‹ L'Histoire expliquée par la science socialeChapitre 43 sur 165 · V. — LE BANDIT FRUSTE ET MILITARISTE · texte numérisé non relu

V. — LE BANDIT FRUSTE ET MILITARISTE

cience fort nette de la parenté qui les unissait à ceux-ci. Leur langue, sauf des variations dialectales, était la même que celle des autres Grecs. Leur relision ne différait en rien de celle des Hellènes, et. voisins du temple de Delphes, ils avaient pour Apollon un culte spécial.

Le montagnard dorien et la décadence achéenne. — Ce sont ces Doriens qui, après la guerre de Troie, entrent en scène. Mais cette entrée en scène est précédée d'une certaine « bousculade » de peuplades dans le grand massif montagneux du Pinde et de ses annexes. La Thessalie — qui ne s'appelait pas encore Thessalie, mais Haernonie — était, nous l'avons dit, peuplée en grande partie d'Éoliens qui avaient pris une large part à l'expédition des Argonautes, et en pe(ile partie d'Achéens, (£ui avaient joué avec Achille un rôle Ijrillant au siège de Troie. Ces expéditions avaient affaibli visiblement cette région de la Grèce, sans doute trop vidée de ses « héros ». Peut-être aussi des « héros » s'étaient-ils amollis dans les délices qui suivaient la conquête des « toisons d'or », ou des chscordes trop intenses avaient-elles éclaté, à la suite de coups heureux, pour le « partage égal » des dépouilles. Quoi qu'il en soit, une collection de bandes montagnardes, descendant du Pinde, se sentent assez fortes pour envahir le pays, asservir les habitants, expulser les réfractaires et installer, dans les cités, une aristocratie militaire assez oppressive. Ces nouveaux venus s'appellent les Thessaliens, et donnent leur nom à l'Haernonie. Celle-ci, dès lors, subit un recul visible. Elle cesse d'être un centre de civilisation et même de faire partie du <( concert » hellénique. C'est la préface et comme le premier essai du grand mouvement qui va transformer le Péloponèse.

Tandis que les Thessaliens prennent possession de la Thessalie, tandis que les Béotiens, refoulés par eux, vont s'emparer de la Béotie — où disparait l'antique civilisation mynienne et cadméenne — les Doriens se recueillent autour de l'OEta. Chez eux se sont réfugiés des « bannis », qualifiés de descendants d'Hercule. Ces bannis, chassés du Péloponèse par les Hellènes

et probablement bien plus nombreux que ne le dit la légende — car les légendes aiment à simplifier — servent de lien entre la montagne et la plaine. Ce sont eux qui transportent de celle-ci à celle-là, en même temps que leurs intrigues et leurs rancunes, certains secrets de la civilisation que le milieu montagnard tendrait à faire oublier peu à peu. Plusieurs fois déjà, les Héraclides ont tenté de « revenir », mais ils se sont heurtés à cette formidable puissance achéenne que nous avons décrite. Des Agamemnons, des Achilles, leur ont barré le passage, et ils ont dû rebrousser chemin dans leurs montagnes, attendant le jour de la revanche.

Le Péloponèse envahi et transformé. — Le jour semble enfin avoir sonné. Les grandes expéditions d'outre-mer ont épuisé en partie ce réservoir de héros. Les catastrophes et les naufrages des « retours » ont encore éclairci les rangs de ceux qui survivent. Bien des Achilles sont morts et bien des Agamemnons ont été poignardés. C'est le moment de tenter un coup. La masse dorienne s'ébranle. Mais par où passer? L'isthme de Corinthe est facile à défendre, et les Achéens y ont accumulé de forts ouvrages de défense. D'autre part, nos montagnards ne sont pas marins, et ne peuvent tenter la route de mer. Que faire donc? Les Doriens, unis à leurs congénères les Étoliens, ont alors, dit la tradition, une idée géniale. Ils se rassemblent à Naupacte, au nord du golfe de Corinthe, à l'endroit où ce golfe est le plus étroit. Là, ils improvisent une flotte de radeaux et passent l'eau sans que leurs adversaires s'en doutent. Ensuite, sous les ordres des " Héraclides » Témenos, Cresphonte et Aristodème, et de l'Étolien Oxylos, ils se répandent comme un torrent à travers le Péloponèse.

Dans le Péloponèse régnait toujours le prestige de la famille d'Agamemnon, maîtresse de Mycènes. Les « meneurs d'hommes » suivaient Tisaménès, fils d'Oreste. Des luttes terribles s'engagèrent entre les dominateurs du sol et les nouveaux venus; mais ceux-ci étaient dans la place et avaient tourné les positions de l'ennemi, qu'affaiblissait d'ailleurs la décadence men-

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