CHAPITRE XIL
iRÉOOIRE l'', DIT LE GRAND , REFUSE It TITRE D^ÉVÉQUE UNIVERSEL.
Le Marhjrologe romain mentionne en ces termes Tavénement de ce Pape au suprême pontificat : «A Rome, 3 septembre, ordination comme souverain Pontife du saint et incomparable Grégoire-le-Grand qui, du haut de la chaire apostolique où il avait été élevé malgré lui, répandit sur tout l'univers l'éclat de sa sainteté. » Cet éloge n'a pas encore rencontré de contradicteurs. Les dissidents eux-mêmes témoignent à Fenvi que par sa vertu, sa science et ses travaux, Grégoire V^ a été justement surnommé le Grand. Toutefois quelques-uns d'entre eux laissent percer le motif qui les pousse à prodiguer,
contre leur coutume, les éloges à un Pape. Grégoire-le-Grand a écrit ces paroles : « Ni moi ni personne ne .doit être appelé évêque imiverseL — C'est un titre plein d'extravagance et d'orgueil. — Quiconque le prend est un précurseur de l'Antéchrist. » Les Protestants ne pouvaient laisser passer inaperçue une déclaration de cette nature; la plupart d'entre eux la regardent comme le plus beau titre de gloire de ce pontife : tous en concluent qu'il ne croyait pas avoir de primauté sur les autres évêques. Nous allons montrer combien ces conclusions sont peu légitimes.
Depuis que Constantinople était devenu le séjour ordinaire de l'empereur, Fambition des évéques de cette ville allait toujours croissant. Simples suffragants, dans le principe, de Texarque d'Héraclée, ils avaient étendu successivement leur juridiction sur toutes les provinces de l'Asie, et avaient fini par se prétendre seuls maîtres spirituels de tout l'Orient. Les Papes, qui aN aient protesté à diverses reprises contre ces envahissements, se crurent obligés de le faire avec plus de force lorsque Jean , surnommé le Jeûneur a cause de l'austérité de sa vie , prit le titre fastueux de Patriarche universel.
Les remontrances paterjielles de Péia;; ■ U n'eurent aucun succès; Jean-le-Jeîmeur aflect
6$ même d'employer plus souvent une expression qui était une atteinte portée à l'autorité du souverain Pontife, et une injure aux autres patriarches. Ce fut alors que saint Grégoire essaya, à son tour, de convertir cet esprit hautain et opiniâtre. Voici une des lettres qu'il lui écrivit pour l'exhorter à revenir à des sentiments plus conformes à la vérité et à Thumilité chrétiennes :
« Votre Fraternité sait quelle paix et quelle concorde elle a trouvées dans les Eglises quand elle a été promue à l'épiscopat ; mais je ne sais pas, moi, par quelle hardiesse et quel orgueil elle a tenté un nouveau nom capable de scandaliser tous les frères. Ce qui m'étonne , c'est que vous ayez voulu fuir l'épiscopat, et maintenant vous voulez en user comme si vous l'aviez recherché avec ambition ; vous vous déclariez indigne du nom d'évêque, et maintenant vous voulez le porter vous seul,
« Pelage, mon prédécesseur de sainte mémoire, en écrivit à votre Sainteté des lettres très-fortes, où il cassa les actes du concile que vous aviez tenu en la cause de notre frère l'évêque Grégoire, et défendit à l'archidiacre , qui était 'son nonce auprès de Tempereur , d'assister à la messe avec vous. Depuis que moi , indigne , j'ai été appelé au gouvernement de TEglise , je vous en ai fait
parler par mes autres nonces, et maintenant par le diacre S^binien ; et parce qu'il faut toucher les plaies doycement avant que d'y porter le fer, je vous prie, je vous conjure, je vous defnande^ avec toute la douceur possible de résister à ceux qui vous flattent et vous attribuent ce nom plein d'extravagance et d'orgueil : car , qui vous y propose-t-onà imiter, sinon celui qui, méprisant les légions des anges ses semblables , ambitionne de n'obéir à personne et de nous commander à tous; celui qui dit : Je monterai au ciel. Je plar cerai mon trône au-dessus désastres, et je serai pareil au Très-Haut "l
«En effet, que sont tous les évoques de l'Eglise universelle , sinon les astres du ciel? En ambitionnant de vous mettre au-dessus d'eux par ce mot superbe, ne dites-vous pas : Je monterai au ciel, f élèverai mon trône au-dessus des astresl Certes, Pierre apôtre est le premier membre de la sainte et universelle Eglise; Paul, André, Jean, que sont-ils, sinon les chefs des peuples particuliers? Et, pour tout dire en un mot, les Saints avant la loi, les Saints sous la loi, les Saints sous la grâce, qui tous forment le corps du Seigneur, sont des membres de l'Eglise , et nul n'a jamais voulu s'appeler universel. Que votre Sainteté comprenne quelle présomption c'est de
vouloir s'appeler du nom que jamais vrai Sainfc n'a osé s'attribuer. Votre Fraternité ne sait- elle pas que le concile de Clialcédoine offrit cet honneur à FEvêque de Rome en le nommant unwersel ? Mais pas un n'a voulu le recevoir , de peur qu'il ne semblât s'attribuer l'épiscopat A lui seul et l'ôter à tous ses frères ^ » 5*'
Sachant que les patriarches de Constantinople appuyaient leurs prétentions sur Taulorité de l'empereur Maurice, saint Grégoire écrivit pareillement à ce prince : « Le gouvernement et la primauté de toute l'Eglise ont été donnés à saint Pierre; c'est lui qui possède les clefs du royaume des cieux, qui a le pouvoir de lier et de délier; toutefois on ner l'appelle pas Apôtre universel, et notre saint collègue Jean veut être appelé Evêque universel ! Je ne puis m'enpêcher de m 'écrier : 0 temps ! ô mœurs ! Voyez : toute l'Europe est livrée aux barbares , les villes sont détruites, les forteresses ruinées , les provinces ravagées, les terres incultes, les idolâtres maîtres de la vie des fidèles; et les évêques, qui devraient pleurer prosternés sur la cendre, cherchent de nouveaux titres pour contenter leur vanité! Est-ce ma cause particulière que je dé-
^ Ml». V, Ejiisl. 18, ad Jom. pair.
fends? n'est-ce pas celle de Dieu et de l'Eglise universelie ? Quel est donc celui qui , contre les statuts évangéliques et les décrets des conciles, ose usurper un nom nouveau? ne voitil pas que ce titre ^universel ne peut se prendre sans diminuer les droits des autres ? Nous savons que plusieurs évêques de Constantinople ont été non-seulement hérétiques, mais hérésiarques , comme Nestorius et Sîacédonius. Si donc celui qui remplit ce siège était évêque universel, toute FEgiise serait ex})osée à tomber avec lui. Kous sommes chrétiens , nous devons renoncer à ce nom de blasphème qui, en donnant tout sans raison à un seul évoque, blesse les droits de tous les ajLitres. Les Pères du concile de Chalcédoine, en l'honneur de saint Pierre premier apôlre, offrirent ce titre aux Pontifes romains: mais aucun n'a jamais voulu remployer, afin de ne pas paraître s'attribuer exclusivement un honneur qui ajjpaitient légitimement aux autres. La gloire du nom qui nous a été offert et que nous avons refusé , un autre s'en empare sans qu'on le lui offre ' î »
Enfin, nous trouvons dans une lettre à Euîogc, patriarche d'Alexandrie , que Grégoire avait dé-
\ Lib VI, Ephl. 20, oA ^lam\ imj).
fendu à tous les évêques de donner à qui que ce fut, même à rEvêque de Rome, la qualification à'uimersel :
« Votre Béatitude m'apprend , selon mes ordres, qu'elle ne fait plus usage de ces appellations superbes engendrées par la vanité. Effacez ces mots, dws ordres ; je sais qui je suis et qui vous êtes. Vous êtes mon frère par l'épiscopat, mon père par votre vertu ; je ne vous ai point donné d'ordres , je n'ai fait que vous représenter eeqne j'ai cru utile, et je ne vois pas que vous Tayez fait avec exactitude : car je vous faisais observer que tel titre ne convenait ni à Jean, ni à moi," ni à personne; et voilà que, dans la préface de votre lettre, vous m'appelez Pape universel! De 2;ràce, ne le faites plus : car attribuer à un autre [dus que la raison n'exige , c'est vous l'ôter à vous-même. Je désire prospérer , non dans les mots, mais dans les mœurs. Je ne regarde pas comme un honneur pour moi ce que je sais porter atteinte à l'honneur de mes frères. Mon honneur à moi, c'est rhonneur de l'Eglise universelle ; mon honneur à moi, c'est la solide vigueur de mes frères : c'est alors que je me trouve vraiment houoré quand on rend à chacun l'honneur qui lui est dû \ »
\ Epist. ad EhIoq.
Ces citations , en exposant l'objection dans toute sa force, fournissent en même temps les moyens Jq la résoudre.
Quelque signification que le patriarche de Constantinople attachât an titre d'universel, il n'avait aucun droit de le prendre. Prétendait-il avoir juridiction sur toute TEglise? c'est le Pape seul qui la possède. Voulait-il désigner le grand nombre et l'immense étendue des provinces ecclésiastiques qui dépendaient de son patriarchat, tout en reconnaissant FEvèque de Rome pour son supérieur, il aurait du attendre alors que celui-ci sanctionnât les c mons des divers conciles qui l'avaient élevé au second rang dans l'Eglise, et employer une expression qui rendît plus exactement sa pensée. On peut encore entetidre par Evêque, Patriarche, PapeuniverseU celui qui est seul évêque dans l'Eglise à l'exclusion de tout autre, ou dont les autres ne sont que des vicaires , de simples substituts; prise dans ce sens, cette qualification ne peut s'appliquer à personne, pas même au souverain Pontife. Les évéques existent de droit divin dans l'Eglise, tous possèdent la plénitude du sacerdoce, tous sont juges de la foi; sans doute ils doivent être confirmés par le prince des pasteurs, et ils ne peuvent exercer leur pouvoir que sous sa juridiction et en unité avec lui, mais ils
le tiennent originairement de leur caractère épiscopal.
Or saint Grégoire n'avait que trop de motifs de craindre que le patriarche Jean, dont « le corps était exténué de jeûnes, mais Tesprit gonflé d'orgueil, » n'attachât un de ces sens dépravés au nouveau titre qu'il s'arrogeait. Il le proscrivit donc comme injurieux à l'autorité du Siège apostolique, attentatoire aux droits des autres évoques, opposé à TEvangile et aux. saints canons, capahle de scandaliser les fidèles et de ruiner TEglise entière ^ »
Après la leçon, Grégoire voulut donner l'exemple; sa vie nous offre des traits admirables d'humilité chrétienne.
Jean, abbé de Perse, se trouvant à Rome pour visiter les tombeaux des saints Apôtres, entendit dire que le Pape allait passer sur le lieu où il se trouvait. 11 suspendit sa course , heureux de rencontrer l'occasion d'offrir ses devoirs au chef de l'Eglise. Le cortège, en effet, ne tarda pas à arriver. L'abbé Jean se hâta d'avancer vers Grégoire pour le saluer; mais celui-ci, dès
•^ Quà in re a prœdicio fralic cl cousaccrdolc mco conlia cvangclicam sentcnliani , coiilra beatiira quoijuc Pclrum aposloluin, ot conlra omnes Ecclcsias, conlraquc slalula caiionuni , agitur, {Episi.,\, v. Epist. 21, 9d Const. Âu^., étal)
qu'il l'aperçut, se prosterna lui-même jusqu'à terre, et ne se releva que lorsque Jean se fut relevé le premier \
Invité à publier ses Homélies sur Ezéchiel, il répond : « x\ecoutuiné à vous abreuver dans les eaux profondes et limpides des bienheureux Pères Ambroise et Augustin, pourrez- vous boire à un cours d'eau imperceptible ^? » Ayant appris que révêque de Ravenne lisait ses Commentaires sur Job aux fidèles assemblés, il blâme cet usage, et trouve que son Hmc ne mérite pas d'être lu dans Téglise. Quand il parle de luimême, il s'appelle : « pécheui', serviteur inutile, ministre négligent qui ne sait ni édifier le prochain par rexemple , ni l'exhorter au bien par la parole '^. » Enfin, dans ses lettres, il ne voulut jamais prendre d'autres litres que celui de serviteur des serviteurs de Dieu.
Mais gardez-vous de conclure qu'il n'admettait pas la primauté de saint Pierre, et qu'à ses yeux tous les évêques étaient égaux en honneur, en pouvoir et en juridiction. Il dit et prouve le contraire , comme on l'a vu dans la
1 Sophtoiiius. l'i'al. spirit., c. 431.
2 IiiLieck., Vrœfat.
3 In Ezech.. i. Hom. 2.
lettre mèine où il blâme avec plus de force le litre que prenait le patriarche Jean : « Mon prédécesseur Pelage a cassé les actes du concile que vous aviez tenu. — J'ai été appelé, bien qu'indigne, au gouvernement de TEglise. — Après avoir touché les plaies avec douceur, je saurai employer le fer. — Le concile de Chalcédoine a qualifié iVuniversel l'Evèque de Rome. »
Ailleurs il dit que le Siège apostolique est le chef de toutes les Eglises et de la foi \\[ appelle Pierre « le premier des x\pôtres, le supérieur de Paul, le pasteur de tous , la porte de l'Eglise, le chef de la foi '^. » 11 \a jusqu'à donner à cet apôtre le titre de souverain Patriarche •'. fixant ainsi lui-même le sens des remontrances qu'il adressait au patriarche de Constantinopie. H rappelle souvent que lEvêque de Rome est le vrai successeur de Pierre. « Cest avec une vive satisfaction, écrit-il à Euloge patriarche d'Alexandrie, que j'ai \u votre Sainteté dire dans ses lettres, en parlant de la chaire de saint Piene, que le prince des Apôtres Toccupait encoie dans
4 Lib. II. Epist. o't.
2 Lib. if, Episl. An.— In- c. -1 1 Job. Mor. 9.—InEv., ii. Ifon. 2i. --Mor., !. XXXVIII. —Lib xiii, Epist. 37.
3 rotnis (juofiuc aposlolus, non soliimpropLela. scd sumnius l'aliiart\n, viJii incnairabilcm Uicoui, clc. [Inpr. lieg. Expos., I. v.)
la personne de ses successeurs, au nombre desquels je suis malgré mon indignité *. »
« Je vous conjure, dit-il à T impératrice Constantine, par le Dieu tout-puissant, de ne pas permettre que votre lègne soit déshonoré par Tarrogance d'un seul homme, et de ne pas me mépriser en cette cause, il est vrai que les péchés de Grégoire le méritent, mais saint Pierre n'a point de péchés pour lui ai tirer un traitement pareil '. »
« Mon fils le seigneur Yenance , neveu du [matrice Opilion, dit- il ailleurs, s'est adressé au bienheureux Pierre, nous demandant avec instance de le recommander à votre Charité ^. »
Saint Grégoire se reconnaissait donc comme le successeur de saint Pierre , et n'ignorait pas les privilèges de son siège. Voici quelques actes de son administration , qui prouvent qu'il savait les exercer. Il écrit aux patriarches de rOrient une épître synodique sur les devoirs des pasteurs ; il recommande aux évêques d'Afrique de lutter avec courage contre les Donatistes ; aux évèques de TEsclavonie, de soigner les pauvres
1 l. Ml, Episl. iO. adEccl. Ep.
2 L. V, Episi. 21.
3 I-. m, Episl. 53. ad llonor.
de leurs Eglises; aux évéques de Sicile, de s'opposer aux empiétements du pouvoir séculier. Il défend aux évéques des Gaules de baptiser de force les Juifs ; aux évoques d'Irlande, de rebap • tiser sans motifs les hérétiques qui se convertissent. Il étend ou restreint la juridiction des évéques : « Vous n'avez poinl de juridiction sur les évéques des Gaules, dit-il à Augustin ; quant aux évéques de Bretagne, nous vous en commettons entièrement le soin. » Il évoque à son tribunal toutes les causes majeures, et les juge sans appel; il rétablit sur leiu' siège les évéques espagnols Janvier et Etienne, déposés par la faction du gouverneur Cumitiolus ; il absout Adrien évêque de Thèbes, condamné par les évéques de la Béotie; il casse l'élection du diacre Jean, nommé évêque de Naples par le clergé el le peuple; il somme Koël, évêque ue Salonite en Dalmatie, de lever rexcommunication trop légèrement lancée contre F archidiacre Honorât. La vie de saint Grégoire I' est remplie de traits semblables. En voilà assez pour montrer que si ce grand Pape ne voulait pas qu'on rappelât Evèi^ue universel , c'était par esprit dliumilité et non parce qu'il méconnaissait ses droits, ou qu'il n'osait en faire usage quand le besoiii de TEglise Texigeait.
Le Père MainiLouig conclut, de riiistoire de rœcuménicat, deux choses : « la première, que cette dispute, qui brouilla si fort ce grand Saint avec Tempereùr Maurice et le patriarche de Constantinople, n'était fondée que sur 1* interprétation d'un mot qui n'est condamnable qu'en un sens détourné auquel les patriarches ne l'ont jamais pris, et que, si Ton se fût bien entendu , comme on l'a fait depuis dans les conciles généraux, tout eut été fait parfaitement d'accord, et le titre de patriarche œcuménique n'eût causé aucun trouble dans lEglise. Cela fait voir que, quelque habiles et quelque saints que puissent être les Papes, ils ne sont pas néanmoins infaillibles, et que ce qu'ils ont rejeté et condamné même aussi solennellement et avec autant d'éclat que saint Grégoire condamna ce titre, peut être ensuite reçu et approuvé, connue il le fut dans les conciles généraux \ »
L'historien du pontificat de saint Grégoire-le- Grand est ordinairement plus vrai dans ses assertions, plus juste dans ses appréciations.
« La dispute n'était fondée que sur l'interprétation d'un mot. » Et n'était-ce pas assez pour exciter toute la sollicitude du chef de rEglise'^
\ Hist. vlo s. Giv'î.-I'j-Cr. i, 177.
Do quoi s'agissait-îl à Nicée, à Rimini, a Siririium , à Eplièse , sinon de la manière dont il fallait entendre les expressions consubstantiel , semblable en siibslance, Mère de Dieu, etc. ?
Il y a une corrélation nécessaire entre les expressions et les pensées. « L'idée est considérée comme Fàme, et le terme comme le corps. Le terme considéré en cette sorte, c'est-à-dire comme faisant un seul tout avec Tidée, et la contenant, est supposé dans le discours pour les choses mêmes, c'est-à-dire mis à leur place; et ce quon dit des termes, on ledit des choses \ « Pour conserver celîes-ci, il faut donc soigner ceux-là.
« Les patriarches de Constantinople ne Tont jamais pris en un sens condamnahle. » Et que faisait donc Photius lorsqu'en 863 il présidait à Constantinople un concile qu'il appelait général, et se croyait le droit de condamner, de déposer et d'excommunier les souverains Pontifes -? Que prétendaient ses successeurs lorsqu'ils s'appelaient j^ra/r/a/'c/ics œcuméniipfes, êvùques de la nouvelle Rome, et soutenaient que cette liouvelle Rome avait hérité de la primauté de l'ancienne
^ Bossuet, Logique, -13.
2 Anast., Pr(tf. in viii. Synod
depuis le moment où les empereurs avaient passé de Tltalle en Grèce?
« Si l'on se fut bien entendu, tout eût été fait parfaitement d'accord. » C'est évidenl.
« Cela fait voir que les Papes ne sont pas infaillibles. M Cela fait voir que les opinions gallicanes de l'auteur le préoccupaient assez pour qu'il regardât comme favorable à son système ce qui lui est au moins indilférent, sinon eontraii'e. Nous l'avons vu : des trois sens dont était susceptible le titre que prenaient indûment les patriarches de Constantinople, l'un était iiérétique, l'autre schismatiquc, et le troisième équivoque. Pelage et Grégoire avaient donc raison d'en blâmer l'usage.
« Les conciles généraux ont reçu et approuvé ce que les Papes avaient solennellement condamné. >y Les conciles généraux ont toléré que le patriarche de Constantinople s'appelât w?/verscl, lorsqu'il eut déclaré qu'il entendait uniquement exprimer par ce terme la vaste juridiction dont il jouissait en Orient. Il n'y a donc pas opposition entre leur décision et celle des Papes.
La seconde conclusion du P. Maimbourg oRt
}ihis admissible : « Il n'y a rien de plus faux ni de {dus pitoyable » que de conclure de cette histoire que parce que Pelage et son successeur sainl Grégoire ne voulurent jamais souffrir qu'on les appelât œcuméniques ou universels, «ces deux Papes ne croyaient pas avoir la primauté sur tous les autres. » Nous sommes de cet avis.