II. — LE HANDIT MONTAGNARD DIVINISÉ
qui fournit à la France, et de beaucoup, le plus de gendarmes et de gardiens de la paix.
Donc, les bandits du clan de Jupiter ayant triomphé, trouvèrent les autres bandits gênants^ et s'arrangèrent pour en exterminer le plus possible. C'était leur intérêt, mais ils travaillaient en même temps à la sécurité de toute la race.
La sécurité, voilà en effet un grand point à obtenir si l'on veut qu'un pays se développe. Or, les Pélasges n'avaient pas été « à la hauteur » pour la maintenir. En dehors des vallées fertiles et des cités, où les individus étaient solidement encadrés dans une organisation municipale, des « enfants perdus » occupaient les défiles, les gorges^ les passages abruptes au bord de la mer, qui constituaient alors les seules voies de terre. Or, bien que les communications eussent lieu surtout par mer, il est bien évident que le Ijesoin de communiquer d'une cité à l'autre par l'intérieur devait se faire sentir d'autant plus que les « fourmilières » de la vallée devenaient plus prospères et plus nombreuses. En outre, certains cantons, tombés au pouvoir de « mauvais bandits », donnaient l'affligeant sjiectacle de désordres exceptionnels.
Jupiter met ordre à cela, au moins dans une certaine mesure. Ce n'est plus le « bon » Saturne. C'est un dieu justicier, qui redresse les torts et foudroie le crime. Il ne se gêne pas pour lui-même, mais il ol^lige les autres à se gêner.
Les Dieux justiciers : Pluton et les enfers. — Toutefois cette besogne de redresseur de torts demande, en raison de son importance, le concours d'un spécialiste et la division du travail. Jupiter a un frère, Pluton (Hadès) qui va devenir le roi des enfers. Nos bandits, qui connaissent la valeur des métaux, savent s'assurer en effet la possession des mines, c'est-à-dire des lieux souterrains, généralement situés en pays montagneux, d'où l'on extrait le minerai, et la légende a soin de nous dire que, lors de la lutte contre les Titans, Pluton portait un casque merveilleux, fabriqué par les Cyclopes. Mais une fois cette idée de souterrain entrée dans les cerveaux poétiques de nos Grecs, elle y
fusionne bien vile avec les notions primitives de séjour des morts et de divinité punissant ies criminels après leur vie. C'est donc Pluton que la légende met en scène quand il s'agit de grands malfaiteurs à châtier. C'est Ixion, c'est Tantale, c'est Sisyphe, et le châtiment de Sisyphe, qui roule éternellement son rocher le long de la pente d'une montagne, convient assez bien à une imagination de montagnards. Cet enfer a des juges. Minos, monarc[ue dont nous reparlerons plus loin et qui incarne toute une époque lointaine où il se passa dans l'île de Crète de grandes choses, est un des memln^es de ce terrible tribunal. Tout cela n'empêche pas Pluton, tout dieu et tout justicier qu'il est, d'avoir, comme sou frère Jupiter, des procédés de bandit, et, pour prendre femme, il va enlever une déesse, Proserpine.
Le gendarme Thésée, ami d'Hercule. Lâchasse aux monstres. — Hercule, parmi ses travaux, tue un certain Diomède de Thrace, qui nourrit ses chevaux de chair humaine. Mais c'est particulièrement dans la légende de Thésée, représenté comme l'ami et le compagnon d'Hercule, que l'on a accumulé ces exécutions sommaires de brigands. C'est Sinnis qui, placé à l'isthme de Corinthe — un excellent passage — jetait les voyageurs dans la mer (après les avoir détroussés, vraisemblablement). C'est Skyron, qui en faisait autant sur la route d'Athènes àMégare. C'est Géryon qui, aux environs d'Eleusis, écartelait les voyageurs entre les branches d'arbres violemment rapprochés, qu'il laissait se redresser ensuite. C'est Procuste, célèbre par le fameux lit où il étendait ses victimes, les allongeant si elles étaient trop courtes, les raccourcissant si elles étaient trop longues. Admettons que la postérité ait brodé sur toutes ces histoires. Il est impossible que la broderie ne repose pas sur un fond sérieux et réel. Il y a eu toute une période de la Grèce préhistorique où de grands brigands jetèrent l'épouvante et où de grands gendarmes surgirent pour réprimer leurs excès.
La sécurité n'est pas troublée seulement par des hommes, mais par des animaux. A propos des exploits ayant pour objet