AU LECTEUR. TU
côté les formules trop démodées, les erreurs — pour ne pas dire les mensonges — dont nous laissons farcir encore les jeunes âmes, on dirait qu'une fausse honte oblige les maîtres à faire politesse aux routines qu'ils abandonnent, aux préjugés qu'ils ne partagent presque plus. Ces ménagements demi-sincères sont — est-il besoin de le dire ? — absolument bannis de la Bibliothèque des sciences contemporaines. L'auteur a même écarté toute théorie préliminaire ; il ne s'inquiète pas plus de lois historiques que de lois providentielles, tenant celles-ci pour puériles, celles-là pour insaisissables.
En effet, considérée comme œuvre d'une volonté conssciente, l'histoire ne serait qu'un défi à la raison. A l'inventeur de tant de fantaisies macabres, il faudrait demander compte de sa malignité, de sa flagrante injustice. 11 faudrait non seulement lui jeter à la face tant de grotesques ébauches de la figure humaine, mais encore lui renvoyer en malédictions ces calamités, ces déviations innombrables infligées à plaisir aux types les moins imparfaits de notre espèce.
Pour s'intéresser à l'histoire, il faut y chercher l'évolution d'un genre animal dont les variantes, originelles ou hybrides, inégalement armées, inégalement adaptées aux milieux et aux circonstances, se sont plus ou moins lentement dirigées vers quelque stade, vers quelque régime où l'existence fût tolérable, en attendant mieux.
A ce point de vue seul, l'histoire devient une science, étroitement rattachée à la série natun en marche à travers d'inextricablei premières et de fatalités secondes, d'écarts et de recommencements, dernière peut-être autant qu'à la pre