‹ L'Histoire expliquée par la science socialeChapitre 29 sur 165 · III. — LE BANDIT MONTAG.VAHD IDÉALISl · texte numérisé non relu

III. — LE BANDIT MONTAG.VAHD IDÉALISl

donne pour compagne Vénus, déesse de l'amoui' et de la beauté. Une partie de sa besogne est laide et prosaïque, comme lui; une autre est gracieuse et attrayante, comme l'épouse que lui octroie la mythologie.

Homère ne mentait donc pas en accolant à Mycènes l'épithète de « riche en or ». Et ce qu'on a trouvé dans les sépultures doit donner une idée de ce quil a dû y avoir ailleui's.

L'histoire légendaire de Mycènes a conservé le souvenir de fortes secousses qui auraient fait passer, à l'époque héroïque, trois dynasties dans ses murs, Persée commença; puis vint l'ère d'Adraste, Mais la dynastie vraiment « classique » fut celle que fonda Pélops, fils de Tantale.

Ce Tantale régnait en Phrygie, c'est-à-dire en cette région où la violente poussée des Héraclides avait refoulé une partie des Pélasges, et, sans doute aussi, de ces chefs « Titans » qui avaient osé lutter contre le puissant seigneur de l'Olympe. Une légende atroce l'accuse d'avoir convié les dieux à un banquet où il leur aurait servi son fils Pélops. Ce dernier, ressuscité par les dieux, se rend dans la péninsule appelée depuis lors Péloponèse. Là, par un crime qui le débarrasse du roi OEnomaûs, il devient roi de Mycènes. Dès lors, chaque génération apporte sa contribution plus ou moins abominable à ces « histoires de brigands » qui con.stituent les archives de la famille. Comme à Thèbes, nous voyons des frères qui se détestent. Thyeste ayant suborné la femme de son frère Atrée, celui-ci égorge les enfants de Thyeste et les fait manger à leur père dans un festin. C'est ensuite l'histoire d'Agamemnon immolant sa fille Iphigénie, puis égorgé par sa femme Clytemnestre, l'histoire de Clytemnestre tuée par Oreste son fils, ainsi que son complice Égisthe, puis l'histoire d'Oreste poursuivi par les Furies. Après quoi la légende même annonce formellement qu'il y a un arrêt et qu'un nouvel ordre social commence. Cette affreuse lignée des Pélopides est bien le type de la famille des chefs bandits démoralisée par le brigandage systématique et le pillage fructueux. Elle offre, en outre, l'exemple d'une série de vendettas tout à fait comparable à celles qu'on aurait pu rendre immor-

telles dans les annales de la Corse, s'il s'était rencontré des poètes pour les chanter.

Ces discordes sont intenses, parce c^ue l'enjeu est important, .< la place » exceptionnellement bonne. Les chefs qui, par chance ou par force, ont mis la main sur ce défilé productif ont tout ce i[u"il faut pour devenir plus puissants, plus riches, plus illustres que les autres, pour avoir plus d' « amis ». et pour être tout désignés d'avance comme chefs suprêmes, si l'occasion se présente d'organiser quelque expédition plus grandiose, plus lointaine, plus compliquée que les autres.

La Sparte de Me'nélas. — Dans le sud du Péloponèse, la puissance achéenne a un centre moins important : c'est Sparte. Là régnait le héros Tyndare, représentant dun peuple navigateur évidemment mélangé d'Orientaux. Ce Tyndare, père de Castor, « dompteur de chevaux », et de PoUux, « habile au pugilat ». est « détrôné » . si Ton peut s'exprimer ainsi, par son gendre Ménélas, frère d'Agamemnon, qui implante plus que jamais dans le pays l'influence prépondérante du grand clan mycénien. Agamemnon, grâce à ses « amis », à son frère et aux amis de son frère, tient donc sous son influence une bonne partie du Péloponèse, La Sparte d'alors est vraisemblablement une >Iycènes de second ordre. Le luxe y règne. Hélène, femme de Ménélas, est allée en Egypte. Elle en a rapporté des objets précieux, notamment un fuseau d'or, une corbeille d'argent, des baignoires d'argent. L'étranger reçoit chez elle une hospitalité confortable; on le baigne, on l'inonde de parfums; on y fait des festins qui se prolongent. On le voit : les Spartiates « première manière » ne sont pas des mange ure de brouet noir, mais de riches bandits, dont l'existence n'est pas enserrée dans des règlements tyranniques. et dont les mœurs participent au mouvement général du monde achéen.

3° L'Hellène modifié : Ioniens, l'Athènes primitive. — C'est une partie de ce monde achéen qui. en évoluant, semble produire, à une époque relativement récente de la période hellène,

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le type ionien. L'apparition de ce type fait alors ressortir le type achéen par différence, et voilà pourquoi Achœus et Ion sont donnés comme les petits-fils d'Hellen et non comme ses fils. Voilà pourquoi aussi la langue ionienne, d'où sortira le grec classique d'Athènes, s'éloigne plus du latin — et par conséquent du pélasge — que les dialectes éolien et dorien. En réalité, les particularités sociales qui caractériseront plus tard le type ionien sont encore à l'état d'ébauche au moment qui nous occupe. Achœus est un frère aine très absorbant, auprès duquel Ion, jeune encore, ne joue qu'un rôle trèsefïacé.

Pourtant l'Ionien existe, et c'est même lui que les étrangers connaissent le mieux. Les monuments égyptiens le mentionnent. Au xi" siècle, les Hébreux connaissent « les fils de Javan, qui habitent les côtes et les lies de la grande mer ». « grande mer », c'est l'Archipel.

L'Ionien, c'est l'Achéen plus spécialement cantonné sur les rivages, et plus spécialement tourné vers la mer. Par suite, l'Ionien est moins brigand que pirate, et, comme il est naturel, c'est un pirate mâtiné de commerçant. Avec le temps, il deviendra plus commerçant et moins pirate. A l'origine, il devait être plus pirate et moins commerçant.

Les Ioniens de l'époque héroïque se rencontraient sur divers rivages orientaux de la Grèce, et aussi sur la côte nord du Péloponèse, le long du golfe de Corinthe. On les trouvait aussi dans la région si excellemment maritime de l'isthme de Corinthe. Mais le plus célèbre des pays ioniens était l'Attique, pays pauvre et situé hors des « routes » fréquentées alors.

Or l'Attique, en vertu même de cette pauvreté et de ce peu de valeur, grâce aussi à sa situation péninsulaire et aux collines escarpées qui la protègent, était un pays bien disposé pour la défense des races. Elle avait déjà, nous l'avons dit, servi de refuge à des Pélasges et sans doute l'influence héraclide s'y était fait sentir à dose mitigée. Aussi beaucoup des rois légendaires d'Athènes ont-ils un caractère pacifique, agricole, et quelque peu analogue à celui d'un Priam ou d'un Énée. Parmi ces rois figurent Cécrops, l'Égyptien civilisateur; Amphictyon,

rhomme des associations fédérales ; Triptolème, prince agriculteur.

C'est plus tard que la légende fait arriver dans l'Attique Ion en personne, le « père » des Ioniens, et cette légende, à partir de cC' moment, va se corser d'épisodes héroïques. Athènes, qui avait dû subir le joug de la Crète, puissance maritime dont nous parierons plus loin, secoue ce joug et devient entreprenante sur la mer. Egée, père de Thésée, impose précisément son nom à cette mer qui baigne sa presqu'île. Thésée, lui, va jusqu'en Crète tuerie Minotaure, et Tadmiration pour ce héros national est si intense quon se met à inscrire à son compte un grand nombre de travaux et d'exploits analogues à ceux qui avaient signalé la période héraclide.

Les Athéniens, étant marins, avaient un culte pour Neptune le dieu des mers. Un autre culte encore plus athénien est celui de 3Iinerve (Athéné) qui donne son nom à la Aille — proprement Les Athènes, peut-être parce qu'il y avait en ce lieu plusieurs sanctuaires ou statues de la déesse. La fille de Jupiter est toujours la vierge guerrière, coiffée du casque et armée de la lance ; mais, sous l'influence d'une évolution propre au milieu, elle va tendre à devenir peu à peu une personne grave et prudente, s'intéressant aux sciences, aux lettres, au progrès intellectuel, bref, la classique « déesse de la sagesse ». Descendue de sa montagne avec les illustres bandits, elle finit, comme on le voit, par s'imprégner de « l'esprit nouveau » qui, graduellement, transforme toute la race.

Entre temps, Athènes lutte contre sa voisine Eleusis, contre les gens de Pallène, les « Pallantides », bandits montagnards qui combattaient en lançant des quartiers de roc sur leurs agresseurs. Finalement, elle établit sa prépondérance dans l'Attique, et il se forme un groupe de douze « Cités-Unies » qui, malgré tout, ne font pas encore beaucoup parler d'elles. En effet, à l'époque la plus brillante des types éolien et achéen, Athènes, petite cité, demeure dans l'ombre, et nous la verrons ne fournir que des recrues obscures à ces grandes expéditions d'outre-mer, dont il nous faut parler maintenant.

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