‹ L'histoire et l'infaillibilité des papesChapitre 45 sur 86 · Severin monte sur la chaire de Saint-Pierre · texte numérisé non relu

Severin monte sur la chaire de Saint-Pierre

condamne l'Ectèse. et meurt après deux mois et quatre jours de pontificat.

64t. Mort d'Héraclius. Constantin son iils lui succède, et, sur la prière du Pape , révoque lEctèse.

642. Le pape Théodure écrit à Paul patriarche de Constantinople, et aux évoques qu'il avait ordonnés , pour les inviter à procéder régulièrement à la déposition de Pyrrhus.

645, Dispute célèbre entre le patriarche Pyrrhus efc l'abbé Maxime devant le gouverneur d'Afrique.

616 Quatre conciles tenus en \frique condaranont les lièr<5sies nouvcîics, et envoienî leurs décisions à Rome.

648. L'emfjereur Constant fait publier son édit intitulé 7i//;e ou Modèle, qui favorise les Monothéiites en imposant silence aux deux partis.

I/O pape Théodore réunit un concile à Rome, condamne cet écrit, et meurt bientôt après.

649 Martin 1", son successeur, convoque le concile de Latran, composé de cent cinq évêr quesqui condamnent TEctèse dlléraciius, le Type de Constant et les principaux Monotliélites dont trois patriarches de Constantinople, Sergius, Pyrrhus et Paul.

6i)3. Enlèvement du pape Martin par Calliopa,* gouverneur d'Italie.

65'(. Pyrrhus revient à ses erreurs, est réinstallé sur le siège de Constantinople, et meurt. Pierre, monotliélite, lui succède.

G^o. Martin P"" meurt en exil, après deux ans de prison et de mauvais traitements.

(»G2. Saint Maxime meurt après sept ans d'exil et de souffrances.

G 80. Le pape Agathon tient un concile à Rome pour nommer des délégués au sixième concile général , troisième de Constantinople.

Condamnation des Monolhêlites. Mort dAgathon.

682. Election de Léon IL II coniirme et publie les actes du sixième concile œcuménique ^

I SLCCESSION DliS PAPES DEPUIS UONORIUS JUSQU'A LÉON II.

Pa^es.

Houorius j Severiu , Jean IV , Tlico(îore , Marliu , Eugène , \ilalieii, Di eut! ou né II , Doinnus , A^alhou , Léon H ,

Eltction, Mort.

le 27 octobre 623 , 639

27 mai G40, 6S0

24 décembre CiO, 6 52

24 novembre 042

5 juillet 649,

^0 août 654 ,

50 jnillol 6o7 ,

« avril 672 ,

2 novembre 670 ,

26 juin 679,

47 août 682,

Durée du pontilicaf.

4 2 ans 4< mois 4 7 jour».

SLCCESSIOS DES EMPEUEURS.

Hcrac'.ius "icurt eu 6.38.

Héraiîius-Coiislouliu 'î * ' •

Héracléon chtssé t

ConUant II 668.

Conslanlia-Pogonat ^j^-^-

Juslinicu '^^^•

SICCESSION DES PATRIARCHES.

Scrgius meurt eu 659.

4»yrrhu8 s'enfuit en 64 t.

Paul ....•....«.* meurt en 6a4.

Pyrrhus ....»«.•;•.. rétabli en 634.

Pierre meurt en 606.

Jean 674.

rx)nslanliu ..«••..«.«. 076.

Tiiéodore ...*#,««••. chassé en 678.

liK.-oJore n.'labli . . . i . q . • . meurt en 6S0.

Le pape Honorius a-t-il été condamné par le sixième concile général?

Onuphre Tannotateur de VHistoire des Papes publiée par Platine, Baronius le père des Annales ecclésiastiques , Binius l'éditeur d'une Collection des conciles , Uocabert général des Dominicains, etc. ^ , soutiennent nettement la négati\e. , , ,

Nicolas Coeiïétean, docteur en théologie, dans sa Réponse au Mystère d'iniquités de Duplessis, et Duchêne fX're et lils , historiographes de France, sont du même sentiment. Voici comment s'expiiment ces derniers :

« Bien que, dans le retranchement 4e l'usage des mots dont il craignait qiril ne procédât du scandale, il retînt la créance catholique des deux volontés et des deux natures, desquelles il ne

I Onuphr.. Vila Ilonor. — Baiou-, ad annos 63.3, 680. — Biii... Âiin» e,J. in. .vue. «—Roc, Àpol.

confondit les opérations en Jésus-Christ comme faisait Sergiiis : si est-ce qu'ij ne put éviter qu'étant traccord avec lui pour le regard des façons de parler, quelques-uns ne Paient depuis accusé d'hérésie, fondés sur ce qu'au sixième concile il se trouve être condamné comme hérétique monolhélite. Mais Onuphre, le cardinal Baronius et quelques autres l'ont assez justifié de cette injure, et ont cru, non sans raison ni jugement, que les actes du sixième concile ont été falsifiés en cet endroit et les exemplaires corrompus par les Grecs ennemis de l'Eglise romaine , qui ont été bien aises do faiie voir un Pape condamné «Terreur avec leurs ])alî'iarches : corruption que Ion a glissée pareillement, avec une grande imposture et malice , dedans le livre des Six âges du monde, composé par le vénérable Bède; car il est certain que, si cet auteur orthodoxe eut tenu le pape Honoré pour hérétique, il ne lui eût jamais lendu l'honneur qu'il lui rend en divers ! adroits, le nommant Saint et Bienheureux même après son décès. Et ce qui démontre en- H'c plus visiblement la fraude , c'est que ni liéophonellsauîien,. auteur grec, ni Anastase, crivain latin, ne font aucune mention en leur listoire de la condamnation de ce Pape, encore qu'ils exprimcnl les noms de Sereins, do Cyrus

et des autres qui furent condamnés et convaincus au sixième concile comme monothélites \ »

Binius regarde cette falsification comme indubitable , évidente. Selon cet auteur, le fait se serait passé de cette manière :

Théodore, patriarche de Constantinople, s'étant emparé des actes originaux du concile sous prétexte de tirer la copie qui devait être envoyée au pape Léon II, il aurait effacé son propre nom partout où il se trouvait, et à sa place substitué celui d'Honorius que les Monothélites se vantent d'avoir eu pour protecteur ; on aurait ensuite remis aux patriarches ou à leurs délégués une copie des actes du concile, ainsi revus et corrigés'^. Les évéques grecs, qui étaient animés pour la plupart d'une secrète jalousie contre les Pontifes romains , et qui tous étaient pleins d'estime pour le patriarche Sergius , auraient fermé les yeux sur ces manœuvres. Les légats du Pape, qui ignoraient la langue grecque et n'axaient pris aux débats qu'une part fort restreinte,

\ Histoire des Pû[>cs, i, oQli.

2 Une fois les actes du sixième concile s\iéi'é8, la condamnation supposée d'Honorius n'est plus qu'un simple fait sur leriuel le sepliènie ou le huiiiémc ont pu aisément se tromper. On est dans l'usage aux conciles do répéter les anathèmcs des conciles précédents; mais celte répétition, quand elle a lieu sans nouul examen, n'ajoute rien a la nature et aux motifs de cos analbémes.

n'auraient pu donner, de retour à Rome, que des explications insuffisantes; et le pape Léon îl, voyant qu'il était impossible d'éclaircir le fait sans procéder à des informations qui auraient pu n'avoir pour résultat que de compromettre l'autorité du concile et de détruire le bien qu'il commençait à faire , accepta le texte tel qu'on le lui remit, en ayant soin toutefois, dans la bulle de confirmation , de fixer le sens de la condamnation dont la personne et les écrits d'Honorius avaient été l'objet. « Le concile, ditil, a frappé d'anatbème Sergius, Pyrrhus, etc., comme hérétiques , et Honorius comme coupable d'avoir favorisé l'erreur au lieu de la réprimer énergiquement. »

Nicolas Coeffeteau appuie cette conjecture des réflexions suivantes :

« Si Baronius a cru Théodore auteur de cette méchanceté, Duplessis ne nous a pu nier ci-dessus qu'î7 n'y ail grave apparenae, vu que ce Théodoreévêque de Constantinople, hérétique , y fut condamné avec Sergius, Cyrus et Pyrrhus ; et néanmoins il ne se trouve point nommé avec eux, ce qui est une violente conjecture qu'il elTaça son nom de ces actes et y fit glisser, en sa place, celui d'Honorius. Que si ce n'est lui qui a fait cette

fourbe, c'en a été un autre qui a voulu prêter à Honorius une charité pareille à celle qu'on prêta en ce même concile à Yigilius, l'un des prédécesseurs duquel on forgea de fausses épîtres pour le calomnier sur le même sujet des Monothélites. Mais Timposture fut bientôt découverte ; et, certes, il faudrait qu'Agalhon, reconnu par rOrient et FOecident pour un saint pontife, eût eu un front d'airain pour dire que nul de ses m'tklécesscurs li avait été entaché d'hérésie^ si Honorius , duquel , par manière de dire, les cendres étaient encore chaudes, et qui ne venait que de mourir, eût jamais été monolhélite^ »

Baronius va même jusqu'à soupçonner Fauthenticité des lettres de Léon II.

Mais le lecteur veut, avant tout, des raisons et des faits. Voici d'abord ceux qui militent en faveur d'une falsification des actes du concile :

l'* Les Pères du concile, dans une lettre synodale adressée au pape Agathon, déclarent qu'ils anathématisent les Monothélites de la même manière qu'il Favait déjà fait lui-même et selon la teneur de sa lettre. Or Agathon avait condamné Sergius, Cyrus, Pierre et Paul, et non Honorius. Agathon était si loin de croire que ce Pape

\ Eépor.se à Dupicssis. AQo.

avait pris part h FeiTeur des Monothélites, que dans sa lettre à Tempereiir, lue à la sixième session du concile, il dit que « le Siège apostolique n'a janîais été souillé par Terreur, et que ses prédécesseurs notamment ont toujours confirmé leurs frères dans la foi. »

T A la quatorzième session , on produisit deux lettres du pape Vigile à l'empereur Justinien. Ces écrits contenaient des erreurs , et le concile allait les condamner, lorsque les légats du Pape firent observer qu'ils étaient supposés et faussement atlri])ués au pape Vigile, ce qui était vrai. Comment n"aurait-il pas pris également la l)aroIe pour défendre ïlonorius décédé dans une grande réputation de saintelé, si l'on eût essayé d'incriminer sa mémoire ?

o*^ Le pape Agathon avait donné à ses légats des instructions très-précises sur ce qu'ils avaient à faire, et leur avait formellement enjoint de ne pas s'en écarter. S'il se fut agi de condamner un de ses prédécesseurs sur la chaire de Rome, les légats en auraient informé celui dont ils tenaient la place, n eùt-ce été que pour lui demander des lenseignemenls et une règle de conduite.

4° Dans le concile de Latran, présidé par Martini", on dit anatlième aux monotliélites Cyrus, Sergius, Pyrrhus, Paul; anathème aux écrits

qui favorisaient leurs erreurs, à rEctèsed'Héraclius, au Type de Constant, aux lettres de Sergius et deCyrus ; pas un mot ni d'Honoriiis ni de ses lettres: il n'avait donc pas partagé les errenrs de ces Monotliélites.

5^ Le pape Martin, dans ses lettres aux Eglises d'Antioehe et de Jérusalem, oppose à la conduite des patriarches de Constantinople , tous hérétiques , celle des Pontifes romains , tous défenseurs vigilants des trésors de l'Eglise : « Je dois vous informer, vénérables frères , de ce qui s'est passé ; nous avons vu, de notre temps , s'élever contre la foi orthodoxe les personnages que, nous devons qualifier de ravisseurs : c est Théo- / dore évéque de Pharan , Cyrus évèque d'Alexandrie , Sergius évèque de Constantinople , et ses successeurs Pyrrhus et Paul. Les hérétiques ont essayé d'enlever à TEglise les trésors de sa foi ; mais nous, je \ eux dire les Pontifes du Siège apostolique , nous les avons empêchés de nous dépouiller ainsi de nos richesses. » Le même Pape avait dit, dans son discours d'ouverture au concile deLatran : « Les catholiques ont porté leurs plaintes de divers lieux au Siège apostolique,etIui ont dénoncé, par écrit et de vive Voix, la conduite des patriarches de Constantinople. Nos prédécesseurs n'ont point cessé d'écrire en divers

temps à ces évêques; ils les ont priés, admonestés, menacés , ils les ont fait avertir par des légats expressément envoyés à cette lin. Tout a été inutile ^ » En supposant la prévarication d'Honorius, un tel langage eùt-il été possible ?

6° Qu'on se rappelle Tincident qui précéda les acclamations finales de la quatorzième session. George , patriarche de Constantinople , aurait volontiers condamné Fhérésie des Monothélites , peut-être même la mémoire du patriarche Théodore qu'il avait supplanté ; mais il comprenait la honte qui rejaillissait sur son Eglise par la condamnation nonîinative de Sergius et de trois de ses successeurs. Il résolut donc de faire un dernier effort pour rempêcher. Il demanda la parole, et, conjointement avec quelques évêques de sa dépendance , il fit cette motion : « Nous demandons que Ton épargne , s'il est possible, les noms des patriarches Sergius , Pyrrhus, Paul et Pierre, et qu'ils ne soient pas prononcés dans les anathêmes. » Le concile suspend la séance, délijjère, et répond: «Ceux qui ont été déclarés

\ Ideocjiic in sciipto vcl sine scripto orlboJoxoriim preces minime dcspicienlcs apostoliitc mcmoriœ, noslri dccessores non dcslilcrunl prœdiclis viris (.livoisis lemporibus consuUissimè scribonles, cl tani loganles quamque ro|-;ulaiil(n" increpanles : necnon per apocrisîos suos, etc. \ {Acfa conc.jiv, 702.}

coupables et rayés des dyptiques par sentence doivent aussi être anathématisés nommément \ » Si Honorine eût été compris avec Sargius et ses successeurs dans la condamnation des hérétiques prononcée à la treizième session, on trouve difficilement un motif suffisant à la démarche de George; on s'étonne, dans tous les cas, que le concile, pour adoucir les regrets du pétitionnaire, ne lui ait pas cité l'exemple d'Honorius anathématisé nommément. Une mesure qui atteint un Pape ne doit pas paraître sévère, appliquée à des évêques.

1^ Ces actes-là sont interpolés , qui ne donnent pas tous les noms des personnes nominativement condamnées; or on remarque ce fait dans ceux du sixième concile. On y cherche en vain le nom de Théodore, ex-patriarche de Constantinople; et cependant il est inadmissible que, dans le cours de ses dix-sc])t sessions, le concile n'ait pas fait mention de lui. La demande qu'il avait faite à l'empereur de retrancher des dyptiques de TEglise de Constantinople le nom du saint pape Vitalien 2, ses liaisons avec Macaire d'Antioche, et la publication d'un mémoire en

^ Âciaconcil., iv, 586.

2 Epiai. Consf. ad Dom.

fîneuiMlu i>ionolliéiisme\ étaient des motifs plus que sufiisaiils pour provoquer un examen de sa doctrine. Le concile discute les opinions religieuses de tous les évéques (jui s'étaient succédé sur la chaire patriarcale de Constantinople depuis Sergius, jusqu'à la tenue des conciles, en condamne quatre d'entre eux, en justifie trois ; il a (lu porter aussi une sentence sur leur successeur, ^lacaire fut condamné pour avoir présenté un recueil de passages des Pères, tronqués et falsifiés; Théodore, le second signataire du même document, a du Fètre avec lui. On mande ■ à la harre du concile quelques menihres du clergé ' Constantinople, pour avoir souscrit à une re- II quête suspecte d'hérésie, et on les oblige à se réicter par écrit eî de vive voix; on a dû pa< leillement inviter celui qui avait publié des ivrages dans lesquels Thérésie était ouverte- : lient professée.

^ Ces inductions ne sont pas sans gravité, et, si n n'ose conclure que les actes du concile ont t'ié altérés par addition, on croirait volontiers \"ih l'ont été par souslraction.

Les auteurs que nous venons de citer appuient iicore leur sentiment de lautorité de plusieurs

I Anast. l.iM'iolb., Ilisl. de Viiis R. Pont., Agaùio.)

controvorsisto?; de poids. Mentionnons, entre autns, Emmaniiei Calleco, historien grec, le cardiiial de Turreercmata \ et le docteur Albert Pigliius ^

D'autre part, le défenseur de la Déclaration du clergé de France ^ résume ainsi les arguments sur lesquels s'appuient les théologiens qui croient que les actes du sixième concile générai sont intègres et sincères. Le lecteur a sous les yeux ce •qui s'est écrit de plus fort sur la question qui nous occupe en particulier, et en général sur la conduite dHonorius dans Talfaire du monothélisme.

« Chap. LiY. Alîaire dllonorius. On ne peut Texcuser d'erreur, el c'est ex t^athedrà qu'il a parlé.

«11 est impossible de dire quelle peine se donnent ces docteurs (jui, en jjarlant des décrets apostoliques, indiquent les dilTérences qui les séparent, selon qu'ils sont, ou non, ex cathedra. Donnons pour exemple les lettres d'ilonorius. Ce n'est rien, disent-ils; Ilonorius ne s'est, pas trompé, il n'y a pas ombre d'erreur dans ses lettres, si nous en croyons Bellarmin. Cest étonnant,

• Lil) d: Vrim. S. R. II.

2 IH Ukr. ercles.

3 Dff. D'iar. Gailm orlhoihic., pnvvia D'tssnt.. c. 54.

lorsque le P, Thyrsus lui - même dit « que ce Pape avait semblé approuver la rédaction de Sergius chef des Monothélites, et qu'en cela il avait mal fait, n'ayant pas détruit l'hérésie. » En effet , ne défend- il pas de dire soitiz/i/' . soit deux opérations'^ n'appelle-t-il pas également nouvelles les expressions tme et deux volontés'^ ne juge-t-il pas inepte de dire et d'énoncer soit une, soit deux, excluant également de cette manière de la prédication et la vérité catholique et l'hérésie? C'était pour maintenir la paix, direz- \ous; oui, mais une fausse paix, telle que celle qu'eut donnée LéonX en décrétant, ce qu'à Dieu ne plaise, qu'afin d'avoir la paix avec Luther, il ne faut plus parler ni de consubstantiation ni de transsubstantiation.

« Repoussés de cette position, ils se retranchent dans celle-ci : Honorius n'a pas parlé ex cdûiedrâ. » Et cependant c'était par trois patriarches qu'il avaitété consulté, Sergius de Constanlinopîe, Cyrus d'Alexandrie , et Sophrone de Jérusaleni ; et sa réponse en a induit en erreur un quatrième, celui d'Antioche, Macaire, qui se prévalait de l'autorité d'Honorius, ce chef , ce porte-drapeau instruit de Dieu. Quand donc ce Pape parleral-il ex cathedra, s'il ne le fait pas lorsqu'il répond à une consultation que tout l'Orient lui

adresse, comme étant le successeur de Pierre, eliai'gc de conlîrmer ses frères et de réprimer une Irès-dangereuse erreur? Etait-ce pour le plaisir d'errer qu'il n'employait pas , en répondant, le mode qui lui aurait assuré l'infaillibilité? C'est ce qu'il faut dire, à moins (|u'on ne soupçonne , comme Ta fait Bellarmin, que « ses lettres ont éié peut-être fabriquées et insérées après coup dans le concile général, ce qu'il n'est pas téméraire d'avancer. » Supposition si clairement fausse , que personne ne la prouvera jamais.

« Chap. LY. De la falsitication que Binius , après Baronius, suppose une les actes du concile ont subie.

« Reste donc à croire que c'est à juste (lire qu'Honorius a été condamné par le synode, comme convaincu d'avoir suivi en tout le senti uient de Sergius, et confirmé des dogmes impies. Binius, cité par le P. Gonzalès, dit à ce sujet : « Les anatiièmes d"Iioiîoriiis , déclaré hérétique par les actes du concile et mis au rang des Monotliélites, nuiraient beaucoup à notre opinion qui est la pluscomnuniément adoptée par les catholiques, s'il n'était établi jusqu'à Févidence que les actes du sixième s) ncde ont été falsiilés par l'imposlure de Théodore , patriarche de Constantinoplc el évèque mouolhélite. » Or ce qui est établi jus-

qu'à révidence , c'est que ce récit est faux; car voici comment son auteur, à la suite de Baronius, cherche à l'embellir : «Théodore, patriarche de Constantinople, s'empara des procès-verbaux du concile.» (Voy. p. 98 ). Tel est le sentiment de Fauteur des Annales et de Binius qui le transcrit mot pour mot. Mais les légats du Saint- I Siège, qui présidaient le synode, n'auraient pu ' ignorer ce qui se passait, ne se seraient pas tus ; ils auraient dénoncé ce manque de bonne foi, et n'auraient pu approuver Terreur par leur silence. Et voilà comme elle est évidente, cette prétendue falsification.

« Chap. LYi. Christian Loup démontre que cette supposition est sans fondement.

« Mais écoutons Christian Loup traiter cette (juestion : « Les actes du sixième synode ont été falsifiés. » Ce sont des paroles bien dures, c'est accuser les légats apostoliques d'avoir pré\ ariqué HJ dans les circonstances les plus graves; et cepen- ' dant nous lisons dans Anastase le bibliothécaire . qu'ils furent reçus dans Rome avec tous leshon- I neurs que méritait le succès avec lequel ils s'étaient acquittés de leur mission. Le même auteur dit, en parlant de Léon II: « C'est lui qui y reçut les actes du sixième concile où sont condamnés Cyrus , Sergius et Honorius. Quel

Théodore a pu falsifier le Lkre des Potitifes \mh\\é par Anastase? Comment en ce temps-là nul Pape, nul Père de rEglise, n'a-t-il pu découvrir et signaler Timposture ? » Ajoutons qu'Adrien II et ses successeurs, dont les archives de Rome nous ont montré la profession de foi , n'auraient pas condamné Honorius , si le sixiènïe concile ne Teùtlait d'abord. Que veut doue (jue nous pensions Binius, quand il dit : a Les décrets de ce concile préjudicieraient beaucoup à notre senti» nient, s'il ne constait évidemment qu'ils sont falsifiés? Il conste, au contraire, qu'ils ne Font pas été. Quel subterfuge reste-t-il encore ''^Honorius n'a pas erré, lui qui a assimilé la vérité catholique à des nouveautés ineptes dont il ne fallait pas parler? Il n*a pas prononcé ex cathednU lorsque, interrogé par trois patriarches, il a donné une réponse qui devait être promulguée dans tout rOrient? Les actes du concile ne sont pas sincères, comme le dit Baronius, et après lui Binius à bout d'arguments. Nous omettons de rappeler les autres supi)Ositions que Christian Loup a si péremptoirement réfutées. Où se réfugier? Ces écrivains, d'ailleurs si respectables et si érudits, n'ont-ilsdonc pas honte de se voir acculés à ces impasses à la suite de Binius, et, si nous remontons plus haut, à la suite <le Bellarmin et de

Baronîus, hommes de génie sans doute, mais qui, désireux de faire à tout prix triompher leur cause , lui subordonnent les faits au lieu de les prendre tels qu'ils sont , et tachent ainsi les immortels ouvrages qu'ils nous ont laissés ? Je n'aurais jamais osé pg?ler ainsi de Bellarmin et de rillustre auteur des Annales, si le besoin de ma cause ne m'y eut obligé.

a Chap. Lvu. Nous ne pouvons passer sous silence le docteur Rocabert (jui a publié un ouvrage contre nous; le volume est gros d'étendue, il est mince de raisons. Que veut-il donc avec ses trois cents pages sur Ilonorius? Pour faire crouler cet échafaudage, un seul argument suffit; je le lire des actes du quatorzième concile de Tolède, publiés récemment avec un soin ex Irème.

« On lit dans ces actes les lettres de Léon II, qui mentionnent la condamnation d'Honorius par le sixième concile. Elles sont fausses, dit Rocabert, a[)rès Binius et Baron i us. Qui donc les a raturées? Quel Théodore venu de Grèce a pénétré jusqu'à Rome et jusqu'en Espagne, pour interpoler ainsi les actes des conciles? Voilà ce qu'ils nous proposent de croire. Est-ce de cette manière qu'ils veulent défendre le Saint-Siège et la foi catholique? C'est peu digne de la ma-

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