‹ L'histoire et l'infaillibilité des papesChapitre 47 sur 86 · TOME u · texte numérisé non relu

TOME u

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par Sergius à Cyrus et à Honorîus , et 'par Honorius à Sergius, sont tout-à-fait contraires aux définitions catholiques et aux sentiments des Apôtres et des saints Pères, et qu'elles sont conformes aux sentiments des hérétiques, nous les rejetons et détestons comme contraires au salut des âmes, et nous avons jugé à propos de rejeter de TEglise les noms impurs de ceux dont nous condamnons la doctrine : c'est-à-dire de Sergius patriarche de celte ville, de Cyrus d'Alexandrie, de Pyrrhus, de Pierre et de Paul, qui ont été patriarches de Constantinople, de Théodore de Pharan, tous condamnés dans la lettre du pape Agathon à l'empereur; nous les condamnons tous d'anathème. Nous condamnons aussi Honorius et lui disons anathème, parce que nous trouvons dans les écrits qu'il a adressés à Sergius qu'il a suivi le même sentiment et qu'il a confirmé sa doctrine. Nous avons aussi examiné les écrits de Sophrone archevêque de Jérusalem ; nous les avons trouvés très-conformes à la véritable foi et à la doctrine des Apôtres et des saints Pères , nous les avons reçus comme orthodoxes et catholiques, et nous avons jugé qu'il était juste de faire mettre son nom dans les dyptiques de l'Eglise *. »

4 Histoire da sixièm» concile génértl, 2tf,

Le garde - chartes ayant îïpporlé un autre dossier où se trouvait une seconde lettre d'Honoriiis à Sergius, et une lettre de Pyrrhus au pape Jean, le concile jugea qu'il tendait pareillement à établir l'impiété du monothélismeet les lit brûler en sa présence.

Dans la seizième session , les évéques, après les acclamations accoutumées , prononcèrent anathème contre les hérétiques Théodore de Pharan , Sergius , Cyrus , Pierre , Paul , Honorius, Macaire, Etienne, Polychrone, et contre tous les hérétiques , ce qui fut renouvelé à la dix-huitième et dernière.

Ilonorius , dans l'hypothèse que les actes du concile n'aient pas été interpolés, a donc été formellement condamné par le sixième concile général. A quel titre et pour quelles causes l'a-t-il été? c'est ce que nous allons voir.

Il est souvent d'usage, dans les conciles, de

qualifier du même nom d'hérétiques et de frapper

du même anathème ;

1 ^ Les hérétiques formels, qui soutiennent avec opiniâtreté des erreurs contre les décisions de l'Eglise;

2° Les hérétiques involontaires, qui soutiennent des propositions qu'ils croient être conformes à la doctrine catholique , mais qui , en réalité, lui sont contraires;

S*" Les fauteurs d'hérésie, qui, sans Temhrasser, coopèrent à sa diffusion par leur silence, leur négligence , ou de quelque autre manière ;

4*" Ceux qui défendent les personnes et les écrits des hérétiques ;

5° Et enfin ceux qui communiquent avec eux.

Donnons des exemples :

Nous lisons dans le septième concile général, tenu à Nicée, en 787, contre les Iconoclastes :

« Si quelqu'un ne salue (vénère) pas les saintes images, qu'il soit anatiième.

<k Si quelqu'un dit que les chrétiens croient que les images sont des Dieux, qu'il sôit anathème.

« Si quelqu'un communique avec ceux qui auraient injurié ou déshonoré les saintes images, qu'il soit anathème \ »

■i His qui non salulanl sanclas el vcncrulr.les icônes, analbenia.

His qui dicunl qubJ vcluli aJ Deos clii isliani ad icônes accoJiMit , analbenia.

His qui conimunicanlur scienter cum eis qui coDyicianlur el cxbonorant fcnerabiies icônes, anadiema.

Voilà trois classes de coupables bien distinctes. Les premiers manquent de respect envers les saintes images, les seconds sont des calomniateurs qui reprochent aux chrétiens un crime lont ils sont innocents, les derniers sont coupables de désobéisance envers TEglise, et tous sont condamnés du même anathème.

Théognis et Eusèbe de Nicomédie au premier concile de Nicée, Théodoret et Jean au concile de Chalcédoine , sont appelés hérétiques ; or on ne les accusait que de ne pas combattre ouvertement les ennemis de la foi.

Le cinquième concile général , deuxième de Constantinople, anathématise premièrement les Nestoriens qui s'appuyaient sur les écrits de Théodore, de Théodoret et d'ïbas pour défendre leurs erreurs, ensuite les catholiques qui soutenaient que les écrits de ces trois personnages étaient exempts de nestorianisme \ Voilà donc des catholiques condamnés à Fégal des hérétiques. * ^^

« Vous êtes anathème, écrivait saint Grégoire à Constance évêque orthodoxe de Milan, si vous ne faites profession ouverte de condamner les trois

•I Et qui scripserunl ic\ qui scrlbunt ad defensionem eorum. {Âcla

Chapitres. — Communiquer avec eux, disait Faconde d'Hermias, c'est assumer leur anathème sur nos tètes et devenir hérétiques ^ »

Il est donc vrai que les mêmes qualifications et la même peine, dans le style des conciles et quand il s'agit des censures, ne supposent pas toujours le même degré de culpabilité dans ceux qui les reçoivent.

Quelquefois même les conciles rendent hommage à la rectitude des intentions d'un auteur, et n'en condamnent pas moins son ouvrage. Le canon dix-huitième de la cinquième session du concile de Latran, présidé par i\Iartin I", est ainsi conçu: <( Si quelqu'un, conformément aux saintes Ecritures et à ce que nous avons enseigné, ne dit pas anathème de cœur et de bouche à tous les hérétiques et à lous leurs écrits , savoir : Sabellius, Ârius, etc.; à quoi il faut ajouter TExposilion impie que l'emiicreur Héraclius a faite, à la persuasion de Sergius, pour maintenir cette hérésie d'une seule et unique volonté en opération en Jésus-Christ, et tous les actes et écrits qui ont été faits pour les défcndi'e, de même que ceux qui les reçoivent et les approuN ent : que ce-

^ Senlenliag in ito> eorum Ipsà eorum conimuuicatioue firmabimus. (I.ib. II, c, 5.)

lui-là, dis-je, qui ne condamne pas tous ces hérétiques, soit anathème. » Et cependant, dans la session précédente, nous lisons ces paroles : « Encore bien qu'il semble que cette Exposition a été faite pour un bon motif, cependant on peut dire que la doctrine qui y est enseignée produit un effet toutà-fait contraire et opposé à l'intention qu'on avait en la faisant. Assurément tous ceux qui craignent véritablement Dieu doivent s'efforcer d'éloigner les occasions de dispute dans les questions de la foi; mais il n'est ni utile ni avantageux de détruire un bien en voulant prévenir un mal , et de supprimer les paroles et les sentiments des Pères sous prétexte de vouloir s'opposer aux sentiments des hérétiques \ »

Les intentionsd'Héraclius,en publiant l'Ectèse, étaient peut-être bonnes, le concile le reconnaît; mais la mesure était fausse et de nature à favoriser Thérésie : écrit et auteur sont appelés impies^ hérétiques. Cesl un style à connaîti'e.

Ces notions posées, si nous considérons la nature des griefs qu'on reproche à Honorius, les expressions qu'ont employées ses juges pour le condamner, et l'opinion manifestée par les auteurs contemporains sur sa conduite, nous serons

4 QquU. Latr,'., 6'i0. ses?, iv.

convaincus qu'on a vu en lui un Pape qui, sans être monothëlite, a, par le silence qu'il avait commandé, favorisé le monothélisme ; un Pape qui n'a pas* partagé Terreur, mais ne l'a pas réprimée avec la vigueur que ses fonctions lui faisaient un devoir d'employer; en un mot, un fauteur d'hérésie qui sciemment ou involontairement a contribué à sa propagation , et non un hérétique.

Rappelons d'abord la décision doctrinale portée dans la douzième session. S'agil-il des hérétiques et des défenseurs formels de l'hérésie, le concile s'exprime en ces termes : « Nous rejetons de la sainte Eglise les noms impies de ceux dont nous condamnons la doctrine : c'est-à-dire de Sergius de Conslantinople, de Cyrus , etc. » S'agit-il d'Honorius, on motive à part sa condamnation : « Nous disons ana thème à Honorius, parce que nous avons trouvé que, dans ses lettres adressées à Sergius, il avait suivi en tout sa pensée, et qu'il avait confirmé des dogmes impies : In omnibus ejus mentem secutus est : ce qui veut dire, dit Maur Capellari, parce qu'il se prêta à ses avances, à ses vues, à ses intentions, quoiqu'il ne sut pas le but, le mystère de l'hérésie, ayant été trompé par les apparences d'un zèle orthodoxe, et parce qu'il a confirmé ses doctrines impies

par le silence qu'il avait imposé. Repoussera t-on cette explication ? Et pourquoi donc le concile ajoute- t-il : et impia dogmata confimiavU ? Si, en déclarant qu'il avait suivi en tout la pensée de Sergius, on avait voulu dire qu'il avait embrassé ses hérésies, il était inutile d'ajouter qu'il confirma ses dogmes impies. Celui qui embrasse l'hérésie, la conlirme par le fait; mais il peut arriver que, par une conduite imprudente, on la conlirme indirectement sans erreur dans Tesprit, et par conséquent sans Tembrasser '. »

Mais, quelles que soient les expressions du concile, on ne peut leur donner d'autre sens que celui qui a été fixé par le souverain Pontife à qui les Pères du concile avaient envoyé leurs décisions pour être approuvées. Or , voici comme s'exprime Léon II dans les deux lettres où il confirme tout ce qu'a fait le cinquième concile :

« Nous qui sommes, quoique indigne, sur la chaire de saint Pierre , nous recevons, approuvons et confirmons le concile ; mettons tous les évèques qui y ont assisté au rang des Pères et des Docteurs de l'Eglise, parce que c'est le même Esprit-Saint qui les a enseignés et qui les a inspirés; nous disons anathème à toutes les

4 TrUmpUe di\ Saint«Siége el de rEglise, c. tvi.

hérésies et k tous les anciens hérétiques condamnés dans le concile, et à tous les hérétiques de notre temps, savoir : Théodore, Cyrus, Sergius, Pyrrhus, Paul, et Honorius qui, au lieu d'éclairer notre Eglise immaculée des lumières d'une doctrine conforme aux traditions apostoliques. Fa laissé souiller par une profane prédication *. » Ce qui veut dire que Théodore, Cyrus et les autres enseignèrent Terreur, qu'Honorius permit de l'enseigner, et que de cette conduite en a rejailli une tache sur l'Eglise de Roiiie, Tout en conservant la foi dans son intégrité, un Pape peut manquer à son devoir, s'il ne la défend pas avec énergie, ou s'il favorise l'erreur par l'emploi de fausses mesures.

Le sens que nous donnons aux paroles de Léon II est exprimé de manière à ne pas laisser place au doute, dans sa lettre aux évèques d'Espagne :« Honorius, dit-il, a été condamné parce ([ue, au lieu d'user de son autorité apostolique, comme il convenait de le faire, pour éteindre etétoulïer l'hérésie dès son commencement, il Ta-» vait laissée grandir par sa négligence ^. » Dans sa

-I SccI profauà prœJicalione immacuîata maculari permisit. {EpUt. ad Consl.)

2 Quia flammatn haei'elîci Joginalii non,, ut dccult aposlolicam auctorilalem, inciplentem e\tinxit, seJ r.egligeiulo coiifovil. {Episf. nd fpiff' Uispan.)

lettre au roi Edwige, il dit encore : « Et Honorius qui a laissé maculer la règle de la tradition apostolique, qu'il avait reçue immaculée de ses prédécesseurs. »

Voilà donc le sens de ranalhème dont a été frappé Honorius, lixé par le législateur. Ce Pape n'a pas été condamné comme hérétique, mais pour n'avoir pas usé énergiquement de son autorité pour réprimer 1 hérésie.

L'empereur Constantin, qui avait convoqué le concile et en avait suivi toutes les discussions auxquelles il prenait part quelquefois, ne prend pas dans un autre, sens la condamnation d' Honorius. Dans sa lettre à Léon îî, après avoir donné les noms des personnages condamnés comme hérétiques, il ajoute : « A ceux-là on a joint Honorius qui en tout s'est montré le fauteur, Tami et le protecteur de leur hérésie \ »

Et les souverains Pontifes, dans la profession de foi qu'ils faisaient en prenant possession du siège apostolique , après avoir condamné Sergius, Pyrrhus, Paul et Pierre, patriarches de Constantinople , auteurs de Thérésie nouvelle , condam-

4 Ad liœc et HoDor'uin, horuni Leerescos in omnibus fauloren}; Gon< cuisorcmel coîifirma'vorçQi. (Epist, ConM. fld Léon,]

n aient Honorîus pour n'avoir opposé que le silence à ces doctrines dépravées *.

Mais sommes-nous dans la vérité en donnant ce sens aux paroles du concile de Constant! nople et de Léon II ? Honorius a-t-il été réellement condamné, au moins comme fauteur d'hérésie, comme pape imprudent qui , en ordonnant le silence sur la manière d'exprimer une vérité, a contribué à la diffusion de Terreur? Nous ne le pensons pas, et Fhistoire, selon nous, n'oblige pas à admettre une pareille imprudence de la part d'iîonorius. Nous croyons que la lettre présentée à l'examen du concile n'est pas celle qu'Honorius avait écrite. Lisez et jugez.

' La première preuve de Pinnocence d'Honorius se tire de la haute réputation de doctrine et de

^ UnA cum Iloiiurio rjui pravis eorum assertionibiis silciitiuiu impendil. {hiun). Ponlif ;

• Les savants jic sont pas encore à'acco--tl sur le do{',ré d'aulciii6 qua piérilecet écril. dt'couvcrt el publié par Garnier au dix-septième siècle.

sainteté qu'a laissée ce Pontife, bamort, arriv^een G 38, excita des regrets universels. « Honorius, dit le vénérable Bède, était vif d'esprit, sage de conseil , illustre en doctrine , recommandable par son humilité et par sa douceur '. Les Anglais, 1 qui il avait envoyé le savant missionnaire Birin, les lUyriens dont il avait fait cesser le chisme, les Gotlis dont il avait encouragé les iravaux d'organisation civile et religieuse, les Lombards qu'il avait secourus dans les embarras d'un changement de dynastie, les Romains qu'il avait constamment édifiés par sa piété et son zèle pour le culte public : tous bénissaient sa mémoire. Les poètes du temps célébrèrent son nom et chantèrent ses exploits. Ils l'appellent « grand Pontife, digne successeur de Pierre , dont le nom sera illustre à jamais, puissant en doctrine, la gloire du siège de Rome par la régularité de sa conduite et la sagesse de ses discours, l'imitateur et l'émule de Grégoire-le-Grand. » Ils rappellent la schismatique Ls trie ramenée, l'Irlande convertie, les entreprises des Juifs réprimées, les écoles fondées, les églises restaurées, les tombes des martyrs ornées ^? Et, ces éloges,

1 Uist.anglic, ix, 17. — Yila Berhl/i abb.

2 Pasloiem inaguum laudis pneraia lustrant

Qui funclus Telri bàc vice summa tenet.

in

on les grave sur les portes de la grande église qu'Honorius avait fait revêir de lames dargent. Or comprend-on ce concert de louanges, si Honorius eût écrit la lettre qu'on lui attribue? Les Romains, soigneux à l'excès de conserver la

Effulsit (umulis nam prœsul Honorius istis,

Cujus magnanitnum nomcn honorque manet.

Sedis apostolic» merilis nam jura gubernans,

Disperses rovocat, optiina lucra rcfcrt.

Utquc sagax animo, divino in carminé pollens,

Ad Yilam Pastor ducere novil oves.

Isfria nam dudura sœvo sub scbismate fessa

Ad slalula Patrum, leque moncnte, redit, Judajc» genlissub le est pcrfidia victa ;

Sic unum Domini reddts ovile suum, AUonitum pallias solers sic cura moncbat,

Oplala ul ponulis esset ubiqiie quies.

Qucm doclrina polens, quem sacraî régula \ita,

Pontificum pariler sensit babere decus.

Sancliloqui sempcr in le commenta Magislri

Eroicucrc, luà tanquam animala manu ; Namque Gregorii lanti vesligia jusli

Dum sequeris cupiens, et mcritumque geris. iïternœ lucis, Clirislo dignante, perennem

Cum Patribus sanctis posside jamque diem. {Inscript, vet. Append. — Voy. aussi Canisius, Anliq. lecl. Vf, 411: — Epigr., Vih. v, apud Grulcr, m. H7o; — Oucbène, Uist. (UsPnpe-^.)

u Nous décernons de pieux éloges au grand Pasteur qui a rempli les fondions de Pierre, et qui est moulé au comble des bonneurs.

« Sous ce tombeau brille le pontife Honorius, dont l'auguste nom et la gloire sont stables.

• Gouvernant dignement en vertu du pouvoir a'iacbéau Siège apostolique , il a rappelé ceux qui étaient dispersés, il a enriebi l'Kglise de dépouilles opimcs.

« L'Esprit de Dieu semblait l'animer quand il composait des vers. U a su, en bon pasteur, conduire son troupeau a U vie. j

vraie foi, lui auraient-ils prodigué ces éloges s'il eut pactisé avec les hérétiques? Ce peuple qui n'avait pas voulu entrer dans Téglise quand Tantipape Félix officiait, uniquement parce qu'il communiquait avec les Ariens bien qu'il professât la foi de Nicée , aurait-il fait graver sur les portes de la basilique de Saint-Pierre le panégyrique d'un Pontife accusé d'hérésie ou de connivence avec les hérétiques ?

Une autre épitaphe d'Honorius est ainsi con- • lie :

La virginité a vécu avec toi depuis ton berceau.

Là VÉRITÉ EST DEMEURÉE AVEC TOI JUSQU'â LA BORNE DE TA VIE \

« Les Eglise» de rishie gôrnissaiU depuis longtemps sous uit schisme cruel, les averlissemeuts les ont ramenées au giron de 1 Eglise*

« Tu décourres et réjM-imcs les peiTuiics He la nalioii juive , et c'est ainsi que lu établi» Vunilé dans li berça l ilu Sauveur.

« Rien n'échappait k »on active surveillance, qui fit régner partout une paix désirée.

* Il a jtris ure place glorieuse parmi les Pontifes, par sa doctrine

usante aussi bien que par, la sainte riguhrité de sa vie.

u Les doctrines du Maître doqucnt, ranimée» sous ta main, ont toujours brillé en toi.

0 En suivant avec ardeur les traces du grand et pieux Grégoire, tu «i iH'rité de ses mérites.

« Possède à jamais, par U grâce du Christ, la lumière éternelle d«n« '»i séjour dei Saints. •

I Tecum virginitas ab incunabulls vixit. Tecumquc veritas ad vitse melam permanet. « Le faussaire avait allcudu, pour se hasarder k produire loo «uTre et-

Et c'est un de ses disciples qui, peu de temps après la mortd'Honorius, a voulu, dans un mouvement de reconnaissance, graver ces paroles sur sa tombe *% alors que Severin ou Jean IV ses successeurs continuaient la lutte quil avait com< mencée avec les iMonothélites de Constantinople.

Tel est donc le langage. des monuments contemporains. Honorius a été puissant en doctrine; jl a constamment marché sur les traces de saint Grégoire qu'il avait pris pour modèle; la pureté de sa foi a égalé la pureté de ses mœurs, et do son berceau à sa tombe on ne peut rien trouver de répréhensible : précieux témoignages, que n'affaibliront pas les impostures des Grecs, que nous ferons bientôt connaître.

Peut-être dira-t-on que la lettre, à Sergius

lomnieuse, qu'Honorius fùl eiisovcli dans le siionce Je la tombe; mais »a tombe même a parlé. » (Octbol; K.sqnhse sur Rome chrélienns, i, 381).

^ His ego epilaphlis meritb tili catimna soivi, Qubd Paliis e^imii sim boous ipso momor.

( Pr. F.fhl.) Ulc in lacryiuis sin^julUis vorba o:umpuiil : De te ceilissimus, luus iliscipuliis lo(|uor.

{Sec. Epf^A

« J'ai voulu faire à ton honneur celle Cpilaphe que je le devais, parce que jo conserve avec amour la mémoire d>' celui qui fui pour »»»» un excellent père, n

u Bien que chacune de mes paroles passo > li avers mes sangloti d mes larmes, je parle de îoi avec ctrlilude, moi qui suis ton discipU. ->

était restée secrète. Celtt supposition ne nous paraît pas fondée. Le peuple romain ne pouvait ignorer Texisteipce d: une lettre que Ton suppose adressée tout à la loisou successivement à Sergius» â Cyrus et à Sophrone, et dont le but était d'indiquer la règle de conduite qu'il fallait suivre dans les circonstances où Ton se trouvait. Mais admettons le contraire : ncus répondrons alors que nous n'avons pas à nous occuper de ce qui est un acte dé correspondance privée, et non une décision pontificale. Le secrétaire d'Honoi^us, dont nous ferons bientôt connaître le nom et le caractère, a pu sous le rapport de la doctrine être i plus ou moins exact en répondant à une lettre i de Sergius; le cliei' de TEglisc ne doit être jugé ^|ue d'après les actes authentiques et solennels qui nous restent de lui.

La seconde preuve qu'Honorlus ira pas favorisé

l'hérésie et que nous n'avons pas telle qu'elle fut

écrite sa lettre à Sergius, c'est le silence complet

sur ce document gardé par celui-ci. Qu'on nous

i permette de rappeler brièvement les faits.

Cyrus, évêque de Phaside, ayant été élevé sur

le siège patriarcal d'Alexandrie, voulut inaugu-

rer son administration par un coup d'éclat. Il

! entra en pourparler avec les hérétiques de di\ er-

Toaii n 9

s^s sectes qu\ habitaient en grand nombre dans Alexandrie et aux environs, et leur persuada facilement, en se contentant d'admettre une seule opération eii Jésus-Christ, de se réunir à FEglise. L'acte de réunion fut rédigé en neuf articles, qui furent adoptés et signés, le 4 mai de Tannée 633, par le patriarche et les nouveaux convertis. Ces articles, bientôt répandus partout, n'obtinrent pas Fassentiment général des chrétiens d'Orient. Le moine Sophrone, après les avoir examinés , déclara que le septième ne reproduisait pas fidèlement les paroles de saint Denys et renouvelait l'erreur d'Apollinaire qui prétendait qu'en Jésus- Christ il n'y a qu'une seule opération ou volonté; tandis que la foi catholique consiste à croire qu'en Jésus- Christ il n'y a qu'une seule personne, mais dans cette unique personne deux natures, la nature divine et la nature humaine, et conséquemment deux opérations ou volontés. Voici le fameux article, premier berceau de la nouvelle hérésie : « Si quelqu'un, reconnaissant deux natures en Jésus-Christ, n'avoue pas que la même personne qui est Verbe et seconde personne de la Trinité est née du Père de toute éternité, et que le même dans les derniers temps s'est incarné et est né de la Sainte-Vierge; que le même, suivant le sentiment de saint Cyrille, est

parfait dans la divinité, parfait dans Thumanité; qu'il a souffert dans la nature humaine, impassible comme Dieu ; si, dis-je, quelqu'un ne reconnaît pas que la même personne produit et agit par une seule et même opération, qui, selon saïiit Denys, est appelée théandrique , des choses conformes à la nature humaine et convenables à Dieu., qu'il soitanathème. »

Le venin est dans ces dernières paroles : « Une seule et même opération produit des choseSt, etc. » Cyrus, qui n'ose professer ouvertement cette erreur, la met dans la bouche d'un Père de FEglise dont il falsifie le texte. Saint Denys, après avoir expliqué à Gaïus comment en Jésus-Christ aucune des deux natures n'opère sans la participation de l'autre , ajoute : « Enfin, Jésus-Christ n'a fait ni les actions divines en Dieu, ni les humaines en honnne, mais en Dieu-fait-homme, nous montrant une certaine opération nouvelle qu'on peut appeler théandrique. » Cyrus supprime les mots co'iaine et nouvelle, et le>i remplace par le mot seule,

Cyrus, piqué des réflexions du moine Sophrone, en référa à son ami Sergius, et Sophrone, qui ne reculait devant aucun danger et aucun sacrifice quand il s'agissait de défendre la foi, s'embarqua pour Constantinople. afin de dissuader en

personne le patriarche de cette ville d'approuver les neuf articles. II n'y réussit pas. Sergius écrivit à Cyrus qu'il approuvait en tout sa profession de foi ; puis, sachant que Sophrone, élu patriarche de Jérusalem à son retour de Constantinople, alhiit écrire à Rome, il résolut de prendre les devants et de prévenir le pape Honorius : ce qu'il Ht, en lui adressant une longue lettre pleine d'artilîce et de déguisement. Il commence d'abord par protester qu'il ne veut rien faire qu'en parfaite union avec lui ; il raconte ensuite l'origine de la controverse, les conférences de l'empereur avec divers évèques d'Arménie et d'Egypte, le désir de Cyrus de connaître les Pères qui ont parlé d'une seule opération , les conversions opérées par le zèle de ce prélat à Alexandrie et dans les contrées enviroiniantes , l'opposition de Sophrone et son arrivée à Constantinople* puis il continue en ces termes :

« Après donc avoir beaucoup parlé sur ce sujet avec Sophrone , nous l'avons enfin pressé de nous rapporter les passages des Pères qui enseignent expressément et en propres termes qu'il faut reconnaître deux opérations en Jésus-Christ, ce qu'il n'a pu faire. Ainsi, \oyant que cette dispute commençait à s'échauiïer et sachant quelles sont ordinairement le commencement

des hérésies, nous avons cru nécessaire d'appliquer tous nos soins pour faire cesser ces conibals inutiles de paroles. Nous avons donc écrit au patriarche d'Alexandrie que, la réunion des schismatiques étant exécutée, il ne permît plus à personne de parler d'une ou de deux opérations en Jésus- Christ, mais qu'il ordonnât de dire plutôt, comme les conciles œcuméniques, qu'un seul et même Jésus-Christ opère les choses divines et les choses humaines, et que toutes ces opérations procèdent indi visiblement du même Verbe incarné et se rapportent à lui seul. Car Texpression d'une opération, quoiqu'elle se trouve dans quelques Pères, semble toutefois étrange à quelques-uns qui craignent qu'elle ne tende à la suppression des deux natures, ce qu'à Dieu ne plaise, et plusieurs sont scandalisés des termes de deux opérations, parce qu'ils ne se trouvent dans aucun des Pères, et qu'il s'ensuit qu'on doit reconnaître deux volontés contraires; en sorte que le Verbe voulut l accomplissement de la Passion et que l'humanité s'y opposa, et qu'il y eut en lui deux individus ou principes voulant le contraire l'un do Tautre, ce qui est impie : car il est impossible que le même sujet ait tout ensemble à l'égard du même objet deux volontés contraires. Or les Pères nous enseignent que la chair du Seigneur,

înte/fectaeîîemeiît animée, li^a jamais eu ni aucun mouvement naturel séparément ou contrairement à l'ordre du Dieu-Verbe qui lui est uni sejon rijypostase; et, pour le dire plus clairement, comme notre corps est gouverné et réglé par l'âme raisonnable, ainsi dans Notre-Seigneur tout le composé humain était mù toujours et en tout par la divinité du Verbe, et conduit de Dieu. Enfin nous sommes convenus que Sophroue ne parlerait plus d'une ni de deux volontés, mais qu'il se contenterait de suivre le chemin battu et la doctrine pure des Pères. Nous ayant donc promis d'agir de la sorte, il nous a demandé sur ce sujet notre réponse par écrit, afin qu'il pût la montrer à ceux qui l'interrogeraient sur cette question, ce que nous lui avons accordé de grand cœur; sur quoi il s'est embarqué. Depuis peu l'empereur, étantàEdesse, nous a écrit d'extraire les passages des Pères contenus dans l'écrit dogmatique de Memnas à Vigile, et de les lui envoyer; ce que nous avons exécuté. Nous avons aussi écrit à l'empereur et à son sacellaire tout le détail de ce que nous avons fait sur ce sujet et l'importance de ne point approfondir cette question, mais de s'en tenir à la doctrine constante des Pères, savoir : que c'est le même Fils de Dieu, Dieu et homme tout ensemble, qui opère les

choses divines et humaines, et que toute opération et divine et humaine procède indivisiblementdu même Verbe incarné. Ca^r voilà ce que nous enseigne saint Léon, quand il dit : « Chaque nature opère ce qui lui est propre, avec la participation de l'autre. » Sur quoi nous avons reçu de Tempercur une réponse digne de lui. Nous avons cru nécessaire de vous donnerconnaissance de tout ceci par les copies que nous vous envoyons. ISom, vous prions de les lire toutes ; si quelque chose manque à nos discours, d\ suppléer, ou de nous faire réponse pour déclarer votre sentiment '. »

A cette lettre, que répondit Honorius? personne ne Fa jamais su d une manière certaine. Ce qui est certain, c'est que, du vivant de Sergi us. de Sophrone et d'Honorius , il ne fut jamais (juestionde cette réponse. Pyrrhus le premier en publia une copie de sa façon huit ou neuf ans après, et un prétendu original n'a été montré que quarante ans plus tard au concile de Constantinople par le bibliothécaire du patriarchat. Le monothélite Macaire et ses disciples avaient, dès la première session , fait pressentir la découverte qu'amènerait le dépouillement des dos siers.

Ce silence de Sergius est inexplicable. Disci-

1 Labbe, ti, OH.

pk ardent cVEutychès, Sergius croit que le moiner;î est enlin venu de faire triompher sous une [\uîw forme les erreurs de son maître. Il avait déjà remercié Cyrus d'avoir adopté une mesure qui facilitait l'exécution de ses projets, lorsque la nomination inattendue de Sophrone au siège de Jérusalem vient le troubler un instant : 11 comprend que, par son zèle pour la foi catholique, sa connaissance approfondie de l'Ecriture et des Pères , sa logique claire et pressante, le nouveau patriarche va exercer une grande influence en Orient. Que fait-il alors? il essaie de faire imposer silence à son adversaire par le souverain Pontife : sa démarche est couronnée d'un plein succès ; îïreçoit immédiatement d'Honorius une lettre qui loue sa prudence, approuve son sentiment, impose silence à ce « certain moine » de Jérusalem, défend de dire une ou deux opérations^ et confesse une volonté en Jésus-Christ. Certes, voilà l'hérésiarque satisfait, et au-delà de son attente. 11 va donc se prévaloir des suffrages du chef de l'Eglise, se féliciter avec ses amis de cette décision, et écraser son adversaire sous le poids de la suprême autorité qui a sanctionné sa doctrine? Non; il ne montre à personne la lettre du Pape, il ne dit pas même qu'il en a reçu une, et ce n'est qu'après sa mort que l'on commence à en parler. Ne peut-on

pas conclure qu'il ne dut pas en élre conlenî, et que la véritable le tin- du Pape a disparu , pG\iS faire place dans la suite à celle que Ton a trouvée au milieu d'autres pièces supposées?

Ces conjectures sont plus qu'autorisées par la conduite du patriarche de Jérusalem. Sopliroï\e» à la seule lecture du septième article, découvre l'erreur qu'il renferme, en fait part à Cyrus, fait le voyage de Constant inople pour la dénoncer à Sergius, et, mécontent de cet évèque, porte la cause au tribunal dllonorius, qui, après l'avois examinée, fait connaître son a\is aux trois patriarches qui Tavaient consulté. Quel jugement a porté Sophrone de la réponse dlîonorius? Nous ne le lisons pas dans ses écrits, mais nous pouvons l'inférer de ses actions et de ses discours. Après avoir essayé vainement par ses remontrances de pacifier les esprits, après a\oir publié un ouvrage où il explique avec étendue et netteté la croyance de TEglise sur l'unité de personne et la dualité de natures et de volontés en Notre- Seigneur, après avoir recueilli six cents passages des Pères en faveur du point contesté, voyant que le mal s'aggravait, il résolut d'envoyer de nouveau à Rome. Il appela donc le premier de ses suffragants, Etienne évèque de Dore, et, le menant sur le CMlvnire. il lui dit :

« Vous rendrez compte à Dieu, qui en ce Ileo saint a été volontairement crucifié pour RCus en la cl\air, vous lui rendrez compte à son avènement glorieux et terrible, lorsqu'il viendra juger les vivants et les morts, si vous négligez le péril où la foi se trouve. Faites donc ce que je ne puis faire en personne, à cause de l'incursion des Sarrasins. Allez promptement, de cette extrémité de la terre, vous présenter au trône apostolique où sont les fondements de la sainte doctrine. Faites connaître, non pas une fois ou deux, mais plusieurs fois, aux saints personnages qui y sont tout ce qui se passe ici, et ne cessez point de les prier jusqu'à ce que dans leur apostolique sagesse ils prononcent un jugement victorieux, et que suivant les canons ils détruisent complètement les nouveaux dogmes , de peur que , comme dit TApôtre, ils ne gagnent comme la gangrène et ne perdent de plus en plus les âmes des simples. »

Supposez qu'Honorius eut adressé à Jérusalem une copie de la lettre envoyée à Constantinople, renfermant notamment Tordre de ne dire ni une ni deux opérations, et ne mentionnant qu'une volonté en Jésus-Cln^ist, nous trouverions dans la conjuration que Ion vient de lire quelques indices des craintes que ces paroles , sinon hérétiques, au moins louches et à double sens, au-

raient excitées dans Tesprit pénétrant de rorrAeMP. Au contraire, Sophrone montre une entière coiv fiance au souverain Pontife : il faut aller à Rome a où sont les fondements de la sainte doctrine , instruire les saints personnages qui Thabitent de ce qui se passe en Orient, et obtenir un jugement victorieux de leur apostolique sagesse. »

Les partisans de Cyrus et de Sergius savaient bien qu'ils n'avaient rien à attendre de l'Evêque de Rome : aussi , dès qu'ils eurent appris qu'Etienne était parti pour l'Italie, envoyèrent-ils er. divers lieux des émissaires qui avaient ordre de l'arrêter et de le retenir en prison, ou de le conduire en Palestine chargé de chaînes.

Honorius mourut le 10 octobre 638. Quelques jour après, les suffrages désignaient son successeur, et deux prêtres de Rome faisaient voile vers TAsie pour demander à Héraclius la permission de procéder à la consécration du nouvel élu. Ils ne furent de retour qu'au mois de mai 640. Pendant un an et demi on les retint à Constantinople, à cause de leur refus de s'engagera faire approuver l'Ectèse par Severin le pape nommé. Rien ne put abattre leur constance, et l'histoire a conservé leur réponse à la dernière sommation qu'on leur fit : « Nul ne peut faire violence à un

antre, surtout quand il s'agit de la foi; car, dans ce cas, le plus faible devient très-fort, et le plus pacifique se trouve un héros invincible fortifiant son âme dans la parole de i)ieu ; les plus violentes attaques l'endurcissent , bien loin de l'amollir. Combien plus cela n'est-il pas vrai de l'Eglise et du çler^ré de Rome ! Eglise qui, depuis toujours etanc /a plus ancienne de toutes les Eglises qui sont sous ie soleil, les préside toutes. Ayant reçu canoniquement cette prérogative et cet héritage, tant des Conciles et des Apôtres que de leur Chef suprême , elle n'est aucunement soumise à aucun écrit touchant l'élection au pontificat, ni à aucune charte synodale; au lieu qu'à cet égard toutes lui sont également assujetties, suivant le droit sacerdotal. » La crainte qu'ont les Monothélites que le Pape nouvellement élu n'approuve pas TEctèse , leur persistance à exiger que ses délégués la souscrivent ou du moins promettent d'inviter leur maître à l'accepter , le refus de ceux-ci de prendre un engagement quelconque, l'éloge qu'ils font de la fermeté de l'Eglise de Rome , le silence de tous sur les lettres d'Honorius, ne sont-ce pas là tout autant de préjugés en faveur de l'orthodoxie de ces lettres ?

tu

Les coasKlërations que nous avons déveioçpées jusqu'ici insinuent que la lettre d'Hononus a été falsifiée; celles que nous allons présenter le montrent positivement.

Ce fut en Gi 1, deux ans après la mort de Sergius et quatre ans après celle d'Hononus, que Pyrrhus, patriarche de Constantinople, commença à répandre le bruit que TEvêque de Rome avait écrit à son prédécesseur une lettre dans laquelle il soutenait comme lui qu'en Jésus- Christ il n'y a qu'une seule volonté. Grande émotion dans l'Eglise; on court à Rome pour prendre des informations, personne ne peut en donner, le clergé ignorait même l'existence de la lettre. On appelle Jean Sympon , secrétaire d'Honorius : le pieux abbé répond quil y a huit ans le Pape reçut en effet une lettre du patriarche de Constantinople et le chargea de la réponse, mais qu'il n'a aucun souvenir d'avoir, en exécutant cet ordre, fait mention d'une seule volonté en aucune

nwvihe '. On se procure la copie que Pyrilius avait mise en eirculalion ; l'abbé Jean dit que celui qui a traduit la lettre en grec, Ta interpolée.

L'abbé Anastase étant allé à Rome et s infor-^ mant pourquoi et comment il se trouvait dans la lettre à SerginsTexpression à' ime volonté, les principaux personnages le déploraient et rexcusaient; mais le saint abbé Jean Sympon, qui avait dictf' la lettre en latin '^ assura qu'il n'avait aucunement fait mention d'une seule volonté . quoique la cliose y ait été interpolée par ceux qui avaient rendu la lettre en grec.

Le pape Jean IV s'étonne, de son coté, de ce (|ue Pyrrbus ose ainsi scandaliser tout TOcrident par les lettres qu'il répand, les choses nou velles qu'il enseigne, et la prétention qu'il a d'attirer à son sentiment son prédéci^sseur Ilonorius qui en était entièrement éloigné. Etl'abbî' Maxime, l'ancien secrétaire de l'empereur Héiaclius , déclare que les lettres répandues par

i Nullo modo nîCMlioncm focissc unius oiniiinK>.1is voltnilalis. (S. Maximi Episf. ad Marin.)

2 Insuper et eiiin qui liane pcr jussionem ejiiK lalinis <iic!avcial d'ulionibus, tloiniiium vulflircl abbalcm Joannem saiiclissiinum Syinponcm, etc. {Epist. ad Marinum. — loihhc, v, ilQô. -—Opéra Maximi, H, 129.)

i>c sorte que ic n'est pas même Jean Sympon qui a écrit la lettre, nviis un autre secrétaire sous ses ordrts.

Pyrrhus étaient apocryphes. « L'Ectèse d'Iïér^tcliiis est pire que tout ce qui la précède. Sergîus Fa conçue, Pyrrhus Ta enfantée, les autres Félèveiit. Ils osent répandre que le divin Sophrone pensait comme eux, lui qui a prêché avec tant d'exactitude les dogmes de FEglise. Ils ont mis rEctése sous le nom de l'empereur, connue depuis il îe déclara lui-même. Pour la soutenir, ils ont composé des 'pièces. »Et plus loin : « On doit rire, ou, pour mieux dire, on doit pleurer à la vue de ces malheureux qui osent citer de prclendues dveisions du Siège apostolique favorables à l'impie Ectèse, qui essaient de placer dans leurs rangs le grand Honorius, et de se parer aux yeux du monde de l'autorité d'un homme éminent dans la cause do la religion. Qui donc a pu inspirer tant d'audace à ces fausscdi'es ^ ? »

Un autre fait montre jusqu'à Tévidence qu'Honorius n'a pas écrit tout ce qu'il y a dans les deux lettres qui portent son nom : c'est qii'a près les avoir envoyées, il a continué à faire des efiorts pour ramener le patriarche de Constanlinopîe et ses sectateurs à de meilleurs sentiments. « Quel homme pieux et orthodoxe, dit encore Maxime, quel évèque, quelle Eglise ne les a pas conjurés d'à-

* ' '■ i.ii. 11. T «. — l..;!jl ■'. V. 70;;,

bandonner Thérésie ? Mais surtout que n'a pas fait le divin Honorius? »

Platine, dans sa Vie des Positif es de Rome, nous donne quelques détails sur les démarches d'Honorius, désignées par ces paroles de Maxime : « Pyrrhus et Cyrus, dit-il, avaient fait embrasser leurs erreurs à Héraclius. Mais Honorius, et par ses lettres et par ses légats, parvint eniinà montrer la vérité à îVmpereur. Ces hérétiques furent exilés. »

Platine ajoute : « Honorius, ce pontife remarquable par la pureté de sa doctrine et la sainteté de ses mœurs, profita du repos que lui laissaient les affaires extérieures pour fonder des écoles à Rome, et fonder ou réparer les églises *. »

Revenons à la première apparition des copies infidèles publiées par Pyrrhus. Les protestations du Pape, de Tabbé Jean et de Tabbé Maxime parurent suffisantes, puisque nous voyons qu'à dater de cette année, dans les discussions reli gieuses qui eurent lieu, il ne fut plus (question de la lettre d'Honorius : et cependant les occasions

I Hûs lamcn poslea laïUi ei roiis auclores , hoilanle Honorio el vélum anie oculos lilteris etnunliis poneiite, rcl'Jij-avit Héraclius. Honorius sulem, a rébus cxtornis aliquaululùm quielis adepUis, docirinà el moribus sanclissimus, omnem propcclcrurarenovavil. (-latina, de VUà Poniif. ÔO. Uonov.)

de la rappeler ne manquaient pas. Trois Papes ont successivement réprouvé FEctèse d'Héraclius; l'empereur n'avait qu'à riposter : « L'écrit que vous condamnez est la reproduction de la lettre de votre prédécesseur. » En 648, Constant II fait publier son Type de foi ; à peine le pape Théodore en a pris connaissance, qu'il le condamne solennellement : comment ne se trouve-t-il personne, parmi les évêques monothélites contraires à l'empereur, qui fasse remarquer que ce Type ne parle pas plus explicitement que la lettre dTIonorius de l'unité de volonté en Jésus-Christ, et que , dans tous les cas , ces deux écrits prescrivent l'un et l'autre la même mesure, qui est de garder le silence?

Une lettre de Cyrus à Scrgius nous dévoile le projet qu'on avait formé à Constantinople de faire approuver l'Ectèse à Iioiîîc : « J'allais vous répondre, dit le patriarche d'Alexandrie, lorsque le chef de la milice m'a remis de votre part TExposition de foi faite à propos et si prudemment par notre très-pieux empereur, et que le très-excellent patrice Isaac , exarque d'Italie , est chargé de faire approuver par noire très-clîer frère Severin, qui. Dieu aidant, va être ordonné évèque de Rome. » Qu'il eût été naturel d'ajouter :

i Nous pensons qu'il ne n erra pas de difiîcuîfës TOME n. 10

à approuver un écrit sî conforme aux décisions de son prédécesseur. »

A Constantinople même, il semble que personne n'a jamais soupçonné Te), 'stence de ces lettres. Pour engager Maxime à approuver le Type de Constant, Patricius et Troïle, ofliciers du palais, et dans une autre circonstance le patrice Epiphane, cherchent toutes les raisons qu'ils croient capables de faire quelque impression sur le saint confesseur. Le Type, disaient-ils , n'est pas une décision de foi; il n'a été publié que par motif de condescendance, afin de ne pas troubler le peuple par des subtilités. Confessez de bouche que vous ne reconnaissez qu'une volonté, et croyez ensuite de cœur ce que vous voudrez ; faites comme nous qui pensons que Jésus-Christ a une volonté divine et une volonté humaine, et qui nous taisons devant l'empereur. « Si ces hauts fonctionnaires eussent connu la lettre d'Honorius, ne se seraient-ils pas empressés de lui dire : « Conformez-vous aux prescriptions de votre supérieur? »

Une seule fois nous voyons apparaître le nom d'Honorius : c'est au concile de Latran , tenu en 649, et présidé par Martin ^^ Dans une lettre dogmatique adressée au pape Théodore , dont Pascal, notaire du Siège apostolique, fît la lecture

à la quatrième session, Paul, patriarche de Constantinople, commence par faire l'éloge de la charité et par se glorifier d'avoir souffert patiemment les injures et les calomnies : désignant ainsi, dit Tcvêque de Cagliari, les réprimandes que les évéques de Rome ne lui avaient pas épargnées. Parlant ensuite au nom des Eglises de sa dépendance, il fait sur rincarnation sa profession de foi, qu'il termine par ces paroles :

« Nous croyons qu'en Jésus-Ciirist il n*y a qu'une seule volonté, de peur d'attribuer à sa personne unique une contrariété ou une différence de volonté, et d'enseigner qu'il se combat lui-même et introduire deux personnes. Non que nous voulions effacer ou confondre les deux natures, ou en établir une au préjudice de l'autre; mais nous dirons seulement que sa chair, raisonnablement et intellectuellement animée et enrichie des dons divers de l'étroite union , avait une volonté divine et inséparable du Verbe qui la conduisait et la mouvait absolument, en sorte que la chair ne faisait jamais aucun mouvement naturel séparément et par sa propre impulsion contre le signal du Verbe, mais quand, autant et en la mamière qne le Verbe voulait. Car nous ne voulons pas professer cet horrible blasphème, que l'humanité du Christ fut violentée par la nécessité de la nature, et qu'elle mérita la réprimande que reçut saint

un

Pierre en rejelantla Passion comme lui .Voici comme nous entendons cette parole de l'Evangile : Je suis descendu du ciel, non pour [aire ma volonté, mais la volonté de cehdqui m* a envoyé, ainsi que le refus de la Passion. Nous n'admettons point dans le Christ, qui est un, des volontés différentes ou opposées; mais nous prenons ces mots négativement , et nous croyons qu'il dit seulement ce qui n'est pas, comme en ce passage du Psaume : Je n'ai point commis de péché. Après ces paroles qui prouvent que Paul avait lu les lettres de Sergius et d'Honorius , il ajoute que « c'est le sentiment de Grégoire le théologien si versé dans la question , du grand Athanase la lumière de l'Eglise, de Cyrille ce nouveau Phinées qui a exposé cette doctrine avec tant de clarté et de sagacité dans le quatrième chapitre de ses Jna^ tliémismes , approuvés par les synodes de Cimlcédoine et de Constantinople. Mais tous les docteurs et tous les prédicateurs admettent une seule volonté. Nous produirons leurs témoignages, si nous en sommes requis : se sont montrés du même sentiment Sergius et Honorius, évêques d'heureuse mémoire, l'un de l'ancienne et l'autre de la nouvelle Rome, la gloire de leurs sièges *. »

-1 Sjcul el megnufe Kccicsiœ luciler Athanssiiu cdocult nos, etc , wd et oranes piclaiis dotiorcs el jna'Jicatorcs, bujubmodi unius volunJati» mente delineniUr. Quorum »i opws est requisitione proveniente el competCDlcr, relcgenius teslimonia : quibus concordantes et coiisonanles facti sunt pia> meraori» Sergius et Honorius, «nus quidem novae, aller auteru aoli^uîe Uomae &uD»mi saccrdotii scdeni décorantes. (^^'' (onc. IV, W 0.5

Le mat ne fut pas relevé. JVoël Alexandre \mU dans ce silence, une preuve de la culpaI)ilUé d'Honoiius. « Martin, dit-il, ne dit rien, parcfi qu'il n'avait rien à dire. »

Nous partagions cette opinion, Tétudedes textes nous Ta fait abandonner. Si les Pères du concile de Latran ne firent aucune ol>servation sur la phrase où il est question dlîonorius , c'est afin de ne pas se départir delà ligne de conduite qu'ils s'étaient tracée de chercher, dans les divers écrits soumis à leur examen, les véritables sentiments des auteurs quils soupçonnaient d'hérésie, sans s'occrq)er des erreurs historiques ou autres que ces écrits pouvaient contenir. Ils croient aussi inutile de prendre la défense d'Honorius que (elle de saint Grégoire de Nazianze , de saint (lyrille, de saint Athanase à qui Paul, dans la même phrase, prête les mêmes erreurs. S'ils eussent dii protester, ils l'eussent fait contre cette assertion plus révoltante encore : «Tous les P^^res enseignent une volonté, et je puis en fournir la preuve si on l'exige. » Il était difficile de pousser [impudence plus loin ; le concile laissa tout passer avec mépris. Dieudonné , évêque de Cagliari, fait observer que cette lettre confirmait ce que Martin avait déjà dit au concile sur Paul de Constantinople ; qu'elle justifiait les accusations

KO portées au pied du Sîege apostolique contra ce patriarche; qu'elle montrait les efforts des souverains Pontifes pour la conversion des hérétiques. On se déclara suffisamment informé, et les secrétaires reprirent la îejture des pièces en commençant par le Type de Constant.

Plus tard on résuma les discussions, on formula les propositions à adopter; nulle part on ne fit allusion à Honorius. Quand il fallut rédiger la liste définitive des personnes à condamner, on la composa ainsi : Cyrus d'Alexandrie, Sergius de Constantinople, Pyrrhus, Paul, Théodore de Pharan; personne ne fit observer quTlonorius méritait d'en faire partie. Quand on désigna les ouvrages qui professaient ou favorisaient Thérésie, on nomma l'Exposition de foi d'Hcraclius, le Type de Constant, les lettres des évéques de Chypre , les discours de Théodore à févêque des Arsinoïtes d'Egypte, les neuf articles de Cyrus, la lettre de Sergius à Cyrus, la lettre de celui-ci à Sergius; aucun n'ajouta : « et la lettre d'Honorius. »

Un mot jeté en passant dans une phrase , au milieu d'un discours composé par un hérétique : tel fut le dernier écho de ce bruit, qui ne devait plus se réveiller que quarante ans plus tard au concile de Constantinople.

Nous allons voir dans quelles circonstances»

ut

UMâRY SI, MiiaY'S COLLESÊ

Depuis trois siècles Constantinople était un foyer d'hérésie. Cette Eglise avait nourri tour ù tour Eusèbe partisan d'Arius, Macédonius Fadversairede la divinité du Saint-Esprit, Nestoriusqui divisait Jésus-Christ en deux personnes, Eu tychès qui le confondait en une seule nature, Sergiusqui reproduisait Terreur d'Eutychès en n'admettant qu'une volonté. Depuis la mort de ce dernier, quatre patriarches hérétiques l'avaient gouvernée. Le pape Agathon et l'empereur Constantin -Pogonat crurent qu'il était temps, enfin, d'apporter un remède énergique à un si grand mal. Le sixième concile général fut convoqué, et la lettre d' Agathon indique dans quel but : arrêter les progrès de l'hérésie par la condamnation de ses auteurs, savoir : Théodore de Pharan, Cyrus d'Alexandrie, Sergius patriarche de Constantinople, Pyrrhus, Pierre et Paul ses successeurs.

Les Grecs, ne pouvant conjurer le coup qui allait frapper l'Eglise de Constantinople dans la personne de §es patriarches, essayèrent d'en atténuer les suites en faisant condamner quelques Evêques de Rome : et les voilà raturant des noms dans les dyptiques sacrés , tronquant les passages des Pères, supposant des lettres des Papes, et ne respectant pas même les actes d'un concile général que les Pontifes , à leur avènement, juraient de révérer à Tégal de l'Evangile ! Qu'on lise les procès verbaux des sessions du sixième concile général, et Ton sera stupéfait de voir tant d'adresse et d'audace. Les patriarches laissent faire ou composent eux-mêmes les écrits qu'on doit attribuer à d'autres, les gardeschartes trahissent les dépôts qu'on leur a conlîés , des traducteurs et des calligraphes prêtent le concours de leur talent, et des libraires intercalent adroitement les nouvelles productions dans les anciens dossiers. Voici les noms de quelques-uns de ces ouvriers d'iniquité :

Sergitis, patriarche de Constantinople. C'était le véritable auteur de TExposilion de foi publiée sous le nom d'Héraclius. Il composa aussi trois lettres : l'une était censée écrite par Memnas, un de ses prédécesseurs, au pape Vigile; et les autres, parle papeVigileà l'erupereur Justinien et à l'im-

pératricé Théodora. Inutile de dire que le venîn de rhérésie était distillé dans tous ces écrits. Voici ce qu'il dit lui-même de son propre ouvrage : « Memnas, autrefois archevêque de Constantinople, a aussi composé un discours adressé à Vigile, pape de l'ancienne Rome, où' il a enseigné une seule volonté et une seule opération en Jésus-Christ; et, afin de vous en convaincre, je Tai fait transcrire avec plusieurs passages qui prouvent cette vérité, et je vous les envoie ^ »

Pierre^ patriarche de Constantinople. Il remit à Théodore de Césarée un écrit contenant deux textes tirés, disait-il, Tun des lettres du pape Jules, Tautre des ouvrages de saint Jean-Chrysostôme torils étaient, le premier d'Apollinaire, le second de Nestorius, deux hérétiques.

Théodore, patriarche de Constantinople. Il demanda, à plusieurs reprises, à Constantin de faire effacer le nom du pape Vitalien des registres sacrés de TEglise de Constantinople ; et, comme Tempereur ne s'empressait pas d'obtempérer à ses désirs, il se fit apporter lui-même les parchemins et ratura adroitement le nom du saint Pontife.

Sergius, diacre de Constantinople, avait beau*

4 Epiil, 9(1 ùjr.

çôjup de disposition pour la calligraphie. Paul, son patriarche, lui fit donner des leçons d'écriture, et Fcniploya ensuite à transcrire diverses pièces que Ton devait ajouter à d'anciens écrits.

Philippe, officier de Tempereur , possédait un exemplaire du cinquième concile général, qui n'avait pas les nouvelles additions dont Tavait enrichi Sergius; il les y ajouta , aidé du moine Etienne.

Constantin, prêtre de T Eglise latine, donnait des leçons d'écriture au diacre Sergius, et s'occupait avec son élève de réviser et de transcrire les textes latins.

George, moine et disciple de Macaire. Il intercala dans le premier livre du cinquième concile un cahier contenant la lettre dogmatique de Memnas à Vigile ; il enleva du deuxième livre le quinzième cahier, et le remplaça par quatre feuilles renfermant les lettres de Vigile à Justinien et à Théodora, trois écrits fahriqués par Sergius. Ce travail fut fait adroitement, pas assez toutefois pour tromper les Pères du concile qui reconnurent la fraude et en excommunièrent les auteurs.

Etienne, moine et disciple de Macaire, aidait son maître dans la transcription infidèle des textes des Pères. C'est lui qui ajouta deux livres à l'exemplaire du concile deFonicier Philippe.

Théodore, libraire, prêtait à tous, innocemment peut-être, le concours de son art *.

Nous n'avons rien dit de Paul, l'auteur caché du Type de Constant; des mensonges de Pyrrhus, que Maxime, un jour, lui reprocha publiquement; du recueil de passages des Pères, tous falsifiés par Macaire d'Alexandrie.

Quelle réunion de faussaires ! N'est-ce pas le cas de s'écrier : Timeo Danaos et dona ferentes ? Je me délie des bibliothécaires grecs et des 4)arçhemins qu'ils me montrent. Les décisions mômes d'un concile œcuménique ne sont pas en sûreté dans cette officine : on les produit raturés, tronqués, surchargés, et Ton veut que la lettre d'Honorjus ait été gardée avec respect et maintenue telle qu'elle fut écrite î

Cette falsification d'actes publics nous révolte. Voici deux passages curieux , l'un de saint Grégoire- le-Grand , Vautre d'Anastase le biblio-

i Co45noTimu8 adjectis esse tiea quateiD iones io primo Vibro sancti quinli concilii.

— Post hœc, et in secundo Tibro circa septimam actiouem mutatum quidcm fuisie ^5»^n qualeriiioncm, adjeclumque esse quadrifolium... in q«o ferunlur duo libri Vigllii.

— Pbilippus ror;avil eum, dicens : Si quid sci» quia deest, impie j ex jpse Slephanus dixit mihi ut scril)erem eosJem libelles.

— Quœ veio «cripia suntab eodem Sergio diucono, inlerposuit in eodem latiuo libro Theodorus libraiiui ; «le, {Concii mnm. Vf, sivê

thécaire, qui prouvent que les Grecs, coutumîers de pareils faits, n'étaient pas à leur coup d'essai en altérant les actes du sixième concile , et ne devaient pas s'interdire dans la suite tout attentat de cette nature :

«J'ai examiné avec soin le concile d'Ephèse, et n'y ai rien trouvé touchant Adelphius, Sava et les autres qu'on dit avoir été condamnés. Nous croyons que, comme le concile de Clialcédoine a été falsifié en un endroit par l'Eglise de Constantinople, on a fait quelque altération semblable au concile d'Ephèse. Cherchez dans les plus anciens exemplaires de ce concile, mais ne croyez pas aisément aux nouveaux : les Latins sont plus véridiques que les Grecs; car nos gens n'ont pas tant d'esprit, et n'usent point d'impostures \ »

« Ajouter ou ôter aux actes des conciles, sont des entreprises ordinaires aux Grecs. C'est ainsi que, dans le second concile, ils ont donné des privilèges au siège de Constan tinople contre les canons de Nicée. Ils attribuent au troisième concile quelques canons qui ne se trouvent point dans les plus anciens exemplaires latins. Ils en ont ajouté un au quatrième concile touchant les privilèges de Constantinople, que jamais le pape

4 EpisL. lib. VI. Epi$t, 44^ adJoan. Const.

saint Léon n'a voulu recevoir. Ils montrent aussi un grand nombre de canons, la plupart contraires à Tancienne tradition, qu'ils attribuent faussement au sixième concile. Enfin, dans le septième concile, ils retrancbent de la lettre du pape Adrien ce qui regarde Fordination de Taraise et les néophytes en général *. »

Anastase aurait pu rappeler encore la soustraction faite, aux actes du huitième concile, de la partie de la lettre du pape Adrien qui renfermait' l'éloge de Tempereur Louis; les changements opérés à la lettre adressée par Léon II à Flavien ^; les falsifications des passages de la lettre de Nicolas, qui regardaient Tautorité du Saint-Siège et l'expulsion du patriarche de Constantinople ^; et enfin il aurait pu ajouter à cette longue liste les faux nombreux dont se rendit coupable Photius : deux lettres supposées, deux falsifiées, les sceaux des métropolitains dérobés, trois conciles fabriqués, avec discours d'ouverture, discussions, délibérations, conclusions et acclamations, et mille signatures contrefaites î

Une difficulté se présente : comment admettre

1 ToTO. Tii». Concil., 9G1.

2 Epist, ad Pol. mon.

5 Epist. a4 Mich. imper, f liic. Efisi. 9.

1«3que les Pères du concile se soient ti^ompés en alb» tvibuant celte lettre à Honorius?

L'Eglise est infaillible et dans toutes les quesfe lions de foi et dans lous les faits qui ont un rapport nécessaire avec la foi ; mais l'identité d'un autei» n'appartient pas de soi à cetle classe de faitSé Le garde-chartes George apporte une lettre qu'il dé» clare avoir trouvée dans la bibliothèque de Constantinople; le lecteur Antioehus, ( tous les deuK 'grecs), assure que cette lettre est de TEvèque de Rome, Honorius ; Jean de Porto, commissaire du concile, va confronter la copie avec un origi» nal qu'on lui montre, et les trouve conformes \ Si le i rètre latin Constantin et le diacre grecSergiua ont fabriqué l'une et l'autre, le concile se trouvQ mal informé sur Torigine des pièces que l'oft soumet à son appréciation ; il peiit porter un jugement infaillible sur la doctrine qu'elles contiennent, et peutse tromper surlindicationdesauteura^

Un exemple célèbre mettra mieux au jour cett^

•I Duplessii ne doute pas de laulhoriticité de ces Icllrcs, piiisqu'cyrt »nt élé conféras, au sixième conpile, avec Us originaux tirés de I9 *»* bliolhèque dô Constanlinople. « Olle aliogaJionj rôpoiid lo docl«ur Coeffeleau, au Tieu de forliner son ar*{umcnl, raflaiblit, vu qiii', Conslaiitinople étant h boutique où se for.^.oaieii» ces grandes impostures, les pa- Iriarches faisaient tout ce qu'ib pouvaieut pour ruiner de réputation le» Papes qu'ils croyaient être leurs part'p» . ma's qui en effet étaient leurs juges. » {U'pQnif , etc., 58'*.)

distinction. Le oO mai 1653, Innocent par S£| huWe Oan oecasione condamne; les cinq [iropositions de Jansénius, comme héréliqnes : voilà une question de foi décidée. Trois ans après, Alexandre VIÎ déclare par sa bulle Ad sacram que ces cinq propositions sont véritablement contenues dans le livre appelé Augustinus et réellement condamnées dans le sens de l'auteur, c'e^tà-dire du livre : voilà la question de fait; elle est légitimement résolue, parce ([u'elle a un rapport nécessaire a\ ec la preniière. Mais aucun de ces Papes, en condamnant cinq propositions tirées de XAiigustinus et prises dans le sens de l'auteur , n'a recherché , comme devant faire l'objet d'une décision dogmatique, si ce livre avait été imprimé à Paris ou à Bruxelles, s'il avait été édité par Michel Saly ou par Jacques Gravius; s'il avait été composé par un évéque de Belgique, ou par un docteur de Sorbonne. Sans doute, dans la nécessité de désigner un ouvrage, on nomme l'auteur qu'indique la notoriété publique ; mais c'est comme moyen de s'entendre, et non dans Tintention de faire des articles de foi de questions purement bibliographiques qui, de leur nature, pas pi us que les questions purement géographiques ou historiques, n'entrent dans le domaine de linfaillibilité de TEglise. Quand Faccusé est présent,

il reconnaît son ouvrage, l'explique lui-même ; et, s'il persiste dans ses erreurs , c'est tout à la fois sur ses écrite et sur sa personne que tombe Tanalhème lancé contre lui. Quand il est absent ou décédé, la sentence qui frappe les écrits n'atteint que le véritable auteur, et non celui qu'aurait désigné une fausse information.

Nous disons donc que le sixième concile général a pu avec raison condamner les lettres d'Honorius et anathématiser sa mémoire, mais que cette condanniation et cet anathème sont tombés en réalité, non sur Honorius, mais sur ceux qui ont fabr^ué ou falsifié les lettres que l'on a présentées au concile sous son nom.

A ces causes extrinsèques d'inauthenticité , nous allons en ajouter d'un autre genre.

Ce qui frappe d'abord, i\ la première lecture de la lettre de Sergius, de l'Ectèse d'Héraclius et des réponses dTIonorius , c'est la ressemblance qui règne entre ces divers écrits ; mêmes idées,

même style ; on les croirait volontiers composés par le même auteur. On se demande ensuite pourquoi Honorius passe sous si lence divers points importants de la lettre à laquelle il répond. Sergius parie deux fois du discours composé par le patriarche Memnas et adressé au pape Vigile, Honorius n'en dit pas un mot; et cependant ce libelle, loué par Sergius, défendait ouvertement les hérésiarques Sévère, Apollinaire, Macédonius, Arius, el rejetait le concile de Chalcédoine. Sergius parle jusqu'à quatre fois de Tempereur Iléraclius; il le représente réfutant et confondant h s hérétiques en Arménie , encourageant Cyrus dans ses travaux de réunion , se montrant partout plein de zèle pour défendre les intérêts de la foi : Honorius, écrivant à Constantinople, séjour de l'empereur, ne fait pas même allusion à des exploits si glorieux, dont le récit avait dû pénétrer de joie son cœur de souverain Pontife. l\ rappelle à peine les conversions opérées par Cyrus, et que Sergius avait racontées avec une complaisance visible : « La réunion, disait- il, n'a pas eu lieu sans peine, et il fallu plusieurs conférences pour la ménager; mais enlin elle s'est faite; les sectateurs d'Eutychès, de Dioscore, de Sévère et de Julien sont catholiques, et cette réunion s'est opérée nonseulement à Alexamlrie, mais presque par toute

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