‹ L'histoire et l'infaillibilité des papesChapitre 27 sur 70 · I.'un veut que, plein d'amour pour loi · texte numérisé non relu

I.'un veut que, plein d'amour pour loi

Mon cœur le soit toujours fidèle; L'autre, a le» volontés rebelle, Me révolte contre ta loi.

En Jésus-Christ il n'y en a qu'une seule : // n'a jamais ressenti cette loi des membres^ il ri' a jamais eu deux volontés différentes ou contraires qui ne pouvaient exister en lui né au-dessus de la nature humaine.

La partie du discours qui suit la phrase incriminée, comme celle qui la précède, indique donc ([u'Honorius , en récrivant, admettait en Jésus- Christ deux natures et deux volontés naturelles, et prétendait exclure seulement deux volontés de son humanité.

Voyons maintenant ce qu'ont dit sur ce sujet les écrivains contemporains :

Le pape Jean IV ayant appris que Constantin avait succédé à son père Héraclius, se hâta de Uii écrire pour le féliciter de son avènement à l'empire , et en même temps pour le prévenir

contre les efforts que faisait Pyrrhus, patriarche de Constantinople , pour lui faire adopter ses erreurs et renouveler auprès de lui les calomnies qu'il avait répandues contre le pape Honorius.

Après avoir manifesté la joie qu'il a ressentie de voir que Dieu l'avait appelé à l'intégrité de la foi , et l'espoir que par son aide la vérité allait triompher de l'erreur, il disculpe en ces termes le pape Honorius :

« Le patriarche Sergius de vénérable mémoire écrivit à Honorius, pontife de sainte mémoire de la ville de Rome, que quelques-uns admettaient en Jésus-Christ deux volontés contraires. A quoi ledit Pape répondit que notre Sauveur, de même qu'il est une seule personne, de même il a été conçu et il est né d'une manière qui surpasse l'humanité : tout ensemble Dieu parfait et homme parfait, afin que , né sans péché , il renouvelât la noble origine de la première image que le premier homme a perdue par sa prévarication. Le second Adam , né sans péché , a pris du premier , suivant la création primitive , la volonté une et naturelle de son humanité, mais non les deux volontés contraires que l'on sait que nons avons, nous qui sommes engendrés du péché d'Adam; en sorte qu'en nous la chaii convoite contre l'esprit et Trsprit contre la chair,

tandis qu'en lui la volonté de sa chair ira jamais résisté à la volonté de son esprit. Nous disons donc et nous confessons en Jésus-Christ une seule volonté de son humanité sainte , et non les deux volontés contraires de Tesprit et de la chair, comme on sait que disent insensément quelques hérétiques. C'est donc ainsi que notre prédécesseur a répondu à la question du patriarche Sergius : qu'il n'y a pas dans notre Sauveur deux volontés contraires, parce qu'il n'a rien pris de vicieux de la prévarication du premier homme. Et si quelqu'un , peu instruit, voulait lui faire un reproche de n'avoir parlé que de la nature humaine, et non pas aussi de la nature divine, il doit savoir qu'on a fait la réponse suivant la demande. Nous donc , en conséquence du péché d'Adam, nous avons eu deux volontés contraires , en sorte que l'aiguillon de la chair résiste quelquefois à l'esprit , et que quelquefois la volonté de l'esprit s'efforce de combattre celle le la chair. Mais Notre-Seigneur n'a pris qu'une volonté naturelle de l'humanité, dont il était ab- >olument le maître comme Dieu à qui tout obéit. Mon prédécesseur a donc enseigné qu'il n'y a X)int en Jésus-Christ deux volontés contraires :omme en nous autres pécheurs , ce que queljues uns tournant en leur sens propre, l'ont

soupçonné d'avoir enseigné une seule volonté de sa divinité et de son humanité : ce qui est entièrement contraire à la vérité \ »

Maxime voyant Terreur envahir, malgré ses efforts, la cour d'Héraclius , donna sa démission de secrétaire et s'enferma dans le couvent de Chrysopolis près de Chalcédoine , dont il fut bientôt élu abbé. La crainte des Perses et des Arabes le fit passer en Occident , et il s'arrêta en Afrique. Pyrrhus qui , sans donner sa démission régulière de patriarche, avait été obligé de quitter Constantinople, s'y trouvait en même temps. Une conférence eut lieu entre ces deux illustres personnages en présence du patrice Grégoire, gouverneur d'Afrique, de plusieurs évéques et d'une multitude de témoins. Toutes les objections proposées par Pyrrhus furent réfutées avec une admirable justesse. Après les difficultés tirées de la nature de la chose, vinrent les difficultés tirées de l'autorité. Pyrrhus essaya de faire intervenir Vigile dans le combat , puis il amena Honorius. Mais laissons parler les deux champions :

Pyrrhus. « Soit pour Vigile! mais que pouvezvous dire d' Honorius qui, dans sa lettre à mon

\ Labbe, v, lTo9.

20A prédécesseur, a enseigne clairement une volonté en Jésus-Christ?

Maxime. « Qui donc est plus digne de foi quand il s'agit d'expliquer cette lettre , celui qui Ta écrite, qui vit encore et éclaire tout l'Occident par sa doctrine et sa vertu ', ou ceux de Constanlinople qui parlent des choses comme il leur plaît ?

Pyrrhus, «Celui, sans contredit, qui a écrit la lettre.

Maxime, « Eh bien ! le même secrétaire qui avait écrit la lettre d'Honorius a écrit à l'empereur Constantin au nom du pape Jean : Quand nous avons dit une volonté en Notre-Seigneur, nous parlions non de sa divinité et de son humanité tout à la fois, mais de son humanité seulement ; car Sergius nous ayant écrit que quelquesuns admettaient dans le Christ deux volontés contraires, nous avons répondu que Jésus-Christ n'avait pas comme nous depuis notre péché deux volontés contraires, celle de la chair et celle de l'esprit, mais une seule qui caractérisait son humanité. Ce qui le prouve clairement, c'est que

-I Quis eplstolœ illius fidci dignus erlt inlcrprcs? qui eara ex personà Uonorii composuit et vivit adhuc, inicr alla sua Loua, boc cliani conspicuus qubd pielatis dogmatibus universiiin illustrayit Occidenlcm ? an Conslantinopoli de corde suo loquen!.??. ^S. Max.» in Dial. cuit Pijrrho.)

nous parlons aussitôt des membres et de la chair, choses qui ne peuvent s'entendre de la divinité. On demandera peut-être pourquoi , en parlant de l'humanité du Christ, nous n'avons point fait mention de la divinité. Nous répondrons premièrement que nous avons fait la réponse suivant la question, et ensuite que nous avons suivi la coutume de l'Ecriture qui parle tantôt de sa divinité et tantôt de son humanité \ »

D'où l'on voit que la lettre écrite par Jean IV pour la défense d'Honorius a d'autant plus d'autorité, qu'elle a été écrite par le même secrétaire qui avait écrit celle d'Honorius.

Le même saint martyr et abbé Maxime dit dans sa lettre au prêtre Marin :

« Je suis persuadé que le pape Honorius, en parlant dans sa lettre à Sergius d'une volonté , n'a pas nié les deux volontés naturelles , mais qu'au contraire il les a établies , car il a exclu seulement la volonté charnelle et vicieuse. La raison qu'il en donne le prouve, savoir : que la divinité a pris notre nature, et non pas notre péché ^. »

Plus loin il ajoute :

i Labbe, v, 1783.— Op. S. Max., ii, TÙO.

2 Labbe, v, 1703.

« L'abbé Anastase étant allé à Rome et s'informant pourquoi et comment il se trouvait dans la lettre à Sergius l'expression d'une volonté, les principaux personnages le déploraient et Fexcusaient. Mais le saint abbé Jean, qui avait dicté la lettre en latin, assura qu'il n'avait aucunement fait mention d'une volonté numériquement une, quoique la chose y ait été interpolée par ceux qui ont rendu la lettre en grec, et qu'enfin on n'avait aucunement pensé exclure la volonté naturelle du Sauveur en tant qu'homme , mais seulement la volonté vicieuse qui est en nous '. »

Au point de vue de la doctrine, les lettres d'Honorius sont donc irréprochables; le sontelles également en tant qu'elles prescrivent une règle de conduite à suivre ?

Nous remarquerons d'abord que ni Pyrrhus , ni Jean lY, ni Maxime ne parlent de la défense faite par Honorius de dire ime ou deiix volontés : ce qui porterait à croire que dans les copies que

^ Op. s. Max., II, 120.

2or

faisaient courir les Grecs, et dont les Latins, dans leur simplicité , contestaient rinfidélité le moins possible , ce passage n'existait pas.

Nous dirons ensuite qu'en admettant le texte, et en regardant cette défense comme injustiliable , il résulterait que le Pape s'est trompé en prescrivant une règle de conduite, mais non en définissant un article de foi. Sa prudence eût-elle été en défaut, sa doctrine est toujours restée intacte.

Ces réserves faites, nous dirons qu'en effet cette mesure est très-difficile à justifier, qu'elle favorisa Terreur aux dépens de la vérité , comme l'avenir ne le montra que trop, et qu'elle plut extrêmement aux hérétiques. Il suffit, pour s'en convaincre, de se rappeler qu'ils avaient voulu en faire une loi de l'empire en la faisant décréter par l'empereur, et qu'ils mirent tout en œuvre pour la faire approuver par les successeurs d'Honorius.

Toutefois la justice veut qu'on observe qu'à Rome on ignorait les manœuvres qui se tramaient en Orient. Les Papes tâchaient bien d'être instruits de tout ce qui se passait à Constantinople, mais ils n'y réussissaient pas toujours : leurs légats y étaient souvent mal reçus ; d'autres fois on les comblait d'honneurs , mais on organisait autour d'eux une telle surveillance qu'ils n'apprenaient des événements que ce que Ton

voulait. Aussi le clergé romain redoutait-il d'aller remplir les fonctions de nonce à Constantinople, et Grégoire F' se plaignait, dans une lettre, de ce qu'il pouvait trouver à peine un ecclésiastique qui consentît à être son agent auprès de Tempereur \

11 faut observer encore que la lettre de Sergius est tellement remplie d'artifice et de déguisement, et que le patriarche Sergius changeait si souvent de langage, comme nous Tapprend Maxime, qu'il n'est pas étonnant qu'Honorius n'ait compris ni la question ni les circonstances où Ton se trouvait. Jusque-là, du reste, Sergius n'avait rien publié en faveur de la nouvelle hérésie, et il était en communion avec toutes les Eglises.

Peut-être aussi le Pape a-t-il cru que sa suprême autorité lui permettait d'ajourner l'usage de telle ou telle expression, et qu'il suffisait d'exprimer exactement le dogme sans le faire d'une manière qui, par sa nouveauté, paraissait inopportune.

Nous trouvons dans l'histoire des exemples de concessions analogues. Saint Augustin, en disputant avec les Ariens , dit qu'il consent à ne pas parler du concile de Nicée s'ils veulent ne pas parler du concile de Rimini. Saint Basile n'obli-

1 Lib. Il, Epist. 4S.

geait pas les Macédoniens à dire expressément que le Saint-Esprit est Dieu , il leur demandait simplement de confesser la foi de JVicée, de déclarer qu'ils ne croyaient pas que le Saint-Esprit fût une créature, et de promettre de ne pas communiquer avec ceux qui le croyaient tel. Le même Père, dans ses écrits et ses discours publics, s'abstenait de donner formellement le nom de Dieu à la troisième personne de la sainte Trinité, quoiqu'il usât de termes équivalents , et qu'il établît sa divinité par des preuves invincibles \

Un moine étant à table avec Grégoire de Nazianze et quelques amis, parla ainsi de saint Basile :

« Je viens de la fête du martyr Eupsychius , et là j'ai ouï le grand Basile parler merveilleusement bien de la divinité du Père et du Fils ; pour le Saint-Esprit^ il a passé à côté. D'où vient donc, ajouta -t- il en regardant Grégoire, que vousmême vous parlez clairement de la divinité du Saint-Esprit, comme vous fîtes en une telle assemblée , et que Basile en parle obscurément et avec plus de politique que de piété? — C'est, répondit Grégoire, que je suis un homme caché et peu connu; aussi je parle sans conséquence.

l)asile est illustre par lui-même et par son Eglise;

t s. Cejt. Naz., Epist. H 3.

Page 1