VI AU LECTEUR
rencontrées, choquées, pénétrées. Elles ont lutté pour la vie. Les plus fortes ont grandi, à mesure que se multipliaient et s'affinaient leurs besoins, à mesure que se développait leur cerveau.
C'est à partir de ces mouvements, de ces migrations aventureuses que, par degrés insensibles, l'histoire se détache de la zoologie. Elle suit les colonnes vagabondes ; elles les accompagne dans leurs campements, dans leurs résidences provisoires et définitives. Elle note les progrès les reculs, les déclins, et, saluant d'un geste mélancolique les peuples morts, dont la poussière ajoute à l'écorce terrestre un si mince dépôt, elle proclame les survivants, ceux qui sont sortis vainqueurs de l'immémoriale mêlée.
Ce concours d'Iliades et d'Odyssées, scène changeante où, d'âge en âge, à leurs plans divers, avec leur valeur relative, paraissent et s'effacent, tombent et se relèvent les acteurs du drame universel, voilà le vaste tableau qui va, d'un seul tenant, se dérouler sous vos yeux.
Ehl n'est-il pas bon parfois, quand ce ne serait que pour détendre l'esprit, bourrelé d'études spéciales et minutieuses, n'est-il pas bon de monter sur quelque colline aérée, pour regarder venir du fond des lointains horizons tout ce lacis de routes, de traverses coupées de sanglantes fondrières, qui ont fini par amener à la sphère idéale des Shakespeare, des Voltaire, des Diderot, des Gœthe, des Laplace et des Darwin quelques héritiers errants du Pithecanthropus erectus ï
Des raccourcis de ce genre ont plus d'une fois tenté des écrivains célèbres ou du moins notables. Mais les meilleures, les plus modernes même de ces Histoires univer-. selles ou générales ne semblent pas avoir été conçues par des intelligences pleinement libres. Tout en laissant de