TOME I
disputes. N. T. CF. Eustathe, Sylvain et Tliéophile nous ont protesté qu'ils tiendront et que vous tiendrez jusqu'au dernier soupir la foi qui a été approuvée àNicée par 318 évéques. C'est la seule véritable, et elle triomphera toujours de la tourbe des hérétiques. Ce n'est pas par hasard, mais par un ordre de la divine Providence, que les évéques se sont trouvés réunis à Nicée contre les folies d'Arius au même nombre que les soldats du fidèle Abraham lorsqu'il délit un grand nombre d'ennemis. Cette foi, renfermée dans le ternie dliypostase et dans celui de consiibskinUel, est comme un fort invincible qui ruine et rend vains tous les efforts de la perfidie arienne. C'est pourquoi les évéques d'Occident s' étant assemblés à Rimini où les Ariens avaient eu l'adresse de les attirer afin de les porter par des discours trompeurs et de les forcer par l'autorité de personnes séculières, ou à oter absolument ce terme qui avait été mis avec beaucoup de prudence dans le Symbole, ou à le rejeter indirectement, cet artifice n'a servi de ri(^n : la plus grande partie de ceux qui s'étaient assemblés à Rimini, et qui avaient été trompés par ruses ou par caresses, ont reconnulabonnedoctrine, condamné la formulede foi composée dans le concile de cette ville, et signé celle du concile de Nicée. Etant entrés dans notre
3/1 (ommimion, ils détestent la doctrine d'Arius el de ses disciples. Vos députés, après avoir vu les preuves de ce que nous disons, vous ont compris dans la signature par laquelle ils ont prononcé anathème contre Arius,etont condamné ce qui s'est fait à Rimini de contraire à la foi du concile de Nicée, en quoi vous avez été induits par des parjures à souscrire. C'est pourquoi nous avons trouvé à propos d'écrire à votre charité et de vous accorder vos justes demandes, puisque nous avons reconnu, par la profession de foi de ceux «[ue vous nous avez députés, que les évéques d'Orient sont revenus à la doctrine et sont d'accord avec les évéques orthodoxes d'Occident. Nous vous .avertissons que tous les blasphèmes du concile de , Piimini ont été condamnés par ceux qui les avaient approuvés lorsqu'ils avaient été surpris, et qu'ils ont tous embrassé la foi du concile de Nicée. Nous vous en avertissons, dis-je, tant de peur que vous ne l'ignoriez qu'afin que vous en informiez tous les autres, et que ceux qui, soit par force, soit par ruse, ont souffert quelque diminution dans leur foi puissent passer des ténèbres de l'hérésie à la communion de la vérité catholique. Quant à ceux qui, après la célébration de ce concile, ne voudront pas rejeter lejioison de leur doctrine corronqnie en cunciamuant tous les blasphè-
mes d'Anus, qu'ils sachent qu'ils ne sont point admis à la communion de TEglise qui ne reçoit point des enfants nés d'adultères ; mais qu'ils en seront retranchés avec Arius, ses disciples les Sahelliens, les Patropassiens et les autres pestes semblahles. Que Dieu vous conserve en santé,* nos très-chers frères K »
Quelles pages glorieuses pour Libère! Soixantesept évêques se réunissent en Orient pour délibérer sur la nouvelle position que va leur faire la persécution dont les menacent les Ariens. On ne veut pas souffrir et mourir hors de la véritable Eglise : en conséquence on décide qu'il faut envoyer des lettres de soumission à Rome dont FEvêque « est toujours demeuré ferme dans la foi et qui a la charge et Tobligation de confirmer les autres.» On décrète enfin que trois évèques iront eux-mêmes déposer ces lettres aux pieds du souverain Pontife, donner de vive voix les explications nécessaires, et confesser au nom de tous et la foi de Nicée en général et la consubstantialité du Verbe en particulier.
Libère, de son côté, les reçoit d'abord avec défiance, demande des explications, impose une
I Socr., l. IV, c. H.
formule , s'assure à tout prix de la sincérité de leurs dispositions, et, quand il en est convaincu, rend grâces à Dieu de cette réunion inespérée, félicite ces nouveaux frères, et annonce la joyeuse nouvelle à tous les évèques d'Orient.
En lisant ces faits, conçoit-on Fidée, je ne dis pas d'une prévarication, mais même d'une imprudence, d'une hésitation de la part du pape Libère?
Envoi des actes du synode d' Alcxandne. — . L'Eglise d'Alexandrie, elle aussi, rendit vers la même époque hommage à Tautorité et à la pureté de foi du chef de l'Eglise. Uii concile eut lieu dans cette ville ; il était composé d'un petit nombre d'évêques, mais tous confesseurs. Le but que s'était proposé saint Athanase en îe convoquant, était de régler la conduite qu'il fallait tenir à l'égard de ceux qui avaient souscrit au concile de Rimini. Il fut arrêté à l'unanimité que les évêques qui s'étaient laissé entraîner par faiblesse , surprise ou sentiment de crainte à la vue des mauvais traitements qui les menaçaient, pourraient obtenir leur pardon et conquérir leur rang et leur dignité dans l'Eglise, s'ils condamnaient publiquement leurs erreurs et renonçaient à la communion des Ariens. On n'excepte de cette décision que les chefs du parti : ceux-là pourront aux
mêmes conditions obtenir leur pardon, mais non conserver leur rang clérical. Les résolutions prises , on les expédia aussitôt à Rome, alin de les faire approuver. Saint Atlianase, dans le cours des débats, avait déjà donné, comme un motif de les adopter , leur conformité aux prescriptions que le pape Libère avait adressées aux évéques d'Italie sur le même sujet.
Ces rapports touchants de déférence n'indiquent-ils pas que Libère, loin de condamner Athanase, avait toujours vécu avec lui dans un parfait accord?
Correspondance d^ évéques. — Nous devons faire remarquer aussi le silence qui règne sur la prétendue chute de Libère dans les lettres que s'adressent entre eux les évéques soit catholiques, soit ariens.
Saint Hilaire répond à la lettre des évéques des Gaules par son traité des Synodes; Grégoire, évêque d'Elvire en Espagne , écrit à Eusèbe de Verceil qui le remercie du fond de la Thébaïde, lieu de son exil, et le félicite d'avoir résisté au scandale d'Osius ^ Les évéques de Sicile manifestent leur admiration pour le zèle et la pru-
\ s. Diî., frfl^î?i.— Marcell. et Faust., ÂO, 54.
Jence de Libère', ils encouragent les évêqnes dOrient dans le^r projet de réunion ^
Ursace et Valens blâment Févêque de Sirmîum d'avoir abandonné leur parti ; Germinius, en leur répondant, persiste à soutenir la similitude parfaite du Fils de Dieu avec son Père'^
Une correspondance active règne partout ; on s'entretient des conciles qui viennent de se tenir, des professions de foi qu'on y a adoptées ; on parle du zèle de certains évêques , de la défection de plusieurs autres, du retour de quelques-uns; on s'encourage mutuellement, on s'apitoie sur les malheurs du temps; nulle part il n'est dit, même indirectement , que Libère a condamné Athanase, souscrit des formules suspectes , com • muniqué av«c les Ariens. Et cependant n'étaientce pas là, surtout aux yeux des évèques , les principaux événements de l'époque?
Une autre preuve de l'innocence de Libère , c'est que l'histoire ne nous fournit aucun document qui nous fasse connaître sa rétractation. Voici en quels termes le docteur Corgne développe cette idée :
« Si la chute de Libère était véritable, on ver-
•i Socr., IV, ^2.
2 Théoa., IV, 9.
rait quelque rétractation de son injustice envers saint Athanase et de la souscription qu'il fit à une formule que lui-même, dans la suite, ne regardait pas comme suftisante pour le mettre à couvert du soupçon d'hérésie; du moins on verrait dans quelque historien quelque chose qui nous fit connaître le repentir de Libère, la manière dont il a réparé sa faute et le scandale qu'il pouvait avoir causé en condamnant comme criminel un évêque tel qu'était saint Athanase , et enfin ce qu'il a fait pour entrer dans sa communion. Certainement cette proposition paraît raisonnable, si l'on fait attention à tout ce qui est marqué, dans Thistoirede l'arianisme, de la rétractation et de la pénitence de tant d'autres dont la chute n'était pas considérable ou dont la pénitence n'était pas si intéressante à l'Eglise ; et, sans aller plus loin, l'histoire nous marque partout la pénitence des Pères de Rimini et la rétractation qu'ils firent , quoique leur chute au fond ne fut pas si criminelle que celle qu'on attribue à Libère , de quelque manière qu'on la prenne ou qu'on l'explique. Or on ne trouve rien de Libère , que dis-je ? on ne trouve rien dans les historiens qui marque, même indirectement, la pénitence de ce Pape, ni sa rétractation, ni ce qail a fait pour réparer le scandale horrible
qu'il pouvait avoir donné au monde en condamiiant saint Athanase, ni enlin ce qu'il a fait pour s'unir à lui et pour rentrer dans sa communion. On ne voit rien , dis-je, de tout cela dans saint Athanase, ni dans saintHilaire, ni dans Socrate, Tiiéodoret, Sulplce- Sévère ou Sozomène , ni même dans les lettres du pape Libère. Cette difllcuité me parait sérieuse , surtout si l'on fait attention que Libère , après son retour, a agi avec la même vigueur contre les Ariens , et qu'il a même prescrit des lois contre ceux qui étaient tombés à Rimini, sans qu'on se fût avisé de lui reprocher sa chute. On lui écrit de l'Orient pour s'adresser à lui comme au défenseur invincible de la foi de Nicée et du mot consubslantiei; saint Atha. nase lui-même, à la tète du concile d'Alexandrie tenu deux ans après celui de Rimini, lui envoie la décision qui portait qu'on reçut dans la communion de l'Eglise ceux qui étaient tombés à Rimini, s'ils se repentaient de leur faute; il envoie, dis-je, cette décision, sans doute pour en recevoir Tapprobation et la confirmation. Or tout cela suppose qu'on regardait Libère comme un homme sur, en qui Ton devait mettre toute confiance, comme dans le Père commun de tous les fidèies. Mais on avouera aussi que , si Libère Fut tombé, on n'aurait pas eu en lui, dans toutes les parties
du monde , cette confiance ou plutôt cette assurance, s'il n'avait réparé sa faute par une pénitence sincère, publique, et au moins aussi honorable pour lui que sa chute lui était honteuse. Je demande encore une fois aux savants : si teile^ a été la pénitence de Libère, d'où vient qu'aucun auteur n'en a jamais parlé, d'où vient qu'on .n'en voit aucun vestige dans la véritable antiquité ^ ? »
Et l'affectation de Constance à ne pas con\oquer Libère au concile de Rimini , ne laisset-elle pas croire que le prince n'avait pu parvenir à lui arracher une concession contre sa conscience? Cette exclusion est d'autant plus significative que l'empereur en ce moment était livré, non à la faction d'Eudoxe, la plus avancée dans l'hérésie, mais à celle de Basile d'Ancyre, dont la plupart des membres étaient catholiques, les autres semi-ariens et tous ennemis des Eunoméens , qu'ils espéraient abattre sans retour dans le concile de Rimini. Si les principaux d'entre eux étaient parvenus, à Sirmium ou à Bérée, à faire approuver par Libère un formulaire de leur façon, ils n'auraient pas manqué sans doute de prier Libère de se joindre à eux contre les Ariens.
•J Dissertât,, etc,
Enfin, les discussions qui eurent lieu à Rimini déposent encore en faveur de Libère. Potame et Epictète demandaient à grands cris la condamnation de l'Evéque de Rome ^ : donc cet évêque n'était pas de leur parti.
Basile d'Aneyre oublie de s'appuyer sur son autorité pour favoriser l'adoption des formules mitigées qu'il présentait ; c'est probablement parce qu'il n'était pas sûr de l'avoir.
iXous ne voyons pas non plus que Démopbile de Bérée se vante d'avoir triomphé enfin de Fobstination de Libère : ne peut on pas croire que, malgré ses efforts, il n'avait pu obtenir ce résultat?
Quelque chose de semblable se passait au concile de Séleucie. Après plusieurs jours de débats très-vifs, dont l'objet était de savoir s'il fallait adopter une profession de foi, et laquelle, Sylvain de Tarse proposa la formule d'Antioche dite de la DtkUcace, la même que Sozomène raconteavoirété approuvée par Libère conjointement avec kl première de Sirmium. Celte propositian fut rejetée. Conçoit-on que, si Libère eût approuvé l'un ou l'autre de ces écrits , Sylvain de Tarse ne se serait pas prévalu de ce fait et ne l'eût pas donné comme un des plus puissants motifs
i s. Hiîai-., Fragm.
qu'il pût alléguer pour faire passer sa proposition ?
Ajoutons que les décisions de ces deux conciles, bien qu'elles ne fussent pas expressément hérétiques, furent cassées par Libère \
Vraiment, plus on réfléchit, plus on trouve probable le sentiment d'Onuphre, du docteur Corgne, delà bibliothèque Galland etde plusieurs autres auteurs : « Si parmi les anciens il en est qui ont cru que Libère était tombé dans l'hérésie, ils ont été trompés par de faux bruits que les ennemis de l'Eglise faisaient courir. Ce pape n'a jamais condamné saint Athanase , n'a jamais reçu les Ariens à sa communion, n'a jamais signé aucun de leurs formulaires. »
Ce qu'il a signé , c'est le maintien de saint Athanase, c'est la condamnation des conciles
-f Tost cassatum Arimincnse conciliuni, generalia misit ad proviiicias dccioia. fSiiicii /. Episl. ad Uimer.y 2.)
li( reliques de Tyr , d'Arles , de Milan ci de llimini ; c'est la conlirmalion des synodes catholiques de Rome et d'Alexandrie ; c'est la divinité du Saint Esprit , l'union des Macédoniens , la mission en Orient d'Ensèbe de Verceil et de Lucifer de Cagliari , la nomination d'Ei{)idius comme légat en Esclavonie , la lettre de félicitation et d'encouragement aux évèques exilés pour la foi , les décrets généiaux touchant la conduite à tenir envers les signataires repentants de Rimini, le projet d'érection à Romede la grande église de Sainte-Marie-Majeure * : voilà les actes autiientiques du pontificat de Libère.
Faut - il s'étonner que Siricius le regarde comme un de ses plus illustres prédécesseurs '" ; que saint Basile Tappelle bienheureux , très-bien^ heureux ^; saint Epiphane, pontife d'heureuse mémoire '*; Cassiodore, le grand Libère, le très-saint é\èquc qui surpasse tous les autres en mérite et se
\ Jliro.l., il, 22. — S.>/(.m., IV, n, 18, 21. — Socr. . m, 7. — Iph'. l.iluM. nd !:p'sr. Uni., Vnujm. — Uiîff., i, 27. — Aiîiaii., ai linfjian. r,oiiri[. v;,-. 2. — (Iroj^or. N.r/., in Menodià. — Dusil., Epist. "4. — Mu'iM!., Cal. II,. 30. — lAb. Vonlif.
2 Kj.isi a-l lliv.er.
5 Ht.'atii,5''i!iiis epi.^cojuis f^ibcrius. [t'.pist. 263, al. 74.)
4 Uealar uîoino; i;c Uoiunuiis Cii'iscopus. [Uœr., l'ô, 2.)
trouve en tout un des plus célèbres^; Théodore t, t illustre et victorieux athlète de la vérité ^ ; Sozomène, homme rare sous quelque rapport qu'on le considère'^; Lucius Dexter, saint Libère '*; saint Ambroise, saint, très-saint évêque?
Mais il convient de remarquer avec quelle effusion de cœur saint Ambroise rappelle à sa sœur Marcelline le bonheur qu'elle a eu de recevoir le voile des mains de ce saint Pontife, et Fobligation où elle est de mettre en pratique les sages avis que Sa Sainteté lui donna en cette occasion. Nous avons cru que le lecteur nous saurait gré de mettre sous ses yeux cette allocution remarquable par la solidité de la doctrine que Toratein^ y établit, par la sagesse des avis qu'il donne, et par Fonction des sentiments et des paroles avec lesquelles il s'exprime.
« Il est temps de vous rappeler ce dont nous nous entretenons souvent, les instructions de Libère, ce pontife de sainte mémoire. Les paroles
\ Magnum Liberium, — inter oniiics egic^jium, — sanclissiiiius I.iberius, — j)oi- omiiia l'ainosissimus. [Iliat. iriparl. ,\\\). v, cap, 13.)
2 Vi(ftor, illusliis el slreiiuus verilalis allilcta. [llisl. eccUs., lib. ii, cap. 37.)
8 Virum undciiua(|ue cgrcgium.
4 Julio defuuclo, succedit io scde Pétri sauclus Libciius. {Chron., 553.)
38^ (Ynn oraieur plaisent cVaulant plus que ses ^ ertus sont plus grandes. C'était le jour de Noël , dans l'église de Saint-Pierre ; tu allais te revêtir du saint habit, et tes compagnes, heureuses de l'admettre dans leurs rangs, étaient présentes. L'illustre Pontife parla ainsi :
« C'est après un saint mariage, ma fille, que vous avez soupiré. Voyez- vous quelle foule de peuple est venue célébrer la naissance de votre époux, et personne ne s'en est retom'né à jeun. C'est lui qui, invité aux noces de Cana, changea l'eau en vin. 11 saura aussi opérer en vous les changements nécessaires peur permettre à ce corps matériel de porter des fruits de virginité. C'est lui qui dans le désert, avec cinq pains et deux poissons, nourrit quatre mille hommes, et d'autres en plus grand nombre eussent été rassasiés s'ils eussent été présents. Aujourd'hui, pour célébrer vos noces, il avait appelé de nombreux convives; il les a nourris, non de pain d'orge ou de froment, mais de son corps descendu du ciel.
« C'est en ce jour qu'en tant qu'homme il est né de la Vierge, lui engendré de son Père, Fils unique sur la terre. Fils unique dans les ci eux.
« Dieu de Dieu, enfanté par une Vierge, égal en tout à son Père qui Ta engendré, le Verbe a la même justice, la même puissance, la même
splendeur que lui, sans aucun degré d'infériorité , sans extension, sans confusion; il lui est uni, sans être confondu ; il en est distrait, sans en être séparé. Sans lui, rien n'existe sur la terre, dans les mers, ou auxcieux. Ce Verbe rempli de bonté était au commencement , voilà son éternité. Il était dans le Père, voilà tout à la fois son union et sa distinction. Et /e Verbe était Dieu, voilà sa divinité. Kous ne pouvons que vous indiquer brièvement les motifs de votre foi. Eh bien ! ma fille, ce Dieu est votre frère.
« Oh ! aimez -le, il est si bon ! Qui donc est bon, si ce n'est Dieu seul? Il n'y a pas de doute que le Fils ne soit Dieu; et comme Dieu est infiniment bon , il est donc certain que le Fils est plein de bonté. Je vous le répète, aimez-le : c'est lui que le Pèie a engendré avant la lumière comme étant éternel, de son essence divine connue son Fils, de son intelligence comme son Verbe.
« Il est l'objet des complaisances de son Père; il est le bras, la force du Créateur tout-puissant, la sagesse qui procède de la bouche de Dieu. En lui la divinité habite corporellement dans sa j)lénilude , son Père ne peut s'en séparer; il ](' !>():( e dans son sein, il le place à sa droite. Il [;;l:aill;ien vous apprendre à connaître la sagesse, vous montrer la vertu.
« Si donc le Christ est la force et la vertu de Dieu, il existe éternellement: son Père pourraitil être sans son Fils ? Si Tun est éternel, l'autre Test aussi ; si le Père est parfait, le Fils Test pareillement : ôter aux perfections de l'un, c'est diminuer les perfections de l'autre. Il n'y a pas d'inégalité dans la perfection d'un Dieu. Aimez donc, ma fille, ce Dieu aimé de son Père ; honorez celui que Dieu le Père honore : qui n'honore pas le Fils, n'honore pas le Père ; qui nie le Fils, ne possédera pas le Père : voilà pour votre foi. Mais je sais qu'elle est sure et éclairée.
« Quant à votre jeunesse, ma fille, elle m'inspire bien quelque crainte. Vous userez d'un peu de vin, afin de ne pas affaiblir votre santé; mais que ce ne soit pas par sensualité : à voire âge, on ne saurait être trop prudent. Vous observerez aussi les jeûnes prescrits, avec un saint courage : la mortification est efficace pour éloigner les tentations. Que la raison vous éclaire, que rcspcrancc vous fortifie, que la crainte vous stimule. Ne pas savoir maîtriser ses convoitises, c'est ressembler à un cheval mal dressé, qui s'emporte, court, tombe dans le précipice et périt. »
Ici l'orateur, à cause probablement des païens
ou des nouveaux convertis qui faisaient partie de
l'auditoire, fait une sortie contre les dieux et les TOME I. 25
héros du paganisme, que les poètes nous représentent n'usant souvent de leur pouvoir que pour satisfaire leurs passions ; puis il continue en ces termes :
t< Je pense aussi que vous devez user avec modération de certains mets trop succulents ; la viande appesantit même les aigles. Or, il est un aigle en vous qui mérite vos soins; c'est de lui que paile lePsalmiste quand il dit : « Ta jeunesse sera renouvelée comme l'aigle. » Dominez vos appétits, méprisez cette boue, tenez les hauteurs, et soyez toujours prête à prendre votre essor vers les cieux. Yous n'assisterez plus aux grands festins ni aux bruyantes réunions du monde. Je veux encore que les jeunes novices reçoivent trèspeu de visites, et de leur parents ou anciennes amies seulement.
« Il est difficile que la pudeur religieuse ne souffre de tous ces rapports avec le monde. Il faut s'enhardir, il faut paraître gracieuse; on croit ne rien accorder qu'à la politesse, et l'on manque à la modestie. Ne pas répondre à une interrogation, c'est d'un enfant ; mais y répondre, quel danger de s'échapper en paroles!
u Au reste, je préfère qu'une vierge chrétienne parle moins qu'on ne veut, que plus qu'il ne faut. Si rApôire prescrit aux femmes de se taire
dans l'église, même quand elles désirent s'entretenir des choses saintes, leur permettant de parler seulement au logis, quelle précaution doivent prendre les jeunes personnes pour ne pas se départir de cette pudeur qui est Fornement de leur âge et que sauvegarde la réserve des pa rôles!
« Nous trouvons dans FEcriture-Sainte des exemples remarquables de modestie : RébeccÉj aperçoit de loin ïsaac son futur époux, et aussitôt elle abaisse son voile. Rachel s'afflige longtemps do ce que son fiancé, selon l'usage, a déposé un baiser sur son front en présence de SCS parents. C'étaient des épouses aimantes, sans (loulc, mais qui étaient jalouses de leur pudeur. Il evt recommandé à Thomme qui est obligé de se irouvcrcn la compagnie des femmes, de veiHer sur ses regards; comment une vierge consacrée ù Dieu pourrait-elle négliger de se conformer ù ce précepte? On est coupable devant Dieu de consentir à une mauvaise pensée, on Test plus gravement encore d'en inspirer aux autres. ^
« Savoir se taire est une grande vertu, surtout dans Féglise. Vous ne perdrez pas une pensée des saintes lectures qu'on y fait, si vous avez soin (Fouvrir vos oreilles et de fermer votre bouche ; qu'il ne vous échappe aucune parole que
\ous seriez bien aise de n'avoir pas proférée.
Accoutumez-vous à parler peu ; que de {)échés dans les longues conversations! On a dit à FIiomicide : Tu as péché, arrête- toi ; il faut dire à la vierge: Arrête-loi, de peur de pécher. Nous lisons que Marie conservait dans son cœur tout ce qu'elle entendait dire de sonFJls:imitez-la. Quand vous entendez lire les Prophéties ou les Evangiles, point de bruit, point de paroles ; toute votre attention est nécessaire. Empêcher d'entendre la parole de Dieu, troubler la prière publique et l'administration des sacrements, c'est un sacrilège; et Dieu demandera compte à celui qui se rend coupable de cette faute, de tous les fruits de salut que sa conduite aura empêché de produire dans les âmes.
« Les nations marquent le respect qu'elles portent à leurs idoles en gardant dans leur temple un profond silence. L'histoire raconte qu'Alexandre, roi de Macédoine, voulant offrir un sacrifice, un jeune enfant lui faisait tenir le feu, lorsqu'un charbon ardent tomba sur son bras : cîiose incroyable î l'acolyte ne fit pas un mouvement pour secouer ce qui le brûlait, la douleur ne lui fit pas pousser un cri, cette torture ne lui arracha pas une larme; la discipline l'emporta sur la nature. Sans doute que la crainte du roi y était pour qim^lque chose, plus peut-être que la crainte
de ses faux dieux que le feu, s'il les eût atteint?, aurait réduits en cendre.
« Et ce jeune homme qui, pour cacher un secret à son père, ne fait pas un signe tout le temps que dure le repas! 0 vierge de Dieu, soyez recueillie pendant nos saints mystères; évitez de bailler, de cracher, de tousser, de sourire S Ce qu'un païen pouvait faire pendant le repas, vous ne le pourriez pendant le saint sacrifice î Que votre langage annonce la sainteté de votre personne, que votre prudence prévienne tout excès, que votre religion exclue toute faiblesse, et que l'habitude devienne en vous une seconde nature.
« Une vierge chrétienne se reconnaît à la gravité de sa démarche, à la pudeur de sa physionomie, à la modestie de ses regards : voilà les vertus compagnes de la pureté. N'est pas d'une conduite ])ien éprouvée , une jeune personne dont la vue inspire d'autres sentiments que le respect.
« Que je vous rappelle une histoire bien connue. Les chrétiens s'étaient assemblés près
-I Le trait de ce jeune homme qui se laisse brûler le Iras sans pousser. un cri, de peur de troubler le sacriGce, est tiré de Valèrc-Ma\ime , lib m, Epist. \M,(le Palienlià. Ce dernier se trouve dans iiMeucc. Ifeotonti* morumenos, act. n , se. 5) : Gemitns, screatus, tussis, rlsus, abstine. On Voit que Libère connaissait et les Livres sacrt^s et les autesir.^ profanes.
d'un étang dont les habitants, par leurs coassements, les empêchaient d'entendre la parole de Dieu et de vaquer à la prière. Le saint prêtre qui présidait la t-éunion leur commanda d'être plus respectueuses et de cesser leurs cris, et les grenouilles d'obéir aussitôt.
« Les marais se taisent, et les hommes ne le feraient pas! les animaux respecteraient seuls ce qu'il n'a été donné qu'aux êtres intelligents de comj)rendre î
« Tel est, dans la plupart des hommes , le manque de foi et de modestie, qu'ils se conduisent })lus convenablement dans une salle de concert que dans une maison de prières. »
Tillemont et d'autres critiques modernes admirent avec raison ce discours; mais ils ajoutent que, si les idées sont de Libère, le style est de saint Ambroise. 11 eût été diliicile, en effet, de nier que le fond de cette allocution ne fut de Lil)ère, jaiisque saint Ambroise, après l'avoir cité, ajoute: a Telles sont, ma sœur, les paroles que l'adressa le Pontife de sainte mémoire. » Mais ])Ourquoi lui dénierait-on le mérite de la forme, quand on se rappelle que Théodoret trouvait Libère admirable dans ses discom^s, et que saint Alhanase place ce Pape au rang des écrivains de mérite ?
soi
Non-seulement Libère est appelé par les Pèreâ de l'Eglise : « heureux, bienheureux, vénérable, saint, très-saint; «mais son nom est inscrit dans les plus anciens martyrologes. Ferrarius place sa fête au 9 septembre , les anciennes éditions du Martyrologe romain au 15 ; le Martyrologe de saint Cyriaque, ceux d'Usuard, de Bède, de Vandelbert, au 25 du même mois. « Le neuvième des calendes d'octobre appartient à Thècle, vierge et martyre. Il est aussi consacré à saint Libère, évoque de Rome, et au saint lévite Sosius \ »
îl est fait aussi mémoire de saint Libère dans îes dyptiques sacrés des Eglises orientales, et ce n'a pas été sans surprise que nous avons vu le Ménoîoge des Grecs annoncer sa fête en ces termes : « 27 Septembre , mémoire de notre saint Père Libère.
« Le bienheureux Libère , défenseur de la vérité , était évoque de Piome sous le règne de Constance ; le zèle dont il brûlait pour la foi orthcduic lui lit prendre la défense du grand Athaiiase, persécuté par les hérétiques et expulsé de son siège d'Alexandrie à cause de l'attachement quïl profeb^ait pour la vérité. Tant que Constantin et Constant, les deux premiers fils de
4 Vundcîl»., in ^lartyr. {ùd ix Kat. oct.).
Constantin -le-Grand, vécurent, la foi orthodoxe triompha; mais, après la mort de ces princes, Constance le plus jeune, qui était arien, fut seul maître de Tempire, et l'hérésie prévalut. Ce fut alors que Libère, qui combattait de toute sa force rimpiété des hérétiques, fut relégué à Bérée , ville de Thrace ; mais les Romains, dont il possédait l'amour et l'estime, lui restèrent tidèles et demandèrent son retour à Fompereur. Libère revint à Rome, où il mourut, après avoir sagement gouverné son troupeau \ >»
Quelle mention honorable , et de la part des Grecs î Disons-le hardiment, la critique de Baronius n'eût pas éliminé le nom de Libère du catalogue des Saints, si elle eût connu tous les documents qui montrent jusqu'à l'évidence que c'est à juste titre qu'on l'y avait inséré.
-1 « 27 Sent. — Moni.ria sancll Patris noslri Lil)crii.
« Bcaiiis Liheriiis , viM'ilalis propugnalor , Conslantio imporanic erat RoniiE episcopiis. Cùm veibzelo lidei orlbodox» ariîcret, magHum suscepit Alhaiias'uim al) hscrelicis c\af;ilaliim. alque Ale\andiiaî tbrono e^pulsiim ijuoil verilaleoi ipse palaia dcfendijîft»., yùm enini inter rivosagebaul Conslanliusol Conslans majores nalu filii magni Conslanlini, oribodoxa fidci seivata est; scd ubi illi doccsseruiit et luit rcrum dominus Conslanlius iTiiiior nalu filius, (jui ariaiuisoral, pra'valucrunlba?iclioi. Quapropler eliam Liberius, postquani miillum redarguit alque increpavit bœrelicorura iinpiotatom , in Ucroain 'l'braiiic civilatcin est relegatus. Al, ciim Romani fido el dileclione crga illum csscnt devincti, acccsscrunt ad impeialoicm, t'\|)osccuie5 cuni : ac proplerca Uomain ilerùm missuS; cùmsuum gregeiu rcclï! gul)orua8scl , doccssil. »
{Menolo<iium Grœcornm , jussu Dasilii imperatoris grsecC» ediluni; irausl. à 0ei)ed. XIII. )
ms
CO.NCLUSIONS.
Il n'est pas suffisamment établi que le retour de Libère ait eu lieu au prix d'une concession quelconque.
Si Libère a signé quelque formule de foi, ce ne peut être que la première de Sirmium.
Le dogme de la consubstantiaUté du Verbe est amplement exprimé dans cette formule.
Dans les actes authentiques de la vie de Libère, on voit constamment ce Pape se montrer défenseur courageux et habile de la religion catholique.