barbarie.

Ce ue fut pas dans les pays oit notre espèce devait atteindre aux plus hauts degrés de culture, ce ne fut ni en Grèce, ni eo, Italie, ni en Gaule ou en Germanie que s'ouvrit l'ère historique. Ce fut en un coin du monde, et là où l'on pouvait le moins s'y attendre; \i où un isthme et un désert séparent l'Asie de l'Afrique; au débouché d'une longue et étroite vallée, fertilisée, il est vrai, par un puissant fleuve, mais qui, par sa haute température, par sa faune perfide et féroce, par sa forme, annelée, reptilienne, semblait aussi mal disposée que possible pour l'épaaouissemeivt d'une civilisation. Et c'est là, entre deux chaînes de collines rocheuses et dans les marécages lentement exhaussés par les limons du Nil, que, cinq mille ans avant notre ère, apparaît un peuple, un type, si fortement constitué que ni les invasions, ni les mélanges qu'elles amènent n'ont pu en altérer sensiblement tes traits, ni même en diminuer la vitalité. Cela est si vrai que le chiiTre de la population indigène, six à sept millions d'âmea, n'a éprouvé, en soixante-dix siècles, que des variations insignifiantes, et qu'on reconnaît encore parmi les fellahs les personnages figurés sur les tombeaux de leurs ancêtres.

La richesse du sol égyptien en instruments paléolithiques de tout âge, du coup de poing de Chelles aux outils et aux armes du Moustier et de la Vézère (Arcelin, Hamy, Lubb atteste ici la présence de l'homme quaternaire, pentes escarpées entre lesquelles sans doute le : bias de mer, coulait il pleins bords. Des autochthi au dépôt lent des limons qui ont formé l'humus

L^HISTOIRB.

la marche du delta vers ]a Méditerranée, qui a laissé un peu au nord de Memphis quelques vestiges d'un ancien littoral. Leurs minimes hordes, cantonnées le long du fleuve partout où quelque tertre dépassait le niveau des grandes eaux, devaient fort ressembler aux tribus africaines telles que Speke et Schweinfurth les ont prises sur le fait; des brutes naïves facilement menées par le plus fort et le plus malin de la troupe, par le chef et le sorcier, ces deux compères antiques, parfois réunis en une seule personne : le prêtre-roi.

Quand les Asiatiques, par le plateau rocheux qui unit la chaîne arabique à la mer Rouge, et les Berbers, contournant le lac Maréolis, pénétrèrent — ceux-ci beaucoup plus avant — dans la longue vallée, ils se mélangèrent, à doses inégales, aux populations foncées dont le type, certainement amendé et embelli, s'est perpétué jusqu'à nous. L'épaisseur des lèvres imberbes, la largeur du nez, la saillie des pommettes, la carrure du tronc, la lourdeur des chevilles et des pieds — qui caractérisent le plus ancien style — la coloration rougeâtre de l'épiderme chez les hommes, la teinte jaune attribuée aux femmes, tout révèle un appoint nigritique. Le corps a pu s'allonger, la taille s'amincir, le nez s'accentuer, surtout chez les castes supérieures sémitisées, mais l'allure générale a gardé l'empreinte du facteur primitif, auquel le peuple égyptien a dû sa force de résistance.

Pour peu que l'on ait égard aux calculs — approximatifs, mais très vraisemblables — de l'anthropologie préhistorique, on ne trouvera nulle exagération dans le chiffre de trente mille ans que les prêtres égyptiens du cinquième siècle attribuaient au règne des dieux, c*est-à-dire à la période d'inconsciente incubation où les petits centres, les menues principautés échelonnées sur le fleuve comme les anneaux d'une chenille, vivaient chacun à part, à l'écart, avec ses dieux petits et grands, ses laboureurs et artisans terriCés par le prêtre, exploités par le seigneur local, contents d'un oignon et d'une galette de dourah, comme ils le sont encore.

L'histoire commence avec la première tentative heureuse de

l'éotptb antiqub* s

quelque hobereau du NU pour réunir sous sa main et constituer en nation les deux Ëgyptes : l'Egypte du Nord, qui commençait un peu au-dessus de la fourche du delta; l'Egypte du Sud, qui avût pour centre Téni, Abydos, aux confins de ce qu'on a, depuis, appelé la moyenne et la haute Egypte K

C'est de Téni qu'un personnage légendaire, Menés, Mena, fuyant, dit- on, la tyrannie des prêtres d'Osiris, descendit le fleuve et vint se fixer sur la rive gauche, au pied de la chaîne libyque. Il parait avoir étendu sa suzeraineté^ au nord et au sud, sur les nombreux principicules dont les minimes états ont reçu des Grecs le nom de nomes. On lui attribue, à tort peutêtre, la fondation de tfemphis et la construction d'une digue, dont on croit reconnaître encore les traces. Ce qui demeure acquis, c'est que le premier développement historique de TÉgypte s'est produit à la pointe du delta, là où l'exigeaient impérieusement les intérêts de la nation ; n'avait-elle pas à parer les atta* ques des Libyens et des Asiatiques , à protéger et à défendre

1. L*égyptologie — la connaissance des mœurs, des institutions et des croyances de Tancienne Egypte — est en voie de transformation. Des fouilles infatigables ont mis au jour les mystères enfouis sous les antiques pyramides de Dachour, de Sakkarah et de Meidoum. Ces découvertes, honneur de notre mission du Caire, enrichissent chaque jour le musée de Boulak de statues, de peintures, de vases, d'Inscriptions qui modifient sensiblement les inductions, môme les plus récentes, de la science. Les listes de Manéthon perdent l'autorite qu'on leur attribuait. A mesure que l'on pénètre plus avant dans la structure intime de la langue restituée par notre Champollion, la grammaire se dessine, la prononciation se fixe, les noms changent de forme et de désinences. On reconnaît à peine, dans les lectures nouvelles, les rois et les personnages réels ou légendaires. Au reste, les détails sans nombre que ne cessent d'accumuler nos égyptologues, s'ils jettent quelque confusion dans l'ordre des faits, quelque doute sur la réalité de dynasties factices, ne font qu'accentuer les grandes lignes d'un exposé tel que le nôtre ; ils éclairent les origines animiques des croyances, la formation féodo-déricale de la monarchie pharaonique ; on peut dire qu'ils vieillissent l'antiquité, déjà si reculée, de la terre de Kern»

ses frontières? Cette défense et cette conquête furent l'œuvre et la raison d'être de Vancien empire (5000-3000)..

Durant plus de cinq cents ans, Téni, la ville sainte, garde la prépondérance; les deux premières dynasties en sont originaires. Memphis, Mannover (le port des bons), ou encore Ha-Ka-Ptah^ d'où Aiguptos (demeure de Ptah), fournit les trois suivantes. La sixième vient d'Apou, Aboud, peut-être Eléphantine, peutêtre Abydos. Son avènement révèle une lutte entre les deux Égyptes, une prééminence momentanée des cantons du sud, grâce sans doute à quelque soulèvement, à quelque invasion ignorée des barbares de l'est, auxquels les pharaons ne cessent de disputer la région du Sinai, entre les golfes de Suez et d'Akabah.

Pendant cette longue période, dont la quatrième dynastie — Snéfrou, Snofroui, conquérant du Sinaï, Chouwou, Chafrâ, Menkerâ (Chéops, Ghéphren, MykérinosJ — marque le point culminant, en des temps où la Ghaldée et la Chine sortent à peine de la fable, où il n'existe ni Assyriens, ni Perses, ni Hellènes, ni Hébreux, l'art atteint de lui-même à une beauté originale qu'il n'a jamais retrouvée, du moins en Egypte. Les statues en bois, en calcaire, en granit, de l'ancien empire qu'ont commencé à nous faire connaître les fouilles de Mariette et qui de tous côtés sortent aujourd'hui de terre sous la main de M. Maspéro et de ses continuateurs, présentent un caractère naturaliste très prononcé. La vie, l'individualité qui se montrent dans les plus imparfaites (Sépa et sa femme, au Louvre, troisième dynastie) comme dans les plus fines (le Cheik-el-Beledy le Chafra de Boulak, le Scribe aux jambes croisées, du Louvre) répondent à leur destination : ce sont des portraits, des doubles, chargés de perpétuer la personne du mort dans l'arrière-chambre sépulcrale. Sans doute, les bras attachés au corps, l'insuffisance du modelé, trahissent l'imperfection de l'outil ; mais beaucoup de ces défauts qui nous choquent, longueur et platitude des pieds, aspect niais ou passif des visages larges aux mentons fuyants, bizarreries des lourdes perruques, etc., sont des traits donnés

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par la réalité même. La masse de la nation est encore de type inférieur ; seuls les rois> quelques hauts fonctionnaires, de race princière sans doute, dépassent la foule en stature, et portent plus haut une tête plus allongée ; on sent en eux du Berber et de TArabe déjà, qui ont dégrossi le nègre. Au reste, sauf quelques erreurs bizarres dans le dessin des yeux et Tabsence complète de perspective dans l'attache des bras aux épaules et dans la position des pieds (toujours figurés de profil), la liberté, la variété des allures éclatent dans les bas-reliefs et les intailles coloriées à teintes plates qui décorent les murailles intérieures des tombeaux. Les peintures, fraîches comme au premier jour, témoignent d'une surprenante activité industrielle et agricole. Tous les métiers et toutes les professions y figurent dans leurs plus menus détails : pâtres, chasseurs, pêcheurs lançant le filet, animaux de toute espèce, laboureurs, brique tiers et maçons, charpentiers, boulangers, artisans, terrassiers marchant sous le bâton du contremaître, traînant ou poussant quelque colosse de basalte, sculpteurs, peintres, décorateurs, commis et fonctionnaires de toute classe notant les denrées ou les heures de travail, prêtres desservant les dieux et les morts, et le riche oisif dans son jardin au bord de sa pièce d'eau. C'est une évocation.

Les sépultures, principaux monuments de cet âge, appartiennent à deux types, le mastaba et la pyramide, qui abondent, Fun et l'autre, dans toute la vallée moyenne du Nil, à Sakkarah, à Daschour, Gizeh. La pyramide n'est d'ailleurs que l'achèvement, le couronnement du tumulus, du tertre mortuaire si commun dans le monde entier. Il faut reléguer au second plan toutes les hypothèses sur l'orientation astronomique et la destination, sanitaire ou religieuse, des pyramides; toutes sont, et sont uniquement, des tombeaux. La pyramide à degrés de Sakkarah fut longtemps considérée comme la plus vénérable ; beaucoup d'autres, aujourd'hui, qui ont livré leurs secrets et leur riche mobilier au musée de Boulak, peuvent revendiquer une antiquité au moins égale. Oii connaît Ténormité de la pyramide

de Chouwou (150 mètres environ sur 243), à laquelle cent mille captifs travaillèrent durant vingt ans; les dimensions, encore considérables, de celles qui portent les noms de Chafra et de Menkéra. Elles s'élèvent sur la colline libyque, au milieu de véritables cités funéraires, où toute la région de Memphis venait ranger ses morts, les humbles à même le sable, les riches embaumés en de solides enveloppes. On peut encore distinguer les rues de ces vastes cimetières.

Ces amoncellements de terre et de briques, ces pierres si bien ajustées et stuquées, ces angles qui n'ont pas fléchi, attestent à la fois la science pratique des constructeurs et l'endurance extraordinaire, la cohésion de ces hiérarchies d'ouvriers et de contremaîtres exécutant ces immenses labeurs sous l'autorité absolue du pharaon divinisé. 11 est curieux toutefois qu'un certain ressentiment du peuple condamné à ces rudes tâches se soit perpétué d'âge en âge jusqu'au temps d'Hérodote, et même de Diodore. La réprobation qui s'attacha aux noms de Ghéops et de Chéphren parut si constante, que le clergé trouva utile de désavouer ces rois, proclamés impies, qui avaient dissipé des richesses et usurpé des honneurs dus seulement aux dieux et aux pontifes sacrés. Menkéra, Mycerinus, par comparaison, était tenu pour bienfaisant et pieux : sa pyramide est plus petite des deux tiers. Le grief et l'excuse étaient également puérils ; un pharaon ne peut être impie, puisqu'il est dieu; mais la tradition n'en est pas moins intéressante à deux égards : elle conserve le souvenir des souffrances éprouvées par un peuple quatre mille ans avant notre ère; et ellerévèle une des plaies, autrement cruelles que celles de Moïse, qui minèrent la constitution même et la puissance de l'Egypte, je veux dire l'ambition théocratique, funeste à tant de dynasties, finalement à la nation. D'autres fables, plus amusantes, se rattachent aux pyramides. L'une, celle de Ghéops, ou, plus ordinairement, celle de Mycerinus, aurait été construite, achevée du moins, aux frais d'une courtisane ou d'une infatigable princesse. Est-ce là une simple facétie irrévérencieuse, ou bien un trait de mœurs, réminiscence

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d'un âge où, comme au Japon et en d'autres lieux» les filles, entièrement libres, pouvaient et peuvent encore gagner leur dot avant le mariage? 11 se pourrait aussi qu'une pareille fiction ait été suggérée^ beaucoup plus tard, par les pratiques religieuses de Chypre et de Babylone.

Mais laissons les pyramides; il suffit de répéter que, pas plus à Gizeh qu'à Daschour^ ou à Sakkarah, il n'existe aucun doute sur leur destination. Les chambres funéraires et les inscriptions, sinon les corps, de Ghéops et de Ghéphren, ont été depuis longtemps retrouvées, et le peu qui reste de Mycérinus est exposé, je crois, à Boulak. Le sarcophage de ce roi, embarqué pour Londres, a péri en mer.

Les mastabas sont des chapelles quadrangul aires en pierre et en brique, à parois inclinées, ressemblant à des bases de pyramides tronquées, qui précèdent et couvrent en partie un puits et des caveaux souterrains. Au delà ou au fond du puits, dans la principale chambre, une cuve de granit^ de porphyre, contenait le cercueil de bois et la momie. Derrière, dans un réduit secret, se dérobaient (es statues et figurines du défunt.

L'architecture proprement dite ne nous a laissé qu'un spécimen, le temple du Sphinx, dégagé par Mariette, bas, nu, à piliers carrés sans ornements ni moulures^ très probablement antérieur à Mena, tout comme le colosse taillé près de lui dans la montagne, image du dieu Harmakis. La plupart des constructions de ces temps antiques, avant Snewrou et Chouwou, telles que les restituent MM. Perrot et Chipiez, étaient en bois, soutenues par de grêles piliers que reliaient des cloisonnages en roseaux^ et sans doute maçonnées de torchis et de briques crues.

Il faut d'ailleurs distinguer entre la période de tâtonnement, qui correspond aux trois premières dynasties, et le riche développement des trois suivantes, entre le lourd hiéroglyphe en relief de la plus ancienne époque, et l'intaille déjà savante et régulière des caractères sous les Y^' et YI* dynasties. Celle-ci avait des bibliothèques^ un gouverneur de la maison des livres. Cependant M. Maspéro fait remonter jusqu'à la II* les origines

de la médecine, et quelle médecine! Pour guérir le mal de tête, par exemple, on n'avait qu'à répéter quatre fois : a Le devant de la tête est aux chacals divins; le derrière est un pourceau de Râ. Mets-les sur un brasier ; quand la vapeur qui en sortira aura atteint le ciel, il en tombera sur la terre une goutte de sang, etc. » Je ne puis m'em pêcher de rappeler ici nos formules de médecine populaire, ces oraisons saugrenues que nos campagnards préfèrent encore à la quinine. Partout Thomme a débuté par les mêmes inepties, toujours suggérées par un exploiteur quelconque. Les Égyptiens n'en sont pas moins arrivés à quelque renommée médicale^ sans doute à quelque empirisme efficace. L'astronomie aussi, et même la morale, si l'on en croit un petit traité de la XIX® dynastie, auraient occupé quelques sages en ces temps reculés. Mais il ne faut pas attacher à ces anachronismes plus d'importance qu'ils n'en méritent.

La VI® dynastie, celle des Papi, des Meren-Ra, fut une brillante époque. Elle nous a laissé entre autres le souvenir d'un ministre dirigeant, Ouna, qui de simple page porte-couronne devint surveillant des tombeaux, constructeur de pyramides, munitionnaire général, organisateur d'armées, de flottes et de conquêtes, au Sinaï et en Nubie. C'est lui-même qui nous raconte sa vie laborieuse et sa haute fortune. Il parait avoir régné, sous le fils de Papi, au moins sur toute la vallée, de la pointe du delta aux cataractes. La dynastie semble s'être terminée tristement par un assassinat, une vengeance et un suicide. Une reine Nitocris (Nitakrit) aurait étouffé sous une pluie de cendres les meurtriers de son mari, puis aurait volontairement partagé leur sort. C'est une légende très postérieure. £n fait, la famille des Papi, originaire du sud, fut renversée par des princes du nord, qu'elle avait dépossédés.

Cinq siècles de décadence obscure (VII«-X« dynastie) mettent fin à la suprématie de la basse Egypte. Il est probable que les rois memphites ou deltiques se débattaient péniblement contre des envahisseurs orientaux^ poussés eux-mêmes par des migrations asiatiques. La vie nationale se réfugiait alors dans l'Egypte

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moyenne et dans l'extrême sud. C'est ainsi que Thèbes, On du Sud, devint la capitale du moyen empire (3064-2300).

La chute avait été profonde, si Ton en juge par les tâtonnements et la rudesse de l'art nouveau ; mais le relèvement fut rapide. LesEntew, Aâ, etc., de la Xl° dynastie paraissent avoir reconquis, pied à pied, contre les vassaux et les étrangers, tous les domaines perdus par la monarchie. La XII® dynastie (Ousourtésen, Amenhémat) couvre de monuments toute la vallée, jusqu'à la deuxième cataracte (Ouadi-AI fa). C'est le second âge d'or de l'art égyptien. Ses édifices ont péri. Cependant les portiques des tombes de Beni-Hassan permettent d'affirmer que l'architecture avait dès lors produit des chefs-d'œuvre. Le colossal Labyrinthe, élevé près du lac Mœris, excitait encore, au cinquième siècle, l'admiration d'Hérodote. Ce lac lui-même, creusé au Fayoum par les Amenhémat, dans une dépression latérale, à l'ouest d'un grand canal dérivé du Nil (Bar-el-Yousouf), et décoré de colosses et d'obélisques, était une merveille d'art et d'industrie, l'un des travaux les plus utiles qui aient jamais été accomplis par les pharaons, une conquête sur le désert. Les hypogées, enfin, tombes souterraines excavées dans le roc, qui ont succédé aux mastabas et aux pyramides, ne le cèdent en rien pour la décoration, les inscriptions et les bas-reliefs, aux sépultures memphites. On commence à rencontrer sur les parois des textes longs et circonstanciés, des récits de bataille, des annales, des listes et testaments de rois. Un papyrus, je crois, nous reste de cette époque. On voit sur les bas-reliefs des processions de captifs, des caravanes d'Asie. Tout témoigne d'une puissance et d'une richesse extrêmes. Enfin, la renommée de la XII*' dynastie fut si durable que les fameux Ramsès usurpèrent ses statues, en les démarquant, et y inscrivirent leurs noms.

L'œuvre politique du moyen empire fut la conquête de la Nubie. Avec la XIII» dynastie (Sevekhotpou, Menthotpou, etc.), très longue et souvent interrompue (450 ans), commence une période troublée. L'Egypte fléchit de nouveau sur ses frontière? d'Afrique et d'Asie. Vainement la royauté (XIV® dynastie, Xoitf

se reporte au nord, en plein delta. Les Hyksos, chefs de hordes jusque-là repoussées et maintenues hors de Tisthme, s'établissent à Tanis-Avaris et, de leur forteresse, fondent sur Memphis (22i4), remontent le Nil, ravagent la vallée jusqu'à Thèbes, rejettent au delà de la première cataracte les dynasties nationales (XV« et XVI*). Parmi les tribus confondues sous le nom de Sôs, Shasou (pillards), il faut probablement compter les Hébreux, qui, vers 1700, occupaient en nombre le pays de Gessen, au nord-est d'Uéliopolis. Très lentement repoussés jusqu'au Delta, puis jusqu'à la frontière orientale, les Hyksos n'en gardèrent pas moins durant cinq siècles la royauté officielle; ils avaient appris les arts de TÉgypte et ne différaient guère des pharaons qu'ils avaient remplacés. Enfin une guerre sans ^ trêve ni merci eut raison de leur camp d'Âvaris ; les chefs et les soldats retournèrent au désert. La masse, qui s'était attachée au sol, demeura entre le Menzaleh et la mer Rouge, dans une région où Ton reconnaît encore ses descendants ; elle forma là une population de serfs taillables et corvéables à merci.

Thèbes victorieuse conserva la suprématie pendant six cents ans, et fournit successivement quatre grandes dynasties (1750liiO). Rendant à l'Orient les invasions qu'elle a subies, l'Egypte conquérante va jeter ses armées sur la Syrie, sur la Mésopotamie, et se mêler de près au monde et à la civilisation sémitiques. Son isolement cesse, et son déclin se prépare au moment même où elle touche à son apogée.

Laissons-la s'étendre de Méroé, de Napata jusqu'à l'Ëuphrate et au Tigre, et, avant qu'elle ait pu rien emprunter aux Assyro- Ohaldéens, ajoutons à l'esquisse de sa vie historique indépendante un tableau rapide de son développement intellectuel, de sa religion et de son culte, inséparables de ses institutions.

Les croyances égyptiennes ont leur origine dans le culte direct, puis symbolique des êtres, des choses, culte associé à la conception, également primitive, du double, du fantôme survivant soit dans la tombe, soit en des pays inconnus. L'évolution s'est opérée ici comme partout ailleurs, allant de l'animisme à la

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mythologie anthropomorphique, puis à la métaphysique et à la morale. Mais des circonstances particulières, la ténacité et la lenteur de l'esprit égyptien ont causé un véritable encombrement, une confusion inextricable de dieux et de déesses dont ]«s attributs, le rôle et le rang varient soit d'une ri?e du Nil à l'autre, soit du canton du Térébinthe, par exemple; au district du Laurier rose, à plus forte raison de Sais à Memphis^ d'Héliopolis à Abydos ou à Thèbes.

Le culte direct des animaux et des plantes s'est perpétué aTec les quatre bœufs : Ounnefer, Bachis, Mnévis, Apis, avec le bouc Mondes ou Monthou, avec TEpervier, le Phénix, Tlbis, les Crocodiles, les Chats et autres bêtes sacrées, nourries et embaumées par leurs prêtres. Le symbolisme animal et végétal éclate dans les coiffures, têtes et costumes emblématiques des dieux, non moins que dans l'inépuisable richesse en amulettes, en scarabées, en Ggurines, qui se déploie dans les chambres funéraires. C'est la précocité de l'art et de l'écriture qui lui a valu cette fortune. Je m'explique. L'écriture a débuté par la représentation sommaire et très précise des objets eux-mêmes, entre lesquels le langage, parlé ou sous-entendu, suppléait les relations grammaticales. Le besoin de figurer ces rapports s'étant fait sentir, les signes, qui représentaient des choses, exprimèrent des mots, c'est-à-dire des sons. L'agglutination en fit des syllabes et des lettres, sans toutefois leur enlever leur valeur primitive, celle d'idéogramme ; de là une confusion perpétuelle entre les objets représentés et les mots où ils ne remplissent plus que l'office de sons. On comprend, ou plutôt on devine comment les animaux, les plantes, les astres et les choses quelconques dont Timage entrait comme élément phonique dans les noms des dieux anthropomorphes ou des actes divins, demeurèrent attachés à ces personnages et à ces événements (ou mythes) en qualité d'attributs, de variantes et de synonymes.

L'invention de divinités plus générales, plus hautes, fut — c'est la marche universelle — suggérée par les phénomènes et les grands aspects de la terre et des cieux, par le fleuve majes-

tueuK et rinondation féconde, la générosité du sol noir, surtout par It splendeur du jour^ la sérénité de la nuit^ la voûte céleste, le soleil, la lune, les étoiles, doués par Tanthropismede volontés, de facultés, puis de Ggures humaines ou animales. Ainsi naquirent les dieux cosmiques; mais, grâce à la configuration articulée, morcelée, de cette longue et étroite Egypte où chaque village vivait à part, ils naquirent en vingt lieux à la fois, similaires au fond, différents toutefois par les noms et par les traits accidentels. Il arrivait qu*un groupe divin local prenait tout à coup la prépondérance avec une dynastie originaire de son berceau, puis rentrait, mais à grand'peine, dans Tombre, lorsqu'une révolution élevait au pouvoir un pharaon et un groupe nouveaux. Si bien que le panthéon, se peuplant, finit par contenir vingt dieux ou déesses pour un seul et même emploi, et chacun de ces dieux avait son ou ses collèges de prêtres, son domaine, sa prébende, souvent jalousée par un collègue ou vicaire terrestre, le seigneur ou le roi, autre dieu, quoique mortel, mais ajouté de son vivant même à la divine cohue.

Téni et les districts avoisinants sont le pays de Hor et Hathor, d'Osiris, d'Isis et de Nepthys. Ce groupe célèbre, porté à Memphis et dans le delta par les premières dynasties, a été le pivot, pour ainsi dire, d'une immense divagation où sont incarnées toutes les idées philosophiques et morales des égyptiens. L'unité nationale, transportée dans la religion, eut pour signe visible le culte et le mythe d'Osiris. Abydos, qui avait succédé à Téni, fut la ville sacrée où les croyants vinrent visiter — après, bien entendu, la formation de H légende — le tombeau du dieu bon, du roi des dieux. Nul doute que le mythe n'ait traversé bien des phases qui nous échappent, avant d'avoir distribué les rôles à tous les autres dieux rencontrés sur la route, à Teb ou Set, an* cien patron du Nil et des marécages, ou encore des vents meurtriers du sud, hippopotame, pourceau, serpent; au crocodile Seb ou Sevek ; à Shou et àTefnout,déesse lionne, couple solaire; à Toth, personnage énigmàtique, à tête d'ibis, inventeur de l'écriture et des arts, proche parent de la Lune ; à l'inévitable

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chacal Aaoup Uatennou, Anubis, qui suit à la piste tous les conTois, et sait mieux i|ue tout autre où vont les âmes des morts. On en voit poindre les premiers linéaments sur la stèle de la fille deChéops.La légende s'est complétée durant le long millénaire qui sépare les mastabas des hypogées. Aussi rien de plus complexe que les rouclions et l'histoire d'Osiris, d'Isis et de Hor. Tout d'abord, Osiris est le soleil; Isis est la lune, puis la nuit, oij le soleil s'abîme tous les soirs. 1" Osiris est le premier civilisateur qui a semé. Tait mûrir les moissons, le héros qui a combattu le dragon et l'hippopotame, le roi qui, donnant l'exemple aux pharaons, a subjugué et uniGé ta terre de Khem ou de Min (autres noms, autres dieux de l'Egypte). 3° L'homme et l'astre ont pareille carrière : l'un a rencontré sur sa route les passions, les maladies, la mort; l'autre, tes nuages, les tempêtes, la nuit; vaincus, ils n'abandonnent pas la lutte; ils traversent dans les ténèbres tes épreuves d'un nouveau voyage. Tous deux triomphent ensemble; Osiris est par excellence le mort immortel, soleil nocturne et roi des enTers. i' L'astre a disparu; cependant un astre pareil se lève tous les matins : estce le même? Ce sera son lils, un Osiris incessamment enTanté par Isis :Hor-si-Isi, Hor-kenl-tiat (dans le sein), Hor-pékroti (enfant), Haroéri (premier-né), Harmachis (levant), un vengeur terrible (Har-saphis), triomphant et radieux (Hor-hout, Hornoub)i un dieu salaire de la région, qui se présente fort i propos pour reprendre l'ofUce du soleil diurne, avec Toth pour compagnon. 6° Ënlin Osiris et Isis, roi et reine de la lumière invisible, sont les dieux bons, principe du bien; et les monstres qui ont vaincu et mutilé Osiris, son frère Sel, plus lard Soutek (te dieu des Hyksos), sont les dieux du mal, le mauvais principe. Outre les dieux qu'il amenait avec lui, Osiris trouva dans le Nord des puissances établies avec lesquelles il lui fallut compter : ik Memphis, Phtah et Imhotpou, Seik et Sekbet la gi que nous connaissons; Sokar, un soleil couché. PI le foyer de la vie universelle, prit un caractère osirii ciantàSokar, Phtah -Sokari. Imholep, l'esprit qui

soi toutes les intelligences, se rangea aisément aux côtés de Totb. Hapi, déjà considéré comme Tâme de Phtah, fils d'une vache fécondée par une flamme di?ine» accepta d'être une incarnation d'Osiris ; son nom joint à celui du dieu bon, Osor-Hapi, Sérapis, résuma tout ce qu'il y a d'essentiel dans la religion égyptienne^ le Nil, le soleil et la mort. Dans le delta, c'est Nit, Neith^ la grande divinité de Saïs^ mère du soleil; c'est Bouto, la terre, la fécondité ; c'est Ouati, la déesse du Nord, et encore la chatte lunaire Beset, Bast, Pacht, patronne de Bubastis^ Nou et Nout^ variantes d'un nom de la voûte étoilée. Partout, sans trop gêner les hôtes du lieu, le cortège d'Osiris se fit sa place, excepté, semblet-il à On du Nord, Héliopolis, dans la basse Egypte orientale. Là, Osiris rencontra un rival irréductible; là on vit, comme dit le poète, « deux soleils venir au devant Tun de l'autre » ; il avait absorbé Hor ; Râ (qu'on appelait jadis Phré) lui résista.

C'est que Rà est le soleil sans défaillance, qui traverse éternellement l'océan des cieux dans sa barque radieuse; il n'a point d'aventures, pas de légende. Ce dieu d'Héliopolis est toujours resté distinct d'Osiris, de Phtah, peut-être de Toth; mais, sans qu'on puisse se rendre compte au juste de sa haute fortune, il parvint,très rapidement, à se superposer aux divers dieux échelonnés du nord-est à l'extrême sud. Dès la II« dynastie, il entre dans le nom des rois : Nafer-ka-rd, Neb-ka-râ, Chaw-râ, Men-ka-râ ; et les patrons des nomes : Râ-harmakhis, Toum-râ, Nep-râ, Sebek-râ, Monthou-râ, Ammon-râ, Knoum-râ, deviennent membres d'une même famille, se présentant comme autant de formes et d'aspects équivalents du seul Râ, ancêtre et protecteur des pharaons, « roi des deux Égyptes ». Bien mieux que le Nou, conçu comme l'espace impersonnel qui enfante, embrasse et résorbe tous les dieux, Râ pourrait être invoqué par les tenants, rares aujourd'hui, d'un monothéisme égyptien. Il est vrai que ce monothéisme ne serait plus initial; encore plus vrai qu'il n'est pas : car comment le concilier soit avec le groupe vivace des divinités féminines, soit avec la diversité persistante des dieux, de leurs domaines et offices respectifs?

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Les dieux du Sud , auxquels nous venons enfiDy étaient de^^ meures étrangers et comme inconnus aux rois antiques sortis de Téni et de Memphis. L'avènement des dynasties thébaines porta au rang suprême Amen, Amoun, chef d'une hiérarchie qui finit par s'installer dans Toasis de Syouah (où Alexandre devait con* sulter son oracle} et, dans le delta, à Xoïs et Sébennytos. Amoun n'était points à Torigine^ un dieu solaire. Principe mâle de vie et de renouvellement^ il s'engendre lui-même dans le sein de la matière féconde, Moût. Il est le sphinx criocéphale, à tête de bélier, le «taureau mari de sa mère ». D' Amoun et de Moût naît Khonsou^ exorciste et médecin, conservateur des créations paternelles. Autour d' Amoun, et dédoublements de Moût, se pressent les déesses des eaux et des moissons, Tefnout,Nébouaout, Nekheb. Plus haut encore sur le Nil, vers Eléphantine, règne un antique démiurge, Knouro, Noum, Knef, Gbnouphis, maître de la cataracte, potier qui sur sa roue façonna l'œuf du monde. Ce vénérable Noum, contemporain des industries les plus rudimentaires, est assisté des déesses du Sud, Anouké et Sati.

Tels sont les principaux chefs du personnel divin. Tous avaient un ou plusieurs temples, un ou plusieurs collèges de prêtres^ prophètes, théologiens, qui s'ingéniaient à leur créer des mythes, des attributs, des cérémonies et des parentés multiples. Une foule de clergés rivaux^ parmi lesquels on distingue ceux de Phtah et d'Hapi h Memphis^ de Neith à Saïs^ surtout les collèges d'HéliopoIis et de Thèbes, non contents de vivre grassement à l'abri de tous les dangers et de tous les devoirs, s'imposaient aux rois, comme serviteurs, conseillers et maîtres sacrés.

Ceux d'HéliopoIis, les premiers, s'avisèrent d'introduire la hiérarchie dans le panthéon ; ils constituèrent un conseil suprême de neuf dieux^ une £nnéade, qui fut généralement adoptée. En même temps, les groupes locaux s'ordonnèrent en triades variables : ici, un dieu entre deux déesses ; là, un père, une mère et un fils, à l'instar des familles humaines. Cette dernière conception, si naturelle, entraîna à la longue l'équivalence de tous les dieux, tour à tour maris, pères et fils, de toutes les l'histoire. 2

f$ l'histoire.

déesses, sœurs, épouses et mères^ tour h tour s*engendrant et s'épousant les uns les autres. Ce qui n'empêchait point les membres des triades de conserver leur individualité. Les grands dieux, rois des deux Égyptes, furent toujours Râ, Osiris, Hor, Amoun, Toth, Seb, Noum, et les grandes déesses Isis, Hathor, Sekhet, Moût et Neith.

Sur la terre et dans le ciel diurne, ces divinités se partageaient Tempire. Dans la nuit funéraire^ dans TAment, Osiris régnait sans pair, avec ses compagnes Isis et Nephthys^ ses ministres Toth et Anubis. Pénétrons dans ces régions de Timmortalité, où nul ne s*est avancé aussi profondément que l'antique Egypte.

Les idées des Égyptiens sur la mort ont été celles de tous les primitifs et dont on a si vainement fait honneur h la plus haute culture de l'esprit. D'une part, ils Tenvisageaient avec une terreur répulsive, jusqu*à fuir comme impurs ceux qui touchaient un cadavre. L^embaumeur devait se cacher pour accomplir sa tâche sacrée. D'autre part, ils vénéraient ces corps, réputés infâmes, jusqu'à prêter et emprunter sur les dépouilles de leurs parents ; ils s'ingéniaient à les défendre de toute atteinte et de tout regard. C'est qu'à la durée de la momie était attachée l'existence d'un double réel, enfermé avec le mort dans le tombeau. Ce double, ils l'incarnaient d'abord dans sa forme pétrifiée par lenatron, dans les enveloppes qui en dessinaient vaguement les contours^ puis en des statues de bois ou de pierre enfermées derrière la chambre mortuaire. Ainsi le double était, à la fois, lié au corps couché dans sa boîte peinte, et quelque peu libre de s'en écarter pour résider dans les effigies substituées au corps. Mais il est sûr qu'on redoutait sa fuite, puisqu'on murait si hermétiquement sa demeure.

Qu'advenait-il des cadavres vulgaires, grossièrement bitumés, à peine enfouis sous le sable mobile? On les abandonnait, je pense, au chacal Anubis. Quant aux âmes des grands, rois^ prêtres, fonctionnaires et dieux, rien n'était négligé pour les retenir et les occuper dans leurs cryptes : quartiers de bœuf^

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