XII. — LA PROJECTION DU TYPE r.REC EN ASIE. .'JOT
commence à ppoduire d'ingénieuses fantaisies. Vers la même époque, la sculpture produit le célèl)re Laocoon, où l'expression du mouvement est poussé à un degré inconnu jusqu'alors. Ces quelques traits, que nous choisissons entre bien d'autres, donnent une idée de l'orientation de l'art et de la façon dont il ressent le contre-coup de la transformation sociale. Du reste, à l'exemple d'Alexandre, les divers « grands chefs » qui lui succèdent sont des lettrés, des hommes de goût, et même des amoureux de la beauté. Démétrius Poliorcète, assiégeant Rhodes, avec ses fameuses machines, ordonne à ses « artilleurs » d'épargner un faubourg de la ville, de peur d'atteindre la maison du peintre Protogène, qui est en train de travailler à un grand tableau. Si l'on veut bien maintenant se souvenir de ce que nous avons dit en parlant des Héraclides, et delà légende qui donne Jupiter, le bandit olympien, pour père aux neuf Muses, on ne s'étonnera pas de voir les montagnards macédoniens déployer, dès leur descente, un tel amour pour les choses de l'art. Peut-être ne pouvaient-ils pas rendre cet art plus parfait, celui-ci ayant atteint la perfection en vertu des causes antérieures, mais du moins pouvaient-ils multiplier les productions artistiques, les varier et leur fournir l'occasion d'étonner encore, tantôt par la grandeur inusitée, tantôt par le fini des détails, tantôt par des « effets » curieux, tantôt par une grâce un peu molle qu'on ne pouvait connaître à l'époque austère où l'inspiration patriotique et religieuse renfermait en des limites relativement étroite le choix des sujets.
La persistance du clan chez les vainqueurs ; les luttes entre les lieutenants d'Alexandre. — L'origine des Macédoniens, qui se révèle dans leur aptitude à comprendre et à protéger les beaux-arts, se révèle aussi par les luttes de clans qui les accompagnent dans leurs succès et leur grandeur. Nous avons dit qu'Alexandre, dans sa jeunesse, avait connu ces luttes de clans chez son père et mené l'existence d'un proscrit, avant de mener celle d'un vainqueur. Plus tard, au plus fort de ses victoires, il eut à réprimer des mutineries et des (grèves de ses soldats.
Tne fois, malgré des distributions d'argent toutes récentes, vingt mille d'entre eux veulent partir, et le conquérant est obligé, comme les héros d'Homère, d'employer V éloquence pour les retenir auprès de lui. L'amitié, chez lui comme chez cet Achille qu'il admirait si passionnément, occupait une large place dans son cœur. Son ami Ephestion étant venu à mourir, il se livra, comme Achille lors de la mort dePatrocle, à une douleur effrayante, fit à son favori des funérailles qui coûtèrent plus de cinquante-deux millions^ et songea à le faire adorer comme un dieu. Dans certains festins qui dégénéraient en orgies, cet homme supérieur perdait sa raison et allait jusqu'au meurtre. Rien détonnant si. une fois cet homme disparu, et il mourut à trente-trois ans (323), ses lieutenants se soient disputé l'empire les armes à la main. Pendant vingt-deux ans se poursuivent des luttes confuses, où les opérations militaires se mêlent aux meurtres individuels. C'est la guerre des clans albanais transportée sur un théâtre démesurément agrandi. C'est au cours de ces luttes que se distingue comme capitaine Démétrius Poliorcète, fils d'Antigone, contre qui se sont ligués les autres généraux. Séleucus, un de ceux-ci, exécute pendant le même temps une nouvelle expédition dans l'Inde, où il pousse plus loin qu'Alexandre et d'où il revient chargé d'immenses dépouilles (toujours l'attrait des « toisons d'or »). Enfin, après bien des heurts, l'empire finit, sous l'influence victorieuse de la configuration des lieux, par se diviser en trois royaumes correspondant à peu près aux trois parties du monde : Europe, Asie, Afrique, autrement dit Macédoine, Syrie, Egypte. Quelques états secondaires, Pergame, Pont, Bithynie, Arménie, Cappadoce, subsistent en Asie à côté de la Syrie. Les chefs macédoniens qui s'implantent dans ces royaumes, grands ou petits, entrent peu à peu dans la peau des anciens monarques ou satrapes d'Orient, tout en conservant quelque chose de la civilisation grecque, ce qui les élève au-dessus des types précédents.
Le réveil des rivages d'Asie : Pergame et Rhodes. — Avec