‹ L'Histoire expliquée par la science socialeChapitre 44 sur 165 · V. — LE BANDIT FRUSTE ET MILITARISTE · texte numérisé non relu

V. — LE BANDIT FRUSTE ET MILITARISTE

iionnée plus haut. Une hypothèse curieuse, mais non vérifiée, présente les Doriens comme arrivant avec des armes de fer et triomphant ainsi des Achéens moins bien outillés, qui en étaient restés à Fàge du bronze. Une autre hypothèse est que les « trois Héraclides » représentent au moins trois invasions successives, et que l'arrivée des Doriens dut se faire par petits paquets. Quoi qu'il en soit, un incontestable refoulement se produit, mais il faut s'entendre. Ceux qui évacuèrent le Péloponèse n'étaient pas « le peuple », ces cultivateurs pélasges toujours attachés au sol de leurs petites vallées. C'étaient les maîtres, les guerriers, les « nobles », tous ces petits anax dont nous avons décrit le type. Beaucoup s'enfuirent par mer, et nous les retrouverons en parlant du mouvement colonial,' D'autres — c'étaient des Achéens — se trouvèrent projetés, par le remous de l'invasion, sur les Ioniens qui habitaient au nord du Péloponèse, le long- du golfe de Corinthe, et se consolèrent d'être chassés par les Doriens en chassant ces Ioniens, dont le territoire reçut de ces nouveaux maîtres le nom d'Achaïe. Les Ioniens, à leur tour, s'enfuirent en Altique, mêlées à des Éoliens de l'Elide, et notamment à des « princes » de la famille de Nestor, les Néléides. Nous retrouverons, en parlant de l'Attique et de l'Ionie, les conséquences de cette « émigration » d'aristocrates. Celte émigration, sur le moment, eut pour résultat de condenser à haute pression, pour ainsi dire, dans celte petite péninsule de l'Attique, les forces de résistance de la race ionienne, et cette résistance se traduisit par la fameuse bataille où les Athéniens, dit-on, brisèrent définitivement l'élan de l'invasion dorienne, grâce au dévouement de Codrus, leur dernier roi.

Mais, dans le Péloponèse, le triomple des Doriens était à peu près complet, et il en résultait, pour la culture intellectuelle de ce pays, un brusque mouvement de dépression, analogue à celui qui venait de se produire en Thessalie. C'était l'engloutissement de la civilisation mycénienne. Il faut croire que, vers la même époque, certaines « routes » commerciales perdent quelque chose de leur importance. Sans doute le bandit dorien, au premier moment tout au moins, a la main trop lourde et les

vues trop courtes. Il tue la poule aux œufs d'or et décourage le trafic. Mycènes tombe dans l'abandon, Argos devient une cité de deuxième ordre. Téménos, l'un des trois « Héraclides », s'y installe après la conquête, et ses descendants établissent leur domination sur Trézène, Épidaure, Égine, Phlionte. Cresphonte occupe la Messénie, à l'extrémité opposée de la presqu'ile. Deux Héraclides obscurs étendront plus tard leur pouvoir sur deux cités maritimes importantes, Corinthe et Sicyone. Oxylos, le chef des montagnards étoliens, allié des Doriens, remplace les descendants de Nestor dans FÉlide. Les Arcadiens, toujours peu accessibles au centre de la péninsule, moins touches par cette invasion, comme par les précédentes, se trouvent seulement soumis à une sorte de protectorat par les Doriens qui les entourent. Mais c'est surtout dans la région sud-est que va se développer, avec une pureté absolue et une intensité toute particulière, le type social amené par l'envahisseur. Cette région, c'est la Laconie. Si brillante avec iMénélas et ses Achéens, elle va, sans doute après une éclipse, prendre un éclat aussi vif, mais d'une nature fort différente. La Sparte ancienne a disparu, et une Sparte tout à fait nouvelle va se lever à l'horizon.

:::^ Les Doriens campés en Laconie : la Sparte nouvelle. — Les Doriens qui étaient allés jusqu'à Sparte étaient ceux qui avaient fait le plus de chemin et qui, une fois sur le théâtre de leur conquête, se sentaient le plus isolés. Cet isolement était dangereux, car les Achéens, malgré leur décadence, n'étaient pas des adversaires méprisables, et la population paysanne, assez nombreuse, était difficile à dominer, étant donné surtout le petit nombre des vainqueurs. Tout oblige à admettre que la situation de ces vainqueurs dans la vallée de l'Eurotas était pleine de périls. Évidemment, bien des bandits achéens avaient dû continuer à c tenir la montagne » autour de cette vallée, et à harceler puissamment les envahisseurs. D'autre part, les Doriens étaient trop loin de leur pays d'origine et la manière même dont ils étaient venus, sur cette flotte de radeaux, était

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