‹ L'histoire et l'infaillibilité des papesChapitre 45 sur 70 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

Marcellin, natif d'Amiens , et particulièrement estimé de Philippe. Ce nouveau trait de condescendance de la part du Pape fut accueilli par un nouvel acte de violence de la part du roi. Jean Lemoine n'obtint rien ; le Pape fut calomnié dans l'assemblée des seigneurs et des prélats qui eut lieu à Paris en mars 1 305, et bientôt après le €hevalier Guillaume de Nogaret et le réfugié Colonne partirent pour aller commettre l'odieux attentat d'Anagni.

Boniface VIII a dé/ïni que les rms sont dépendants du Pape.

En effet, la bulle Una7n sanctam se terminait par ces paroles : « Nous déclarons et définissons qu'il est de nécessité de salut que toute créature humaine soit soumise au Pape; » et dans la bulle AuscultaBonifdice déclare « que même les rois sont soumis aux chefs de la hiérarchie ecclésiastique. » Quel est le véritable sens de ces propositions? Considérées en soi, elles peuvent être regardées comme exprimant la même vérité que celle-ci : « Hors de l'Eglise point de salut. » Elles signifient encore que les rois , en tant que chrétiens , dépendent comme tous les fidèles du pouvoir spirituel du Pape : quoi de plus vrai ? Considérées comme conclusion des prémisses développées dans les

bulles qui les contienuent, elles définissent que « la puissance temporelle est subordonnée à la puissance spirituelle; » non pas en ce sens que les royaumes dépendent du Saint-Siège en qualité de fiefs, et que le souverain Pontife possède le domaine direct sur leur temporel , mais en ce sens que, dans le cas où les rois abuseraient de leur pouvoir pour le malheur des peuples et la ruine de l'Eglise , le souverain Pontife a le droit de leur faire des observations et même de lancer contre eux l'excommunication , et de déclarer que le serment de fidélité que leur ont prêté leurs sujets n'est plus obligatoire. Il est certain que peuples et rois , au moyen-âge , reconnurent ce droit au chef de l'Eglise universelle; que les défenseurs mêmes de Philippe- le-Bel , Gilles Romain et Jean de Paris, l'ont expressément admis, et que les souverains pontifes Grégoire VII et Innocent III l'ont exercé dans sa plénitude , au vu et su du monde entier, sans autre réclamation que celle que faisaient quelquefois les princes qui s'en croyaient lésés *.

^ Sur la légitimité absolue ou temporelle de ce droit, el l'usage que le» Papes en ont fait, voyez : Des Rapports naturels entre les deux puissances, par l'abbé Rborbacher ;

Du Pouvoir du Pape au moyen-àge, par l'abbé Gossclin 5

Histoire de la lutte des Papts et des Empereurs de la maison de Souabf, par de Cherrier ;

Histoire de Grégoire VU, par Voigt ;

Or, c'est surtout à cause de celte définition que les ennemis de Boniface VIII l'ont traité d'hérétique : c'est tout ce qu'ils ont trouvé de répréhensibledans ses écrits. La lettre suivante, que Boniface publia après avoir lu la requête de Nogaret, indique le vrai motif de cette accusation .d'hérésie :

« Qui a jamais ouï dire que nous fussions liérétique, ou que quelqu'un fût noté comme tel, nonseulement dans notre famille, mais dans toute la compagnie dont nous tirons notre origine (allusion aux ancêtres du chevalier Nogaret, condamné comme albigeois) ? Autrefois, quand nous accordions des grâces à ce prince, nous étionr catholique; njais depuis que nous lui avons fait des reproches pour le guérir de ses péchés, il s'est emporté à la calomnie. Nous lui envoyâmes, il y a quelque temps, Jacques des Normands notre notaire, avec lettres contenant les articles des excès qu'il commettait. Alors il entra en fureur, il commença à nous dire des injures; mais quand il crut que nous cessions cette poursuite, il revint

Histoire d'Innocent III et de son siècle, par Ilurler ;

El le témoignage de divers auteurs cités dans l'Introduction de cel ouvrage, auxquels nous ajouterons celui du protestant Sismondi : « Il aurait élé trop heureux pour les peuples que les souverains despotiques reconnussent encore au-dessus d'eux un pouvoir venu du ciel, qui Icsarrèljt dans la roulp du crime. » {Hist. nefubl.ilal., iv, 2i.)

aux termes d'humilité et nous traila , dans ses lettres, de très-saint Père en Jésus-Christ. Maintenant , parce que , poussé par notre conscience , nous ne pouvons nous empêcher de travailler à sa correction, il regimbe contre nous et nous rend le mal pour le bien, nous chargeant d'injures plus atroces que les premières... L'autorité du Pape ne sera-t-elle pas avilie, si on ouvre ce chemin aux princes ? Sitôt que le Pape voudra entreprendre la correction d'un grand, on le traitera d'hérétique et de pécheur scandaleux : Dieu nous garde de donner, de notre temps, un si pernicieux exemple î »

Dans une autre lettre, Boniface ferme la bouche aux cardinaux Jacques et Pierre Colonne qui élevaient des doutes sur la légitimité de son élection : « Ils nous ont rendu près de trois ans Tobéissance et le respect comme à un Pape , ont participé avec nous au corps et au sang du Seigneur, nous ont assisté à la messe et aux oflîces divins, comme les cardinaux ont accoutumé défaire au Pontife romain ; ils nous ont donné leur conseils pour les provisions et définitions que nous avons faites , ont souscrit aux privilèges que nous avons accordés, ont fait avec nous et reçu de nous d'autres choses qu'ils n'auraient pas du avec un lionime ([ui n'eut pas eu

une entrée canonique. Et ils ne peuvent pas dire qu'ils Font fait par crainte, puisque , par le scrutin de notre élection , ils nous ont élu et nommé Pape lorsqu'il n'y avait rien à craindre de nous ; et lorsque, après notre élection , réception , consécration et couronnement, nous logeâmes avec confiance dans le château de Zagarole, ils nous ont rendu, eux et les leurs , le respect et l'honneur comme Pape, sans qu'il y eut aucun motif de craindre. »

Mais une justification éclatante était due à la légitimité , à l'orthodoxie et aux vertus de Boniface VIII. En 131^2 , le quinzième concile général s'assembla à Vienne, et fut saisi par Philippele-Bel d'une requête qui concluait à la condamnation de la mémoire du Pape avec lequel ilavait eu de si longs démêlés. Les avocats du roi développèrent longuement les accusations formulées par Guillaume de Nogaret et le chevalier de Plasiap; q^uatre cardinaux prirent ensuite la parole pour défendre Boniface ; Richer de Sienne, Jean de Naraur et Gentil de Montefiore examinèrent l'accusation d'hérésie sous le triple rapport de la théologie, du droit civil et du droit canon ; le cardinal Gaétan discuta les autres chefs , et, après mûre délibération, le concile prononça une-sentence qui déclarait Boniface VIII Pape légitime

quant à son élection, calliolique quant a sa doctrine, et innocent quant aux autres chefs Il s'ensuivait que la conduite de Philippe-le- Bel à son égard avait été schismatique et criminelle. Pour faire accepter la décision du concile par le roi et ses partisans et terminer entièrement l'affaire, Clément V rendit un décret qui absolvait Philippe de tout ce qu'il avait fait contre le Pape et contre l'Eglise, et déclarait qu'il ne pourrait jamais, dans la suite, être inquiété à ce sujet \

Boniface est mort dans des accès de frénésie^ se frappant la tête contre les murs et se rongeant les mains.

On s'étonne peu de voir ces calomnies reproduites par Sismondi ^, et après lui par une foule d'auteurs protestants qui ramassent sans critique, et publient avec une satisfaction qu'ils ne prennent pas même la peine de dissimuler , tout ce qui a été écrit contre les Papes; mais les retrouver dans M. Henri Martin ^ , dans le doc-

\ Petrini M^ni.— Raynald, ^312.

2 Histoire des Républiques italiennes, IT, 166.

3 « L'attendrissement des premiers moments de sa délivrance s'était changé en fureur; il ne cessait de proférer des imprécations sans suite, il blasphémait et se débattait, il grinçait des dents, 11 était en frénésie, dit le coulinualeurde Nangis, si bien qu'il mangeait ses mains ; il mourutsans dévotion et sans profession de foi; et furent ouïsde toutes parts, a l'instant de sa mort, tonnerres et foudres non accoutumés et non appaicnU aux fonirées voisines. « {Ilisl.de France, v, U2.)

tcur Henri Lco ^ et môme dans César Cantu ^ et dans Chateaubriand ^ î

Qu'il est donc difficile de déraciner un mensonge historique !

C'est le 8 septembre 1305 que Guillaume de Nogaret, Sderra Colonne et le gibelin Arnulphi autre ennemi personnel du Pape, attaquèrent le palais pontifical d'Anagni. Les serviteurs du Pape résistèrent quelques heures, et , cédant ensuite à la peur, jetèrent leurs armes et prirent la fuite. Resté seul avec deux cardinaux , Boniface VIII s'écria : « Trahi des miens, livré à mes ennemis comme le Sauveur du monde pour être misa mort, je saurai du moins mourir en Pape.» Et se faisant revêtir de la grande chape qu'on appelait le manteau de ^saint Pierre , il mit la tiare sur sa tète, prit les clefs et la croix, et s'assit sur son trône : « Ouvrez les portes, dit-il ensuite, je veux souffrir le martyre pour l'Eglise de Dieu. » Au même instant les conjurés se préci-

i M A peiue arrivé à Rome, une sorte de frénésie s'empara de lui. Il en mourut le W octobre. » [llist. d'Ilal., ii, 274.)

2 « Alors, abattu par tant de coups, son esprit s'égara, et il expira dans des transports de rage. » {Uistoire universelle, xii, 468.)

3 « Du Colonne le frappe au visage ; Boniface eu meurt de rage et de doscspoir. » [Mémoires d'oulre-tombe, \, 457.)

Déjà, à;insV Analyse de l'Histoire de France > le même écrivain avait dit que, selon plusieurs bisloriens, Boniface s'était frappé la léle conlra les mur» et avait mangé ses duigis.

pîtèrent dans la salle. Nogarct , saisi de respect par la nouveauté du spectacle, peut-être aussj ému de quelques sentiments religieux à la vue du Vicaire de Jésus - Christ , s'efforça de parler avec modération, et dit au Pape qu'il était chargé de l'arrêter pour le conduire en France et le présenter au concile général qui allait s'assembler à Lyon \

Colonne , plus violent , injurie Boniface et le somme de renoncer à la papauté : « Voilà ma tête, répond celui-ci; catholique, légitime pontife, vicaire de Jésus-Christ, je souffrirai volontiers d'être condamné par des Pataréens ^; je désire mourir pour la foi de Jésus-Christ et de son Eglise '^. » Colonne, irrité , lève le bras et frappe le saint vieillard de son gantelet de fer; les 3oldats, à ce signal, se jettent sur lui, le dépouillent de ses habits pontificaux , le traînent dans les rues de la ville , l'accablent d'outrages , et le jettent en prison. On l'y laissa trois jours, avec l'intention sans doute de le faire mourir de faim, puisque pendant cet espace de temps il ne

1 Différ., p. 184.

2 Les Pataréens étaient une branche de l'bérésje albigeoiie ou ms' pjcliéeune.

5 RuKxus, 2IS.— Villani; vin, A3.

reçut d'autre nourriture qu'un peu de pain et quatre œufs que lui apporta , en cachette , une pauvre femme du peuple. Cependant les habitants d'Anagni et des environs, honteux de voir ainsi outrager leur compatriote et leur père, prirent les armes au nombre de dix mille pour le délivrer. Les gardes de la prison sont massacrés au cri de vive le Pape ! périssent les traîtres ! le château est évacué; Nogaret et Colonne honteusement chassés; Boniface, délivré de ses chaînes, est porté en triomphe sur la place publique. Les habitants accourent en foule, ils veulent tous le voir, lui parler, baiser ses vêtements, recevoir sa bénédiction; on lui donne à peine le temps de prendre un peu de pain et de vin pour réparer ses forces épuisées^ Le Pontife pleure avec ses enfants , leur raconte ses souffrances, les bénit, les remercie , leur pardonne.

Mais tant d^émotions et de mauvais traitements avaient brisé sa santé ; à peine fut-il arrivé à Rome qu'il se vit attaqué d'une fièvre dévorante, dont rintensité allait toujours croissant. Boniface comprit que sa fin était proche; il appela les cardinaux autour de lui, et déclara que, en imitation de Notre - Seigneur Jésus - Christ , il oubliait entièrement les outrages quMl avait reçus, et pardonnait de grand cœur à tous ses ennc-

mis *: il récita à haute voix le Symbole des Apôtres , déclara mourir dans la foi catholique , demanda et reçut les derniers sacrements ^ , et rendit tranquillement son âme à Dieu ^ le 1 1 octobre 1303, à l'âge de quatre-\ingt-six ans.

Ainsi mourut ce grand Pontife, exténué de fatigues h force d'avoir lutté pour la foi véritable *. » Il semble que la Providence ait voulu démentir elle-même toutes les calomnies qui se sont attachées à la mémoire de Boniface YIÏI. Au commencement du dix-septième siècle , sous le pontificat de Paul V, les travaux de réparation exécutés dans la basilique du Vatican exigèrent la démolition de la chapelle que Boniface s'était

^ On a taut répété que Boniface était violent, emporté, vindicatif, qu'on craint de révolter le lecteur en écrivant qu'il fut, au conlraire, bon, pacifique, et surtout oublieux des injures; et cependant c'est la vérité. Pans tous les différends où il est intervenu, il a conseillé la paix; il n'a jamais puni sans offrir le pardon , et ne l'a jamais refusé quand on le lui a demandé. Avant de mourir il publia une amnistie, Kn partant d'Anaf,ni, il s'était déjà signalé par un trait de clémence admirable. Les Labitanl» «'étant emparés d'un des principaux meneurs du complot, l'amenèrent devant Boni face et lui demandèrent ce qu'il.fallail fairede cet assassin : « Qu'on le laisse aller, » dit le généreux Pontife :

. . . Capiter qui maximus îiorum Evtiterat, summusque Pater jam carcere liber Protinus bunc solvil.

(Card. Steplian. — Raya., ann. 1303, -42.) 2 Preuves du différend, 402. — Opus melr.

S Chrislo (une rcddilur almus s^^ii ilus. — Card, Slepliancns. — Rub. — Rayn., 1303.

4 Muraluri, m, GG8.

fait construire pour sa sépulture. Avant de transporter son cercueil dans le nouveau souterrain qui lui était destiné, on en lit l'ouverture en présence d'un grand nombre de témoins : chose remarquable, trois cent deux ans, jour par jour, après la mort du Pontife, son corps fut trouvé intact, sans corruption, sans lésion ^ «Nous accourûmes, et toute la ville de Rome avec nous, dit Henri de Sponde, pour admirer ce spectacle ^. » La peau de la tète était parfaitement saine, les mains étaient sans blessure , nulle part on n(^ remarquait traces de cicatrices. Ainsi s'évanouirent les mensonges du continuateur de Nangis et de Ferreto de Vicence. Procès-verbal authentique et détaillé de cette exhumation fut rédigé par le notaire Grimoard ; on peut lire ce document dans Rubœus et Raynald **.

-1 Prœscnlibus DO. vicarlo, canonicis, arcUiepiscopo, episcopo cl duce ac magno populo, meque nolaiio, etc., fuit capsa aperla, et visuin ab omnibus corpus ipsius recolcndaenicmoriae Bonifacii VIII, adhuc integruia et iiicorruptum, sacris veslibus ornalum. (Rayn., ann. 1503, u" 44.)

2 Nobisque hœc scribimus lune Romse exislenlibus, totoque urbe ad spcclaculum concurrenle. {Àd ann. ^3^3, n° 16.)

8 Ap. Rub., ad calccm. — Rayn., 4303, 44. — « Les dcrivains à qui Ferrelo de "Vicence a servi de guide n'ont pu ignorer le proccs-verbal d;; celle exbumalion ; que penser alors de leur bonne foi ? L'erreur, mémo involonlaire, est toujours un malheur, mais l'erreur volontaire est un crime ; et quand celle erreur est invoquée pour souiller la mémoire dos personnages historiques les plus respectables, c'est le plus horrible et \o plus odieux de tous les crimes. » (M. l'abbé Christophe, Histoire de la Papauté au quatorzième siècle , i, 130.)

Nous ajoutons les détails qui suivent, afin d'achever de faire connaître le caractère et les actes de ce grand Pape :

Benoît Gaétan , né à Anagni , s'était fait une grande réputation de science comme docteur en Fun et l'autre droit , de régularité comme chanoine , d'habileté comme légat du Pape en Angleterre, en Sicile, en Portugal et en Espagne : aussi son élection au suprême pontificat fut-elle accueillie avec satisfaction par toutes les nations chrétiennes , avec enthousiasme par les Italiens. La noblesse romaine vint à sa rencontre jusqu'à Anagni, et lui offrit la dignité de sénateur qu'il accepta. Au festin solennel qui suivit son intronisation , deux princes , la couronne sur la tête, voulurent le servir à table : c'étaient le roi de Sicile et le roi de Hongrie. Boniface VIII ne démentit pas les espérances qu'on avait conçues de lui. Il s'efforça d'abord de rétablir la paix dans l'Italie, et y réussit. Les Italiens, heureux, s'empressèrent de lui exprimer leur reconnaissance. Rome l'avait nommé sénateur, Velletri le nomma podestat , Pise directeur de sa république ; Florence, Bologne, Orvietto lui érigèrent des statues de marbre. Boniface consacra ensuite ses soins à faire cesser les guerres injustes et cruel-

les que les princes chrétiens se faisaient entre eux. Grâce à son habile et prudente intervention, (les traités de paix furent conclus entre le roi de Naples et le roi d'Aragon, entre le roi d'Angleterre et l'empereur d'Allemagne , entre la république de Gênes et celle de Venise. L'accord fait quelques années auparavant entre le roi de Sicile et le roi des Romains fut cimenté. Une paix générale allait régner sur l'Europe, qui devenait ainsi capable de repousser avec succès les attaques des Turcs ; malheureusement l'entêtement de Philippe-le-Bel fut là pour tout brouiller. Si, dans les démêlés qu'il eut avec ce prince , le Pape a eu des torts, ceux de Philippe les font disparaître.

En général, dans ses rapports avec les souverains, Boniface VIII suivit les principes résolument inaugurés par Grégoire VII, et acceptés de tous sous Innocent III. Mais s'il en fit l'application peut-être avec la même habileté qu'eux , et certainement avec une égale pureté d'intention, ce ne fut pas avec le même succès. Au commencement du quatorzième siècle les empires essayèrent de secouer la tutelle de l'Eglise à laquelle ils devaient, les uns leur commencement, tous leur développement. Fut-ce pour eux un bonheur ou un malheur? ce n'est pas ce que nous

avons à examiner ici ; nous devions seulement constater qu'on ne peut faire un crime à Boniface YIII de s'être cru obligé d'employer les mêmes moyens que ses prédécesseurs pour maintenir et défendre l'indépendance de l'Eglise, l'indissolubilité du mariage, le célibat ecclésiastique, les intérêts du peuple , le progrès de la civilisation, la liberté de Tltalie, le salut de FEurope. Le pontificat de Boniface VIII a été encore signalé par la canonisation de Louis IX roi de France, par la création d'un archevêché à Pékin, par l'approbation de l'ordre des Hospitaliers de Saint-Antoine, par la publication d'nne nouvelle collection de décrétâtes, la condamnation des Fratriceîles, la fondation du collège de la Sapience, l'institution des fêtes des évangélistes et des docteurs de l'Eglise, et enfin par la publication du Jubilé séculaire.

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