T.V. — LES GUKRRES ENTRE CITES
cestre. La rade est aussi trop petite pour que les Athéniens, dont les équipages ont d'ailleurs bien souffert depuis le commencement du siège, puissent opérer leurs savantes évolulions. Les assiégeants, frappés d'épouvante à la vue de la mer qui se ferme, essayent de débloquer la passe. Une bataille navale s'engage, suprême, acharnée, désespérée, et dont le récit est peutêtre la page la plus impressionnante de Thucydide. Les Athénieiis sont, battus et battus sur mer. C'est l'anéantissement de tout espoir, la débâcle effroyable et définitive. Traqués dans une lamentable retraite à travers la Sicile, harcelés dans les gorges et les collines par des ennemis qui improvisent des murs pour barrer les bons passages, les Athéniens capitulent, mourants de faim et de soif, et sont réduits en esclavage. Démosthènes et Nicias sont massacrés.
Dans cette campagne, les Athéniens déploient, comme partout, leurs qualités d'ingéniosité, de souplesse, de diplomatie, de science technique; mais ils sont victimes d'une confusion initiale. L'erreur des Spartiates, à Sphactérie, avait été de traiter comme un continent ce qui était une île. L'erreur des Athéniens, en Sicile, a été de traiter comme une île ce qui était, au point de vue pratique, un vrai petit continent. La Sicile ne pouvait être comparée à Chio et àLesbos, qui sont d'ailleurs bien plus rapprochés d'Athènes. En outre, Syracuse, la cité prépondérante de Sicile, était riche, puissante, peuplée, outillée pour les luttes navales. C'est ce dont on aurait pu se rendre compte avec un gouvernement calme, doué de sang-froid et d'esprit de suite. Mais c'étaient les qualités qui manquaient le plus aux politiciens d'Athènes. Assez intelligents pour avoir confiance en Nicias qui a du mérite, ils refusent obstinément d'écouter les objections de cet homme de mérite, et Nicias lui-même a peur de trop insister. « Il ne voulait pas, connaissant le caractère des Athéniens, s'exposera tomber. victime à'une accusation infamante et injuste'. » En un mot, les emballements de l'agora faisaient taire les compétences stratégiques et intimidaient les objections du bon sens.