‹ L'Histoire expliquée par la science socialeChapitre 144 sur 165 · XII. — LA PROJECTION Dl TYPE GREC EN ASIE · texte numérisé non relu

XII. — LA PROJECTION Dl TYPE GREC EN ASIE

quistadors » macédoniens. C'est encore le marchand d'esclaves, être vil et ignoble, mais nécessaire, comme pourvoyeur de la débauche, à cette société qui voulait s'amuser. Les démêlés entre pères et fils attestent la dislocation familiale encore combattue par la tradition. La multiplicité des dénouements constitués par la reconnaissance des jeunes filles enlevées sur mer prouve que la piraterie, malgré la police macédonienne, subsistait encore dans l'Archipel, tant il est difficile, même aux chefs les plus puissants, de réagir contre la nature des choses.

Le triomphe incontesté d'Athènes dans la comédie tient en partie à ce que tout le monde, dans cette ville, pouvait comprendre la langue parlée au théâtre, et non seulement la comprendre, mais en saisir les finesses. Tel n'était pas le cas des cités d'Asie, et encore moins d'Alexandrie, où une populace cosmopolite faisait plus ou moins cortège aux hellénisants.

L'abaissement de la cité pousse les esprits sérieux à la réglementation systématique de leur vie privée : épicuréisme et stoïcisme. — Mais l'amusement n'est pas tout dans la vie privée. Bien des gens se posaient cette question : Comment se conduire dans l'existence? Et cette question avait plus d'intérêt pour deux causes : d'abord parce que la conquête du pouvoir était moins attrayante, ensuite parce que la foi dans les dieux se perdait. La religion, sous les coups des sophistes et des philosophes, avait reçu plusieurs brèches. Le scepticisme, des hautes classes où il avait pris naissance, descendait naturellement dans les classes moyennes. De là une certaine angoisse chez les esprits désemparés qui cherchaient à orienter leur vie et, en bons mtelJectuels grecs, à systématiser leurs actions pour pouvoir, au cours des conversations de la place publique, en raisonner à perte de vue. Cette formation de la conscience, c'est souvent la religion qui y pourvoit. Tel est son rôle normal, et, comme ce rôle correspond à un besoin fondamental, la religion ne peut le laisser échapper sans que quelque autre organisme prenne sa place. Les philosophes deviennent donc directeurs de conscience, et leur vogue s'en trouve accrue. Ils ont plus d'auditeurs

que jamais, car la mode de la philosophie s'est répandue, a gagné de haut en bas, et pénètre jusque dans le peuple. De pauvres gens, comme le jardinier Cléanthe qui étudie la nuit après son travail du jour, font des miracles d'héroïsme pour assister aux « cours » de ces nouveaux prédicateurs. Cet enthousiasme, cette adoration pour les philosophes ne peut venir que de ce que ceux-ci ont su trouver, par un moyen d'action profond et intime, le chemin du cœur, et de ce qu'ils ont des baumes souverains ou prétendus tels pour les blessures de Tàme.

De là l'épicuréisme et le stoïcisme, doctrines qui viennent mettre en système des états d'âme bien anciens et bien appropriés au milieu social hellénique. Comme rien ne se fait sans transition, iépicuréisme a été précédé par Técole cyrénaïque, fondée par Aristippe, disciple de Socrate, apologiste du plaisir. Le stoïcisme, de même, a pour précurseur Antisthènes, autre disciple de Socrate, fondateur de l'école cynique. C'est d'Antisthènes que Socrate disait : « Je vois ton orgueil à travers les trous de ton manteau. » C'est Diogène, disciple d'Ântisthènes, qui, couché dans une grande jarre, disait à Alexandre : « Retire-toi de mon soleil », et jetait son écuelle de bois en voyant un berger boire dans le creux de sa main.

C'est que la philosophie pratique, aussi bien chez les épicuriens que chez les stoïciens, va tendre à un même but : la réalisation du bonheur par la modération dans les désit's. Ce précepte convient à une race naturellement sobre, jouissant, sous un climat heureux, d'une vie facile, et apte à compenser les jouissances matérielles par les délectations de l'esprit. Les deux doctrines se ressemblent donc plus qu'elles ne diffèrent. « Tâchez d'être heureux, dit l'une, mais vous êtes prévenus qu'il faut pour cela être vertueux. » — « Soyez vertueux, dit l'autre, et vous verrez que, par là même, vous serez heureux. » Et le bonheur apparaît sous la forme de Yalaraxie, mot qui signifie absence de trouble, et que les Latins ont traduit par mdolentia, d'où nous avons tiré indolence. C'est en ne faisant rien, en fuvant l'effort, l'initiative, les entreprises, que l'on arrive à l'état d'âme idéal. Les stoïciens s'attacheront spécialement au

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