‹ L'histoire et l'infaillibilité des papesChapitre 63 sur 86 · tr«&iiii| «4 «»»3 Wtg · texte numérisé non relu

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qu'Othon, en déclarant nulle l'élection régulière et canonique de Benoît V pour mettre à sa place l'antipape Léon VIII, manqua au serment qu'il avait fait d'empêcher tout ce qui pourrait gêner la liberté des suffrages : « Personne, qu'il soit libre ou seul, ne se permettra de venir à Rome pour faire un empêchement quelconque à ceux des Romains que regarde l'élection des Papes d'après Tancienne constitution des saints Pères*. »

Il raconte très au long tout ce qui s'est passé à Rome dans le concile de l'année 9G5 où le pape Jean fut déposé, et il ne dit rien du concile qui se tint dans la même ville Tannée suivante , et qui condamna toutce qu'on avait faitdanslepremier ^

Est-ce d'un historien véridique de ne raconter que ce qui est favorable à un parti , et de taire systématiquement tout ce qui lui est contraire? Mais nous n'avons pas que des réticences à reprocher à Luitprand, il n'est pas même d'accord avec lui-même.

. Au chapitre dixième il représente les Romains comme justement révoltés de la conduite de Jean XII, et leur fait tenir ce langage : « A un

< LaLl)c, (om ix, col. C45.

2 Idem, lom. ix, col. GDO.—Mansi , xvm.

mal inouï, il faut un remède inouï. Si le dérèglement de SOS mœurs ne nuisait qu'à lui-même, nous pourrions peut-èlre le tolérer; mais combien, à son exemple, sont tombés dans le désordre! Nous demandons à votre Majesté de nous délivrer de ce monstre, qui réunit tous les vices sans posséder aucune vertu. Chassez-le de TEglise romaine, et élisez à sa place un Pontife qui nous édifie par ses paroles et par ses actions. »

Au chapitre suivant, il dit que le Pape expulsé parvint à regagner les bonnes grâces de ces chrétiens vertueux en leur promettant le pillage des églises \

il répète à diverses reprises que tous les citoyens de Rome se portent comme dénonciateurs des désordres de Jean ; que tous reçurent Othon à bras ouverts; que «tous, clercs et laïques, à Funanimité et par trois fois proclamèrent Pape le prolo-scriniaircLéon, le conduisirent en triomphe an palais de Latran, et lui promirent par serment de lui être toujours lidèles ^; » et deux pages après il raconte que, dès que l'empereur eut licencié une partie de son armée, tous les Ro-

4 Beati Pclii omQÎutnqud ecclesiarum pecuniam rtpromUtcnte^. (Lib. VI, c. n.)

2 Kpiscopi, (liacoiii, clerus et cunctus RomaQorum populus qutsi vir UQU8 dixeruat. (Lib. t(, c. 8.)

mains se révoltèrent contre lui ; que ses soldais irrités les auraient massacrés jusqu'au dernier, si Tempereur lui-même n'eût calmé leur fureur et ordonné la retraite ^; et enfin, que sa Majesté germanique venait à peine de quitter la ville lorsque les Romains coururent aux armes une seconde fois , chassèrent Léon et rappelèrent Jean ^

Il en coûte aussi d'admettre comme authentique la seconde lettre du concile au Pape. Sommé par l'empereur Othon et les évèques qu'il avait réunis de conqjaraître devant eux pour se justifier, Jean XII répondit en ces termes : «Jean évêque, serviteur des ser\iteurs de Dieu, à tous les évèques. Nous avons entendu dire que vous vouliez faire un autre Pape. Si vous le faites, je vous excommunie de la part de Dieu tout-puissant, en sorte que \ous n'ayez le pouvoir d'ordonner personne ni de célébrer la messe K « A cette lettre, voici la réponse des évèques : « Nous avons reçu de vous des lettres non telles que le

1 Quis tune Romanoruin dadls hujus supersles iicrel si non imperttoi" Sîiuclus, inisoiicordiâ qiite eis nulla ciebebalur iocliiialus, suos adhao inleificere siliiiilcs re raheiel et rcvocarel?

2 IJoiiiaiii pontiCces rclicjuusquc cleius et cunclus populus dixerunl, clc. His diclis, ouiiies uhâ voce di\e, uni : Leoiicm. . in pailoreai eliginius. [Ibid.)

3 Luilp,, lib. Vf, c. lO.—Labbe, ix, 650.

demandaient les circonstances du temps, mais telles qu'on peut les attendre d'hommes vains et inconsidérés. Il fallait donner une excuse raisonnable de ne pas venir au synode. Les députés de votre Grandeur devaient s'y trouver pour dire que, si vous n'êtes pas venu au concile, c'est par maladie ou par quelque autre difficulté.

« Il y a dans vos lettres une autre chose qu'il siérait non pas à un évèque, mais à un jeune étourdi d'écrire; car vous nous avez excommuniés tous, en sorte que nous n'ayons plus le poiir voir de chanter la messe, ni de faire des ordinations ecclésiastiques, si nous établissons à Rome un autre évéque. En effet, il y est écrit : (jne vous ii'ayez le pouvoir cV ordonner j)cy sonne. Nous autres, nous avons pensé jusqu'à présent, nous croyons même encore que deux négations ne et "personne valent une affirmation, à moins pourtant que votre autorité n'ait infirmé les règles des anciens auteurs '. Mais regardons ce que vous avez voulu dire, non ce que vous avez dit. Si vous venez au concile pour \ous justifier, nous obéirons sans aucun doule à votre autorité; mais

A lia «•nini sciipliini cral : non Iialicalis lico.iliam ulhini ordinale. « MiJiic us.juc piilaviiiius, inu) trcdiimis iliîo uc|',aliva unum fatcif : iicativuin, aisi vcsîra aucloi iiaspriscotum scnlenlias iiifirmarel auclomni.» (l/il«. VI. c. 10.)

t! vous méprisez de venir et de vous justifier, d'autant plus que rien ne vous empêche de venir, ni la navigation, ni la maladie, ni la longueur du chemin, nous mépriserons votre excommunication, nous la retournerons plutôt contre vousmême, parce que nous pouvons le faire justement. Judas le traîlre, ou plutôt le vendeur de Notre-Seigneur Jésus-Christ, avait reçu avec les autres le pouvoir de lier et de délier comme les autres disciples; mais après que, devenu homicide par le venin de la cupidité, il voulut tuer la vie, que peut-il encore, sinon se lier lui-même en s'étranglant par un lien funeste * ? »

C'est - à - dire , que cinquante évêques n'auraient trouvé à répliquer au Pape qu'une sottise et une hérésie. En effet, la phrase dont la construction est critiquée est parfaitement cor-; recte : ut non hahcalis Uceniiam ullum or dinar e^ et il est de foi catholique que le pouvoir de lier et de délier n'est pas suhordonné à l'état de grâce de celui qui rexerce. Remarquons qu'un des signataires et peut-être un des rédacteurs de cette pièce était Luitprand lui-même, qui connaissait fort bien sa grammaire latine , et qui dans un autre de ses ouvrages blâme Sergius d'avoir

dégradé des prêtres sous prétexte qu'ils avaient été ordonnés par Formose \ La haine et la prévention seraient-elles allées jusqu'à lui troubler la mémoire et l'intelligence?

Le discours que tint Othon aux évoques assemblés laisserait croire qu'il ajoutait peu de foi aux accusations portées contre Jean XII :

« Nous avons attendu, dit-il, l'arrivée du Pape pour proposer nos plaintes contre lui en sa présence ; mais comme nous savons qu'il ne viendra point, nous vous prions instamment de bien considérer sa perlidie. Etant opprimé par Bérenger et Adalbert révoltés contre nous , il nous a envoyé des députés en Saxe, nous priant pour l'amour de Dieu de venir en Italie et de délivrer de leurs mains lui et l'Eglise de saint Pierre ^. Sans que

i Lib. de Pontif. Rom. v, c. US.

2 Voici uu passage de llaline qui prouTC que cet autre historien dts Papes n'est souvent ni plus véiidique ni plus exact que Luitprand :

« Deux cardinaux, qui regardaient l'élection d'Octavieu comme une Uehe imprimée sur le front de Tlîpousedu FilsdeDieu, se crurent obligéi eu conscience d'écrire à Othon pour le supplier de venir mettre le peuple et le clergé romains en liberté, et de les affranchir de la tyrannie de Bérenger et de Jean ; autrement, que la relif<ion allait se perdre avec l'Empire. — Othon allait arriver lorsque, la démarche des deux cardinaux ayant é[6 découverte, le Tape les fil prendre et leur G t couper le nez a l'un et la main à l'autre. Arrivé en Italie , Oihor, se saisit premièrement de la personne d« BércHi^n- et de son fils Adalbert, qu'il relégua l'un en Autriche et l'aulr» kConstautinople, puis il s'achemina droit à Rome. » (Joann. xii).

Il faut que Platine n'ait lu ni Luitprand ni Othon de Frisingue pour avoir pu écrire une pareille puge, dont chaque propo$ition eit une inexactitude ou an* buicelé.

nous ayons besoin de le dire, vous voyez ce que nous avons fait avec l'aide de Dieu. Cependant, oubliant la fidélité qu'il m'avait jurée sur le corps de saint Pierre, il a fait venir à Rome le même Adalbert, il l'a soutenu contre moi, a fait des séditions, et à la vue de nos troupes il est devenu chef de guerre, et s'est revêtu d'une cuirasse et d'un casque. Que le saint concile déclare ce qu'il en ordonne \ »

Tel est le résumé que fait l'empereur des débats qui viennent d'avoir lieu en sa présence. Le Pape s'est réconcilié avec Adalbert ; on ne lui adresse pas d'autres reproches.

Othon de Frisingue, que tous les biographes regardent comme un des auteurs les plus judicieux de l'Allemagne, et qui écrivait au douzième siècle , déclare ne pas ajouter foi à ce que les chroniqueurs allemands ont raconté des mœurs de Jean XII :

« J'ai trouvé dans quelques chroniques, mais composées par des Teutons, que le pape Jean vécut d'une manière répréhensible et qu'il fut souvent averti, à cet égard, par des évoques et d'autres

{ Luilp., 1. VI, c. 10. Le coniinualcur de Rëghonw rcproclie pas ♦i'antrcs crinifs h Jean que d'avoir oubiiC; ses scriiocnU cuvera OlLon et o'avuir roçu Adalbert »od cnuciii.

ses

de ses sujets : à quoi il nous paraît difficile d'ajouter créance, parce que TEglise romaine revendique pour ses Pontifes le privilège spécial que, par les mérites de saint Pierre, aucun parti de l'enfer ni aucune tempête ne les entraînent dans une ruine finale \ »

Dans les actes du concile tenu à Rome en 964, le 26 février, Jean XH est appelé : « trèspieux et coangélique Pape '. »

Nous trouvons encore dans les ouvrages de Rathier , évêque de Vérone , un passage qui contredit les assertions de Luitprand. Cet évêque parle en ces termes de Rome qu'il vient de visiter, et du souverain Pontife qu'il se félicite d'avoir vu : « Il n'est pas de difficultés qu'on ne-résolve à Rome, pas de doute qu'on n'éclaircisse. Rome a fourni des docteurs au monde entier ; c'est là que brillèrent ces illustres princes de l'Eglise universelle. On y voit en ce moment le seigneur évêque Jean, très-saint pape, justement préposé au gouvernement du monde entier ^ »

4 Olhon Frinsiiig.; 1. vt. c. 23.

2 LalLc. IV, 052.

3 Railicrii liomam tHnlii Itinerarivm, 2.

l'iusieuis criliquos lîisiM;' r.iii- c'est Joan XIII qui est désigné dans c« passage de Piaîliicr. Cc!a pL;!i t:l;e, mais il faudrait loujours remarquer que cet auteur, ami d'Othon, u'a rien trouvé à dire contre Jean XU.

se4

Si riôiîs jetohs un coup d'œil sur U^ actes du souverain Pontife, nous ne pouvons nous empêcher d'avouer que Jean XII méritait les éloges de Tevêque de Vérone.

Il confirme l'élection de saint Dunstan au siège de Canterberg, décore cet illustre évêque dii pâllium, lui remet une lettre contenant les devoirs d'un bon pasteur, et le nomme légat du Saint-Siège en Angleterre ^

Il envoie des missionnaires en Hongrie; il érige rarchevéché de ^lagdebourg , « afin de ne pas exposer les nations voisines nouvellement converties à retomber, faute de pasteurs, sous la puissance du démon. »

« Et, parce qu'un seul pasteur, ajoute-t-il, ne peut suffire à tant de nations , nous érigeons en siège épiscopal le monastère de Ma,rdebourg, que nous soumettons comme suffragant au métropolitain deMagdebourg, et nous autorisons celui-cià créer d'autres évèchèsauliiretàmesuredes conversions qui auront lieu parmi les peuples slaves ^ »

Consulté par saint E: unon , archevêque de Cologne, sur l'élection de lîiigues fils du comte de Vermandois au siège do Reims, il répond que cet ecclésiastique, ayant été excommunié à

i Àct. 00, 19 mali. Act. Titntd., p. 25. 2 MansI, Concii. xtiu, lôl.

Rome et à Pavie, ne peut occuper de siège épîscopal, et Ton procède à une nouvelle élection ^

Apprenant que des seigneurs français se sont empares des biens d'un monastère, il lance Veif.' communication contre eux, et Isoard et ses complices sont obligés de donner satisfaction à Tévéque d'Autun ^,

Dans le concile qu'il tint à Rome un an avant sa mort, il fit décréter que, par respect pour les saints mystères, aucun laïque ne pourrait se tenir debout autour de Fautel ni dans le sanctuaire pendant la messe "^

Disons-le hautement, si la conduite privée du jeune homme ne doit pas être excusée, lés actes du Pape ne peuvent qu'être loués.

Comment terminer ce paragraphe sans parler d'un Pape « dont le nom est devenu le synonyme du crime et un signe d'épouvante, un des hommes les plus corrompus et les plus méchants qui aient jamais existé, qui mériterait le nom d'infâme et non celui de chrétien? » car c'est ainsi que (les écrivains protestants * parlent encore aujourd'hui d'Alexandre YI.

i Flod., Chron., ann. 961.— Labbe, tom. ix, 647.

2 Labbe, lom. ix, G 12.

3 Labbe, tom, ix, 6b9.— Maniî, XTiii.

4 L.-F. Guilltixat, A. Bost, Puaux, Malau, Louis Durand^ etc.; etc.

Maints auteurs catholiques ne se sont pas exprimés dans un autre sens; voici comment Bérault-Bercastel commente la mort de ce Pontife : a Enfin le moment arriva où il plut au Ciel de tirer l'abomination du lieu saint, démettre fin à la profanation de la chaire apostolique, à l'opprobre et aux gémissements de l'Eglise romaine, au fléau des Romains et de l'Italie entière, au scandale de tout le monde chrétien \ «Heureusement qu'ici encore la lumière commence à se faire. Sans doute Alexandre VI a été coupable ; mais Muratori, Voltaire, Roscoë, de Mathias, Audin et Rhorbacher ont prouvé qu'il l'était beaucoup moins qu'on ne Ta cru trop longtemps. « Pour juger une vie où l'ombre trop souvent se mêle à la lumière, dit ce dernier écrivain, il faut bien se garder de s'en rapporter aux pasquinades d'un poète de cour comme Sannazar , dont l'épîgrammo, du reste, est aujourd'hui contestée, au témoignage de Guichardin qui ne dissimule pas sa haine toute florentine pour les Borgia; encore moins au journal d'un Allemand qui, en véritable Teuton , cherche toujours à prendre en défaut Phomme du Midi : on risquerait de s'égarer. Temps afl'reux que ceux où vécut Alexandre, où

i Hist, gén. de l'EglisC; vi; 582, rcvuo par M. le baron Henrion.

répîgramme fait souvent l'office du poignard, et la poésie, de l'histoire \ » La critique, dit M. Martinet , va déchargeant la mémoire d'Alexandre VI, tout en lui laissant la flétrissure de grands vices mêlés à de grandes qualités. » Indiquons les principales rectifications déjà acquises à l'histoire.

Accusation d'immoralité. « Avant d'embrasser l'état ecclésiastique, Rodrigue Lenzuoli était officier dans les armées du roi d'Espagne. C'est à cette époque, et en garnison à "Barcelone 9 qu'il tint la conduite déréglée qu'on iui a justement reprochée depuis. Nous n'avons garde de l'excuser , mais il ne faut pas attribuer au Pape les désordres du laïque, du jeune homme , du militaire.

Rodrigue , devenu le cardinal de Borgia, fut nommé successeur d'Innocent VIII le 11 août 1492 : il avait alors soixante-un ans. « Ce n'est j)lus l'âge des folies scandaleuses; pour y croire, il faut d'autres garanties que des contes et des satires 2. Les habitudes de sobriété et de travail ([u'il s'imposa malgré son grand âge protestent i )ntre la réputation de mollesse qu'on a voulu lui faire ; les mesures énergiques qu'il prit contre

1 Hist. de Uon X, lom. i, 299.

2 Uhorb., lliil rmii»., 83.

les fonctionnaires prévaricateurs témoignent de son esprit de justice.

«Sous Alexandre VI, dît Audin qui a recueilli ces détails dans les auteurs contemporains, le pauvre comme le riche put trouver des juges à Rome; peuple, soldats, citoyens se montrent attachés au Pontife même après sa mort, parce qu'il avait des qualités vraiment royales. La nuit, Alexandre dormait à peine deux heures ; il passait à table comme un ombre, sans s'y arrêter; jamais il ne refusait d'ouïr la prière du pauvre; il payait les dettes du débiteur malheureux, et se montrait sans pitié pour la prévarication ^ »

Mais les crimes de trahison , d'inceste , d'empoisonnement f^Hon lui a reprochés ? Nous allons voir ce qu'il faut en penser.

Luo'èce Lcnzuoli. Une épitaphe satirique, telle est la première origine du réproche d'incon* duite que l'on a fait à Lucrèce ^. Cette calomnie, plus ou moins répétée ensuite par des poètes napolitains et par un historien, Guichardin, tous ennemis politiques des Borgia, est démentie par

1 Hist. de Léon X, l, 299.

2 et La licence du siècle oi( Lucrèce vécut donne aux accusationi d« ce genre une prohabililé qu'elles n'auraienl point dans un aulrc temps; mais on remarquait sui tout le mensonge et la calomnie parmi les vîtes qui régnaient alor». » (Roscoë, Vint Ponlif. de Léon X, i, 36.)

le témoignage formel d'une foule d'autres auteurs également contemporains , qui représentent Lucrèce comme une femme accomplie , non-seulement sous le rapport de Tesprit et de la beauté , mais encore sous celui de la vertu. On peut citer en particulier Giraldi , Sardi, Libanori ^ , qui font l'éloge le plus complet de la duchesse de Ferrare. D'après ces trois historiens, Lucrèce, par ses brillantes qualités et ses rares vertus, était digne de devenir l'épouse d'Alphonse et la belle-fille d'Hercule d'Esté , les deux princes les plus illustres et les plus honorables de leur siècle. Un autre historien du temps, Caviceo, en parlant d'une des femmes les plus parfaites en tout qu'il y eût en Italie, de la célèbre Isabelle d'Esté, fille d'Hercule P* duc de Ferrare, épouse de François de Gonzague marquis de Mantoue, dit qu'il pense l'avoir suffisamment louée en déclarant qu'elle approche de la perfection de Lucrèce Borgia^. Bembo raconte que « la duchesse de Ferrare désirait plus d'acquérir des connaissances utiles que d'orner sa personne de superbes vêtements, et qu'elle consacrait à la lecture ou à

4 Gica\ài, Comment, délie cosedi Ferrare, ISI.—Sar.li, lîist. Ferrar., x.—Mazucelli, Scrillori d'Ilalia, t. v, p. -198.

2 Storia d'ogni poesia de quadrio, t. ii, p. 70.

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la composition tous ses moments de loisir , afin de surpasser les autres femmes aussi bien par les charmes de son esprit que par la beauté de sa personne , et de mériter plutôt sa propre approbation que les éloges du reste du monde, quelque grands qu'ils pussent être \ » L'Arioste, dans un épithalame latin, représente Lucrèce comme égalant en vertu aussi bien qu'en beauté les femmes les plus accomplies qu'on ait vues jusqu'alors'- ; et lorsque, dans son immortel poème, il élève un temple à l'excellence féminine, il donne la première place d'honneur à la moderne Lucrèce qui, en vertu et en beauté , l'emporte sur l'ancienne. « La première inscription , dit-il, qui frappa les yeux de Picynauld, nommait avec un long détail de louanges Lucrèce Borgia , dont les vertus et la beauté doivent être préférées par Rome sa patrie à celles de l'ancienne Lucrèce. » Deux des poètes de l'Italie les plus célèbres accompagnent les héroïnes que Tauteur fait entrer dans son temple, et doivent en célébrer les louanges. Ceux qu'il a placés auprès de Lucrèce Borgiasont Hercule Strozzi et Antoine Tebaideo '. En effet,

i p. Hembo, Asohiii.

2 Pulcbro oie et puicluis œ(juanleiu inoribus, aut quai

Vera forma refei!, aulquassibi fabula finxit. {Cartn. illustr. poet. liai., i.)

9 Mirb KiiiaMo a lurnc fletloppiori

ces deux lauréats de F.errare célèbrent souvent dans leurs vers Je mérite de Lucrèce. Strozzi lui a dédié plusieurs de ses poèmes , et dans une ^e ses élégies il l'appelle « la céleste , la divine Lucrèce, l'astre le plus brillant et le plus pur qui ait apparu sur les rives de FHespérie \ » Les littériateurs Cornazano, auteur de la Vie de la Vierge et de la Vie de Jésus-Christ, George Robuste d'Alexandrie, Luc Valenziano de Tortone, lui ont pareillement dédié leurs ouvrages. Mais n'oublions pas le témoignage d'un homme dont le caractère irréprochable ne permet pas qu'on le soupçonne de flatterie; nous voulons parler du célèbre imprimeur Aide Manuce : « Votre principal désir , ainsi que vous l'avez si nobleniQiit assuré vous-même, lui dit-il dans une dédicace, est de plaire à Dieu et d'être utile non-seulement à vos contemporains, mais aux générations futures, afin qu'en sortant de cette vie vous puissiez laisser des monuments qui prouvent que ce

La prima inscriltioii cli' agli occhi occorro Con luugo onor Lucrelia Borgia noma } La cui bclleza e onesla prepone Dcve a l'anllca la sua pallia Romt.

I duo clic voliilo han sopra se lorra Tanlo excelleulc ed onorata soma Noma lo scrillo, Anlonio Tehaldco ,

Ercole Slioiza; un Lino, ed uno Oifco. (Cant. 42, itr. 83.) 1 Strozzi , ad divnm Jjucrtliam Borgiam, Op. 53.

ne sera pas en vain que vous avez vécu. » Aide Manuce loue ensuite avec chaleur la piété, la libéralité, la justice et l'affabilité de cette princesse. Si elle avait été coupable des crimes dont on Taccuse encore , la prostitution de son panégyriste aurait surpassé la sienne. Mais plusieurs des écrivains que nous avons déjà cités étaient incapables d'une pareille bassesse.

Enfin , ajoutons que Léon X , à qui Lucrèce avait demandé des avis et des consolations, a loué la régularité de sa conduite.

Le protestant Roscoë termine^iar ces paroles sa Dissertation sur le caractère de Lucrèce, qui nous a fourni les documents que nous venons de résumer : a Selon toutes les règles du raisonnement et d'après la connaissance du cœur humain, il est presque impossible que Tincestueuse, que Tabominable Borgia ait été la même personne que cette duchesse de Ferrare qui a été si respectable et si honorée \ »

Assassinat du duc de Gandie. Loin d'y prendre part , Alexandre VI fut atterré de ce malheur. « Dès qu'il en eut connaissance, il se renferma soudain et versa des larmes. Ses officiers et le cardinal de Ségovie frappèrent à sa porte, et, par

4 Vie et Toulifical de Léon X, l, S88.

leurs représentations et leurs instances, ils l'engagèrent à leur ouvrir. Depuis le mercredi soir jusqu'au samedi à pareille heure le Pape ne prit aucune nourriture, et il passa sans dormir toute la nuit du jeudi au vendredi, A la fin, cédant aux supplications qu'on lui faisait , il commença à modérer sa douleur et a sentir qu'à force de s'y livrer il nuirait à sa santé \ Ce fut à cette époque qu'il prit la résolution d'abdiquer la papauté. Le roi Ferdinand, consulté à ce sujet , lui répondit que cette affaire méritait une grande délibération , et qu'il fallait au moins attendre que son affliction fut calmée. Il nomma , de plus , une commission de six cardinaux pour travailler au rétablissement de la discipline ecclésiastique ^. ï> Roscoé disculpe même Gésar Borgia à qui Thistoire italienne , sur des preuves insuffisantes , avait attribué ce meurtre. Il trouve que l'accusation de Guichardin, qu» suppose que César a été poussé à ce crime par l'ambition et la jalousie, est destituée de vraisemblance ; il blâme le compilateur Moreri de l'avoir reproduite. «Ainsi, dit-il, pour convaincre un homme d'un crime il ne faudrait que l'accuser d'un autre crime aussi mal fondé, et qualifier de preuves convaincantes

i DlircarJ, Diarium de cœde ducis Gandiœ. 2Uavuald, i<i07, iv, 8.

cette vaine accusation. » Il s'indigne contre les fictions de Gordon , dont la manière d'écrire met riiistoire au-dessous des romans ^

La mort ^ de Zizim. Giannone avait accusé Alexandre YI d'avoir fait empoisonner le frère du sultan Bajazet. M. de Mathias a prouvé que Zizim était mort à Capoue , dans le camp mênae de Charles Vin roi de France, atteint de la dyssenterie qui régnait à cette époque.

Le massacre de Sinigaglia. 11 est réel, mais il faut rimputer au commandant des troupes pontificales, et non au Pape lui-même. Alexandre VI avait donné à César Borgia la mission d'aller combattre et vaincre ses ennemis, il ne lui avait pas indiqué les moyens à prendre pour arriver à ce but. César les employa tous , la force ouverte d'abord, et la ruse ensuite. Sa devise était : atU Cœsar, aut nihil. Vrai disciple de Machiavel , il aurait pu ajouter en exergue : Virtiis an dolus , qiiis in hosle requirat.

Mais pourquoi choisir un pareil général en chef? Les circonstances l'expliquent. Alexandre VI, en 1502, allait se trouver dans la même position qu'en 1495 : à l'extérieur, les Vénitiens qui se préparaient à lui déclarer la guerre;

A Vie et PonllEcat de Léon X; l, 290.

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Louis XII qui pouvait renouveler contre lui , et avecle même succès, Texpédition de Charles Vltl; à l'intérieur, des vassaux qui avaient projeté ou de l'abandonner ou de le trahir, et dont plusieurs s'étaient déjà révoltés. Le danger était extrême; pour le conjurer , il jeta les yeux sur le duc de Valentinois dont il connaissait le caractère énergique et le dévouement absolu. Celui-ci entre en campagne; un bourreau le suit, Machiavel est son conseiller. Quelques semaines après, les Colonne avaient déposé aux pieds du Pape les clefs de leur forteresse , les Savelli étaient dépouillés de leurs biens , les Ursins , plus coupables, entièrement exterminés , les autres feudataires s'empressaient de se soumettre, et Alexandre recevait les félicitations des ambassadeurs de Florence et de Venise \

A II faut observer , comme circonstances alténuanles , que les Ursint tTaient ouvert les portes de Rome a l'ennemi quatre ans auparavant; que, plus récemment, ils venaient de former le projet de secouer le joug du vieux Pontife ; que l'un d'eux, Oliverolo Tcrmo, avait l'année précédente assassiné le seigneur de Florence, son oncle, pour régner à sa place. Aussi les Forcntins, dos qu'ils apprirent la mort d'Oliverolo, s'cmpressèrenl-ils d'envoyer un des leurs, Jacob Salviati, féliciter César du succèi de sa Irabison.

Singulière destinée des Borgia! ils sont la terreur des grands, el ils »ont aimés des peuples : pas une émeute populaire n'a troublé le cours du ponliGcat d'Alexandre VI; et, après sa mort, les villes de la Romagne no veulent obéir qu'à César son fils. « Plusieurs villes de la Romagne, dit Cuicbardin, qui avaient éprouvé que les aacieus ]prioc«s u'avaieiit d»

Mort du Pape. Qui n'a lu qu'Alexandre VI était mort en buvant , par mégarde , d'un vin empoisonné préparé pour un cardinal^? Cette fable a été mise à nu par la publication du journal de la maladie du Pape , des lettres de Fambassadeur de Florence , et d'autres manuscrits découverts par Muratori et Raynald. Voici le premier de ces documents : «Le samedi, douzième jour du mois d'août au matin , le Pape se sentit mal portant; après vêpres survint la lièvre, qui fut continue; le 15, on lui tira près de treize onces de sang, et il eut la fièvre tierce. Le jeudi 17, il prit médecine; le vendredi 18, vers la douzième lieure , il se confessa au seigneur Pierre évéque de Culm, qui dit ensuite la messe en sa présence, et après sa communion donna le sacrement de TEucharislie au Pape assis dans son lit. Cinq cardinaux étaient présents, auxquels le Pape dit qu'il se trouvait mal. Vers l'heure de

force que pour les opprimer, demeurèrent fidèles à leur nouveau souverain (César Borgia). H dut cet avantage au soin qu'il avait eu de leur fuire administrer exactement la justice, de les délivrer des bandits qui les pillaient sans cesse, et d'étouffer ces querelles qui pioduiseni tant d'animosités. [Ilist. d'ital., liv. v). Ni la défection d'autres places, ajoute Uoscoc, ni les préparatifs que les Véniticnsavaient faits pour surprendre ces villes, ne purent ébranler leur fidélité. » (Liv. ii, c. 16.)

À Pour profiter de la riche succession du cardinal de Cornctlo , il fit partie avec le Pape d'aller souper chez lui le 17 août, et y fit porter du vio «mpoisonaé. (Morcri, art. Uorgia César.)

vêpres, ayant reçu rExtrême-Onction de Tévêque de Ciilm, il expira en la présence du dataire et de révêque*. » Les journaux manuscrits que citent Raynald et Muratori, notamment THistoire d'Alexandre Sardi, rapportent exactement les mêmes choses ^ Raynald cite en outre le registre des sommes que les cardinaux eurent à payer pour contribuer aux frais de la guerre déclarée aux Turcs en 1302 par la bulle Cum per^fidissimi Tiircœ: on remarque que le cardinal Cornaro fut exempt de toute imposition, vu, dit le rôle, qu'il n'a point de revenus : Niillos habet redditus ^. Or c'est un de ceux que César Borgia, au dire de Guichardin, voulait empoisonner, afin dégrossir de son héritage les trésors du Pape.

« Bertrand Costabile, dit l'auteur des Annales d'Italie, qui était alors ambassadeur de Ferrare à Rome, et Nicolas Boucane de Florence, ami intime du gonfalonier Soderini, dans dix lettres écrites par eux en l'espace de cinq jours au duc et au cardinal d'Esté, et lues par nous, montrent

\ Burcard, Diavium, Noi. tur Us Mess, du roi, l, 4 18.

2 Raynald, 1303, n. il.

8 A. D. cardinalis Borgia pro ducatis decem millibuaducatoi raille; A. [). cardinalis Cornarus , qui nullos babet rcddilus, oibil. (R&yQ<, <500, n. 9.)

que la mort du Pape fut causée dans l'espace de huit jours par là fièvre tierce qui régnait cet été à Rome; qu'ayant été attaqué le dixième d'août, sans que la saignée ni la manne pussent le calmer, il expira le soir que nous avons dit \ »

Voltaire lui-même, si hostile à l'Eglise et aux Papes, a été révolté des allégations calomnieuses de Guichardin. « Oui, sVcrie-t-il , j'ose dire à Guichardin : l'Europe a été trompée par vous, et vous l'avez été par votre passion ; vous êtes l'ennemi du Pape, vous en avez cru votre haine et les actions de sa vie. Il avait, à la vérité, exercé des vengeances cruelles et perfides contre des ennemis aussi perfides et aussi cruels que lui : de là vous concluez qu'un Pape de soixante-quatorze ans n'est pas mort d'une façon naturelle ; vous prétendez, sur des rapports vagues, qu'un vieux souverain, dont les coffres étaient remplis alors de plus d'un million de ducats d'or, voulut empoisonner quelques cardinaux pour s'emparer de leur mobilier; mais le mobilier était- il si important? ces effets étaient presque toujours enlevés par les valets de chambre, avant que les Papes pussent en saisir quelques dépouilles. Comment pouvezvous croire qu'un homme prudent ait voulu ha*

i Mur»tori, Annati d'Ilalia, ann. <303.

sarder, pour un aussi petit gain» une action aussi infâme, une action qui demandait des complices et qui tôt ou tard eût été découverte? Ne dois-je pas croire le journal de la maladie du Pape, plutôt "que le bruit populaire? Ce journal le fait mourir d'une fièvre double tierce ; il n'y a pas le moindre vestige des preuves de cette accusation intentée contre sa mémoire. Son fils Borgia tomba malade dans le temps de la mort de son père : voilà le seul fondement de l'histoire du poison \ »

Les actes pontificaux cVAlexandre^ VI. Us témoignent tous d'un zèle éclairé et persévérant pour les intérêts de l'Eglise.

Il adressa plusieurs brefs aux rois de Pologne et de Hongrie pour les exhorter à extirper de leurs états l'erreur des Hussites; il exigea qUe iesrois d'Espagne et de Portugal envoyassent des missionnaires dan? les nouvelles terres que leurs capitaines, après Christophe Colomb, venaient de découvrir ou pourraient découvrir dans la suile. «k rSous NOUS assurons la possession de ces îles" et terres fermes, dit-il dans sa bulle du 4 mai 1493, mais à condition qu'en vertu de la sainte obéissance à mes ordres, et suivant les promesses que

< Ditserta'.iou sur la mort d'Henri IV,

VOUS nous en avez faites et que nous ne doutons pas que vous exécutiez, vous ayez grand soin d'envoyer des honjmes savants, expérimentes et vertueux pour en instruire les habitants dans la foi catholique et dans les bonnes mœurs \ »

11 réorganisa les ordres militaires en Portugal et en Espagne, et, sur les prières de Charles VIII, en approuva un nouveau en France, celui de Saint-Michel fonde par Louis XI. Il condruia Tordre des Minimes, fondé par saint François de Paule, et déjà approuvé par Sixte IV; celui des Filles pénitentes, dont le nom indique le but; celui des Annonciades, institué par Jeanne do Valois. Il publia le jubilé de Tannée séculaire 1500, et permit aux fidèles éloignés de Rome d'en gagner les grâces sans visiter la capitale du monde chrétien , pourvu qu'ils contribuassent selon leurs moyens aux frais de la croisade contre les Turcs. Il rétablit quatre évèchés en Espagne. Il nomma le cardinal d'Amboise légat apostolique en France. Il força Ximenès , dont il connaissait le mérite, à accepter Tarchevêché de Tolède, le premier siège d'Espagne. 11 défendit aux imprimeurs depublieraucun ouvrage traitant de questions religieuses, sans en avoir obtenu

4 R&yaald; ana. 4 498.

au préalable la permission de Tévêque du diocèse. Mais ce qu'il avait à cœur surtout, c'était de prendre des mesures efficaces pour mettre l'Europe chrétienne à l'abri des attaques sans cesse renaissantes des Turcs. Si on l'avait cru, tous les princes chrétiens auraient fait une sainte alliance contre l'ennerpi commun : le roi de Portugal se serait emparé de Fez, Méquinez et Maroc; Ferdinand et Isabelle auraient envoyé les vainqueurs de Grenade à la conquête de Tunis et d'Alger ; les Hongrois et les Polonais auraient tenu en échec l'armée de Bajazet; les autres rois de rOccident auraient marché sur Constantinople en même temps que les chrétiens d'Orient, sous le commandement de Constantin roi de Géorgie, l'auraient attaqué de leur côté, et que les Vénitiens avec les chevaliers de Rhodes se seraient rendus maîtres de la mer. Les rois de l'Europe chrétienne préférèrent se quereller entre eux, et de misérables rivalités firent échouer un plan dont l'exécution n'eût été rien moins que la ruine complète de la puissance musulmane.

Qu'on ne s'y trompe pas, toutefois : nous devions la publication de ces détails à la vérité de Thistoire , mais non au besoin de notre cause. Sur une vingtaine de Papes dont le fougueux Dâ-

vîdson a trouvé la conduite répréhensible, on convient généralement aujourd'hui qu'une quinzaine ne méritaient pas de figurer sur ce catalogue d'ignominie ; et voilà que l'histoire prouve de plus en plus que, si les quatre ou cinq qui y restent , irrépréhensibles comme Papes , ont eu . des torts comme hommes , leur mémoire même sous ce dernier rapport a été extrêmement calomniée.

Mais admettons qu'il n'en soit pas ainsi ; supposons vrais tous les reproches qu'on a adressés à Jean XII, à Benoît IX, à Alexandre VI, à quatre, à huit, à quinze Papes, si l'on veut. — Ce ne serait pas encore la proportion d'un Judas sur douze Apôtres; ci s'il y en avait quinze qu'il faudrait écouter et non imiter, il y en aurait encore deux cent quarante que l'on pourrait tout à la fois écouter et imiter. — Peut-on en conclure que la succession apostolique a été interrompue? Non; le péché souille le caractère sacerdotal , il ne l'efface pas. Le péché fait perdre la grâce sanctifiante, il ne fait pas perdre la juridiction; c'étaient des Papes indignes, mais c'étaient de légitimes Papes. Peut-on conclure que les Papes ne sont pas infaillibles? Non; nous l'avons déjà dit, l'impcccabilité n'est pas l'infaillibilité; ce dernier privilège semble au contraire

resplendir d'un nouvel éclat, quand celui qui Fexerce tient une conduite opposée à ce qu'il enseigne. Vous dites que Benoît IX était un enfant; et lorsqu'il prend la plume pour rédiger un décret, il a la sagesse d'un vieillard ! Vous dites que Jean XII, élevé dans les plaisirs, adoré des Ro- , mains, élu gouverneur de Rome à dix-huit ans^ continua d'avoir des mœurs déréglées après son élévation au suprême pontificat; et on le voit nommer de dignes évèques aux Eglises vacantes, discuter avec exactitude des points de droit canon et de doctrine ! Vous appelez monstre Alexandre VI ; et à peine ce Pape apprend-il la découverte d'une terre , d'une île nouvelle , qu'il s'empresse d'y faire envoyer des missionnaires pour y prêcher l'Evangile! Consulté par les Eglises ruthéniennés sur diverses questions de dogme, il répond en théologien consommé î

Peut-on s'empêcher de voir dans ces faits une preuve nouvelle que l'assistance d'en haut n'abandonne jamais l'Eglise? Presque toujours les Papes ont été tout à la fois, comme ils le devaient, les guides et les modèles du peuple chré- lien. Dieu a permis que quelques-uns n'aient rempli que la moitié de celte obligation, afin de montrer «que la conservation de son Eglise ne dépend pas, comme celle des empires temporels, de

la prudence et de la vertu de ceux qui la gouvernent, mais de relficacité de la promesse qu'il a faite de ne l'abandonner jamais *. »

4 Baroai.| Ann^, êd ani». 897«

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