XII. — LA PROJECTION DL' TYPE GREC EN ASIE
celles qui va de l'Afrique intérieure à l'Asie civilisée par la vallée du Nil et l'étroite bande de territoire comprise entre les déserts arabiques et la mer de Syrie. Depuis longtemps les Grecs avaient saisi l'intérêt qui s'attachait à l'occupation de ce point du globe, et un attrait puissant les y amenait. Pendant plusieurs siècles, à de nombreuses reprises, ils avaient fait leur apparition dans le Delta. Ils y apparurent d'abord comme vovageurs, puis comme colons commerciaux, puis comme mercenaires. En pleine guerre du Péloponèse, on voit Athènes oublier Sparte pour envoyer une flotte en Egypte. Une ville grecque, nommée Naucratis, s'était fondée dans le delta sous la protection des rois du pays. D'antiques légendes contribuaient à rapprocher les deux peuples : celle d'Égyptus frère de Danaus, celle de l'Égyptien Cécrops abordant en Attique, celle d'Hélène retrouvée en Egypte par Ménélas. Mais, jusqu'alors, les Grecs n'avaient apparu à l'embouchure du Nil qu'en petit nombre, et leurs opérations, soit commerciales, soit militaires, avaient toujours été subordonnées au bon plaisir d'un pouvoir supérieur. Avec Alexandre, le colon grec arrive en maître, et peut réaliser enfin des rêves grandioses. Il s'agit de faire surgir en ce point du globe le centre commercial du monde connu. A Tyr qui vient de s'écrouler, va succéder Alexandrie.
La fondation d'Alexandrie est l'acte le plus significatif et le plus décisif d'Alexandre. C'est celui qui exprime le mieux le mouvement d'expansion de la race, attirée vers l'Orient par la possibilité nouvelle, subite, magnifique, d'exploiter des routes dont on ne tirait pas tout le parti convenable et des pays que la barbarie de leurs habitants peuvent faire considérer comme « neufs ». La mer Rouge va enfin être « mise en valeur » par des gens capables, et la route de terre, elle aussi, débarrassée de l'insécurité qui régnait au temps des satrapes, contribuera largement à la prospérité du nouveau centre commercial.
Deuxième partie de l'itinéraire d'Alexandre : la route de l'Inde par terre. — A l'Egypte se termine la partie côtière de
l'épopée d'Alexandre. Maître de la mer par le cirque entier de rivages qui borne à Test la Méditerranée, le conquérant, ayant d'ailleurs rafraîchi et augmenté ses troupes, commence la partie continentale de son invraisemblable promenade, et marche enfin sur la région mésopotaraienne, où sont massées, toujours immenses, les forces de Darius. C'est à Arbèles, non loin de Ninive, que se livre la « bataille monstre «. Plus d'un million de sujets perses y figurent, d'après les historiens. Le récit détaillé de l'action montre avec un éclat aveuglant la supériorité de la tactique gréco- macédonienne. En effet, Alexandre triomphe d'une armée qui l'enveloppe, en faisant front de toutes parts. Chaque» unité de combat » du conquérant se comporte comme une citadelle mouvante au milieu d'une cohue d'assaillants incommodés seulement par leur nombre. La victoire est un massacre, et, dès lors, l'invasion prend l'aspect d'une promenade triomphale. Alexandre entre dans Babylone, dans Suse, dans Persépolis, dans Ecbatane, La « Toison d'or » est conquise. Des trésors immenses sont pillés. Les soldats reçoivent des parts de butin inouïes. Le seul trésor de Persépolis fournit, dit-on, 660 milUons de francs. A Darius assassiné succède le satrape Dessus, qui bat en retraite vers le nord-est, où Alexandre le poursuit. Il s'enfonce dans les profondeurs de laBactriane, à des distances de la mer que les Grecs n'avaient jamais atteintes, traverse des chaos de montagnes, pénètre jusqu'à l'Iaxarte (^SyrDaria), au cœur du Turkestan actuel, et, finalement, après une course en zigzag qui parait trahir des intenlions exploratrices, s'avance jusque dans l'Inde, non sans avoir reconnu, dans l'Afghanistan actuel, l'importance commerciale et stratégique de la position d'Hérat, où il fonde encore une Alexandrie. A son retour, il fait reconnaître les bouches de llndus et longer le golfe Persique. L'idée d' « utiliser » pratiquement ses aventures ne quitte pas un instant cet aventurier (332-325).
Un nouveau type de colonies grecques : les villes d'étapes de l'intérieur. — Dans l'intérieur, de loin en loin, Alexandre fonde des villes, dont plusieurs dureront longtemps. Ces villes, d'après