‹ L'histoire et l'infaillibilité des papesChapitre 15 sur 86 · CHAPITRE VL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VL

SYLVESTRE. — QU! A CONVOQUÉ ET PRÉSIDÉ LE CONCILf GÉNÉRAL DE MCÉE ?

« Ce fut SOUS le pontificat de Sylvestre , mais sans son concours , que se réunit le premier grand concile œcuménique , celui de Nicée , 525 *. » C'est le ministre Bost qui a rajeuni en ces termes une assertion de Dumoulin. Luther, Calvin , Verger ont soutenu que les empereurs d Orient avaient convoqué et présidé les premiers conciles généraux. M. Ampère paraît être du même avis :

« Jusqu'ici, dit-il, nous n'avons pas beaucoup «iitendu parler de Rome; elle a pris part aux débals théologiques, mais elle ne les a pas dominés ^. r>

« Les conciles , assure l'auteur de V Histoire

1 \br. de l'hisl. des l'apes, 18.

2 Histoire ltll^r»ii-c, tora. ii, 7S.

de la cîvilisatîon en France , étaient ordinairement convoqués par Tordre de Fenipereur , et non-seulement il les convoquait , mais il y présidait soit par lui-même, soit par ses délégués; il décidait quelles matières y seraient traitées. Ainsi Constantin assistait en personne au concile d'Arles en 514, au concile de Nicée en 525 , et dirigeait , du moins en apparence, les délibérations : je dis en apparence, car la présence même' de Fempereur dans un concile était une conquête de FEglise et prouvait sa victoire bien plus que sa soumission. Mais enfin la forme était celle d'une subordination respectueuse : FEglise se servait de la force de Fempire, se couvrait de sa majesté ^ »

M. Guizot, selon sa coutume , est, de tous ces écrivains protestants ou philosophes, le plus près de la vérité. Nous allons tacher de la faire connaître tout entière en établissant la proposition suivante : Le concile général de Nicée a été convoqué de concert avec Fempereur Constantin et le pape Sylvestre, et présidé par le Pape seul en la personne de ses légats.

A la vérité, nous lisons dans Eusèbe : « L'em-

1 Histoire de la civilisalion en France, ton), f, 92.

pereiir s'occupa donc désormais du concile général , réunion en un même lieu de divers corps de l'armée sainte : des lettres impériales invitèrent les évêques à s'y rendre avec empressement ^ » Et dans Socrate: « Constantin convovoqua en concile général et invita par des lettres tous les évêques à se rendre à Nicée, ville de Bithynie ^. » Ce que les évêques reconnurent euxmêmes : « Puisque c'est par la grâce de Dieu et l'ordre de Constantin notre très-excellent empereur, qui nous a tous réunis de différentes provinces de son empire, que le saint concile de Nicée a été convoqué, etc. ^. »

Mais, d'autre part, ces mêmes auteurs racontent que « Constantin ne voulut qu'un petit siège qu'il s'était fait dresser lui-même ; qu'il ne s'assit qu'après que les évêques l'eurent à diverses reprises invité à le faire *• qu'il ne fit aucune prescription aux évêques du concile, mais leur laissa liberté entière de délibérer et de

1 Deiiueps igilur concilium générale, lanquam Doi cxcrcilum in- «Irueiis, in unum locuiu coegit : cpiscopos uiidique per lillcras houorificè sciiplas ul cb nialurarenl,accivil. (Euseb. m, G.)

2 Socr., lib. t, c. b.

3 Et -nianJalo sanctissimi impcratoris provinciis et civltatibus ia uuum concilium Nicœum coacluiii est. (Tbeod., lib. i.)

A Huseb., III, lO.—Sozoïû,, i, "i.— Tbcod., i, 7.

juger*; qu^ayant été prié par quelques évéques de prendre connaissance de diverses affaires qui les concernaient personnellement, il avait répondu que ce n'était pas à rempereur, mais au concile qu'il appartenait de connaître des causes épiscopales : Je ne suis qu'un homme sans caractèrt-. dans Tordre des choses saintes, dit-il, je ne m'ingérerai jamais à juger ceux qu'il a établis à sa place pour nous ju^sçer nous-mêmes ^. » Dans la harangue qu'il adresse aux Pères du concile, il les reconnaît pour ses maîtres, chargés de le redresser s'il se tromptî : « ISe vous attendez pas de ma pari à une doctrine élevée ; ce que je désire, c'est que ma loi obtienne votre approbation. »

Que faut-il conclure? Qu'est-ce qu'un président qui, entrant dans une assemblée, ne veut pas occuper la première place? qui se fait dresser un siège moins élevé que celui des autres membres? qui demande la permission de s'asseoir, laisse les évèques discuter librement toutes les questions, ne se reconnaît pas le droit de voter avec eux, et les appelle ses juges? L'empereur Constantin se donna lui-même la qualiti-

< s. Ainhf,. 13, ad lai. iiupertiL 3 Uuffiu, lib. 1, c. -*.

cation qui lui convenait, quand il s'appela VEx^êqiie du dehors. L'assemblée de INicée, en tant que réunion , a été convoquée par Tempereur ; en tant que concile , elle a été convoquée par le Pape. Constantin , maître des trésors de l'empire , s'est chargé des frais de voyage que n'auraient pu faire la plupart des prélats invités; commandant la force armée, il a pris des mesures pour que les égards dus à leur caractère sacré leur fussent partout prodigués ; mais là s'est arrêtée son intervention, et c'est connue témoin , et non comme juge de la foi, qu'it a pris part quelquefois aux travaux du concile.

La plupart des canons , surtout de discipline , seraient d'une exécution trop diiïicile sans le secours du pouvoir temporel : de là Tusage, dans l'Eglise , d'inviter les représentants et les dépositiiires de ce pouvoir à assister aux délibérations qui précèdent l'adoption de ces uiesures.'

Mais est-il vrai que Constantin ait convoqué seul le concile de JNicée? Non. «L empereur, dit Rufftn, convoqua à ISicée une réunion générale des évèques , après avoir pris 1 avis et le consentement des Prêtres. » dont le premier était le pape Sylvestre, évéque de la capitale de

l'empire ^ « Arîus, s'écriaient les Pères du sixième concile général, veut diviser et séparer les personnes adorables delà sainte Trinité; et aussitôt l'empereur Constantin et Fhonorable Sylvestre s'empressent de convoquer le grand et célèbre concile de Kicée ^. »

Ce qui prouve que Sylvestre s'était entendu avec Constantin au sujet de la convocation du concile de Nicée, c'est que, ne pouvant s'y rendre lui-même à cause de ses occupations et de son grand âge , il envoya ses légats pour le présider en son nom. « Etaient présents : Osius , évèque de Cordoue; Yictor et Vincent, prêtres; Alexandre, é\ èque d'Egypte ; Eustathius, d'Anlioche-la- Grandc ; Macaire, de Jérusalem ; Ilarpocratien , Cynon, et les autres dont les noms ont'été inscrits en détail dans le livre d'Athanase, intitulé : Des Synodes '^. »

Ce passage de Socrate montre, à lui seul, quels étaient les présidents du concile. Osius n'est pas qualifié, il est vrai, de légat du P^pe, non plus

\ Tum ille ex saceiilolum senlenliâ apud urbcm Nlca5nani ppiscoiuilconciliuni coiivocal. (î.il). i, c. \ .)

2 Aiius, diviser et pailitor Triuilalis, insurgcbat ; et coiUiuuo Con-

Manlinus scniper AugusUis el Sylveslcr laudabilis magnam alquc insi;;-

iieui iii Nicœà synodum con[-rcgubant. (Vi. Conc gen. S. P.). 5 Socr.; lîisl.eccles. i, U.

que Victor et Vincent; mais il est facile de voit que c'est à cette qualité seule qu'ils doivent d'être nommés les premiers. Si Osius n'eût été nommé par le Pape pour le représenter au concile, Theognis, évéque de IXicée, et Eusèbe de Nicomédie, métropolitain delà province, tous les deux ariens et ennemis d'Osius , ne lui auraient pas permis de s'emparer de la première place.

A quel titre, au reste , Osius aurait-il dû cet honneur? A la dignité de son siège ? Simple évêque de Cordoue. siifTragant de Séville , il devait céder le pas à une foule d'archevêques et de métropolitains, et surtout aux trois patriarches d'Alexandrie, d'Antioche et de Jérusalem. A ses vertus? 11 avait en effet combattu pour la foi, mais il ne T avait pas encore confessée dans les tourments conmie plusieurs de ses collègues et surtout comme Paphnuce de la haute Thébaïde et Potamée d'IIéraclée , tous les deux présents. A ses miracles? Nous ne voyons pas qu il en ait fait, et toute l'Eglise connaissait ceux de Spiridion de Chypre , de Jacques de Nisibe , et de Nicolas de Myre. Au choix de Tempereur? Si la Inomination du président eût été à sa disposition, e nest pas Osius, qu'il connaissait à peine, ui eût été l'objet de son choix, mais Alexandre patriarche d'Alexandrie , ou Eusèbe de Ce-

sarée, pour lesquels il manifestait un vif attachement.

Ce que Socrate laisse conclure, d'autres auteurs l'assurent formellement : « On remarqua dans cette assemblée, dit Gélase de Cyzique, Osius, célèbre évéque espagnol , qui, conjointeavec les prêtres de Rome, Victor et Vincent, tenaient la place de Sylvestre, évéque de la grande ville \»

Hincmar, archevêque de Rheims , qui avait mûri et examiné la question, n'est pas moins explicite : « A ce concile de Nicée, dit-il, présidèrent , connue vicaires de Sylvestre , Osius de Cordoue, Victor ^ et Vincent^.

La Préface aux canons de Sardique du pape Adrien rappelle le même fait : « 11 faut savoir qu'Osius, dont nous venons de parler, fut honoré par les trois cent dix-huit évêques du concile do Nicée comme représentant du Siège apostolique avec Victor et Vincent ^. »

Mais Osius, dit-on, a souscrit les actes du

1 Ipse cliam Osius ex Ilispaniis, nomiiiis cl faaise celobrilalc inslf»iu!, qui Sylvestri cj)iscopi maxima3lloinae locum oblinebal unà cum lioinaiiis presbvleris Viclorc el Vincontio, cum aliis mullis , in consensu illo adiuil. (Gelas., Cyz., Ilislor.^ lib. ii, c. 5.) |^H

2 Viclor, Villon, lîiion, selon les manuscrifs cl les dialeclcs. f ' o Inopusc. contra Ilincm. landun.y c. 20. ' 1

4 Pvacf. in can. Sard. conciL ti, 4810. .;

concile sans prendre d'autre titre que celui d'évêque de Cordoue : il n'a pas cru qu'il fût utile de mentionner une qualité que personne ne lui contestait. La signature d'un fonctionnaire n'est pas toujours suivie de rénumëration des titres qu'il a droit de prendre. Rarement Auguste , empereur des Romains, ajoutait quelque chose à son nom; et Louis IX, roi de France, siguait souvent Lords de Poïssy tout court '.

Enfin, d'autres autem-s ont soutenu que le concile de Nicée avait été préside par Eustathius, patriarche d'Antioche, donnant [)Our preuve de leur opinion la place qu'occupait cet évèque, la première à droite , et le privilège qu'il eut de porter le premier la parole à l'empereur. Vaines raisons! si Eustathius ouvrit la séance par une allocution à l'empereur, c'est probablement qu'on l'avait chargé de le faire, parlant beaucoup mieux le grec, sa langue maternelle,

l \or.-soiilpintMil le papo Svlvtsîio a pit^sidi? lo concile <îo Nici'e en la jierjoiiiio lie ses U'gals. mais il a clé encore apjxié à en coudimei" (ous les ailes. Le passajii' suivant lie îa iotire synodale (}irt?crivitj eu 18;j, lo concile de Home au clcrgô de ConslantinojL ne permet pas d'eu douter: « 1,0 prélat du Siège apostolique exerce sa sollicitude sur toutes les églises , étant le chef de toutes, en vorlu de la parole que le Seigneur a dite à Pierre. C'est en conformité avec cette parole que les trois cent dix-huit Pères rassemblés à Nicée déférèrent a la sainte Eglise romaine la confirmation de leurs actes, »> (Labbe, iv, \ I2G. —V. ïlist, ecclés., xiit, 054.)

que ivauraît pu le faire un évêque d'Espagne ou un prêtre de Rome. •

Quant II l*place qu'occupait Eustathius,c'était en clîet la première à droite ; mais dans les conciles cette place n'est que la seconde, la plus digne est la première à gauche. Que cet usage vienne de la conviction où étaient les anciens , comme Ta raconté Yarron, que le côté gauche était de meilleur augure , ou bien quMl soit dû à la coutume de placer au milieu du concile le livre des Evangiles, ce qui fait que la gauche de- ^ipnt le côté droit des Evangiles , toujours est-ii qu'il existe. Nous en voyons une preuve au concile de Chalcédoine : le côté gauche était occupé j)ar les légats du Siège apostolique, le patriarche de Constantinople , et celui d'Antioche; le côté droit j)ar Dioscore, patriarche d'Alexandrie, que le concile de\ ait déposer avant de se séparer , et par Juvénal, patriarche de Jérusalem. Nous \ oyons aussi que, dans le concile général de Flol'ence, le Pape et le clergé latin occupaient le côté gauche ; au côté droit, Ton voyait l'empereur et le clergé grec qui venait renoncer au schisme.

Terminons par im témoignage non suspect, celui de Mennas et de Théodore, tous les deux patriarches de Constantinople : « Nous vénérons surtout , disent-ils dans leur profession de foi

Îi09 adressée à TEvêque de Rome , nous vénérons et recevons comme orthodoxes les quatre conciles dexSlcée, de Constantinople, d'Eplièse et de Chalcédoine. Nous acceptons leurs actes et leurs décisions quels qu'ils soient , tels qu'ils ont été écrits du commun consentement des Pères qui y ont assisté , et des légats et vicaires du Siège apostolique en la personne desquels vos prédécesseurs, les Evéques de Rome, les ont présidés \ »

1 Sîdîl in iisJein quatuor synodis scriptum iuvenilur commuai consensu cum Icgalis alque vicariis Scdis aposlolicœ, in quibus juxta lempora sua prœdecessores Sanclitalis vesliœ bealissimi, papœ senior!» Roniae ipsis synodis prœsiderunt, lam de fide quam de aliis causis..., ea ortbodoxa veneramur alque suscepimus. {Concil., t. v, 337.)

Tous les conciles généraux ont été ou présidés ou approu?é8 par le Pape— Voyei l'Appendice du chapitre suivact; page 400 de la noie.

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