‹ L'Histoire expliquée par la science socialeChapitre 28 sur 165 · III. — LC BANDIT MONTAGNARD IDÉALISE · texte numérisé non relu

III. — LC BANDIT MONTAGNARD IDÉALISE

tivement faible. L'Éolien est un Hellène plus pélasgisé que les autres. C'est l'ébauche, le premier degré du type.

Au sud de la Thessalie, de lautre côté de la Phthiotide, les Éoliens occupèrent la Béotie.

Enfin des groupes du même type émigrèrent dans TOuest de la Grèce, peuplèrent les iles occidentales, notamment Ithaque, et occupèrent, dans la partie du Péloponèse qui regarde ce même Occident, les régions connues sous le nom d'Élide et de Messénie. Ulysse, le héros d'Ithaque, est « descendant d'Eolus ».

A la branche éolienne des Hellènes se rattachent deux peuples dont la carrière, à en juger par les légendes, fut évidemment glorieuse : les Myiiiens et les Cadméens.

Les Myniens ont pour héros national Jason, qui conduira l'expédition des Argonautes. Une de leurs cités les plus célèbres était lolcos, au pied du Pélion et au bord du golfe pagasétique. Une autre était Orchomène, en Béotie, au bord du lac Copaïs.

Les Myniens des bords du lac Copaïs se distinguèrent, comme les grands Héraclides, par de gigantesques travaux. Ils creusèrent dans le roc des canaux d'écoulement et construisirent de puissantes digues pour améliorer le régime du lac et assainir la région voisine.

Ce peuple est peu connu, mais l'on sait qu' Orchomène eut véritablement sa phase de splendeur. La légende a conservé le nom d'Athamas, roi de cette cité, qui, voulant mettre à mort son fils Phryxus et sa fdle Hellé, les força à se bannir en Colchide. Cet Athamas, personnage évidemment très considérable, était encore le père de Mélicerte, en l'honneur de qui les Jeux Isthmiques furent fondés.

Mais, dans cette même Béotie, de l'autre côté du lac Copaïs, Orchomène avait une rivale dont la gloire, grâce à une plus grande attention des poètes, devait éclipser la sienne : c'était Thèbes, la cité de Cadmus.

La légende rapporte que Cadmus, fils du roi phénicien Agénor. cherchant sa sœur Europe enlevée par Jupiter, arriva en Béotie, où il tua un dragon, dont il sema les dents sur le sol. De ces dents naquirent des hommes qui s'entretuèrent, sauf cinq,

oG LA GRÈCE ANCIENNE.

(jui aidèrent Cadoius à bâtir la Cadmée, citadelle de Thèbes.

On enti-evoit, à travers ces récits merveilleux, que les Phéniciens ont été pour quelque chose dans la fondation de Thèbes. Un passage commercial entre les deux mers — Archipel et golfe de Corinthe — existait en effet à cet endroit. On entrevoit aussi que des guerres et des brigandages marquèrent ces premières tentatives d'établissement. Peut-être cinq bandits du pays, plus forts que les autres, fmirent-ils par profiter de la situation privilégiée du lieu pour édifier un de ces castels dont nous avons parlé plus haut. Une colonie phénicienne, à cette occasion, dut se fondre avec les habitants du pays, et shelléniser. sans doute après une longue période de conflits.

Plusieurs des descendants de Cadoius eurent aussi leurs légendes, Penthée, son fils, fut déchiré par des « bacchantes ». Cette légende, qui concorde avec celle d'Orphée, semble attester, chez certaines femmes de cette époque, une tendance à des explosions de colère farouche. Ce sont de vrais bandits femelles, qui ont fait des coups de main dans la montagne et que peut-être de copieuses libations, dans les grands jours, mettent hors d'elles-mêmes. Notons ces accès d'indépendance de la femme éolienne. Nous les retrouverons plus tard, sous une autre forme, à Lesbos. Un autre fils de Cadmus, Actéon, pour une indiscrétion à l'égard de Diane, est changé en cerf par la déesse chasseresse, qui le fait déchirer par ses propres chiens. Nouvelle histoire de femme indépendante et furieuse. iMais une légende thébaine, à la fois plus récente et plus célèbre, est celle dOEdipe, fils de Laius. Exposé à la mort par son père à qui un oracle a prédit que la mort lui viendrait de la main de son fils, Œdipe est élevé dans l'exil, tue son père sans le connaitre, délivre Thèbes du sphinx qui la terrifiait, épouse Jocaste, sa mère, sans la connaitre, se crève les yeux quand son double crime lui est révélé, s'exile accompagné de sa fille Antigone, et va mourir à Colone, chez Thésée, roi d'Athènes, laissant ses fils Étéocle et Polynice se disputer le pouvoir.

Au point de vue des indications sociales sur l'époque, observons qu'Œdipe est un aventurier, puis un tueur de monstre, puis

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un banni, qu'il rentre donc admirablement dans un moule que nous connaissons bien. 11 offre un illustre exemple de la façon dont un anax^ de fortune pouvait, par le jeu des affections et des désaffections, gagner ou perdre des « royaumes ». Les poètes postérieurs qui ont mis en drame cette légende ont évidemment brodé là-dessus, mais il doit y avoir, dans le fond de cette formidable tragédie thébaine, de réelles et terribles « histoires de brigands ».

Quoi qu'il en soit, la Thèbes d'OEdipe fut évidemment une cité puissante, un centre d'influence assez important pour justifier ces deux coalitions que nous avons mentionnées plus haut.

2° L'Hellène achevé : les Achéens. La Mycènes d'Agamemnon. — Un autre centre de puissance, avec les Achéens, se forme plus au sud, à Mycènes.

Les Achéens s'étaient maintenus longtemps dans la Phthiotide au sud de la Thessalie. Là se trouvait la cité de Larisse, où régna Pelée, père d'Achille, et d'où devait sortir le plus idéalisé des héros grecs. Puis ils s'étaient répandus en divers endroits de la Grèce, et spécialement dans l'est du Péloponèse. Alors la cité pélasgique de Tirynthe cède la place à Mycènes, poste admirablement placé pour des bandits qui exploitent une route. Cette route est celle qui joint le golfe d'Argolide à celui de Corinthe. Les' Phéniciens, et peut-être d'autres transporteurs qui complétaient ainsi l'œuvre phénicienne, se servaient de cette voie terrestre pour éviter une longue navigation autour du Péloponèse. On peut conjecturer avec vraisemblance le rôle que devaient jouer, à l'égard de ces riches voyageurs, les bandits mycéniens fortement perchés sur leur nid d'aigles. Il y a un art de détrousser les gens sans trop les faire crier, et sans les éloigner pour toujours. Parfois la violence est de mise, mais parfois aussi l'on peut s'entendre avec les gens, et les protéger contre d'autres bandits, moyennant de convenables péages. Ainsi firent sans doute les Mycéniens. Et les ressources du commerce proprement

1, Science sociale, t. XV, p. 355.

o8 LA GRECE ANCIENNE.

dit pouvaient s'unir parfois à celles du pillage. Enrichi, le bandit pouvait devenir acheteur, et importer ce qu'il ne pouvait prendre de force.

Ces faits posés, on s'explique admirablement cette civilisation mycénienne dont les vestiges ont été retrouvés depuis peu par les archéologues, et le remarquable essor de Vart mycénien. Tout ce que les fouilles ont mis au jour : l'Acropole, la porte des Lions, le « trésor d'Atrée )),le « tombeau d'Agamemnon », atteste une solide puissance et une étonnante richesse. Les objets d'or foisonnaient dans les sépultures des chefs mycéniens : couronnes d'or, baudriers d'or, statuettes d'or, plaques d'or, garnitures d'armes en or. Et les documents poétiques mentionnent avec vraisemblance des navettes d'or, des fuseaux d'or, des rênes d'or, des sandales d'or, des sièges d'or. Ce sont aussi des objets d'ivoire : figures d'animaux, colonnettes, ornements d'ustensiles. L'agatlie, l'ambre, l'améthyste figuraient aussi dans ces trésors, et le bronze aussi, bien entendu. Le bronze était alors moins vil qu'aujourd'hui, vu la difficulté de se procurer l'étain, que les Phéniciens allaient chercher à d'invraisemblables distances. Les poteries dénoncent des tentatives artisticjues. Des lions de pierre, dont les têtes disparues étaient probablement de métal — peut-être d'un métal précieux — sont le premier spécimen de la sculpture grecque. Parmi ces. objets collectionnés par les chefs mycéniens, beaucoup venaient de l'Orient, mais d'autres paraissent avoir été produits dans le pays même.. Les grands chefs auraient donc été des créateurs de manufactures, qui s'inspiraient, avec plus ou moins de bonheur ou de gaucherie, des procédés de l'Orient.

Il parait probable, en effet, que les Grecs avaient leurs grands métallurges mi-forgerons, mi-orfèvres, êtres rares d'ailleurs, et objets d'une admiration intense. Il ne faudra pas moins <[u'un dieu pour confectionner les armes d'Achille, et le divin Vulcain, qui se charge aujourd'hui d'exécuter un bouclier, retournera demain à ses trépieds, à ses bracelets, à ses agrafes, à ses pendants d'oreille. Rien d'étonnant si la croyance lui

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