‹ L'Histoire expliquée par la science socialeChapitre 142 sur 165 · MI. — LA PROJECTION DU TYPE GREC EN ASIE · texte numérisé non relu

MI. — LA PROJECTION DU TYPE GREC EN ASIE

cette infusion d'éléments grecs, les rivcages d'Orient se relèvent, et le centre de gravité du commerce hellénique se déplace nettement de l'ouest à l'est. Beaucoup de Grecs, et parmi eux, évidemment, ceux qui possèdent au plus haut degré l'esprit d'entreprise, ont émigré en Asie ou en Egypte, pour utiliser les nouvelles ressources mises à la disposition du génie mercantile. Comme après le retour des Héraclides — et la descente des jMacédoniens n'est-elle pas un retour d'Héraclides? — la sphère brillante de l'activité hellénique se transporte de l'autre côté de la mer. Nous avons parlé et reparlerons d'Alexandrie. Mais, en Asie Mineure, l'ancienne lonie a un regain de prospérité. Ephèse reprend une importance qu'elle aura encore au moment du christianisme et des épitres de saint Paul. Mais le centre de cette activité s'établit àPergame, à l'entrée de la « route royale » d'Asie Mineure. Là semblent se régénérer, sous les Attales, les richesses de Crésus qui les avait précédés au même endroit. Sous l'action de cette richesse, Pergame reprend le rôle de Sardes et devient une ville splendide, couverte de monuments somptueux, où les princes collectionnent les manuscrits et encouragent les arts. Un autre centre dont la prospérité devient éclatante, c'est Rhodes. Cette île, située au point où la côte d'Asie Mineure, après avoir couru du nord au sud, s'infléchit brusquement de l'est à l'ouest, constitue une étape obligatoire, un entrepôt tout indiqué pour les marchandises venant d'Orient par mer. C'est pour elles le carrefour à partir duquel elles vont s'acheminer, soit vers l'Ionie, soit vers la Macédoine, soit vers la Grèce. C'est le complément d'Alexandrie trop éloignée de l'ancien monde grec. On signale à Rhodes, à cette époque, un grand afflux d'étrangers, et d'étrangers riches. Des bannis de distinction s'y réfugient. Des « rentiers » s'y installent. Des écoles célèbres s'y fondent. Des philosophes, pouvant « vivre », ont le loisir d'y « philosopher ». La richesse de ces commerçants leur permet de déployer au besoin pour leur défense, comme c'est le cas pour les grandes villes de commerce lorsqu'elles sont assiégiées, un acharnement spécial appuyé sur un grand luxe de remparts et de machines. Ces

hommes riches défendent énergiquement leurs richesses, et par des moyens que seule la richesse fournit. Mais dans les grands centres de ce genre, si le caractère hellénique continue à dominer, le type n'est pas sans emprunter quelques traits à celui de la grande cité maritime phénicienne. L'Orient, peu à peu, va déteindre sur le Grec, et nous tâcherons d'apprécier, à propos d'Alexandrie, la valeur de cette influence. Ce qui est certain, toutefois, c'est que tout le décor de la vie grecque, importé par les vainqueurs, s'impose à ces cités nouvelles ou rajeunies. A en juger par le spectacle des ports, des temples, des théâtres, des places publiques, on y retrouve Athènes ou Corinthe en plus grand. Et pourtant elles seront moins illustres, car rillustration ne dépend pas exclusivement de la grandeur, mais encore de l'intérêt qui s'attache aux choses dont certains écrivains privilégiés ont supérieurement écrit. C'est la même cause qui rend les batailles entre successeurs d'Alexandre moins intéressantes que celles de la guerre du Péloponèse, bien que le talent des tacticiens y ait été au moins aussi remarquable et le nombre des soldats incomparablement plus grand.

Le déclin des rivages d'Europe : Athènes ville d'études. — Pendant que les rivages d'Orient reprennent l'essor, les rivages de la Grèce déclinent. La Grèce est désormais un accessoire de la Macédoine. Sans doute, des velléités d'affranchissement se sont fait jour depuis le triomphe de Philippe. Alexandre, avant de partir pour la Perse, a eu à réprimer une révolte des Thébains. Pendant qu'il est au fond de l'Asie, ce sont les Lacédémoniens qui s'insurgent. A sa mort, c'est Athènes qui veut se ressaisir et l'on voit reparaître Démosthènes, prêchant aux Grecs la liberté. Grâce à un habile chef de mercenaires nommé Léosthènes, les Athéniens et leurs alliés obtiennent d'abord quelques succès. C'est la guerre « lamiaque », du nom de la ville de Lamia enThessalie. Mais ces succès étaient dus à ce qu'Antipater, gouverneur de la Macédoine, n'avait pas encore concentré toutes ses forces. D'autre part, Léosthènes est tué, et la bataille de Cranon, perdue par les Grecs, leur fait définitivement com-

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