Hist. des lUats du Pape, pag
4 De rébus Imper. , 1. vi. c G,
romaine et vous son chef; que de ma volonlé, de mon conseil ou de mon consentement, vous ne perdrez ni la vie , ni les membres , ni la dignité que vous avez. Je ne ferai dans la ville de Rome, sans votre participation, aucune ordonnance sur rien de ce qui regarde les Romains ou votre personne. Tout ce qui de la terre de saint Pierre viendra à votre puissance, je vous le rendrai; et celui auquel je remettrai le royaume d'Italie, je le ferai jurer d'être votre aide à défendre la terre de saint Pierre selon son pouvoir. Ainsi Dieu me soit en aide et ses saints Evangiles '. »
Luitprand blâme vivement le Pape de ce que peu de temps après le sacre d'Pthon il a cherché à se réconcilier avec Adalbef t fils de Bérenger , et il excuse Fempereur violant les droits des gens, faisant arrêter les légats du Pape, les dépouillant de leurs papiers , et exigeant un serment de fidélité des provinces qui faisaient partie du patrimoine de saint Pierre.
Lyitprand dit que les Romains oublièrent leurs promesses lorsque , à la mort de Jean XII , ils procédèrent à l'élection d'un nouveau Pape sans l'autorisation d'Othon , et il ne dit pas
i Baroniiis, nd unn. OGO.
quOlhon, en déclarant nulle l'éleetion régulière et canonique de Benoît V pour mettre à sa place Tantipape Léon VIII, manqua au serment qu'il avait fait d'empêcher tout ce qui pourrait gêner la liberté des suffrages : « Personne, qu'il soit libre ou seul, ne se permettra de venir à Rome pour faire un empêchement quelconque à ceux des Romains que regarde Télection des Papes d'après Tancienne constitution des saints Pères*. »
11 raconte très au long tout ce qui s'est passé à Rome dans le concile de Tannée 963 où le pape Jean fut déposé, et il ne dit rien du concile qui se tint daps la même ville Tannée suivante, et qui condamna tout ce qu'on avait fai t dans lepremier -.
Est-ce d'un historien véridique de ne raconter que ce qui est favorable à un parti , et de taire systématiquement tout ce qui lui est contraire ? Mais nous n'avons pas que des réticences à reprocher à Luitprand, il n'est pas même d'accord avec lui-même.
Au chapitre dixième il représente les Romains comme justement révoltés de la conduite de Jean Xll, et leur fait tenir ce langage : « A un
i Lilbe, tom. ix, col. C45.
2 Idem, fom. IX, col C50.— Mansi , ivm.
3Ô7 mal inouï, il faut un remède inouï. Si le dérèglement de ses mœurs ne nuisait qu'à lui-même, nous pourrions jïcut-ètre le tolérer ; mais combien, à son exemple, sont tombés dans le désordre! Nous demandons à votre Majesté de nous délivrer de ce monstre, qui réunit tous les vices sans posséder aucune ^ertu. Chassez-le de l'Eglise romaine, et élisez à sa place un Pontife qui nous édifie par ses paroles et par ses actions. »
Au chapitre suivant , il dit que le Pape exr puisé parvint à regagner les bonnes grâces de ces chrétiens vertueux en leur promettant le pillage des églises \
11 répète à diverses reprises que tous les citoyens de Rome se portent comme dénonciateurs des désordres de Jean ; que tous reçurent Othon à bras ouverts; que «tous, clercs et laïques, à l'unanimité et par trois fois proclamèrent Pape le proto-scriniaire Léon, le conduisirent en triomphe an palais de Latran, et lui promirent par serment de lui être toujours iidèles ^; » et deux pages après il raconte que, dès que Fempereur eut licencié une partie de son armée, tous les Ro-
\ Beali Pelri omuiumqiie ecclesiarum pccuniam reproniilleii(cs. (Lib.vi,c. 11.)
2 Episcopi, diacoiii, clcrus el cunctus Romanovuni populut quasi vir çttus dixcrunt. (Lib. vi, c 8.)
mains se révolli rcnl contre Ini ; que ses soldats irrités les auraient massacrés jusqu'au dernier, si l'empereur lui-même n'eût calmé leur fureur et ordonné la retraite ^; et enfin, que sa Majesté germanique venait à peine de quitter la \'y{\e lorsque les Romains coururent aux armes une seconde fois , chassèrent Léon et rappelèrent Jean ^
Il en coûte aussi d'admettre comme authentique la seconde lettre du concile au Pape. Sommé par rern4)ereur Olhon et les évêques qu'il avait réunis de comparaître devant eux pour se justifier, Jean XII répondit en ces termes : « Jean évéque, serviteur des serviteurs de Dieu, à tous les évêques. Nou^ avons entendu dire que vous vouliez faire un autre Pape. Si vous le faites, je vous excommunie de la part de Dieu tout-puissant, en sorte que vous n'ayez le pouvoir d'ordonner personne ni de célébrer la messe *^. « A cette lettre, voici la réponse des évoques : « Nous avons reçu de vous des lettres non telles que le
i Quis tune Romanorum claJis liujus supersles fieret si^ non impcralor sanctus, miscrlcordiâ quau els nulla debebalur iucliualus, suos adliuc inlerGcere siUenles retrabcrei et revocaret?
2 Romani pontiûces reliquusquc clerus et cunclus populus dixefunt, etc. llis diclis, oranes unâ voce diieruiit : Leoneni... in pasloicm cligiraus. (Ibid.)
3 Luitp., lib, Vf, c. 4 0.— Labbc. ix, C50,
<f< mamlaient les circonstances du Icniiis, mais toiles qu'on peut les altendre d'hommes vains et inconsidérés. 11 fallait donner une excuse raisonnable de ne pas venir au synode. Les députés de votre Grandeur devaient s'y trouver pour dire que, si vous n'êtes pas venu au concile, c'est par maladie ou par quelque autre difficulté.
« II y a dans vos lettres une autre chose qu'il siérait non pas à un évêque , mais à un jeune étourdi d'écrire ; car vous nous avez excommuniés tous, en sorte que nous n'ayons plus le pouvoir de chanter la messe, ni de faire des ordinations ecclésiastiques, si nous établissons à Rome un autre évêque. En effet, il y est écrit : que vous 71^ ayez le pouvoir d'ordonné?^ pei^soïine. Nous autres, nous avons pensé jusqu'à présent , nous croyons môme encore que deux négations ne et personne valent une affirmation, à moins pourtant que votre autorité n'ait infirmé les règles des anciens auteurs \ Mais regardons ce que vous avez voulu dire, non ce que vous avez dit. Si vous venez au concile pour vous justifier, nous obéirons sans aucun doute à votre autorité; mais
J lia onim scrijiUim orat : non liabeatis liccotiam ulluin oriîinarc. u Nunc usque pulavinuis, imô crcdimus diiu tiegaliva ununi fatcre ilecii- (alivum, nisi veslra aucloritaspriscoiuiu S6u(eiitias ijifinnaicl auctoruni.» 'Ijb, VI, c. J0.\
si vous méprisez de venir et de vous justifier, d'autant plus que rien ne vous eiTîpèche de venir, ni la navigation, ni la maladie, ni la longueur du chemin, nous mépriserons votre excommunication, nous la retournerons plutôt contre vousmême, parce que nous pouvons le faire justement. Judas le traître, ou plutôt le vendeur de Notre-Seigneur Jésus-Christ, avait reçu avec les autres le pouvoir de lier et de délier comme les autres disciples; mais après que, devenu homicide par le venin de ki cupidité, il voulut tuer la vie, que peut-il encore, sinon se lier lui-même en s'étranglant par un lien funeste ^ ? »
C'est - à - dire , que cinquante évêques n'auraient trouvé à répliquer au Pape qu'une sottise et une hérésie. En effet, la pht-ase dont la construction est critiquée est parfaitement cor recte : lU non habealis Ucentiam nllum orcUnare, et il est de foi catholique que le pouvoir de lier et de délier n'est pas subordonné à l'état de grâce de celui qui l'exerce. Remarquons qu'un des signataires et peut-être un des rédacteurs de cette pièce était Luitprand lui-même, qui connaissait fort bien sa grammaire latine, et qui dans un ;uitre de ses ouvrages blâme Sergius d'avoir
I Luitp., lib. vi. r, 10.
dégradé des prêtres sous prétexte qu'ils avaient été ordonnés par Formose \ La haine et la prévention seraient-elles allées jusqu'à lui troubler la mémoire et l'intelligence?
Le discours que tint Otlron aux évêques assemblés laisserait croire qu'il ajoutait peu de foi aux accusations portées contre Jean XII :
« Nous avons attendu, dit-il, l'arrivée du Pape pour proposer nos plaintes contre lui en sa présence ; mais comme nous savons (fîi'il ne viendra point, nous vous prions instamment de bien considérer sa perfidie. Etant opprimé par Bérenger et Adalbert révoltés contre nous , il nous a envoyé des députés en Saxe, nous priant pour l'amour de Dieu de venir en Italie et de délivrer de leurs mains lui et l'Eglise de saint Pierre ^, Sans que
\ Lib. de Fontif. Rom. v. c. US.
2 Voici uu passage de rlaline qui prouve que cet autre bisloriiîD des Papes n'^st souvent ni plus véridique ni plus exact (fue Luitprand :
« Deux cardinaux, qui regardaient l'éleclion d'Octarieiî comme une ladie i>raprim(^e sur le front de l'Epouse du Fils de Dieu, se crurent obligée en conscience d'écrire kOlhou pour le supplier de venir itietlre le peuple cl le clergé romains en liberté, et de les affrancbir delà tyrannie de Bérenger et de Jean ; autrement, que la religion allait se perdre avec l'Empire. — Otbon allait arriyer lorsque, la démarcbc des deux cardinaux ayant été découverte, le Pape les fit prendre et leur fit couper le nez à l'un ei la main à l'autre. Arrivé en Italie , Olbon se saisit premièrement de la personne de Bérenger et de son fils Adalbert, qu'il relégua l'un en AutTJcbeet l'autre à Constanlinople, puis il s'achemina droit à Rome. » (Joann. m).
Il faut que Platine n'ait lu ni Luitprand. ni Olbon de Frisingue pour avoir pujcrirc une pareille p;igp, dont chaque pmposition est une inç/actilude ou une fausseté.
nous ayons besoin de le dire, vous voyez ce que nous avons fait avec Faide de Dieu. Cependant, oubliant la fidélité qu'il m'avait jurée sur le corps de saint Pierre, il a fait venir à Rome le même Adalbert, il Ta soutenu contre moi, a fait des séditions, et à la vue de nos troupes il est devenu chef de guerre, et s'est revêtu d'une cuirasse et d'u«n casque. Que le saint concile déclare ce qu'il en ordonne \ »
Tel est le résumé que fait l'empereur des débats qui viennent d'avoir lieu en sa présence. Le Pape s'est réconcilié avec Adalbert; on ne lui adresse pas d'autres reproches.
Othon de Frisingue, que tous les biographes regardent comme un des auteurs les plus judicieux de TAllemagne, et qui écrivait au douzième siècle, déclare ne pas ajouter foi à ce que les chroniqueurs allemands ont raconté des mœurs de Jean XII :
« J'ai trouvé dans quelques chroniques, mais composées par des Teutons, que le pape Jean vécut d'une manière répréhensible et qu'il fut souvent averti, à cet égard, par des évêques et d'autres
\ Lu'Mp., l.vi.c. 10. Le coiilinualcur àc Réginon i\c reproclio pas (Vautres crimes à Jean ijuc d'avoir oublie ses sciuiculs envers Ollioii ot d'avoir reçu AJalbcii sou ennemi.
(le ses sujets : à qiioi il nous paraît difficile d'ajouter créance, parce que l'Eglise romaine revendique pour ses Pontifes le privilège spécial que, par les mérites de saint Pierre, aucun parti de Tenfer ni aucune tempête ne les entraînent dans une ruine finale \ »
Dans les «ctes du concile tenu à Rome en OG^, le 26 février, Jean XII est appelé : « trèspieux et coangélique Pape ^ »
Nous trouvons encore dans les ouvrages do Rathier , évêque de Vérone , un passage qui contredit les assertions de Luitprand. Cet évéque parle en ces termes de Rome qu'il vient de visiter, et du souverain Pontife qu'il se félicite d'avoir vu : « Il n'est pas de difficultés qu'on ne résolve à Rome, pas de doute qu'on n'éclaircisse. Rome a fourni des docteurs au monde entier ; c'est là que brillèrent ces illustres princes de l'Eglise universelle. On y voit en ce moment le seigneur évéque Jean, trèà-saint pape, justement préposé au gouvernement du monde entier ^. »
\ Olhon Frinsing., 1. vi, c. 23.
2 Labbe, H, 052.
3 Ralliera Romam cunlis Ilinerarium, 2.
IMusieurs critiques disent que c'est Jean XIII qui est désigné dan; co passage de Ralliier. Cela peut être , mais il faudnii toujours remarquer que cet auteur; ami d'OlboU; u'u ricu trouvé à dire coiUro Jeau Xii.
Si nous jetons un coup d'œil sur les actes du souverain Pontife, nous ne pouvons nous eïîipèclier d'avouer que Jean XII méritait les éloges de révoque de Vérone.
Il confirme l'élection de saint Dunstafi au siège de Canterberg, décore cet illustre évêque du pallium , lui remet une lettré contenant les devoirs d'un bon pasteur, et le nomme légat du Saint-Siège en Angleterre \
Il envoie des missionnaires en Hongrie; il érige Farchevêché de Magdebourg , « afin de ne pas exposer les nations voisines nouvellement converties à retomber,^ faute de ptisteurs, sous la puissance du démon. »
« Et, parce qu'un seul pasteur, ajoute-t-il, ne peut suffire à tant de nations , nous érigeons en siège épiscopal le monastère de Magdebourg, que nous soumettons comme suffragant au métropolitain de Magdebourg, et nous autorisons celui-ci à créer d'autres évécbès au fur et à mesure des con versions qui auront lieu parmi les peuples slaves ^ »
Consulté par saint Brunon , archevêque de Cologne, sur l'élection de Hugues fils du comte de Vermandois au siège de Reims, il répond que cet ecclésiastique, ayant été excommunié à
1 Àd. »S, 19 maii. Ad. Bened., p. 2î».
2 Mausi. Concil. xriu. 46t.
Rome et à Pavie, ne peut occuper de siège épiseopal, et Ton procède à une nouvelle élection \
iVpprenant que des seigneurs français se sont emparés des biens d'un monastère, il lance Fexcommunication contre eux, et Isoard et ses complices sont obligés de donner satisfaction à révoque d'Autun 2.
Dans le concile qu'il tint à Rome un an avant sa mort, il fit décréter que, par respect pour les saints mystères, aucun laïque ne pourrait se tenir debout autour de Tautel ni dans le sanctuaire pendant la messe '^.
Disons-le hautement , si la conduite privée du jeune homme ne doit pas être excusée, les actes du Pape ne peuvent qu'être loués.
Comment terminer ce paragraphe sans parler d'un Pap^ « dont le nom est devenu le synonyme du crime et un signe d'épouvante, un des hommes les plus corrompus et les plus méchants qui aient jamais existé, qui mériterait le nom d'infâme et non celui de chrétien ? « car c'est ainsi que des écrivains protestants * parlent encore aujourd'hui d'Alexandre YI.
^ Flod., Chron., ann. 064.— Labbc, lom. n, G47.
2 I.abbe, tom. ix, 6 «2.
5 Labbe, tom. ix, Gb9. — Mansi, xvm.
U L.-F. Guillcral, A, Bost, Puaux. Malan, Louis Durand, elc, etc.
Maints auteurs catholiques ne se sont pas exprimés dans un autre sens; voici comment Bérault-Bercastel commente la mort de ce Pontife i « Enfin le moment arriva où il plut au Ciel de tirer l'abomination du lieu saint, de mettre fin à la profanation de la chaire apostolique, à Topprobre et aux gémissements de l'Eglise romaine, au fléau des Romains et de l'Italie entière, au scandale de tout le monde chrétien ^ » Heureusement qu'ici encore la lumière commence à se faire. Sans doute Alexandre VI a été coupable ; mais Muratori, Voltaire, Roscoë, de Mathias, Audin et Rhorbacher ont prouvé qu'il l'était beaucoup moins qu'on ne Ta cru trop longtemps. « Pour juger une vie où l'ombre trop souvent se mêle à la lumière, dit ce dernier écrivain, il faut bien se garder de s'en rapporter aux pasquinades d'un poète de cour comme Sannazar , dont l'épigramme, du reste, est aujourd'hui contestée, au témoignage de Guichardin qui ne dissimule pas sa haine toute florentine pour les Borgia; encore moins au journal d'un Allemand qui, en véritable Teuton , cherche toujours à prendre en défaut l'homme du Midi : on risquerait de s'égarer.
Temps affreux que ceux où vécut Alexandre, où
^ Hist. g(?n. de l'Efrlise, vi, 582, revue par M. le baron llcnrion.
répigramnie fait souvent roffice du poignard, vi Ja poésie, de Fliistoire \ » La critique, dit M. Martinet , va déchargeant la mémoire d'Alexandre VI, tout en lui laissant la flétrissure de grands vices mêlés à de grandes qualités. » Indiquons les principales rectifications déjà acquises à 1 histoire.
Accusation cTiymnor alité. « Avant d'emhrasser l'état ecclésiastique, Rodrigue Lenzuoli était officier dans les armées du roi d'Espagne. C'est à cette époque , et en garnison à Barcelone , qu'il tint la conduite déréglée qu'on lui a justement reprochée depuis. Nous n'avons garde de l'excuser , mais il ne faut pas attribuer au Pape les désordres du laïque, du jeune homme , du militaire.
Rodrigue , devenu le cardinal de Borgia, fut nommé successeur d Innocent YIII le 1 1 août 1492 : il avait alors soixante-un ans. « Ce n'est plus l'âge des folies scandaleuses; pour y croire, il faut d'autres garanties que des contes et des satires ^. Les habitudes de sobriété et de travail qu'il s'imposa malgré son grand âge j^rolestent contre la réputation de mollesse qiî'on a voulu lui faire ; les mesures énergiques quïl prit contre
\ niïl. de Léon X, lom. i, 299.
2 r.horb., Ilid univ., 83.
les fonctionnaires prévaricateurs témoignent de son esprit de justice.
« Sous Alexandre VI , dit Audin qui a recueilli ces détails dans les auteurs contemporains, le pauvre comme le riche put trouver des juges à Rome; peuple, soldats, citoyens se montrent attachés au Pontife même après sa mort, parce qu'il avait des qualités vraiment royales. La nuit, Alexandre dormait à peine deux heures ; il passait à table comme un ombre, sans s'y arrêter ; jamais il ne refusait d'ouïr la prière du pauvre ; il payait les dettes du débiteur malheureux, et se montrait sans pitié pour la prévarication \ »
Mais les crimes de trahison , d'inceste , d'empoisonnement qu'on lui a reprochés ? Nous allons voir ce qu'il faut en penser.
Lucrèce Lenzuoli. Une épitaphe satirique, t^lle est la première origine du reproche d'inconduite que Ton a fait à Lucrèce ^. Cette calomnie, plus ou moins répétée ensuite par des poètes napolitains et par un historien, Guichardin, tous ennemis politiques des Borgia, est démentie par
1 Hisl. de Léon X, i, 290.
2 « La licence du siècle où Lucrèce vécut donne aux accusations de ce genre une probabilité qu'elles n'auraient point dans un autre temps; mail on remarquait surtout le mensonge et la calomnie parmi les vices qui régnaient alors. » (Roscoc, Vie et Ponlif. de Léon ï, i, 3G.)
le témoignage formel d'une foule d'autres auteurs également contemporains , qui représentent Lucrèce comme une femme accomplie , non-seulement sous le rapport de l'esprit et de la beauté , mais encore sous celui de la vertu. On peut citer en particulier Giraldi , Sardi , Libanori * , qui font l'éloge le plus complet de la duchesse de Ferrare. D'après ces trois historiens, Lucrèce, par ses brillantes qualités et ses rares vertus , était digne de devenir l'épouse d'x\lphonse et la belle-fillp d'Hercule d'Esté , les deux princes les plus illustres et les plus honorables de leur siècle. Un autre historien du temps, Caviceo , en parlant d'une des femmes les plus parfaites en tout qu'il y eût en Italie , de la célèbre Isabelle d'Esté, fille d'Hercule P^ duc de Ferrare, épouse de François de Gonzague marquis de Mantoue, dit qu'il pense l'avoir suffisamment louée en déclarant qu'elle approche de la perfection de Lucrèce Borgia ^. Bembo raconte que « la duchesse de Ferrare désirait plus d'acquérir des connaissances utiles que d'orner sa personne de superbes vêtements, et qu'elle consacrait à la lecture ou à
4 Giraldi, Comment, délie cosedi Ferrare, i8<. — Sardi, Hist. l'errar. . X.— Mazucelli, Scrittori Wltalia, t. v, p. -198.
. 2 Storia d'ogni poesia de quadrio, t. ii, p. 70.