TOME H
qués les longues luUes qu'il soutint contre les empereurs d'Allemagne pour défendre les libertés de l'Eglise, et les mesures sévères qu'il prit pour njaintenir le célibat ecclésiastique.
Le seul auteur contemporain qui a élevé des soupçons contre la foi de Grégoire VII, doit être récusé sans examen : c'est Bérenger lui-même.
« Le Pape , dit cet hérésiarque, incertain du parti qu'il devait prendre dans les contestations présentes, ordonna des prières et des jeûnes pour obtenir de Dieu qu'il lui fît connaître qui pensait le mieux sur l'Eucharistie, ou de moi Bérenger ou de TEglise romaine; et qu'après trois jours déjeune, la Sainte-Vierge avait répondu qu'il ne fallait rien penser ni rien croire de l'Eucharistie que ce qui était marqué dans les Ecritures, contre lesquelles je n'avais rien avancé. »
Cet impudent mensonge montre , tout à la fois, et l'orgueil et les écarts de ce pauvre esprit.
D'autres écrivains citent cependant des lettres où Grégoire VII déclare que la foi de Bérenger est pure, et défend, sous peine d'excommunication, de le traiter d'hérétique. Ces preuves testimoniales existent, en effet, mais, pour en comprendre la signification, il suffit de se rappeler leur date, 1079. A cette époque Bérenger venait de rétracter ses erreurs au concile de Rome, à l'édification
de tous : le Pape pouvait donc lui décerner un brevet d'orthodoxie '.
Mais qu'est-il besoin d'examiner d'autres documents que les actes mêmes du concile où fut condamné Bérenger, pour savoir ce que pensait Grégoire YII sur son hérésie ?
Après trois rétractations faites successivement à Tours, à Rome et à Poitiers, Bérenger, persistant toujours à dogmatiser contre la présence réelle , fut cité de nouveau à Rome par Grégoire VII en 1078 : on eut la patience de l'écouter pendant deux jours, et le concile se termina par sa rétractation, qu'il fit en ces termes :
oc Je confesse que le pain offert à Tautel est, après la consécration, le vrai corps du Christ, ce corps qui est né de la Vierge, qui a souffert sur la croix; et que le vin offert à l'autel est, après la consécration, le vrai sang qui a coulé du côté du Christ ; et je proteste que je crois de cœur ce que je prononce de bouche : qu'ainsi Dieu et ses saintes reliques me soient en aide ^. »
Sur l'observation de quelques évèques qui connaissaient l'inconstance et la dissimulation de Bérenger, le Pape décida que l'affaire serait plus
1 Mabillon, Concil.
2 LaLbe, x, 378.
amplement traitée dans le concile qui devait se tenir à Rome dans un an. Ce concile, en effet, eut lieu en 1079, époque indiquée. Cent cinquante évêques étaient présents; Grégoire VII, qui le présidait, donna d'abord un libre coursa la discuslion. « Tous les évèques s'étant assemblés dans l'église du Sauveur, on discourut sur le corps et le sang de Jésus-Christ; car, précédemment, beaucoup pensaient d'une manière, et quelques autres d'une autre façon. La plus grande partie déclaraient que, par les paroles de l'oraison sacrée, par la consécration du prêtre et l'invisible opération du Saint-Esprit, le pain et le vin sont changés substantiellement au corps du Seigneur né de la Vierge, suspendu à la croix, et au sang que la lance du soldat fit couler de son côté : ils s'appuyaient de toutes les manières sur l'autorité des saints Pères orthodoxes, tant grecs que latins. Mais quelques-uns, frappés d'une profonde et longue cécité , se trompant eux-mêmes et les autres par leurs cavillations, s'efforçaient de montrer que ce n'est qu'une ligure, que le corps substantiel est assis à la droite du Père... Toutefois, dès que la question eut été entamée, avant même le troisième jour de la réunion du synode, la partie adverse cessa de lutter contre la vérité : le feu de l'Esprit-Saint consuma cette paille... Enfin, Bé-
rcnger, auteur de cette erreur dont il enseignait depuis si longtemps Timpiété, confessa, en présence du nombreux concile, qu'il s'était trompé, et demanda pardon ^ »
Afin de ne laisser aucun subterfuge à la mauvaise foi, le Pape rédigea la profession de foi suivante, qui fut acceptée et signée par Bérenger :
« Moi , Bérenger, je crois de cœur et confesse de boucbe que le pain et le vin offerts à l'autel sont, par le mystère de la prière sacrée et des paroles de notre Rédempteur, changés substantiellement en la vraie, propre et vivifiante chair et au sang de Jésus-Christ Notre-Seigneur, et qu'après la consécration c'est le vrai corps qui est né de la Vierge, qui a été attaché à la croix et offert pour le salut du monde, et qui est maintenant assis à la droite du Père, et que c'est le vrai sang qui a coulé de son côté : et cela, nonseulement par îe signe et la vertu du sacrement , mais dans la propriété de la nature et la vérité de la substance, comme il est contenu dans cet écrit que j'ai lu et comme vous l'entendez. Je crois ainsi, et je n'enseignerai rien désormais de contraire à cette foi : qu'ainsi Dieu et ses saints Evangiles me soient en aide ^ »
J Labbe, adann. <079. — Bollandisles, 2b mai. 2 Labbe, x, 378.