‹ L'Histoire expliquée par la science socialeChapitre 51 sur 165 · V. — LE BANDIT t^RUSTE ET MILITARISTE · texte numérisé non relu

V. — LE BANDIT t^RUSTE ET MILITARISTE

zias et des vendettas. Des guerres éclatèrent donc, mais elles furent terribles, car, des deux côtés, les guerriers étaient extrêmement braves et les collines escarpées se prêtaient à la prolongation de la lutte. Qu'on se figure, dans un chaos de gorges abruptes, dans des sentiers de chèvres surplombant des précipices, des bandes de Léonidas se heurtant à d'autres bandes de Léonidas, et consacrant, à se pourfendre obscurément, des trésors de force, d'agilité, de courage, qui eussent suffi à mettre en déroute des armées de Perses ; voilà comment on peut se représenter ces redoutables guerres de Messénie qui mirent Sparte en péril. On raconte qu'un Messénien, nommé Polycharès, avait eu ses troupeaux enlevés et son fils tué par un Spartiate. Ayant vainement demandé justice, il se posta sur la frontière — le Taygète — et se mit à tuer tous les Lacédémoniens qui passaient par là. Voilà bien les mœurs de nos Albanais, telles que nous les connaissons encore. Ce Polycharès, depuis des siècles, peut s'appeler légion. Tel fut, d'une façon extrêmement vraisemblable, le commencement de la première guerre de Messénie. LesDoriens de Laconie fondirent sur leurs voisins, et firent du dégât sur leurs terres. Surpris par Tattaque, lesDoriens de Messénie se rallièrent, et livrèrent plusieurs combats indécis. Mais les Spartiates, ayant pris le dessus, obligèrent les Messéniens à se retirer sur le mont Ithôme, qui arrêta les efforts des Lacédémoniens pendant de longues années. Cette montagne, forteresse fournie par la nature, et munie sans doute de retranchements plus ou moins grossiers, tenait en respect les guerriers de Sparte comme des asiles analogues, dans la montagne albanaise, tiennent en respect des bandes d'agresseurs qui, prudents malgré leur courage, se contentent de bloquer l'obstacle avec persistance au lieu de l'escalader. Finalement, un nommé Aristodème, ayant immolé sa fille aux dieux, dit la légende, et conquis par là un grand prestige, fit une « descente » heureuse sur les Spartiates, les tailla en pièces et les força à retourner dans leur pays.

Alors — nouveau trait de mœurs — les Spartiates ont recours à un stratagème, qu'ils avaient le droit de supposer bon. Ils font semblant de bannir cent des leurs, qui se réfugient chez les

Messéniens, pour gagner la confiance de ceux-ci et s'introduire dans la place. Mais ce n'est pas pour rien que les Messéniens sont cousins germains des Spartiates. La ruse est éventée, et Sparte enregistre un nouvel échec. Toutefois, Aristodème étant mort et les razzias lacédémoniennes ayant continué, les Messéniens, pris par la famine, consentent à traiter avec Sparte et à payer tribut. Ceci se passe au viii" siècle.

Cette soumission dura quelque temps, mais deux générations après, au vii^ siècle, les Messéniens se révoltèrent, sous la conduite d'un nouveau chef, nommé Aristomène, qui vainquit les Spartiates à Stényclare. C'est alors que les Lacédémoniens tirent venir Tyrtée. La guerre suivit une évolution assez analogue à la première, et les Messéniens, renouvelant leur système de défense, allèrent se retrancher sur le mont Ira, où les Spartiates les assiégèrent pendant onze ans. On conroit la nature de ces sortes de « sièges o, qui consistent à guetter l'ennemi avec une assiduité plus ou moins grande, non pas au coin d'un bois, mais au bas d'un rocher dont on surveille les abords.

Après diverses péripéties et plusieurs sanglantes « descentes » d' Aristomène, qui surprenait de temps en temps le personnel du blocus et changeait l'offensive en défensive, les Spartiates, sous la conduite d'un transfuge et à la faveur d'un orage, se décidèrent à escalader la formidable colline autour de laquelle ils montaient la garde. Après une rude et dernière lutte, ils enlevèrent la position. Un certain nondjre de Messéniens furent réduits à l'état d'ilotes. D'autres se bannirent, selon la formule connue, en d'autres cités. D'autres s'embarquèrent pour l'Italie du Sud, où ils fondèrent Rhégium, et de Rhégium sortirent plus tard d'autres émigrants c[ui, s'étant emparés de Zancle en Sicile, lui donnèrent le nom de Messène, reconnaissable aujourd'hui sous celui de Messine.

L'intensité de l'art militaire Spartiate. — Cet art était très intense, et jamais peut-être la force physique du soldat, ainsi que la tactique élémentaire des petits champs de bataille, n'ont été poussés plus loin. Nulle formation, peut-être, n'a si bien

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