‹ L'Histoire expliquée par la science socialeChapitre 40 sur 165 · IV. — LE BANDIT A LA MEH · texte numérisé non relu

IV. — LE BANDIT A LA MEH

intérêt à défendre contre la concurrence. L'intérêt était d'ailleurs le même pour tous les comptoirs phéniciens de cette Méditerranée occidentale, demeurée mystérieuse pour les populations de l'Orient.

Il était dangereux pour un Grec, surtout intelligent, d'aborder par accident sur un de ces rivages. Les gens des comptoirs, dérangés par cette visite et menacés de révélations nuisibles à leur commerce, se tiraient d'affaire, soit en retenant î intrus en captivité, soit en le supprimant, ce qui était plus sûr. Notons que, vu la longueur des voyages et par conséquent des absences des chefs, ces colonies étaient parfois gouvernées par une femme, comme cela se passe, pour des causes analogues, dans certaines oasis du désert, habitées par des familles de grands caravaniers.

Un type de retour : l'Odyssée. — Tout cela aide à comprendre les faits sociaux qui se cachent sous la poésie de Y Odyssée.

Ulysse, parti de Troie, et après sa descente malheureuse au pays des Ciconiens, en Thrace, dont nous avons dit un mot plus haut, est emporté par une tempête sur la côte d'Afrique. Il aborde au pays des Lotophages, autrement dit des mangeurs de dattes. Nous sommes ici en Tunisie, sans doute à l'endroit privilégié où s'élèvera Carthage. Ulysse arrache avec peine ses compagnons aux délices funestes du loto, qui fait oublier la patrie, et va se heurter aux côtes d'Italie, près du cap Misène. C'est le pays des Cyclopes, où il est fort mal reçu. Fait prisonnier, puis évadé à grand'peine, il redescend au sud; mais, ignorant sans doute l'existence du détroit de Messine, il atteint la pointe occidentale de la Sicile, où Eole, roi des vents peut-être un chef de comptoir phénicien lui donne par grande faveur l'outre mentionnée plus haut. Mais les « illustres compagnons » du chef, qui passent leur temps à faire des sottises dont celui-ci ne peut que gémir, ouvrent l'outre et déchaînent une tempête. Ulysse entre alors dans le port des Lestrygons, qu'on peut placer à Porto- Pozzo, au nord de la Sardaigne. Nouveau massacre, auquel échappe le seul vaisseau d'Ulysse. On se réfugie dans l'île de Circé,

que M. Champault retrouve dans celle de Pianosa. Circé, après avoir essayé en vain ses philtres magiques, envoie Ulysse au pays des morts, représenté par la côte nord-ouest de la Sardaigne, à la sortie des bouches de Bonifacio. Puis, elle consent à révéler à son hôte une sortie vers l'Orient : le détroit de Messine. Ce détroit est dépeint sous les couleurs les plus formidables. C'est là que sont postés en sentinelles les deux croquemitaines Charybde et Scylla. Le roi d'Ithaque — toujours par une faveur exceptionnelle (jue d'autres ne peuvent se vanter d'avoir — le franchit néanmoins, en perdant six de ses compagnons. Mais les autres ayant, sur les côtes de Sicile, pillé « les bœufs du Soleil », un ouragan vengeur brise le dernier vaisseau de l'escadre. Seul Ulysse échappe au naufrage et les flots le poussent jusqu'à Gibraltar, où règne Calypso. Captivité de sept ans chez Galypso, qui, par ordre des dieux, consent enfin à lâcher son prisonnier. Celui-ci aborde enfin à Ischia, où Alcinoos, roi des Phéaciens, le reçoit magnifiquement, par une inspiration divine, et — généreuse exception aux habitudes du pays — consent à rapatrier l'exilé, non sans lui avoir fait prendre un narcotique pour qiCilne puisse pas se rendre compte de laroute suivie. Ulysse est laissé endormi à Ithaque, tout seul, avec ses bagages. Les Phéaciens ont fait le grand effort de ne pas le massacrer et de ne pas le retenir captif. C'est une magnanimité incroyable, signalée à l'admiration de la postérité. Au fond, l'Odyssée a pour but la glorification de ce peuple, objet d'hyperboliques louanges durant plusieurs chants, et l'on soupçonne que l'auteur du poème a trouvé dans cette cité merveilleuse, lui aussi, des amis et des protecteurs.

La question d'Homère. — Ceci nous amène à la question d'Homère. Deux opinions régnent au sujet de ce poète. Les uns, appuyés sur l'opinion traditionnelle, admettent son existence. Les autres, adoptant les hypothèses de l'érudition allemande, pensent que V Iliade et V Odyssée sont des mosaïques de petits poèmes, intelligemment choisis et rassemblés à une époque bien postérieure à leur composition. Nous n'avons pas à discuter

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