XII. — LA PROJECTION DU TYPE (IREC EN ASIE
Première partie de l'itine'raire d'Alexandre : la monopolisation des rivages et la ruine de Tyr. — Nous ne retracerons pas en détail Thistoire des batailles d'xVlexandre. Mais son itinéraire mérite d'être considéré un instant.
Alexandre procède en bandit montagnard terrien. Il ne prend pas la route de mer, bien qu'il ait à sa disposition la Hotte athénieiine. Il se sent plus à son aise dans les marches de terre, même fatigantes et extraordinaires, et, probablement, il n'est pas sûr du personnel qui pourrait monter sa flotte. La marine perse, grâce à la Phénicie et à la récente alliance d'Athènes avec le grand roi, est d'ailleurs assez redoutable. C'est à revers qu'Alexandre veut frapper cette puissance maritime, et son premier souci sera de fermer à la Perse les routes de la mer. De là les trois premières opérations de sa conquête : 1° le ralliement des rivages d'Asie Mineure; 2° la ruine de Tyr; 3" l'occupation de l'Egypte (334-332).
Alexandre emmène trente mille fantassins d'élite, plus cinq mille cavaliers. C'est tout, mais c'est trois fois plus de monde que n'en avaient les Dix Mille. Il franchit THellespont et pousse une pointe vers l'est jusqu'au Granique, pour culbuter une première armée perse, après quoi il tourne au sud, occupe Sardes, capitale de la Lydie, et revient vers l'ouest, pour rejoindre le littoral jusqu'à Phasélis, limite des cités grecques. Cette promenade, le long de la côte, a deux buts : 1" insurger les cités grecques d'Asie contre les Perses et les « rallier » à sa cause; 2° intercepter l'arrivée des mercenaires grecs que les Perses font venir à prix d'or. Le Rliodien Memnon, chef de ces mercenaires, était le principal appui de Darius, mais les satrapes, obtus et jaloux, contrecarraient ses mesures. Un autre chef de mercenaires, l'Athénien Charidème, fut étranglé par l'ordre de Darius, à qui ses conseils déplaisaient. Pendant que les éléments de résistance se paralysent ainsi les uns les autres, Alexandre avance. De Phasélis, il remonte momentanément au nord, laissant la route des rivages devenue difficile et peu profitable. Il va occuper une position stratégique au cœur de l'Anatolie, sur la « route royale » qui joint Sardes à Suse; il passe à Ancyre,
juste au point qui sera, plusieurs siècles plus tard, le théâtre d'une des plus gigantesques batailles de T histoire, entre les Turcs de Rajazet et les Mongols de Tamerlan. Mais les Perses n'ont pas attendu l'envahisseur sur ces plateaux. Ils ont recalé vers une autre ligne de défense, et ont choisi assez naturellement Issus, c'est-à-dire l'angle que forme le rivage de l'Asie Mineure, rencontrant celui de la Syrie. C'est un tournant auquel Alexandre doit fatalement passer. Il y passe en effet, sur le corps des Perses, et, immédiatement, au lieu de marcher vers « la capitale », comme la théorie semblerait le conseiller, il continue de descendre vers le sud , le long de la côte de Phénicie. C'est ici que prend place une des opérations de guerre les plus difficiles et les plus acharnées qu'ait réalisées Alexandre : la prise de Tyr. Alexandre, en Crée consommé, sait que la ruine de Tyr vaut la conquête de la mer. De là le formidable coup de collier qu'il donne en cette occasion, et l'obstination exceptionnelle qu'il met à briser la résistance acharnée des Tyriens. Tyr détruite, Alexandre continue à tourner le dos à Darius, et s'élance vers l'Egypte. Il n'a pas de peine à détacher de l'empire perse ce pays si particulier, qui supportait avec peine le joug de ses dominateurs. Mais, précisément parce que ce pays est très particulier, Alexandre a besoin de le ménager particulièrement. Souple et politique, il se plie aux mœurs et aux superstitions des Égyptiens, fait le pèlerinage de l'oasis d'Ammon, s'érige en dieu aux yeux de ce peuple religieux par excellence, et, tandis c[u'il s'efforce de frapper les imaginations égyptiennes, il inspecte le pays pour voir quel profit on peut tirer, avec les ressources grecques, de son exceptionnelle situation.
La mainmise du type grec sur l'isthme de Suez : Alexandrie . — L'isthme de Suez, selon qu'il est entre des mains civilisées ou barbares, a le don d'orienter d'une façon ou de l'autre tout l'axe économique d'une grande fraction de l'humanité. C'est là que deux mers, baignant deux mondes différents — et à productions difïérentes — se rapprochent le plus. En outre, cette route de mer croise une route de terre des plus importantes,