TOME n. 2à
la composition tous ses moments de loisir, afin de surpasser les autres femmes aussi bien par les charmes de son esprit que par la beauté de sa personne, et de mériter plutôt sa propre approbation que les éloges du reste du monde, quelque grands qu'ils pussent être \ » L'Arioste, dans un épithalame latin, représente Lucrèce comme égalant en vertu aussi bien qu'en beauté les femmes les plus accomplies qu'on ait vues jusqu'alors^ ; cl lorsque, dans son immortel poème, il élève un temple à l'excellence féminine, il donne la première place d'honneur à la moderne Lucrèce qui, en vertu et en beauté , l'emporte sur Tancienne. « La première inscription , dit-il, qui frappa les yeux de Reynauld, nommait avec un long détail de louanges Lucrèce Borgia , dont les vertus et la beauté doivent être préférées par Rome sa patrie à celles de Tancienne Lucrèce. » Deux des poètes de l'Italie les plus célèbres accompagnent les héroïnes que l'auteur fait entrer dans son temple, et doivent en célébrer les louanges. Ceux qu'il a placés auprès de Lucrèce Borgia sont Hercule Strozzi et Antoine Tebaldeo ^ En effet ,
Pulchro ore el pulchris aequanlem moribns, aut quas Vera forma refert, aut quas sibl fabula finxit. {Carm. illuslr. fioet. liai., i.) 5 Mirb UvnalJo a lumc de doppieri Le donne ad una ad una cl cavalicri.
cos deux lauréats de Ferrare célèbrent souvent dans leurs vers le mérite de Lucrèce. Strozzi lui a dédié plusieurs de ses poèmes , et dans une de ses élégies il l'appelle « la céleste , la divine Lucrèce, l'astre le plus brillant et le plus pur qui ait apparu sur les rives de THespérie \ » Les littérateurs Cornazano, auteur de la Vie de la Vierge et de la Vie de Jésus-Christ^ George Robusto d'Alexandrie, Luc Valenziano de Tortone, lui ont pareillement dédié leurs ouvrages. Mais n'oublions pas le témoignage d'un homme dont le caractère irréprochable ne permet pas qu'on le soupçonne de flatterie; nous voulons parler du célèbre imprimeur Aide Manuce : «Votre principal désir , ainsi que vous l'avez si noblement assuré vous-même, lui dit-il dans une dédicace, est de plaire à Dieu et d'être utile non-seulement à vos contemporains, mais aux générations futures, afin qu'en sortant de cette vie vous puissiez laisser des monuments qui prouvent que ce
La prima iiiscrittion cb' agli occlii occoric Con luugo onor Lucrelia Borgia noma ; La cui bcllezae onesia preporre Dcve à l'antica la sua palria Roma.
I duo che voluto han sopra se lorre 'J auto excellente ed onorala soma Noma lo scriUo, Antonio Tebaldeo ,
Ercole Slrozza ; un Lino, ed uno Orfco. (Canl. 42, sir. 83.) I Slroiii , ad divam Lncntiam Borgiam. Op. 53.
ne sera pas en vain que vous avez vécu. » Aide Manuce loue ensuite avec chaleur la piété, la libéralité, la justice et l'affabilité de cette princesse. Si elle avait été coupable des crimes dont on l'accuse encore, la prostitution de son panégyriste aurait surpassé la sienne. Mais plusieurs des écrivains que nous avons déjà cités étaient incapables d'une pareille bassesse.
Enfin , ajoutons que Léon X , à qui Lucrèce avait demandé des avis et des consolations , a loué la régularité de sa conduite.
Le protestant Roscoë termine par ces paroles sa Dissertation sur le caractère de Lucrèce, qui nous a fourni les documents que nous venons de résumer : « Selon toutes les règles du raisonnement et d'après la connaissance du cœur humain, il est presque impossible que Fincestueuse, que Tabominable Borgia ait été la même peisonne que cette duchesse de Ferrare qui a élé si respectable et si honorée \ »
Assassinat du duc de Candie. Loin d'y prendre part , Alexandre VI fut atterré de ce malheur. « Dès qu'il en eut connaissance, il se renferma soudain et versa des larmes. Ses officiers et le cardinal de Ségovie frappèrent à sa porte, et, par
•I Vie et ronlifical tle Léon X, i, 388.
hnvs représentations et leurs instances, ils l'engagèrent à leur ouvrir. Depuis le mercredi soir jusqu'au samedi à pareille heure le Pape ne prit aucune nourriture, et il passa sans dormir toute la nuit du jeudi au vendredi. A la fin, cédant aux supplications qu'on lui faisait , il commença à modérer sa douleur et à sentir qu'à force de s'y livrer il nuirait à sa santé \ Ce fut à cette époque qu'il prit la résolution d'abdiquer la papauté. Le roi Ferdinand, consulté à ce sujet , lui répondit que cette affaire méritait une grande délibération, et qu'il fallait au moins attendre que son affliction fût calmée. Il nomma , de plus , une commission de six cardinaux pour travailler au rétablissement de la discipline ecclésiastique ^ » Roscoé disculpe même César Borgia à qui l'histoire italienne , sur des preuves insuffisantes , avait attribué ce meurtre. Il trouve que l'accusation de Guichardin , qui suppose que César a été poussé à ce crime par l'ambition et la jalousie, est destituée de vraisemblance ; il blâme le compilateur Moreri de Tavoir reproduite. «Ainsi, dit-il, pour convaincre un homme d'un crime il ne faudrait que l'accuser d'un autre crime aussi mal fondé, et qualifier de preuves convaincantes,
i Rureard, Diarium de cœde ducis Gandiœ.
2RayiialJ, I '(97,'iv, 8.
cette vaine accusation. » Il s'indigne contre les fictions de Gordon , dont la manière d'écrire met l'histoire au-dessous des romans \
La mort de Zizim, Giannone avait accusé Alexandre VI d'avoir fait empoisonner le frère du sultan Bajazet. M. de Mathias a prouvé que Zizim était mort à Capoue , dans le camp même de Charles VIII roi de France , atteint de la dyssenterie qui régnait à cette époque.
Le massacre de Sinigaglia. Il est réel , mais il faut l'imputer au commandant des troupes pontificales, et non au Pape lui-même. Alexandre VI avait donné à César Borgia la mission d'aller combattre et vaincre ses ennemis, il ne lui avait pas indiqué les moyens à prendre pour arriver à ce but. César les employa tous , la force ouverte d'abord, et la ruse ensuite. Sa devise était : aut Cœsar, aut nihil. Vrai disciple de Machiavel , il aurait pu ajouter en exergue : Virtus an dolus , quis in hoste 7^equirat,
Mais pourquoi choisir un pareil général en chef? Les circonstances l'expliquent. Alexandre VI, en 1502, allait se trouver dans la même position qu'en 1495 : à l'extérieur, les Vénitiens qui se préparaient à lui déclarer la guerre;
4 Vie et ronlificat de Léon X, i, 290,
Louis XII qui pouvait renouveler contre lui , et avec le même succès, Texpédition de Charles Vlll; à r intérieur, des vassaux qui avaient projeté ou de l'abandonner ou de le trahir, et dont plusieurs s'étaient déjà révoltés. Le danger était extrême ; pour le conjurer , il jeta les yeux sur le duc de Valentinois dont il connaissait le caraclère énergique et le dévouement absolu. Celui-ci entre en campagne; un bourreau le suit, Machiavel est son conseiller. Quelques semaines après, les Colonne avaient déposé aux pieds du Pape les clefs de leur forteresse , les Savelli étaient dépouillés de leurs biens , les Ursins , plus coupables, entièrement exterminés , les autres feudataires s'empressaient de se soumettre, et Alexandre recevait les félicitations des ambassadeurs de Florence et de Venise *.
i 11 faut observer , comme circonstances atténuantes, que les Ursiii» avaient ouvert les portes de Rome à l'ennemi quatre ans auparavant; que, plus récemment, ils venaient de former le projet de secouer le joug du vieux Pontife ; que l'un d'eux, Oliverolo Fermo , avait l'année précéd eu te assassiné le seigneur de Florence, son oncle, pour régner a sa place. Aussi les Forenlins, dés qu'ils apprirent la mort d'Oliverolo, s'eniprcssèrenl-ils d'envoyer un des leurs, Jacob Salviati , féliciter César du succèi de sa trahison .
Siagulière destinée des Borgia! ils sont la terreur des grands, et ils sont aimés des peuples : pas une émeute populaire n'a troublé le cours du pontificat d'Alexandre VI; cl, après sa mort, les villes de la Uomagne n« veulent obéir qu'à César son fils. « Plusieurs villes de la Romagne, dit Guichardin, qui avaient éprouve que les ancien» princes n'avaient de
Mort du Pape. Qui ira lu qu'Alexandre Vï était mort en buvant , par mégarde , d'un vin empoisonné préparé pour un cardinal ^ ? Cette fable a été mise à nu par la publication du journal de la maladie du Pape , des lettres de l'ambassadeur de Florence , et d'autres manuscrits découverts par Muratori et Raynald. Voici le premier de ces documents : «Lesamedi, douzième jour du mois d'août au matin , le Pape se sentit mal portant; après vêpres survint la lièvre, qui fut continue; le 15, on lui tira près de treize onces de sang, et il eut la fièvre tierce. Le jeudi 17, il prit médecine; le vendredi 18, vers la douzième lieure , il se confessa au seigneur Pierre évèque de Culm, qui dit ensuite la messe en sa présence, et après sa communion donna le sacrement de l'Eucharistie au Pape assis dans son lit. Cinq cardinaux étaient présents, auxquels le Pape dit qu'il se trouvait mal. Vers l'heure de
force que pour les opprimer, demeurèrent fidèles a leur nouveau souverain (César Borgia). il dut cet avantage au soin qu'il avait eu de leur faire administrer cxaclcment la juslice, de les délivrer des bandits qui les pillaient sans cesse, et d'étouffer ces querelles qui produisent tant d'animosilés. {Hisl. d'Haï., liv. v). Ni la défection d'autres places, ajoute Roscoë, ni les préparatifs que les Véiiiliensavaicnl faits pour surprendre ces villes, ne purent ébranler leur fiilolilé. n (Liv. iij c. 16.)
-1 Pour profiter de la riche succession du cardinal de Cornetio , il fit partie avec le Pape d'aller souper cjiez lui le 17 août, et y fit porter du Yin empoisonné. (Moreri, art. Bortjia César.)
%êpres, ayant reçu l'Extrême- Onction de Févê' que de Culni, il expira en la présence du dataire et de révêque*. » Les journaux manuscrits que citent Raynald etMuratori, notamment l'Histoire d'Alexandre Sardi, rapportent exactement les mêmes choses ^. Raynald cite en outre le registre des sommes que les cardinaux eurent à payer pour contribuer aux frais de la guerre déclarée aux Turcs en 1502 par la bulle Cum perfidissimi Turcœ: on remarque que le cardinal Cornaro fut exempt de toute imposition, vu, dit le rôle, qu'il n'a point de revenus : Nullos habet redditus ^. Or c'est un de ceux que César Borgia, au dire de Guichardin, voulait empoisonner, afin de grossir de son héritage les trésors du Pape.
« Bertrand Costabile, dit Fauteur des Annales d'Italie, qui était alors ambassadeur de Ferrarc à Rome, et Nicolas Boucane de Florence, ami intime du gonfalonier Soderini, dans dix lettres écrites par eux en l'espace de cinq jours au duc et au cardinal d'Esté, et lues par nous, montrent
1 Burcard, Diarium, JYo^ sur les Mess, du roi, i, H 8.
2 Raynald, 1503, n. H.
3 A. D. cardinalis Borgia pro ducali» dccem millibus ducalo» mille; A. 0. cardinalis Cornarus , qui nullo» habet redditus , nihil. (Rayo., <500. n. 9.)
que la mort du Pape fut causée dans l'espace de huit jours par la fièvre tierce qui régnait cet été à Rome; qu'ayant été attaqué le dixième d'août, sans que la saignée ni la manne pussent le calmer, il expira le soir que nous avons dit ^ »
Voltaire lui-même, si hostile à l'Eglise et aux Papes, a été révolté des allégations calomnieuses de Guichardin. « Oui , s'écrie-t-il , j'ose dire à Guichardin : ^ l'Europe a été trompée par vous, et vous l'avez été par votre passion ; vous êtes l'ennemi du Pape , vous en avez cru votre haine et les actions de sa vie. Il avait, à la vérité, exercé des vengeances cruelles et perfides contre des ennemis aussi perfides et aussi cruels que lui : de là vous concluez qu'un Pape de soixante-quatorze ans n'est pas mort d'une façon naturelle ; vous prétendez, sur des rapports vagues, qu'un vieux souverain, dont les coffres étaient remplis alors de plus d'un million de ducats d'or, voulut empoisonner quelques cardinaux pour s'emparer de leur mobilier; mais le mobilier était- il si important? ces effets étaient presque toujours enlevés par les valets de chambre, avant que les Papes pussent en saisir quelques dépouilles. Comment pouvezvous croire qu'un homme prudent ait voulu ha-
1 Muratori, Annnli d'ilalia, ann. 4 503.
sarder, pour un aussi petit gain, une action aussi infâme, une action qui demandait des complices et qui tôt ou tard eût été découverte? Ne dois-je pas croire le journal de la maladie du Pape, plutôt que le bruit populaire? Ce journal le fait mourir d'une lièvre double tierce ; il n'y a pas le moindre vestige des preuves de cette accusation intentée contre sa mémoire. Son fils Borgia tomba malade dans le temps de la mort de son père : voilà le seul fondement de l'histoire du poison \ »
Les actes pontificaux d! Alexandre VI. Ils témoignent tous d'un zèle éclairé et persévérant pour les intérêts de l'Eglise.
Il adressa plusieurs brefs aux rois de Pologne et de Hongrie pour les exhorter à extirper de leurs états Terreur des Hussites; il exigea que les rois d'Espagne et de Portugal envoyassent des missionnaires dans les nouvelles terres que leurs capitaines, après Christophe Colomb, venaient de découvrir ou pourraient découvrir dans la suile. « Nous vous assurons la possession de ces îles et terres fermes, dit-il dans sa bulle du 4 mai 1495, mais à condition qu'en vertu de la sainte obéissance à mes ordres, et suivant les promesses que
5 i DiHerlalion sur la mort d'Hcnii IV.
vous nous en avez faites et que nous ne doulonâf pas que vous exécutiez, vous ayez grand soin d'envoyer des hommes savants, expérimentés et vertueux pour en instruire les habitants dans la foi catholique et dans les bonnes mœurs \ »
Il réorganisa les ordres militaires en Portugal et en Espagne, et, sur les prières de Charles VIIÏ, en approuva un nouveau en France, celui de Saint-Michel* fondé par Louis XI. Il confirma Tordre des Minimes, fondé par saint François de Paule, et déjà approuvé par Sixte IV ; celui des Filles pénitentes, dont le nom indique le but; celui des Annonciades, institué par Jeanne de Valois. Il publia le jubilé de Tannée séculaire 1500, et permit aux fidèles éloignés de Rome d'en gagner les grâces sans visiter la capitale du monde chrétien , pourvu qu'ils contribuassent selon leurs moyens aux frais de la croisade contre les Turcs. Il rétablit quatre évêchés en Espagne. Il nomma le cardinal d'Amboise légat apostolique en France. Il força Ximenès , dont il connaissait le mérite, à accepter Tarchevêché de Tolède, le premier siège d'Espagne. 11 défendit aux imprimeurs de publier aucun ouvrage traitant de questions religieuses, sans en avoir obtenu
4 Raynald, ann. M03.
au préalable la permission de Tévêque du diocèse. Mais ce quïl avait à cœur surtout, c'était de prendre des mesures efficaces pour mettre l'Europe chrétienne à l'abri des attaques sans cesse renaissantes des Turcs. Si on l'avait cru , tous les princes chrétiens auraient fait une sainte alliance contre l'ennemi commun : le roi de Portugal se serait emparé de Fez, Méquinez et Maroc ; Ferdinand et Isabelle auraient envoyé les vainqueurs de Grenade à la conquête de Tunis et d'Alger ; les Hongrois et les Polonais auraient tenu en échec l'armée de Bajazet ; les autres rois de l'Occident auraient marché sur Constantinople en même temps que les chrétiens d'Orient, sous le commandement de Constantin roi de Géorgie, l'auraient attaqué de leur côté, et que les Vénitiens avec les chevaliers de Rhodes se seraient rendus maîtres de la mer. Les rois de l'Europe chrétienne préférèrent se quereller entre eux, et de misérables rivalités firent échouer un plan dont l'exécution n'eût été rien moins que la ruine complète de la puissance musulmane.
Qu'on ne s'y trompe pas, toutefois : nous devions la publication de ces détails à la vérité de l'histoire, mais non au besoin de notre cause. Sur une vingtaine de Papes dont le fougueux Da-
vîdson a trouvé la conduite rcprchcnsible, on convient généralement aujourd'hui qu'une quinzaine ne méritaient pas de ligurer sur ce catalogue d'ignominie ; et voilà que l'histoire prouve de plus en plus que, si les quatre ou cinq qui y restent , irrépréhensibles comme Papes , ont eu des torts comme hommes , leur mémoire même sous ce dernier rapport a été extrêmement calomniée.
Mais admettons qu'il n'en soit pas ainsi; supposons vrais tous les reproches qu'on a adressés à Jean XIÏ, à Benoît IX, à Alexandre VI, à quatre, à huit, à quinze Papes, si l'on veut. — Ce ne serait pas encore la proportion d'un Judas sur douze Apôtres; et s'il y en avait quinze qu'il faudrait écouter et non imiter, il y en aurait encore deux cent quarante que l'on pourrait tout à la fois écouter et imiter. — Peut-on en conclure que la succession apostolique a été interrompue ? Non ; le péché souille le caractère sacerdotal , il ne l'efface pas. Le péché fait perdre la grâce sanctifiante, il ne fait pas perdre la juridiction; c'étaient des Papes indignes, mais c'étaient de légitimes Papes. Peut-on conclure que les Papes ne sont pas infaillibles? Non; nous Tavons déjà dit, l'impeccabilité n'est pas l'infaillibilité; ce dernier privilège semble au contraire
losplendir d'un nouvel éclat, quand celui qui Texerce tient une conduite opposée à ce qu'il enseigne. Vous dites que Benoît IX était un enfant; et lorsqu'il prend la plume pour rédiger un décret, il a la sagesse d'un vieillard î Vous dites que Jean XII, élevé dans les plaisirs, adoré des Romains, élu gouverneur de Rome à dix-huit ans, continua d'avoir des mœurs déréglées après son élévation au suprême pontificat; et on le voit nommer de dignes évêques aux Eglises vacantes, discuter avec exactitude des points de droit canon et de doctrine î Vous appelez monstre Alexandre VI ; et à peine ce Pape apprend-il la découverte d'une terre, d'une île nouvelle, qu'il s'empresse d'y faire envoyer des missionnaires pour y prêcher l'Evangile! Consulté par les Eglises ruthéniennes sur diverses questions de dogme, il répond en théologien consommé î
Peut-on s'empêcher de voir dans ces faits une preuve nouvelle que l'assistance d'en haut n'abandonne jamais l'Eglise? Presque toujours les Papes ont été tout à la fois, comme ils le devaient, les guides et les modèles du peuple chrétien. Dieu a permis que quelques-uns n'aient rempli que la moitié de cette obligation, afin de montrer «que la conservation de son Eglise nedénend pas, comme celle des empires temporels, de
la prudence et de la vertu de ceux qui la gouvernent, mais de refficacité de la promesse qu'il a faite de ne l'abandonner jamais ^ »
4 Daron., Ann., ad ann. 897.