II. — J.E BANniT MONTAGNARIt DIVINISÉ
montagne, et occupent, pour bloquer l'Olympe, des positions fortifiées sur le Pélion et l'Ossa, prolongement rie la chaîne. Hercule prend une immense part au triomphe de son père, et, quand ce triomphe est enfin assuré, il se signale par des travaux splendides, dont la mémoire va demeurer éternellement.
La légende d'Hercule a été embrouillée, amplifiée, confondue avec des légendes phéniciennes, corsée d'aventures lointaines qui n'ont pu avoir lieu à cette époque; mais lorsqu'on élague l'invraisemblable, on récolte çà et là quelques traits absolument caractéristiques. Prenons-en comme exemple la lutte du demi-dieu contre le géant Antée, jils de la Terre, lutte qu'une impossible transposition de lieu prétend placer en Afrique, mais qui a été fort réelle sur le pourtour montagneux de la Thessalie.
La légende, merveilleusement transparente, dit qu'Hercule ne pouvait d'abord venir à bout de son antagoniste, car celui-ci reprenait des forces toutes les fois qu il touchait la J'erre samère, de sorte qu'Hercule fut obligé de le soulever au-dessus de la terre et de l'étoufîér dans ses bras.
On peut traduire ainsi la légende : une troupe de Pélasges de la plaine, sous la direction d'un chef nommé Antée, guerroyait contre une troupe de bandits montagnards, commandée par un nommé Hercule. Celui-ci avait beau remporter des succès partiels, les gens de la plaine retournaient toujours dans la vallée chercher du renfort. Les montagnards s'arrangèrent donc pour laisser leurs ennemis s'aventurer le plus loin possible dans les gorges et les défilés des montagnes, de façon à les envelopper et à leur couper la retraite. La légende est une glorification du type montagnard.
Hercule et les Héraclides entrepreneurs de grands travaux d'intérêt public. — Le Triomphe de Jupiter et d'Hercule ouvre l'ère des Héraclides.
Tous les héros, tous les grands hommes, tous les chefs puissants se mettent alors à descendre de Jupiter et plus particulièrement d'Hercule. Ces dynasties évincent de toutes parts les an-
r.A GRECE ANCIENNE.
ciennes dynasties pélasges, et voilà que ces grands hommes, un peu partout, se mettent à accomplir de grandes choses.
Ce sont les travaux d'Hercule, œuvres cpie la légende, toujours prête à simplifier, inscrit au compte d'un seul demi-dieu, mais qui. interprétées par l'observation sociale, se révèlent comme une série d'entreprises d'assainissement, de voirie et de police.
Les Pélasges, cantonnés pacificiuement dans leurs vallées, comme dans autant de « fourmilières ■> *, avaient bâti des villes et des aqueducs; mais ils avaient laissé de côté certaines besognes trop ardues qui n'intéressaient pas assez directement chacune de leurs communautés.
Par exemple, il y avait d'immenses marécages, causés surtout par le dépôt d'allmions à l'embouchure des petits fleuves. Il y avait aussi, dans les espaces libres entre les diverses communautés pélasgiques, des brigands qui incjuiétaient les voyageurs. Or nos montagnards, bandits civilisés, à forte poigne, habitués au commandement, et rendus plus forts par des triomphes, qui évidemment mettaient à leur disposition des bras nombreux empruntés aux populations vaincues, se sentent de taille à entreprendre ces grands travaux d'intérêt public.
D abord, en ce qui concerne les brigands, nos montagnards savaient d'autant plus à quoi s'en tenir qu'ils étaient brigands eux-mêmes, et ils étaient d'autant mieux taillés pour les poursuivre que les expéditions dans la montagne n'étaient pas pour les effrayer.
La sécurité rétablie. — Jupiter et Hercule étaient des bandits, mais des bandits devenus gendarmes.
L'aptitude des bandits à se transformer en gendarmes est un fait bien connu. Au Mexi(|ue, récemment, des brigands qui infestaient le pays ont consenti à entrer dans les cadres d'une gendarmerie régulière. La Corse, pays où l'aptitude à être bandit est sans conteste des plus remarquables, est le département