La lecture de l'Ecriture-Sainte est pour tous
81. L'obscurité de la sainte parole de Dieu n'est pas une raison, pour les laïques, de se dispenser de la hre.
b2. Le jour du dimanche doit ^tre sanctifié par
la pratique des lectures pieuses, et par-dessus tout par la lecture deTEcriture-Sainte.
83. C'est une illusion de croire que la connaissance des mystères de la religion ne doit pas être communiquée aux femmes au moyen de la lecture de TEcriture-Sainte. Ce n'est pas de la simplicité des femmes , mais de l'orgueil des hommes qu'est venu l'abus des Ecritures et que sont nées les hérésies.
84. Enlever des mains des clirétiens le nouveau Testament, ou le leur tenir fermé en leur enlevant le moyen de le comprendre, c'est leur fermer la bouche de Jésus-Christ.
85. Interdire aux chrétiens la lecture de l'Ecriture-Sainte, surtout l'Evangile, c'est interdire l'usage de la lumière aux fils de lumière, et leur infliger une espèce d'excommunication.
La condamnation qu'a faite de ces propositions le pape Clément XI exaspère les «inemis de l'Eglise ^
1 « Le Saint-Siège, dit un des plus modeines, en 1713, publia sa bullg Unigenitus, monument incroyable dans l'histoire du christianisme. Une vraie stupeur saisit l3s plus fervents croyants , la France on est déchirée pendant un demi-siècle ; et si, pour ma part, je lis et relis celte bulle , je partage de nouveau la stupeur de ces générations , je ne puis en croire mes yeux, etc.
« L'anathème va encore frapper, par exempte , cette maxime : Le jour du dimanche doit être sanctifié par des lectures de piêlé et surtout d<is saintes Ecritures; il est coupable de vouloir détourner le chrétien de cette lecture. Homme de bonne foi, qui vois cet analhème, dis-moi ce que
F.t cependant ne suflit-il pas, pour la justifier, Je remarquer qu'elle est une conséquence de la lioctrine et une application de la législation de l'Eglise relativement à la lecture des Livres saints en langue vulgaire?
L'Ecriture-Sainte est la source de la foi , mais elle n'est pas la source unique , et une partie de la parole de Dieu est contenue dans les traditions reçues de Jésus-Christ , transmises par les Apôtres, et conservées jusqu'à nos jours. Le droit d'interpréter les saintes Ecritures et de discerner les traditions divines n'appartient qu'à l'Eglise enseignante.
L'étude de l'Ecriture- Sainte est nécessaire aux pasteurs, elle ne l'est pas aux fidèles, dont la plupart toutefois peuvent s'y livrer avec fruit.
La lecture de FEcriture-Sainte peut être utile à tous, mais quand elle est faite dans les dispositions
lu veux que j'en pense? » {Le Catholicisme et la Révolution. Leçon xii.) Ce que j'en pense! c'est que. cette bulle a été le coup de grâce du jansénisme, une des plus dangereuses hérésies que le démon ait jamais suscitées coutrcl'Eglise; que, comme simpîedocumentbumain, elle aune trèsgrande autorité morale^ puisqu'elle a été rendue sur le rapport d'une commission fui mée des plus habiles théologiens de Rome, tirés de toutes les écoles et des corps religieux les plus savants ; que, publiée ex cathedra et canoniquemenl acceptée pai" l'épiscopat, elle est, aux yeux de tous, un jugement dogmatique irréformable. Je pense enfin que M, Quinet ne comprend pas les propositions condamnées par la bulle, et que l'imaginalion d'un écrivain, quelque riche qu'elle soit, ne devrait pas le dispenser d'étudier les questions d'histoire et de théologie dont il veut parler.
d'esprit et de cœur convenables. L'étude des textes primitifs des Livres saints n'a été interdite à personne ; il n'en est pas ainsi de la lecture des traductions en langue vulgaire. On ne peut regarder comme permise que la lecture des traductions autorisées par le Saint-Siège , ou accompapagnées de notes tirées des saints Pères et de commentateurs doctes et catlloliques^ L'Ecriture- Sainte est quelquefois difficile à comprendre ; cette obscurité peut être une raison de défendre la lecture de certains livres et de certains passages à certaines personnes. Il est très-louable de se livrer , le dimanche , à des lectures pieuses ; mais il est absolument nécessaire , pour sanctifier ce jour, d'entendre la sainte Messe. L'enseignement oral est le moyen ordinaire d'instruction dans l'Eglise.
Voilà renseignement catholique. Or, les sept propositions du P. Quesnel y sont plus ou moins opposées ; orthodoxes et inoffensives en appa-
■I « 11 est cipressémenl slaliié de ne permellre la lecture d'une traduction delà Bible qu'à ceux qui sembleraient devoir y puiser l'accroisseiiiont delà piété et de la foi. Celle règle, environnée de nouvelles flauscs à raison de l'astuce persévérante des hérétiques, fut interprétée par Denolt XIV, en ce sens qn'on pouvait regarder comme peimiso la lecture des trad actions approuvées par le Saint-Siège apostolique, ou publiées avec des annotations tirées des Pères de l'Eglise ou d'inicrprèlc* savants etcalboliques. » (Grégoire XVI, Lettre encycliqne du 8 mars 1845, InUr prœcipnas machinationes. )
lence, elles sont en réalité susceptibles de sens pleins d'erreurs et de dangers.
Elles font de la lecture de FEcriture-Sainte une obligation qui pèse sur tous les chrétiens , même sur ceux qui ne savent pas lire, et dont rien ne peut dispenser, même l'ignorance du lecteur et Tobscurité du livre; elles représentent cette lecture comme un moyen nécessaire , et du reste suffisant , de sanctifier le jour du dimanche; elles la donnent comme la voie unique de parvenir à la connaissance des mystères de la religion; elles font entendre que les fidèles sont tous juges de la foi , puisqu'ils doivent aller la puiser eux - mêmes dans les sources , et non pas la recevoir de la bouche de leurs pasteurs; elles tendent à nier le droit qu'a l'Eglise de tolérer , de recommander ou de défendre la lecture de la Bible, selon que peuvent l'exiger les diverses circonstances de temps , de lieux et de personnes. Ainsi donc, ou par ce qu'elles disent , ou parce qu'elles insinuent, ou à cause de la généralité des termes , ou à cause des divers sens qu'on peut leur donner, ces propositions sont réellement dignes de censure.
« Grégoire I", dit un ministre protestant, recommande la lecture de l'Ecriture-Sainte , et In-
nocent XI (lisez Clément XI) la proscrit dans sa trop fameuse bulle Unigenitus, qu'on dirait sortie de quelque coin de Tenfer, tant elle est pleine de haine contre le Livre saint \ »
M. Puaux et tous ceux qui, avant ou après lui , ont reproduit cette objection , parlent évidemment de ce qu'ils ignorent.
Saint Grégoire , il est vrai, appelle, et avec raison, TEcriture-Sainte la nourriture de l'âme , l'expression de la volonté de Dieu, la lumière qui éclaire l'esprit, une tour où pendent mille boucliers , l'armure des forts pour la défense de la foi ; mais il dit aussi que , « écrite pour tous , elle n'est pas intelligible pour tous ^; que c'est un livre fermé dont la lecture n'est pas facile ^; qu'on chercherait en vain le sens de certains passages, si quelqu'un ne l'indiquait*. » Ailleurs il ajoute que beaucoup de lecteurs, qui croient en avoir pénétré jusqu'à la substance, n'ont fait qu'en ronger l'écorce ; il se plaint que les hérétiques donnent un sens dépravé aux paroles qui expriment nos saints dogmes ^. Il veut que les pasteurs des âmes re-
\ Rome a-t-elUles caract., etc., par M. Puaux, ministre à Rocbefort.
2 Scriptura tota quidem propter nos scripla est, sed non tota iulelligilur k nobls. {In Ezccli., 1. ii, liom. 5.)
3 Liber involutui est Scriptura sacrœ cloquium obscurum. (Ibid., I. If, bom. 40.)
4 Ibid., I. I, bom. 10.
5 Moral., 1. xx, c. 9. — Ibid., 1. xviii, c. 43.
tl ressent ceux qui comprennent mal celte parole divine , et engagent ceux qui la comprennent à la mettre en pratique *.
MM. les ministres n'ont pas l'air de connaître davantage la bulle Unigenitus. Ils auraient vu que dès le commencement le Pape s'élève contre ces fiers prophètes « qui séduisent avec d'autant plus de facilité ceux qui ne se défient pas de leurs pernicieuses entreprises , que, semblables à des loups qui dépouillent leur propre peau pour se couvrir de la peau de brebis , ils s'enveloppent des maximes de la loi divine , des préceptes des saintes Ecritures dont ils interprètent malicieusement les expressions , et de celles mêmes du nouveau Testament qu'ils ont l'adresse de corrompre en diverses manières, pour perdre les autres et pour se perdre eux-mêmes. Vrais fils de l'ancien père du mensonge, ils ont appris, par son exemple et par ses enseignements, qu'il n'est pas de voie plus sûre ni plus prompte pour insinuer dans les âmes le venin des erreurs les plus criminelles, que de les couvrir de l'autorité de la parole de Dieu. »
Ils auraient ensuite remarqué les paroles qu i terminent la bulle :
^ H<^{Tul. Past., r. 3,c. 2'<, al. 48.