‹ L'Histoire expliquée par la science socialeChapitre 120 sur 165 · I.V. — LES GUERRES ENTRE CITÉS · texte numérisé non relu

I.V. — LES GUERRES ENTRE CITÉS

fois, c'est la fin, et Athènes, affamée désormais par mer comme elle l'est depuis longtemps par terre, capitule au bout de six mois.

Les conditions imposées à la cité vaincue par Lysandre, son vainqueur, sont en elles-mêmes assez suggestives, et répondent bien à ce que nous avons dit de l'état social. Ces conditions sont : 1° la démolition des murs, ces terribles murs devant lesquels s'arrêtaient respectueusement les guerriers de Sparte; 2° l' évacuation des cités conquises, c'est-à-dire la rupture de tout lien pouvant établir l'autorité d'Athènes sur d'autres cités; 3° la limitation des forces maritimes à douze vaisseaux, autrement dit la revanche des terriens sur cette marine qui leur a fait tant de mal et une précaution draconienne contre le retour de sa prépondérance; 4° Vaillance avec Sparte, ou la mise en pratique de cette amitié forcée dont nous avons vu tant d'exemples; 5" enfin le rappel des bannis, sur lesquels Sparte va s'appuyer pour créer un nouveau g"ouvernement à Athènes. Conformément à la nature de la Cité grecque, les vainqueurs n'annexent pas; ils installent des amis au pouvoir dans la cité qu'ils viennent de vaincre, et ce pouvoir sera de l'espèce qui a les préférences de la cité victorieuse. Athènes passe donc de la démocratie à l'oligarchie, et trente Athéniens sympathiques à Sparte prennent la direction des affaires. C'est ce qu'on appellera plus tard les « trente tyrans» » (40V).

Après quoi, Sparte se retire, ayant accompli sa besogne directrice et militariste, entourée d'un prestig-e glorieux qui flatte évidemment ses guerriers, mais sans avoir accompli, en définitive, aucun acte d'ascension sociale. Son type na pas d'expansion. Au cours de la guerre, elle a essayé de fonder une cité nouvelle en Thessalie, Héraclée, et a fait appel à tous les concours. Cet essai a lamentablement échoué. Détaché de la culture et des autres travaux usuels, le Spartiate demeure un athlète, un soldat, un « capitaine », un splendide meneur de bandes disciplinées, mais il n'est que cela et ne sait pas faire autre chose. C'est pourquoi ses triomphes demeurent des triomphes en l'air, sans enracinement dans le sol, et sans influence heureuse, par conséquent, sur l'avenir de la race. -%

LES MERCENAIRES. — CE QUI LES POUSSE EN ASIE. — CE QUI LES ARRÊTE ENCORE. — DEUXIÈME ÉCHANTIL- LON DES GUERRES ENTRE CITÉS : THÈSES CONTRE SPARTE.

Le développement du type mercenaire. — Les guerres entre cités, telles que la guerre du Péloponèse, tendent à développer le type du batailleur professionnel.

Certains citoyeus s'habituent à vivre le plus souvent hors de leur cité, et à faire de la guerre leur moyen d'existence, qui comprend deux éléments : la solde et le butin.

En outre, ce métier est tout à fait ce qu'il faut pour les nombreux bannis à qui leur patrie est interdite. Ces bannis, nous l'avons vu, sont tout disposés à porter les armes contre n'importe qui, et spécialement contre leur cité.

Le développement de la richesse dans certaines cités, résultat du commerce et des tributs payés par les cités vassales, permettent l'affectation de crédits importants à des soldes régulières, et dès lors les batailleurs professionnels sentent leur « avenir » à peu près assuré. Bien entendu, le mercenaire n'oublie pas le casuel du métier, c'est-à-dire ces lucratifs pillages qui ont fait depuis des siècles le bonheur de ses ancêtres. Delà une disposition persistante à aller combattre loin, si quelque « toison d'or » est signalée au delà des mers. La toison d'or, ce sera la Perse, et les expéditions de l'âge héroïque tendront à se renouveler sous une autre forme.

Athènes avait déjà employé des mercenairespcndaiit la guerre du Péloponèse, et, vers la fin de cette guerre, les Péloponésiens s'étaient mis aux gages des satrapes perses. Mais çà et là, individuellement, beaucoup d' « amateurs » se louaient au plus offrant. Hermocrate de Syracuse, parlant aux Siciliens lors de l'expédition d'Athènes, disait avec une nuance d'ironie : « Attirons chez nous ces hommes qui vont partout offrir leurs armes, même quand on ne les appelle pas » i. Athènes une fois vaincue et la grande guerre terminée, il est clair que d'innombrables « bonnes volontés » vont se trouver disponibles, et que, de ce « chômage », sortiront facilement des aventures nouvelles, destinées à donner de l'ouvrage à tous ces javelots inoccupés.

Mais tandis que le type du soldat de métier se constitue ou se perfectionne, un phénomène corrélatif se produit dans la Cité.

Celle-ci se départage, et, puisqu'une catégorie de gens s'érigent en spécialistes de la guerre, beaucoup d'autres citoyens en profitent pour esquiver désormais le service ou en faire le moins possible. Ils sont d'autant moins soldats que les autres le sont plus. De là, nous le verrons tout à l'heure, un certain laisser-aller vers le bien-être, un progrès de la corruption et de la mollesse et l'essor du luxe privé, succédant au luxe public.

Sparte impuissante à bien utihser les mercenaires : la décadence Spartiate. — Cette force redoutable, représentée par les condottieri, dont chacun est une sorte de virtuose militaire, qui va le mieux l'utiliser?

Un nom vient immédiatement à fespriticelui de Sparte, Sparte la victorieuse, qui a terrassé Athènes, débauché les alliés de celle-ci, et règne plus que jamais, d'un bout de la Grèce à l'autre, par le prestige de sa valeur.

Eh bien! Sparte est imparfaitement organisée pour l'utilisation des condottieri.

Sparte, malgré les talents militaires de ses citoyens, est une trop petite cité. Elle ne peut pas disperser au loin trop de Spar-

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