‹ L'histoire et l'infaillibilité des papesChapitre 49 sur 86 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

quî arrosent aboiulamrnent tout runivcrs cbn^tien. Aussi , en l'honneuf de saint Pierre , les Pères ont-iis décrété que toutes' les questions religieuses fussent portées, avant tout, à l'examen de la Chaire apostolique dont /'a/iaemre coutume' est de condamner ce qui est mal , comme d'ap* prouver ce qui est louable. (]ar il a été établi par les règles anciennes que, quelque affaire qui se présente, lïU-ce dans les pro\ inccs les plus éloignées, on ne la traite ni ne la reçoive avant qu'elle ait été portée à la connaissance de votre Siège suprême , avant que son autorité affer^ misse la sentence à intervenir, et que toutes les Eglises puisent de là , comme de leur source naturelle, les mystères du salut, pour les conserver dans leur pureté parmi toutes les régions du monde ^ » '

Ce sont les évéques de la Mauritanie , de la Numidie et de la Byzacènc qui parlent ainsi. Ceux de la province consulaire ne sont pas moins explicités, et dans une seconde lettre adressée à Paul ils i'ésument en ces termes leur croyance sur le point en litige : « Nous confessons qaif est en Jésus Christ deux natures et deux vc-lon-

\ Ubhe, VI, \2S.

tés naturelles, coniine TEglise catholique renseigne et fil toujours enseigne. »

Dix ans plus tard , Anastase, disciple de Maxime, apprend du fond de son exil que les Monothélites, par une nouvelle et singulière variatjon , reconnaissent deux opérations à cause de la différence des natures; plus, une opération à cause de l'union de ces deux natures , ce qui en faisait trois. Il s'empresse de dénoncer cette nouvelle erreur à ses frères les moines de Cagliari , leur annonce que les députés d'Eugène l'on! embrassée, etlessupplied'aller à Rome pour instruire le Pape du nouveau danger que court la foi : ^ Il faut que vous passiez au plus tôt à Rome p.our vous joindre aux hommes pieux et fervenls qui y sont et qui soutiennent vigoureusement avec nous la vérité, les priant a\ec larnies desoulenk la foi sans aucune nouveauté ^ » C'est toujours sur le Pontife de Ronnî que sont tournés les yeux des catholiques.

Nous venons d'entendre les évè(iues d'Afrique

i et les confesseurs de la foi; écoulons maintenant

Ile, langage d'Agathon , approuNé par les cent

cinquante évèquesdu concile de Conslantinople :

ij « Pierre a reçu du Sauveur de tous, el par une

triple recommandation, les brebis spirituelles de r.Eglise à paître; et, par Fassistance du même Pierre, cette Eglise apostolique qui est la sienne ne s'est jamais détournée de la voie de la vérité^ dans quelque partie d'erreur que ce soit *. Aussi toute l'Eglise catholique et les conciles généraux ont toujours embrassé lidèlement et suivi en tout Tautorité de cette Eglise catholique, comme étant Tautorité du prince même des Apôtres. Nous vous envoyons donc les règles de la vraie foi, qui, soit dans la prospérité , soit dans l'adversité, a été çonsei'véeei défendue courageusement par la mère spirituelle de votre empire, TEglise apostolique du Christ, laquelle, par la grâce de Dieu toutpuissant, ne sera jamais convaincue de s'être écar, tée du sentier de la tradition apostolique, ni n'a jamais succombé à la dépravation des nouveautés hérétiques ^; mais telle qu'elle a reçu la foi de son fondateur le premier des Apôtres, telle elle l'a con-; $ervéesa7is tache, selon la promesse que le Sauveur a faite au prince de ses Disciples dans les sacrés Evangiles : « Pierre, j'ai prié pour toi, afin que « ta foi ne vienne pas à défaillir; lors donc que tu

4 Cujus annilente prffsidio liaec apostolica cjus Kcclesia nunquam ii >iâi verilali» in quâlibel erroris parle dciicxa est. {Aclaconc iv, 1079.)

2 Quœ per Dei oninipolenlis graliamà Iramilc aposlolicœ traditionii ounquarn enasse probabitur, nec b33rt4'!ci« novilalibus depvsvala s'.îcch- WU. ((082.)

« seras converti, alîerniis tes frères. » Que votre Majesté considère donc que c'est le Seigneur et le Sauveur, dont la foi est un don, qui a promis que la foi de Pierre ne défaillir a points et qui lui a recommandé d'affermir ses frères.- C'est ce que tous les Pontifes apostoliques pi^édécesseurs de ma faible personne ont toujours fait courageusement, comme tout le monde le sait ^ Quelque minime que je sois, je veux les imiter pour remplir mon ministère , car malheur à moi si je viens à taire la vérité qu'ils ont préchéeî Que dirai-je au tribunal du Christ? que dirai-je pour moi ? que dirai-je pour les âmes qui me sont confiées et dont je dois rendre compte? Aussi, du moment que les évêques de Constantinople s'efforcèrent d'introduire les nouveautés hérétiques dans l'Eglise immaculée du Christ, mes prédécesseurs d'apostolique mémoire /l'on^joom^ cessé de les exhorter^ de les avertir, de les conjurer de se désister de ce dogme hérétique, du moins en se taisant, ïl faut employer toutes les forces pour délivrer la sainte Eglise de Dieu, la mère de votre empire, des égarements de pareils docteurs, et faire en

1 ConsidcrelilaqiievcslralranquillaClemcnliaquoriiriiDcminusolSalva-

romnium, cujus fuies esl, qui lulem l'elri iiondefecliuani promisit, con-

maroeum fralressuosadniouuil : qtiodapoilolicos Pontificesmcfe exigui-

'is piœdcccssoicscoufiJeulei- fecisse scnipercunclii eslcoguilum. [Ihii.)

sorte que tous les pontifes, tous les prêtres, tous les clercs et tous les peuples confessent unanimement avec nous la foi orthodoxe fondée sur la pierre ferme de cette Eglise du bienheureux Pierre : Eglise qui, par la grâce et le secours du même prince des Apôtr<^s, demeure pure de toute e7Teur. »

Il eût été difficile de proclamer d'une manière plus forte et plus claire que l'Eglise de Rome était restée entièrement pure de toute erreur, que tous les Papes qui avaient gouverné FEglise depuis l'apparition de la nouvelle hérésie n'avaient cessé de la combattre, qu'ils avaient tour à tour employé les moyens de la douceur et ceux d'une juste sévérité pour engager les évéques de Constant inople à renoncer à ces nouveautés. « Cette conduite de mes prédécesseurs, ajoute Agathon, est connue de tout le monde. » Et les cent cin- Vjuante évéques du concile déclarent que la lettre d" Agathon a été dictée de Dieu, diciata à Deo; que TEsprit-Saint a parlé par la bouche du successeur de saint Pierre.

On ne s'étonne plus, après des faits de cette nature , de voir le cardinal Bellarmin soutenir qu'il n'est pas téméraire de penser que ces lettres, fabriquées par Sergius ou Pyrrhus, avaient été ajoutées au concile après coup.

ISS

Ce que nous allons dire des ouvrages d'Anastase favorise cette opinion.

Anastase le fcîLliolîiccaire, écrivain ecclésiaslique du neuvième siècle, est regardé communément comme Fauteur du Lihei' pmti/icalis, ou \brégé de la vie et des actions des Papes. Ce livre présente sur Honorius une coii.adiction singulière : dans la vie même d'ilonorius, il n'est rien dit de sa condamnation ; dans la vie de Léon II, on trouve le nom d'Honorius mêlé à ceux des hérétiques condanmés par le concile : de là Fautx)rilé d' Anastase invoquée tour à tour et par ceux qui croient que les actes du concile ont été falsifiés, et par ceux qui sont d'une opinion contraire. Voici la légende d'Honorius :

« Ilonorius, de Campanie, fils du consul Pétronne, occupa le siège apostolique douze ans, onze mois, quatorze jours. Il ilt beaucoup de bonnes œuvres pendant son ponlificat; il instruisit le clergé ; il renouvela les toits de la basilique de Saint-Pierre, et revêtit le tombeau de cet apôtre d'un ornement en argent du poids de six cent trente-sept livres.

« Il fit aussi couvrir la grande porte d'entrée de Téglise de lames d'argent, pesant neuf cent soixante-quinze livres. Il fit placer devant le corps de saint Pierre deux grands candélabres d'ar-

gent, pesant chacun soixante-deux livres; et devant les reliques de saint André apôtre, une table du même métal de soixante-douze livres. Seize grandes poutres des combles de Saint-Pierre furent renouvelées, et l'édifice tout entier reçut une toiture d'airain , enlevée avec la permission de l'empereur à un temple de Rome.

« Il fit reconstruire l'église de Sainte Agnès â l'endroit même où la jeune vierge martyre avait été inhumée , sur la voie Numantine , à trois milles de Rome. Ce sanctuaire fut três-richement orné; la châsse d'argent de la sainte pesait deux cent cinquante-deux livres , le ciboire en cuivre doré qui la surmontait était d'une grandeur étonnante. Trois lampes d'or massif, de deux livres chacune, pendaient auprès du monument. L'abside fut pavée en mosaïques. Il releva de ses fondemenls la basilique de Saint- Apollinaire martyr, située près du portique de Saint-Pierre, appelé des Palmes, etTenrichitde dons.

« 11 établit que chaque samedi de Tannée on irait de l'église de Saint-Apollinaire jusqu'à celle de Saint -Pierre au chant des litanies et en procession, au-devant de laquelle les fidèles présents dans ce dernier sanctuaire sortiraient en "hantant des hymnes et des cantiques. Il construi-

, consacra et orna les églises de Saiat-Cyria-

que martyr sur la vme d'ihtie à sept milles de la ville, des Quatre Martyrs couronnés, de Sai frt- Severin près de la ville de Tibur. 11 renouvela le cimetière de Saint-Marcellin et de Saint-Pierre, dans la voie Lavicane.

« Il réédifîa la basilique de Saint-Pancrace, sur la voie Aurélienne, à deux milles de la ville, et Tenrichit de divers dons , entre autres d'une chasse d'argent de cent vingt livres, d'un ciboire d'argent de cent quatre-vingt-sept livres, de cinq arcs d'argent de quinzelivres chacun,de trois chandeliers d'argent pesant chacun trois livres. î^îon loin de là, au quartier Trajan, près des murs de la ville, il fit construire un aqueduc pour amener dans la ville Teau du lac Sabbatin ; un autre canal la conduisait au Tibre.

« Il fonda encore l'église de Saint- Lucien à Rome, près de Saint-Sylvestre ; l'église de Saint- Adrien martyr, sur la voie Sacrée, et une foule d'autres qu'il serait trop long d'énumérer. Il fit lui-même la dédicace de tous ces sanctuaires, et les enrichit de dons.

« Honorius, en trois ordinations qui eurent lieu au mois de décembre, fit treize prêtres, onze diacres et quatre-vingt-un évêques pour diverses provinces. Il fut enseveli dans la basilique de Saint-Pierre apôtre, le 4 des ides d'octobre.

« Le Saint-Siège resta vacant un an, sept mois, dîx-huit jours '. »

D'autre part, dans la légende de Léon II insérée dans le même recueil, on lit :

« Léon II reçut et approuva les actes du concile de Constanlinople. Dans ce concile furent condamnés Cyrus, Sergius, Honorius, Pyrrhus, Paul, Pierre, Macaire et son disciple Etienne, Poîychrone, etc. ^ »

C est le seul endroit où il soit question d' Honorius. Nous sommes de l'avis du docteur Coeffeteau : un mol, probablement ajouté par la main d'un copiste ou d'un hérétique , ne doit pas l'emporter sur tout un chapitre. L'auteur du Liber ponlifîcalis ne croyait p.is qu'IIonorius eût été condamné par un concile général.

Cette opinion paraît plus probable encore, si Ton considère qu3 dans l'histoire des Pontifes qui ont succédé à Honorius il est parlé plusieurs fois des Monolhéliles, que Fauteur raconte l'abjuration que fit à Rome Pyrrhus de ses erreurs ^ qu'il blâme le Ttjpc de Tcmpereur Constant, et loue le pape Martin d'a\ oir condanmé un écrit qui defen

1 Uitt. de Vitis Rom, Vonli[., Uooor.

2 Ibia., VUa S. Léon. II.

I Ibia., yUa Tbvod.

daitdedire soit ime,soïtde?(x volùntés\et toujours sans faire môme indirectement la moindre allusion à la conduite d'Honorius. Enfin, dans la vie du pnpe Agathon , Anastase donne le nom de toutes les personnes qui ont été condamnées au huitième concile général : nulle part on ne voit figurer celui d'Honorius; voici ce passage, parallèle à celui que nous avons extrait de la vie de Léon lï : « Macaire et ses partisans, Etienne, Anastase, Polychrone, Epipliane, prêtres, et Léontin diacre, furent condamnés à Fexil et dirigés sur Rome. On retrancha des dyptiques des églises les noms des patriarches Cyrus, Sergius, Paul, Pyrrhus, Pierre, qui avaient enseigné les erreurs que nous voyons pulluler encore, et l'on eiïaça leurs portraits partout où on les avait peints ^. »

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