XI. — LE TYPE MACÉDONIEX
bandits, incapables de se mesurer sérieusement avec des hoplites rangés en bataille. Mais il ne leur manquait, après tout, que la découverte de ces secrets pour valoir autant, ou même plus.
Les Macédoniens, en vertu de leur formation, excellaient aux marches de montagne. Ils excellaient aussi, grâce à leur endurance, aux marches de toute saison, et leur aptitude à faire campagne pendant l'hiver devait entrer plus tard dans les facteurs de leurs succès.
Tout pays montagneux contient quelques vallées qui contribuent puissamment à former son unité, sans enlever le caractère montagnard à la race. Ces vallées, avec les vallons qui s'y embranchent, sont des couloirs de communication et des centres de domination.
Telle est la vallée de l'Axios (aujourd'hui le Vardar), qui remonte dans la montagne par des gorges profondes. Mais cette vallée, avant d'arriver à la mer, s'élai^git pour se confondre, en une sorte de carrefour, avec la vallée de l'Haliacmon (la Vistritsa) qui descend du massif du Pinde. Le carrefour se complique par l'arrivée d'un autre cours d'eau, le Ludias, dont la vallée est intermédiaire entre les deux autres, et dont le cours élargi forme un petit lac. C'est dans ce carrefour, au bord de ce lac, que s'élevait Pella, capitale des rois de Macédoine. Admirablement situé pour commander trois entrées de la grande montagne, ce poste n'était pas loin de la mer, c'est-à-dire des colonies grecques du voisinage, et constituait une porte heureusement ouverte aux influences du Midi.
La civilisation en route du sud au nord; influence des Athéniens : les cités de la côte. — Or, nous l'avons constaté, un mouvement civilisateur est en route du sud au nord. Les progrès accomplis depuis un siècle ou deux par la Grèce centrale et méridionale, dus à des causes particulières à ces régions, et spécialement à l'essor des ports maritimes, ont été rapides et ont laissé la Macédoine dans cet état de demi-barbarie dont nous avons parlé. Mais cette rupture de niveau social appelle par réaction un rétablissement d'équilibre, et le progrès accumulé
au sud tend depuis quelcfue temps à s'épancher vers le nord. Il y tend pour 1rois causes, ou plus exactement, par trois sortes de canaux.
Le ]3remier canal est celui des cités grecques du rivage septentrional de l'Archipel, cités de race ionienne et depuis assez longtemps dans la dépendance d'Athènes. Ces cités, en fait, vivent de la vie athénienne. Elles gravitent dans la sphère du commerce athénien et participent à la culture intellectuelle d'Athènes.
Parmi ces cités qui s'échelonnent depuis les côtes de Thessalie jusqu'à l'Hellespont, il en est quelques-unes qu'il faut citer, notamment Amphipolis, Stagyre et Olynthe.
Amphipolis, dépendance d'Athènes, domine le cours inférieur du Strymon. C'est par elle que les bois de construction arrivent à la marine athénienne. Elle est aussi voisine des mines d'or du mont Pangée. Par ce comptoir important sont centralisées diverses denrées septentrionales, ce qui occasionne naturellement un trafic important entre les urbains raffinés de la côte et les frustes montagnards de l'intérieur du pays.
Stagyre est une des trente-deux cités de la Chalcidique, péninsule très découpée qui, du rivage nord-ouest de l'Archipel, s'allonge vers le Midi. Stagyre est à la racine de la péninsule, en face d'Amphipolis. Elle est donc très rapprochée de la Macédoine proprement dite et des relations sérieuses existent entre ses citoyens et les Macédoniens. Stagyre fournit des intellectuels à la « cour » de Macédoine. Nicomaque, père d'Aristote, a été médecin du roi Amyntas, et Aristote lui-même sera choisi par Philippe comme précepteur de son fils Alexandre.
Olynthe est en quelque sorte la capitale d'une petite fédération formée par les trente-deux cités de la Chalcidique. Entre cette cité relativement brillante et les clans montagnards du nord, des relations étroites se nouent. Il y a des alternatives d'amitié et de querelle, mais les relations n'en sont que plus fréquentes, jusqu'au moment où, malgré les cris d'alarme de Démosthènes, la Macédoine mettra la main sur le pays.
Par cette route des cités grecques du rivage, une foule de