‹ L'Histoire expliquée par la science socialeChapitre 131 sur 165 · M. — LE TYPE MACÉDONIEN · texte numérisé non relu

M. — LE TYPE MACÉDONIEN

rien de bon. » Cette éloquence est vive, pressante, ironique, acérée, fuyant « la phrase » et courant droit à un but poursuivi passionnément : celui de secouer l'apathie ou le scepticisme des Athéniens, de leur faire comprendre à toute force que le péril est immense, de les obliger à s'armer, à rechercher des alliances, à faire les sacrifices nécessaires pour écarter le danger. Chose typique : l'argent manque pour l'armée, et il abonde pour les représentations théâtrales. Démosthènes s'épuise en précautions oratoires pour tourner la loi qui défend, sous peine de mort, d'affecter à d'autres dépenses le budget du théâtre. Il stigmatise avec douleur l'égoïsme des cités qui ne veulent pas s'unir pour la défense commune et qui pâtiront de leur inertie. Cet homme n'est pas seulement orateur, mais homme d'État. Administrateur, il répare les fortifications d'Athènes, et y contribue de ses deniers, ce qui lui vaut une couronne d'or, hommage dont Eschine, après coup, attaquera la légalité. Ambassadeur, il négocie avec diverses cités grecques, et notamment avec Thèbes, qu'il parvient à détacher, mais un peu tard, de l'alliance macédonienne. Après la mort d'Alexandre, il sera le porte-drapeau de l'insurrection suprême contre la Macédoine, et paiera de sa vie cette dernière équipée.

Procédés de Philippe. 1" La guerre commerciale dans le nord : Philippe, intercepteur de routes. — Chaque cité de la Grèce a ainsi ses Eschines et ses Démosthènes, mais ceux d'Athènes ont seuls passé à la postérité, pour cette double raison qu'Athènes est particulièrement menacée par l'ambition de Philippe, et que le mérite intellectuel de ses orateurs donne une valeur littéraire à leurs productions. Mais, pendant que les politiciens des cités sont aux prises, Philippe s'avance, et l'ensemble des mouvements qui le font avancer peut se décomposer en trois sortes d'opérations : la guerre commerciale, l'intervention religieuse et l'invasion définitive.

La guerre commerciale prépare le terrain. Elle consiste dans la mainmise du roi de Macédoine sur les cités maritimes du nord de l'Archipel, qui étaient pour Athènes des étapes ou des

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amorces de routes importantes. Philippe prend Ampliipolis, Pydna, Potidée, Méthone, intervient enThrace au profit des clans ennemis d'Athènes, renverse les chefs locaux alliés de celle-ci, fait de sérieuses démonstrations du côté de l'HellesjDont et de Byzance. Le siège de Hérée, citadelle de cette dernière ville, jette l'affolement dans Athènes, car c'est une route qui va être coupée. Puis, le succès de Philippe n'ayant pas été définitif, l'affolement fait place à un nouveau retour de légèreté çt d'insouciance. Bientôt Philippe s'en prend à l'Eubée, un des greniers d'Athènes, et parvient à y établir des « tyrans » dévoués à sa personne. Tous ces mouvements tendent à diminuer Les ressources économiques d'Athènes, et, par contre-coup, à augmenter les siennes, puisqu'il détourne à son profit un trafic établi depuis des siècles. La chute d'Olynthe, que trois discours de Démosthènes essayent inutilement de conjurer, marque la ruine définitive de cet empire septentrional d'Athènes, fondé sur des « alliances » plus ou moins imposées et sur un réseau ingénieux de relations commerciales.

Contre ces attaques, Athènes n'est plus en mesure de se défendre efficacement par mer. Beaucoup d'iles ont secoué le joug de son « alliance ». Elle a encore, sans doute, des navires et des marins ; mais, moins riche en tributs versés par les « alliés » , elle recule devant les sacrifices d'argent qu'il faudrait consentir pour « équiper » des flottes sérieuses. Les Athéniens aisés se rebiffent contre les contributions extraordinaires qu'il faudrait payer. En outre, l'amour du bien-être porte beaucoup de citoyens à fuir le service personnel et à laisser celui-ci à des spécialistes mercenaires, lesquels, à leur tour, désertent parfois parce qu'ils ne sont pas exactement payés. De là ces « vaisseaux vides » devant lesquels gémit Démosthènes, vaisseaux vides qu'il n'y a pas moyen de remphr, bien que, s'ils étaient remplis, on pût en faire un excellent instrument de défense contre Philippe, et couper court, par la sauvegarde de certaines positions maritimes, à son système de « blocus continental ».

2" La guerre sacrée : Philippe, vengeur d'Apollon. — En bonne

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