IX
Nos recherches sur la condamnation d'Honorius ne seraient pas complètes, si nous ne faisions
i Anisl., llisl. de Vit. Rom. Vont,, Mari, 2 Ibl.i., Ji/aS. Agalhou.
connaître un autre moyen de résoudre les à\î ficultés qu'elle présente relativement à Finfaillibilité des Papes. La lettre à Sergius , même telle que nous Pavons, ne renferme aucune proposition qui ne soit susceptible d'un sens catholique. Voici en entier le texte de ce document devenu si célèbre, et dont Rhorbacher avait donné déjà une excellente analyse :
« Nous avons reçu la lettre par laquelle vous nous apprenez, vénérables frères, qu'un certain Sophrone, alors moine, aujourd'hui, selon ce que nous entendons dire, évoque de Jérusalem , a introduit de nouvelles queslions de mots et suscité des disputes contre notre frère Cyrus , évoque d'Alexandrie, qui enseigne aux hérétiques convertis qu'il n'y a qu'une opération en Jésus- Christ. Vous ajoutez que Sophrone étant venu vous trouver , il a renoncé à ses plaintes sur vos instructions, qu'il vous prie de lui donner par écrit. Nous avons lu la copie de la lettre que vous lui avez adressée, et nous trouvons que vous avez fait preuve de prévoyance et de circonspection en ôtant cette nouveauté de paroles qui pouvait scandaliser les simples. Il nous faut marcher dans la voie qu'on nous a tracée, et nous pourrons ainsi, Dieu aidant, conserver dans toute sa plénitude la vraie foi que les Apôtres
de la vérité nous ont laissée dans les saintes Ecritures. Nous confessons que Notre-Seign^uï Jésus-Christ, médiateur de Dieu et des hommes, opère les choses divines par l'intermédiaire de î'humanitéqui lui esthypostatiquement unie, et ies choses humaines par la chair qu'il a prise d'une manière ineffable et unique, et qu'il les opère sans division, sans confusion et sans transmutation, la divinité demeurant parfaite; le même qui brillait par l'éclat des miracles, possédant notre nature, vrai Dieu et vrai homme tout à la fois ; et c'est avec l'une et l'autre que ce Médiateur de Dieu et des hommes a souffert les opprobres de sa passion. Le Verbe s'est fait chair, et il a habité au milieu de nous; Fils de l'homme et Dieu éternel, il a été crucifié. Ce n'est pas au ciel, mais dans le chaste sein de la Mère de Dieu qu'il a pris celte chair qui permet à la divinité de souffrir, ce qu'elle ne pouvait faire avant cette union. La Vérité, parlant d'elle-même, a dit: «Nul ne monte au ciel que celui qui en est descendu, le Fils de riiomme qui est au ciel; » nous montrant ainsi qu'en Jésus-Christ l'humanité est unie à la divinité d'une manière ineffable et unique, sans séparation , sans confusion , sans division ; chaque nature, malgré cette union , conservant d'une manière qui étonne notre esprit les diffo^ renées qui lui sont propres.
« L'Apôtre désigne ce mystère, lorsqu'il dit aux Corinthiens : « Nous ne venons pas vous prêcher la sagesse dîi siècle ou des puissances du siècle, elle passe trop vite, mais la sagesse du Dieu caché dans rincarnalion, le mystère que Dieu avait résolu de toute éternité d'opérer pour notre salut, et que les puissances de ce siècle n'ont pas connu ; car , s'ils eussent connu ce Dieu de majesté, ils ne Tauraient jamais fait mourir sur la croix. 5) La divinité n'a pu aucunement souffrir les passions humaines; mais les deux natures s'étant unies d'une manière ineffable, on a pu dire qu'un Dieu avait souffert et que l'humanité était descendue du ciel avec la divinité. Nous confessons donc une volonté en Jésus-Christ, parce que la Divinité a pris non pas notre péché , mais notre nalure telle qu'elle a été créée avant que le péché l'eûl corrompue, et sous la livrée du péché il a effacé les péchés du monde; et nous avons tous reçu de sa plénitude. Il s'est montré homme et sous la forme d'un esclave, mais il a été conçu sans péché par l'opéralion du Saint-Esprit , et c'est sans péché qu'il a été enfanté par la sainte et immaculée Vierge Mère de Dieu. Aussi voyons-nous que le mot chair se prend , dans les saintes Ecrilurcs, en deux sens: l'un, bon; l'autre, mauvais: «Mon esprit se retirera de ces iiom-
mes, dit le Seigneur, parce quMls sont devenus chair ; » et F Apôtre : « La chair et le sang ne posséderont point le royaume de Dieu ; » et ailleurs : «Ma volonté voudrait garder la loi de Dieu, mais la chair nrenlraîne au péché, et je vois dans mes membres une loi opposée à la loi de l'esprit, et qui ( herche à me captiver sous le joug du péché ; » et plusieurs autres passages où chair est pris dans un mauvais sens. Mais ce mot se prend aussi quelquefois en bonne part : « Toute chair, lisons-nous dans Isaïe, viendra à Jérusalem pour m'adorer dans mon temple. » Et Job a dit : « Je verrai Dieu dans ma chair ; « et encore : » Toute chair verra Dieu son Sauveur ; » et autres passages. Notre Sauveur, nous l'avons déjà dit, n'a pas pris une nature pécheresse, qui se révolta contre la loi de l'esprit. Il est venu chercher et sauver ce qui avait péri. Il n'y a point en lui une autre loi des membres, une volonté dilTérente, au contraire , attendu qu'il est né au-dessus de la nature humaine. Et quand il écrit : « Je ne suis pas venu pour faire ma volonté, mais celle de mon Père qui m'a envoyé ; » et encore : « Que votre volonté se fasse, mon Père, et non la mienne: » ees paroles et autres semblables ne sont pas d'une volonté différente , mais de l'humanité qu'il a prise. Il les a prononcées pour
notre instrucuon et nous a donné Pexemple, afin que nous marchions sur ses traces. Ce Maître a voulu, dans sa tendresse, montrer à ses disciples qu'ils doivent s'applique r à suivre en tout, non leur propre volonté , mais uniquement celle de Dieu. Suivons la route royale, évitons les pièges que nos ennemis ont tendus à droite et à gauche ; laissons là les Idumécns; nous ne devons pas même fouler du pied la terre de Phérésie, il doit nous tarder de voir la patrie; nous y arriverons en marchant fidèlement sur les pas de nos chefs. Si quelques-uns, comme en bégayant et comme ferait un maître pour s'accommoder à rintelligence de ses disciples, ont dit ime ou deux opératiom , il ne faut pas en faire un dogme de l'Eglise; car ni rEcrilure ni les conciles ne paraissent avoir examiné celte question. Que personne n'aille prêcher ce que l'Eglise n'a pas défini ; des manières de parler employées uniquement dans l'intention de se mettre à la portée des faibles et d'exprimer plus clairement un sentiujent particulier, ne doivent poi nt faire loi dans TEglise. Que Jésus-Christ soit le même qui opère les choses divines et les choses humaines, les Ecritures le montrentclairement. Mais desavoir si, à cause des œuvres de la di\inité et de TIiumanité, on doit dire ou entendre une opération
OU deux, c'est ce qui ne doit pas nous importer » et nous le laissons aux grammairiens qui ont coutume de vendre aux enfants les mots qu'ils ont inventés. Nous savons par les Ecritures que Jésus-Christ et son Esprit-Saint ont opéré dans les autres non-seulement d'une ou de deux manières, mais de plusieurs. « Si quelqu'un n'a pas l'esprit de Jésus-Christ , dit saint Paul, il ne lui appartient plus ; » et ailleurs : « Personne ne peut dire : Seigneur Jésus, sans le secours de l'Esprit-Saint. Il est plusieurs espèces de grâces, il n'est qu'un seul Esprit; les ministères sont dilTérents , le Seigneur est le même. Les opérations sont divines, c'est le même Dieu qui opère tout dans tous. Mais , si Dieu peut ainsi opérer de diverses manières dans les membres, à plus forte raison le peut-il dans Jésus- Christ notre chef, et établir ainsi entre eux la parfaite unité. Progressons toujours vers la perfection, arrivons à Jésus-Christ, à cette plénitude d'âge et de vertu. » Si nous croyons que Tesprit de Jésus-Christ opère de tant de manières dans ces membres qui ne vivent, ne se meuvent et n'existent qu'en lui , combien plus ne faut-il pas confesser que ce divin Médiateur opère de plusieui*s manières ineffables en lui-même par la communion de ses deux natures! C'est à ses