CHAPITRE III
Les lois n'ont de valeur pour la science que comme expression exacte des faits. Tant que Taccord entre la théorie et la réalité n'est pas clairement établi, les lois sont de simples conjectures, plus ou moins plausibles, non d'indubitables vérités. Il ne nous coûte pas de convenir que tel est le caractère de la plupart de celles qu'on a proposées en histoire. Il reste donc à les démontrer en faisant la preuve de leur justesse. Toutes les sciences.de faits, obligées de procéder par hypothèse à la découverte de leurs lois, suivent une marche pareille. La conception d'une règle applicable à un ordre entier de phénomènes anticipe en effet sur leur connaissance, car, s'il fallait attendre, pour la formuler, de les avoir tous étudiés, on n'aboutirait jamais. Une loi est, au début, une induction échafaudée sur un certain nombre de faits connus et que l'esprit généralise, sauf à lui faire subir ensuite, autant que possible, le contrôle de tous les faits connaissables de même nature. Aussi longtemps que la loi résiste victorieusement à cette épreuve, on n'a rien à lui opposer et l'on doit la tenir pour vraie, jusqu'à ce que des faits nouveaux ou mieux observés viennent lui infliger un démenti, auquel cas il faut ou modifier la loi pour qu'elle se prête à régir l'exception notée, ou la rejeter si elle s'y refuse absolument. On essaie ainsi succes-
DÉMONSTRATION DES LOIS DE l'hISTOIRE SqJ
sîvement diverses hypothèses et Ton ne retient, en définitive, que celle qui concorde avec l'intégralité des faits^ Lorsque Kepler cherchait à déterminer la courbe des orbites planétaires, il tenta de leur appliquer différentes sortes de lignes dont aucune ne répondait à toutes les données du problème. L'ellipse seule ne laissait pas subsister de difficultés et fut admise à titre de loi.
Cette démonstration des lois par les faits comporte une triple épreuve suivant que les faits ont pu être observés et décrits avec précision, à mesure qu'ils, se produisaient, ou qu'ils apparaissent par fragments épars dans les ténèbres d'un passé perdu, ou enfin qu'ils sont cachés dans les éventualités de l'avenir. Voyons quelles clartés ces trois modes de vérification peuvent projeter sur les lois encpre hypothétiques de l'histoire.