‹ L'histoire et l'infaillibilité des papesChapitre 16 sur 86 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

LIBÈRE. —EST- IL TOMBl- DANS L'ARUNISME t

Nous donnons la parole à Fleury :

« Le pape Libère avait été deux ans en exil , et la rigueur en augmentait jusqu'à lui ôter un diacre nommé Urbicus qu il avait auprès de lui. Fortunatien, é\êque d'Aquilée, fut le premier à le solliciter de se rendre aux volontés de l'empereur, et il ne le laissa point en repos qu'il n'eût souscrit. Démophile, évèquc de Bérée où Libère était en exil, lui présenta la profession de foi de Sirmium, c'est-à-dire, suivant l'opinion la plus probable, la première composée contre Pbotin au concile tenu Tan 5;)1 , où Démophile même avait assisté, qui supprimait tacitement les ter-

mes de consubslanliel et de semblable en mb' stance, mais qui an reste pouvait être défendue comme elle Fa été par l'histoire. Libère l'approuva et la souscrivit comme catholique ; il renonça à la communion de saint Athanase , et embrassa celle des Ariens. » {HisL, liv. xn, n''46.)

-Mais ce n'est pas assez, pour l'auteur de VHiS" foire ecclésiastique, d'admettre que Libère a souscrit en 557 à une profession de foi suspecte; il veut encore que ce pape ait plus tard approuvé une seconde fois des éc-its de même nature :

« Cependant il se tint un concile à Sirmium, soit que le second ne fût pas encore séparé, soit que Ton en eût assemblé un troisième des évêques qui se trouvaient à la Cour . Bat^i^e d'Ancyre et les autres demi-Ariens y dominèrent. Ils firent abroger la seconde formule de Sirmium que Potamius avait dressée, où le consubstantjel et le semblable en substance étaient également rejetés. Valens et Ursace l'abandonnèrent eux-mêmes, et dirent qu'ils avaient voulu supprimer également le consubstanliel et le semblable en substance, croyant que c'était la même chose ; comme si des évêques, qui avaient vieilli dans les disputes, pouvaient ignorer la différence de ces termes. Les députés d'Ancyre, non contents de faire condamner en ce concile la formule de Potamius,

Voulurent en retirer les exemplaires; et, comme plusieurs les cachaient, l'empereur ordonna par édit de les recliercher sous certaines peines ; mais cette pièce était déjà trop répandue pour la pouvoir supprimer. Au c'ontraire , Basile et Eustathe renfermèrent dans un seul écrit tout ce qui aMiit été ordonné contre Paul de Samosate, contre Pliotin et contre Marcel d'Ancyre dans le concile d'Antioche de la Dédicace: tout cela, poiu* faire rejeter le consubstantiel comme un terme odieux et déjà condamné dans les conciles. L'empereur avait fait venir le pape Libère de Bérée à Sirmium; on lui fit approuver cet écrit, et par conséquent abandonner le consubslantiel; et on tira le même consentement de quatre évêques d'Afrique qui se trouvèrent présents, savoir : Athanase, Alexandre, Severien et Crescent. On y fit aussi souscrire Ursace , Valens. et Germinius de Sirmium. Mais Libère protesta, de son coté, qu'il excommuniait ceux qui disent que le Fils n'est pas semblable au Père en substance et en toutes choses. » ( Liv. iv, n° G.)

Les écrivains de l'école de Port Royal ont soin naturellement de rembrunir un peu le tableau : les uns admettent une signature , les autres deux ; tous déplorent, et quelquefois en termes éloquents , la chute de Libère :

« Il n'y avait rien de pins pitoyable que de voir le premier Evêquc du monde, qui avait autrefois défendu la vérité avec tant de générosité et tant d'éclat, réduit par sa propre prévarication à signer de ville en ville tout ce qu'exigeait de lui le parti victorieux , dans la seule vue de se procurer par cette ijassesse un retour plus ignominieux devant Dieu et devant TEglise, que son exil ne l'avait été devant les hommes. Mais Dieu sait tirer le pauvre du ïumier, cl faire servir les plus grandes fautes de ses élus à leur sanctification \

« L'infamie de sa chute ne demeurera pas toujours gravée sur son front, et nous verrons que Dieu, par une miséricorde particulière, l'engagera tout de nouveau dans la persécution pour purger sa faute et pour le faire rentrer dans le combat contre ceux avec lesquels l'ennui d'un si long et si fâcheux exil lui avait fait contracter une union si malheureuse ^. »

Les PP. Durand et Clemenceau, dans T^i?"^ de vérifier les dates , ne parlent que d'une signature, mais ils disent qu'elle fut opposée à une des formules les plus hérétiques, et accompagnée de la condamnation d'Athanase, <v 558, Sirmiense m , où, contre l'usage de l'Eglise, on dressa une nou-

i Godefrol Hermant, Yie de saint Athanase, u, iO"! .

velle formule datée du 22 mai : on y donne h Constance le titre de roi éternel, qu'on refuse an Fils de Dieu. Le pape Libère est rétabli après avoir signé le formulaire arien , et condamné saint Albanase, dont la cause était alors inséparable de ceUe de la foi ; ce qui fait dire à saint Hilaire : anatlmne à Libère. » ( Chron. des Cône.)

Ce n'est pas sans étonnement que nous avons vu le savant auteur du Dietionnnire de Patrologie, qui fait partie de la Nouvelle Enej/chpédie théologique publiée par M. Tabbé xMigne, reproduire l'opinion des Bénédictins jansénistes :

«Le peuple redemandait Libère, les dames romaines elles-mêmes firent entendre leurs supplications pour son retour; les sénateurs appuyèrent de toutes leurs forces les prières de leins femmes. L'empereur se laissa flécbir à son tour, mais il n'y consentit qu'en exigeant de Libère une profession de foi en faveur de Farianisme. L'ennui de l'exil, le désir de retourner à Rome l'emportèrent dans le cœur du Pontife sur sa propre conviction. Entraîné par les conseils de Fortunatien, évèquc d'Aquilée, il signa pour le bien de la paix les décisions ariennes du troisième concile de Sirmium , souscrivit à l'anatbème prononcé contre saint Atbanase, s'excusa même, dans sa lettre aux Orientaux, d'avoir sou-

tenu ce prélat. « Son erreur fut de peu de durée, etc. ^ »

Quant aux auteurs protestants, si quelquesuns d'entre eux se contentent de traiter Libère de pontife faible et inconstant, le plus grand nombre lui adresse le reproche d'hérésie :

« A Jules succéda Liberius, que la crainte de Constance arien et l'aj préhension que son autorité, s'il venait à résister au torrent d'alors , ne tombât en ruine, précipita dans Tarianismeet obligea à souscrire la condamnation d'Athanase et la formule arienne de Sirmium, qui condamnait Vomonsion de Nicée '\ »

« Libère était arien, ainsi que l'établissent non-seulement Hilaire , Jérôme et x\thanase , mais ses propres écrits. Dupin l'appelle sans détour un hérétique. Si Ton en croit quelques auteurs , il serait revenu plus tard à la foi orthodoxe, mais la question reste la même : dans lequel des deux cas a-t-il été infaillible ^? »

On le voit, Taccusation est grave, elle est formelle. Examinons jusqu'à quel point elle est fondée.

1 Diclionnaire de Valroloijie, parl'abbô Seveslie, l.ui,col, ^^^0 cl i.

'2 nnmoiilii), liiflnire du Popisnic.

3 !)ost, lliîloirvda Vapes, IS.

Nous croyons utile de mettre d'abord sous les yeux du lecteur le tableau chronologique des événements dont nous serons obligé de parler :

325. Concile de ISicée en Bithynie : 318 évèques ; présidents, les trois légats du Pape. C'est le premier des dix- huit conciles généraux dont l'œcuménicité est admise de tous les catholiques. Il condamna l'arianisme , fixa le jour de la célébration de la Pàque , et dressa , outre un symbole de foi , plusieurs canons de discipline.

334. Concile de Tyr. Les Ariens y dominent ; Alhanase , condannié, est obligé de se retirer à Trêves.

336. Mort d'Arius. 11 niait la divinité de Jésus- Christ. Cet hérésiarque, né dans la Lii^yc, patrie de Sabellius, embrassa le schisme de I^Jélèce de Lycopolis, y renonça, fut ordonne diacre., retourna au schisme, et fui excommunié. C'est alors qu'il commença à prêcher ouvertement ses erreurs , (pii devaient causer tant de maux dans l'Eglise.

338. Athanase et les autres évcques bannis sont rappelés, conformément à la volonté ex-

primée par l'empereur Constantin quelques jours avant sa mort.

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