‹ L'Histoire expliquée par la science socialeChapitre 139 sur 165 · MI. — LA PR0.IECT10X DU TYPE GREC EN ASIE · texte numérisé non relu

MI. — LA PR0.IECT10X DU TYPE GREC EN ASIE

est même mieux paiiagé que l'ancien négociant phénicien, puisqu'il détient à la fois les rivages du fond de la Méditerranée et tout rarrière-plan des routes de terre. En outre, une police plus forte et une administration plus forme lui assurent une sécurité supérieure. Enfin, comme Hercule et les demi-dieux, Alexandre et ses lieutenants sont de grands entrepreneurs de travaux publics, tels que ports, canaux, percements d'isthmes, etc. L'un de ces canaux joindra le Nil à la mer Rouge, tandis que la navigation du Tigre et de l'Euphrate, débarrassée d'obstacles anciens, va devenir plus commode. Rien qu'à Rabylone, Alexandre fait creuser un port contenant mille vaisseaux. Son lieutenant Séleucus fera de Séleucie, sur le Tigre, un entrepôt tout nouvellement outillé pour le trafic de cette célèbre vallée, jadis dominée et exploitée par Ninive.

L'art militaire en possession de ressources nouvelles. Le machinisme guerrier. — L'art militaire dispose de ressources nouvelles, car, issu de la Cité qui l'a déjà porté fort haut, il a pour patrons des princes immensément puissants et immensément riches, dont les moyens d'action sont fort supérieurs à ceux de la Cité. Ces moyens d'action, môme avant la conquête, ont commencé à s'affirmer dans les triomphes de Philippe sur des cités comme Athènes et Thèbes, qui possédaient cependant des troupes de choix. Il s'affirme, à l'heure même où Alexandre est en Orient avec le gros de ses forces, par le facile triomphe de son lieutenant Antipater sur les Lacédémoniens. cjui ont cru le moment favorable pour l'attaquer. Il va s'affirmer, sous les successeurs d'Alexandre, par des inventions de machines énormes et coûteuses, surtout pour les sièges, par des constructions de navires monstres à seize rangs de rames superposés, sortes de machines flottantes maritimes que les Athéniens, au plus beau temps de leur puissance navale, n'auraient jamais imaginées; Le fils d'un des lieutenants d'Alexandre, Démétrius. fut même surnommé Poliorcète (preneur de villes), pour ses inventions d'" ingénieur ». Et les Ptolémées, en Egypte, devaient avoir recours à des appareils semblables. Quel chemin accompli de-

puis ces braves Spartiates, lutteurs héroïques, mais absolument déconcertés au pied de la moindre muraille et capables seulement de la surveiller pendant dix ans de suite, l'arme au bras!

La science en possession de ressources nouvelles : le type d'Aristote. — C'est que la science, elle aussi, dispose de ressources nouvelles. Il faut un outillage pour être savant, et les philosophes grecs, pendant longtemps, n'avaient pas eu un grand outillage. Aussi s'abandonnaient-ils soit au charme de lïmagination, soit aux tentations de la dispute dialoguée, comme il convenait à des hommes issus d'une société où régnent Fart pastoral, la cueillette, la vie urbaiue et les loisirs. Mais la documentation fait défaut, ou tout au moins on ne peut se documenter en grand. Avec Aristote, précepteur d'Alexandre, se dessine une évolution capitale. Aristote, né à Stagyre, et en contact par sa naissance avec les Macédoniens, a l'esprit pratique des montagnards du nord. Disciple de Platon et nourri de la vie intellectuelle d'Athènes, il a aiguisé son intelligence et profité de tout Yacquit de son temps. Mais, précepteur et favori d'un conquérant incomparablement riche, qui fait connaissance avec une foule de pays nouveaux, il est mis, tant par les subventions généreuses de son élève que par des renseignements jusqu'alors inédits, en mesure d'élargir le cercle de ses notions positives. Aristote n'est plus seulement un lanceur ou un remueur d'idées ; c'est un encyclopédiste, et ce mot seul fait saisir le caractère du mouvement qui va s'accomplir. Observateur, curieux, chercheur, un peu terre à terre, Aristote travaille avant tout à se rendre compte de ce qui est. S'il parle sur la logique, c'est pour remarque}" les procédés des raisonneurs; s'il traite de la rhétorique, c'est ^owy noter la façon dont s'y prennent les orateurs. Et de même pour tous les sujets, quil s'agisse de métaphysique ou d'animaux, du souverain bien ou des constitutions politiques. Aristote avait épluché une à une cent cinquante-huit constitutions de cité. Voilà comment il travaille, et Platon, son maître, l'appelait « le liseur ». Alexandre n'essaya pas de le corriger de ce défaut, puisqu'il lui donna huit cents ta-

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