‹ L'histoire et l'infaillibilité des papesChapitre 50 sur 70 · TOME n · texte numérisé non relu

TOME n

«Enfin, et c'est plus intolérable encore , cet ouvrage altère le texte du nouveau Testament d'une manière qui ne peut être trop condamnée ; il reproduit en beaucoup d'endroits une traduction dite de Mons censurée depuis longtemps ; il diffère et s'éloigne en diverses façons de la version Vulgate qui est en usage dans TEglise depuis tant de siècles , et qui doit être regardée comme authentique par toutes les personnes orthodoxes; et Fauteur porte la mauvaise foi jusqu'au point de détourner le sens naturel du texte, pour y substituer un sens étranger et souvent dangereux. » Et ils auraient conclu que Clément XI , pape savant et zélé, n avait condamné l'ouvrage du janséniste Quesnel qu'afin de défendre la pureté de la foi , de veiller à l'observation des saints canons, et surtout de pourvoir à Fintégrité et à la saine interprétation des saintes Ecritures.

Les Pères du concile de Trente , en publiant leur décret sur l'usage des saints Livres ; Sixte- Quint et Pie IV , en dressant les statuts de la Congrégation deV Index ; JeanXXIlI, Benoît XIV et Clément IX , en proscrivant des traductions infidèles de l'Ecriture-Sainte; Pie VII, Léon XII et Grégoire XVI, en condamnant les sociétés bibliques , ne se sont pas proposé d'autre but. Le

temps viendra enfin où, au lieu de blâmer ce système de mesures préventives, on admirera la sagesse qui Fa établi, et on avouera que c'est l'énergique application qu'en ont faite les premiers pasteurs de l'Eglise qui a conservé , dans toute sa pureté, la source de notre foi.

Malheureusement, nous en sommes encore loin. Le protestantisme ne démord pas de son principe fondamental. Ecoutons quelques-uns de ses organes :

« Les Ecritures suffisent, à elles seules, pour nous faire connaître la vérité, et il ne faut rien écouter au-delà de ce qui est écrit \ — C'est le Livre de Dieu, c'est cette Bible que le protestantisme a pris dans tous les temps et dans tous les lieux pour Tunique fondement de sa foi , pour la seule règle de sa discipline ^. - La Bible nous donne de l'histoire juste assez pour comprendre la doctrine, et de doctrine juste assez pour comprendre l'histoire, et ni plus ni moins d'éléments de culte qu'il n'en faut pour exprimer toutes les parties de la doctrine en formes extérieures ^. — La tradition dogmatique ne peut se concilier avec les

1 !\Tonol, LuciUon la lecture delà lilhle, 182.

2 Malan, Pour rais-je jamais, eic, SO.

3 Ostcr, le Droit de tout homme de lire la Bitte.

Ecritures , qui se déclarent elles-mêmes suffisantes'. — Le discernement de la doctrine est accordé, dansTEvangile, non à quelques-uns, mais à tous.— Selon nous, le Saint-Esprit parle directement à chaque fidèle ^. — Le droit de prononcer sur la fidélité de la traduction et sur le sens des Ecritures a été donné à chaque fidèle ^. — C'est une incrédulité de cœur que de traiter avec l'homme plutôt qu'avec Dieu *. — La Bible ne connaît point de caste qui ait le privilège de comprendre le mystère de la révélation divine ^. »

Ce que Ton peut résumer ainsi : « La Bible est l'unique règle de foi, chacun a le droit de l'interpréter, tous doivent la lire. »

Une foule d'écrivains catholiques ont montré la fausseté de ce principe, au triple point de vue de la révélation , de la raison et de l'expérience ^.

Rappelons brièvement quelques-unes de leurs raisons.

4 Girod, Avertissement, 79.

2 Monod, Lucile, etc., 273.— /6i(/., ToO.

3 Pancbaud, //• Lettre, 81.

4 Monod, Lucile, elc, ^84.

5 Osier, le Droit, etc., ^7.

G Voir notamment : « Correspondance entre un prêtre catholique et un ministre calviniste , ou le Principe fondamenlal de la Réforme vingt fois démontré insoutenable et faux, » par le P. Gautrelet;— « De Tusage de la ;Bible en langue vulgaire, » parMgrMalou, évéque da Bruges.

Ce principe est opposé à l'Ecriture, Jésus- Christ a dit : Allez , enseignez toutes les nations , baptisez -les, et apprenez-leur à garder mes commandements \ Il n'a pas dit : Allez , et répandez des Bibles. La foi vient de renseignement , dit saint Paul, fides ex auditUy et non de la lecture.

Le même apôtre recommande à Timolhée de transmettre à des hommes fidèles, capables d'enseigner les autres, ce qu'il lui a dit devant plusieurs témoins ^, et non de leur mettre TEcriture à la main. L'histoire parle d'un Symbole que les Apôtres firent avant de se séparer (résumé de ce qu'ils allaient prêcher) , elle ne dit pas que chacun d'eux emporta une Bible.

Ce principe est nouveau dans l Eglise, Les livres dunouveauTestamentn'ontété entièrement écrits, qu'en Tan 96, soixante-sept ans après la mort de Notre-Seigneur : et le canon de ces livres n'a été dressé, d'après Mosheîm, qu'au deuxième siècle, et d'après Basnage , qu'au cinquième siècle. Or , à cette époque , l'Evangile avait été prêché dans toutes les parties du monde.

Saint Irénée atteste que , de son temps , il y avait encore des églises, ou des sociétés chrétiennes, qui n'avaient point d'Ecriture- Sainte et

1 MaUli. XXVIII, J9.

2 II. Tiai,. ir, 2.

qui cependant conservaient une foi pure aa moyen de renseignement oral \

Il est opposé à la tradition. Dans tous les conciles on a fait usage, pour constater la foi de FEglise , et de FEcriture-Sainte et do la ïradidition ; souvent même nous voyons les Pères de TEglise ne parler que de cette dernière comme règle de leur croyance : « Le Saint-Esprit ne peut se séparer du Père et du Fils , dit saint Basile, la tradition le défend ^. — C'est ainsi que j'ai été instruit , dit saint Jérôme , c'est ainsi que i'ai cru '"*. » Tertullien n'emploie, pour réfuter les hérétiques, que l'argument de prescription qui repose essentiellement sur la tradition. On connaît la réponse de saint Etienne aux évèques d'Afrique : « Point de nouveautés, suivons la tradition *.— Ce qu'ils ont trouvé dans l'Eglise, dit saint Augustin, ils l'ont tenu ; ce qu'ils ont appris, ils l'ont enseigné; ce qu'ils ont reçu de leurs pères, ils l'ont livré à leurs enfants^. » Ailleurs le même Père dit « qu'il ne croirait pas à l'Evangile, si Tautorité de l'Eglise ne l'y obligeait ^. »

4 Bergier, Dict. de Théol. dogm., art. Ecrilure-Sainle. 2 Hora. M, contra Sabell.

5 De Trinit., 1. vi, n" ^0.

'î Mhil innovetur nisi quod Iradilum est.

îj Conlra JuL, I . ii, c 24.

(i Evangeliis nou crcdoiem, nisi inc cojorel Ecclcsito calliolicœ auctorilas.

Un' est pas d'une application générale. Comment faire une obligation de lire et d'interpréter la Bible aux nations qui ne connaissent aucun système d'écriture? aux tribus sauvages dont la langue se compose tout au plus de quelques centaines de mots ^ ? aux individus qui ne savent pas lire, ou qui n'ont pas le temps de lire, ou qui ne comprennent pas ce qu'ils lisent?

// est même (Tune application impossible à timmcnse majorité des lecteurs, ïrès-peu , en effet , sont capables de consulter les textes originaux , de prouver l'authenticité et l'intégrité de ces textes, de constater la fidélité des versions qu'on en a faites, de s'assurer qu'on les prend dans leur véritable sens. Or, il est nécessaire de résoudre toutes ces questions avant de chercher quelles vérités ces livres contiennent ; il y a même deux questions antérieures à celles-là qui sont insolubles

\ Une lettre circulaire a<îress<5e, en 1821 , par la Société biblique britannique et Olrangèrc aux Sociétés bibliques «le l'Europe, porte à cent trente-neuf 1j nonïbre des traductions de la Dille exécutées sous sa direction. Parmi ce nombre on en voit deux en esquimaux , peuple nomade du Labrador; trois en mobawk, tribu sauvage du Canada; une en groeniandai», pécheurs des glaces du pôle ; une en delaware , tribu indienne du lac Erié : trois idiomes dont on alleud encore la grammaire el le glossaire. Les dissertations philosophiques des Amis de Job, en langue groenlandaise! les raisonnements abstraits sur la justification de gaint Paul, en langue mohawke!! Le P. Lacordaire se rappelait sans doute cette circulaire lorsqu'il disait « qu'on avait traduit la Bible dans toutes lei langues qui existeiil, et mCiuc dan» celles qui u'exislctil pas, »

sans la tradition : la parole de Dieu a-t-elle olc écrite? quels sont les livres qui la contiennent?

Il ouvre le champ à toutes les disputes , sans donner aucun moyen de les terminer. Le même livre ne peut être tout à la fois la loi que Ton doit suivre et le juge des contestations qui s'élèvent sur cette loi.

// consacre toutes les extravagances , il légitime toutes les contradictions^ il sanctionne toutes les erreurs. Je suppose qu'un ministre évangélique arrive à la baie d'Hudson avec une cargaison de Bibles en langue algonquine , et qu'il s'empresse de les distribuer aux naturels du pays ; que répondra-t il au Huron qui, après avoir lu ce livre, viendra le lui remettre en lui tenant ce langage : « Vous vous êtes donné une peine inutile en venant dans ces contrées pour travailler à notre conversion ; nous u' avons rien à changer à nos croyances et à nos coutumes. Le livre que vous nous avez mis entre les mains les légitime toutes, ou par les préceptes qu'il donne, ou par les exemples qu'il contient. Nous occupons la femme à charrier le bois, à porter les fardeaux , et à d'autres travaux bas et pénibles : on ne peut assez la mépriser et l'humilier , puisque , par sa prévarication au paadis terrestre, elle a été la première cause de nosrmalheurs; obéir et souffrir, telle doit être sa des

liiiée : « Tu seras soumise à Thomme, et il le commandera*. » — «Si quelqu'une d'entre elles se distingue par son courage et sa sagesse , nous lui laissons occuper les premières places de notre société, et nous relevons même au rang de gouverneur et de juge de la tribu , ce que le peuple juif a fait aussi quelquefois sans avoir eu à s'en repentir, témoin la judicature deDébora.

« Nous avons plusieurs femmes, à l'exemple des patriarches dont ce livre nous raconte l'histoire : lorsqu'une d'elles meurt, nous épousons sa sœur, conformément aux prescriptions du Deutéronome. Nous faisons cuire notre pain sous la cendre , à l'exemple de Gédéon et d'Elie. Nous mangeons du chien, mais nous n'avons pas vu son nom sur la liste des animaux immondes ; nos vêtements sont des peaux de bêtes : Adam et Eve en reçurent de semblables de la main de Dieu. Comme les Hébreux, nous allons , dans nos doutes, consulter les voyants qui habitent des lieux solitaires et nous prédisent l'avenir. Nous admettons l'existence des anges et de^ démons, c'est-àdire des génies, les uns bons, les autres mauvais , et nous croyons à trois personnes divines que nous appelons le Grand-Lièvre , le Grmid-Tigre

1 (ici) , m, IG,

el3IatJcomek; du reste, peu importent les noms. Nous savions que dans l'autre monde il y a un paradis pour les âmes des bètes, avant de lire ce passage : « Tu sauveras les hommes et les bètes, Seigneur. » Nous arvions grande foi aux songes avant de connaître ceux de Joseph , de Sain uel et de Nabuchodonosor. »

Le distributeur de Bibles ne sera pas plus heureux au royaume de Siam. Un Talapoin, armé de sa Bible, pourra lui dire : « Ce livre renferme nos institutions. Le jour de la nouvelle et de la pleine lune est un grand jour de fête pour nous comme pour le peuple juif, à qui il a été dit de garder les ncoménics : « Aux premiers jours du mois, vous offrirez un holocauste ^ »

« Nous avons lu dans la Genèse que le serpent tint conversation avec Eve; dans le livre des Juges , que Fànesse de Balaam adressa des remontrances à son maître ; et dans Job , que le cheval, au son de la trompette , s'écrie : Partons. Il est donc vrai , comme nous l'avions pensé , que les animaux , dans le principe, avaient l'usage de la parole. Aux preuves que nous employons pour démontrer à nos Indiens le dogme de la métempsycose , nous ajouterons désormais celle-ci : « Encore un peu, et vous ne me reverrez

^ Nuir.er. wmii, I {

plus ; encore un peu, et vous me reverrez; je vous enverrai mon Esprit , je serai avec vous jusqu'à la consommation des siècles. » Seulement, je dois vous faire observer que votre Sauveur, que vous appelez Christ , ne devait être qu'un Dieu secondaire; car c'est un Dieu de ce rang, Thavolat, qui, dans notre religion, a été attaché à la croix et mis à mort. Pour nous montrer à quel excès votre Dieu a aimé les hommes , vous nous racontez son unique incarnation ; mais notre Sammonokodon a eu pour nous un amour plus grand encore, puisqu'il s'est incarné cent cinquante fois pour notre salut. »

Que ne trouve-t-on pas dans la Bible livrée aux interprétations aveugles ou intéressées de l'examen particulier ?

Le matérialiste trouvera son système dans ce verset : « Vous ne mangerez point de chair avec son âme, qui est son sang ^ » Le fataliste se prévaudra de celui ci : « Soit qu'il renverse, soit qu'il resserre, soit qu'il rassemble, qui l'empêchera 2? » Le déiste s'autorisera de cet autre pour nier l'existence des châtiments et des récompenses de la vie future : «Voici que le juste

1 Gcii. ïx, 4. Je cite la liadutlioii proleslaule d'OxeiSliern,

2 Jol). 11. 10.

reçoit sur la terre sa rétribution , combien plus le méchant et le pécheur î »

Le Guèbre trouvera la consécration de ses coutumes idolâtriques dans ces paroles : « On tiendra le feu continuellement allumé sur l'autel , et on ne le laissera point éteindre. » Le vainqueur cruel excusera ses excès en se rappelant qu'il est écrit : « Tu passeras tous les habitants de la ville au fil de l'épée'; tu égorgeras tQut, jusqu'aux animaux \ » Le noir habitant de la Guinée continuera ses sacrifices humains en voyant que Dieu en a demandé un de cette nature à Abraham ; et qui sait si les Cannibales de la Nouvelle-Calédonie ne se croiront pas autorisés à se nourrir de chair humaine, en lisant ces textes : «Si vous ne mangez la chair du fils de l'homme, et si vous ne buvez son sang, vous n'aurez pas la vie en vous? — Tout ce qui se meut et qui a eu vie, vous sera pour nourriture \ »

Toutes les superstitions, toutes les erreurs peuvent se justifier par quelques passages de l'Ecriture mal entendus ; et il n'est pas jusqu'au bohémien qui n'y trouve ses tours de gobelet : « N'est-ce pas le gobelet, dit l'intendant de Joseph aux fils de Jacob, dans lequel notre seigneur

4 Deut. xm, -15.

2 Geii. IX; 30.

boit et pai lequel il devine infailliblement '? » Cest de la fiction , direz - vous ; voici de l'histoire. La première chose que Ton remarque en oxxyrani le Dictlon7i(m'e des hérésies, c'est qu'il n'en est pas une seule que leur auteur n'ait prétendu fonder sur quelque passage des saintes Ecritures.Il serait trop long de les rappeler toutes, nous nous contenterons d'énumérer celles auxquelles le premier livre du Pentateiique a donné lieu.

Des chrétiens de Syrie , au deuxième siècle , lisaient le premier chapitre de la Genèse : Et Dieu dit que la lumière soit, et la lumière fut. Un d'eux remarqua que le verbe fiât, au mode subjonctif, n'est pas un ordre, mais une prière ; que, puisque Dieu priait, il avait un supérieur, et que par conséquent il y avait deux Dieux. Ce raisonnement fut trouvé concluant , et Tatien compta de nombreux sectateurs. Les Archontiqiies soutenaient la même erreur, mais avec un argument différent : «Moïse admet deux Dieux, disaitil, l'un supérieur qu'il appelle JcJiovah, et l'autre inférieur nommé Sabaoth ^ Les Nyctages prétendaient que Dieu avait créé la nuitpour quePhomme se reposât , et que faire quoi que ce fût pendant ce temps, même prier et chanter l'office di-

i Gen. XLiv, 5.

2 Socr , ïïist. r, 4.

vin, c'était mal. Les Sahhaliens travaillaient la nuit, s'ils avaient quelque motif de le faire; mais rien ne leur aurait fait profaner le jour du sabbat, lis regardaient rinstitution du dimanche comme condamnée par ces paroles : Et le septième jour Dieu se reposai Une autre branche de Sabbatiens faisait profession de garder une oisiveté perpétuelle, pour mieux imiter le repos du Seigneur. Les Adamites trouvaient que l'homme racheté ne devait pas avoir d'autre costume que Fhomme innocenta Les Déchaussés voulaient obliger tout chrétien d'aller pieds nus. Les Apocarites prétendaient que notre ame était une portion de la Divinité, puisqu'elle avait été formée de son souffle ^. « Nous sommes faits à l'image et à la ressemblance de Dieu *, disaient les Anthropomorplûtes ; donc Dieu a un corps comme nous ^. » Les Ophites rendaient un culte au serpent ; ils regardaient cet animal comme étant la source de la sagesse, puisque c'était grâce à ses suggestions que l'homme était parvenu à « connaître le bien et le mal. » Isaac de Pereyre enseignait qu'Adam

* Gen. II, 2.

2 Epiph. llœr., 51. — Gen. ir, 23.

3 Gen. ii, 7.

A Gen. i, 26.

5 Nicepb., 1. xi et xm.

notait pas le premier homme que Dieu avait créé, et le système des Pré-Adamites eut des partisans. Les Encratiies remarquent qu'Adam n'a eu des enfants qu'après son péché \ et concluent que le mariage n'est pas permis. Les Abélonitcs regardaient pareillement la continence comme obligatoire pour tous, mais c'était à cause qu'Abcl ne s'était point marié ^ Les Arthorites^ charmés devoir que le sacrifice d'Abel avait été agréé de Dieu ^ ne veulent jamais lui en offrir d'une autre espèce*. Les Caïnites, au contraire, vénéraient le fratricide. Caïn s'était montré le plus fort, donc il était l'ouvrage d'un Dieu supérieur. Ces sectaires ne reculaient pas devant les conséquences de leurs principes; le traître Judas était, pour eux, un saint personnage dont ils recevaient FEvangile comme canonique ^. Les Sethiens reconnaissaient Jésus-Christ dans le troisième fils d'Adam , et lui rendaient un culte particulier. Les Abrahamites blâmaient également la circoncision des Juifs et le baptême des chrétiens. Abraham, disaient-ils, n'a pratiqué ni l'un ni l'autre , et cc-

1 Gcn. IV, 1.

2 S. Aug., nœr., 80.

3 Gon. IV, U.

4 Epiph., llœr., 49.

b Irœn., I. i.

pendant il a mérité d'être choisi de Dieu pour être le père d'un grand peuple et l'ancêtre du Messie \ Enfin, Théodote le banquier s'imagina un jour que Jésus-Christ n'était pas plus que Melchisédech, « puisqu'il était prêtre selon son ordre. » Or, comme la Genèse nous apprend que Melchisédech était prêtre de Dieu ^ c'était tout au plus ce titre que Ton pouvait donner à Notre-Seigneur, et la secte des Melchisédeciens prit naissance ^.

Voilà donc vingt hérésies, et il y en a d'autres, fondées sur la libre interprétation de quelques versets de la Genèse.

Mais à quoi bon constater par l'histoire un fait qui arrive tous les jours, sous nos yeux, parmi les protestants? Est-ce que , par exemple, la Faculté de Genève, qui ne croit pas à la divinité de Jésus-Christ, interprète comme la Faculté de Montauban, qui la défend encore , ce passage de saint Jean , Et le Verbe était Dieu? Ces paroles , Ceci est mon corps, ont-elles la même signification pour les Luthériens de l'Alsace qui croient à la présence réelle , que pour les Calvinistes de la Suisse qui la rejettent?

1 îYova ada Hist. ecci, nSS.

2 Gen. xiv, ^8.

3 VoyM Diclionn. des liérésits, par Pluquet, édilion Migne,

Est-ce que le docteur Gorham et le tribunal su - \)Tm\e de l'Eglise d'Angleterre , qui ont décidé que la réception du baptême était facultative pour le salut, prennent dans le même sens que Févêque d'Exeter ces paroles de Notre- Seigneur : A liez, enseignez toutes les nations, baptisez-les, etc. — Si quelqu'un ne renaît dans l'eau, etc. ?

Est-ce que nous ne voyons pas les sectes qui pullulent par centaines en Angleterre et aux Etats-Unis soutenir toutes que les rêveries qui forment leur symbole , quand elles en ont un , sont contenues dans l'Ecriture, et chaque jour le nombre de ces sectes s'accroître par l'interprétation différente de quelque texte biblique?

Ce principe est rejeté par ceux mêmes qui Vont inventé. Si les Protestants croient sincèrement que la Bible contient tout ce qu'il faut croire, et que chaque lecteur peut compter, pour la comprendre, surles lumières du Saint-Esprit, pourquoi rendre obligatoirerétude du catéchisme de Luther? pourquoi le supplice de Servet, de Gentils, de Barnevolt? pourquoi la mort de Crellius, les peines terribles prononcées contre les Luthériens qui rejetaient le formulaire d'union dressé à Torgau en 1576; et, plus tard, contre les Calvinistes qui ne voulurent pas recevoir les décrets prononcés par le synode de Dordrecht et par ce-

Page 1