‹ L'Histoire expliquée par la science socialeChapitre 66 sur 165 · VI. — LES REFOULÉS ET LEl KS MIGKATIONS · texte numérisé non relu

VI. — LES REFOULÉS ET LEl KS MIGKATIONS

astres se nourrissent de vapeurs. La terre, dit-il, a passé de Fétat liquide àTétat solide, et repassera à l'état liquide. Et Mélissus de Samos a des idées analogues. Le plus illustre enfant de la même Samos, Pythagore, ne s'absorbe pas dans les mathématiques en pur mathématicien. Cet ami des chiffres, qui avait voyagé eu Orient, et fréquenté les géomètres égyptiens, se préoccupe beaucoup aussi du chaud, du froid, du sec, de l'humide, des saisons, des couches dair, du feu central, delà rotation de la terre, et autres phénomènes des plus concrets.

C'est à Abdère, colonie ionienne sur les côtes de Thrace, que naquit la théorie des atomes crochus, si célèbre pour avoir été reprise plus tard par Épicure et chantée par Lucrèce. Les philosophes abdéritains, Leucippe, Démocrite, sont hypnotisés, eux aussi, par l'idée de l'origine du monde, et, comme nul n'a l'idée de la création, chacun cherche Vcléjnent d'où ont pu sortir les choses, ainsi que la manière dont elles en sont sorties. Et cette théorie n'est pas modifiée à. fond par Anaxagore de Clazoniène qui, tout en admettant une « intelligence » organisatrice, conserve des atomes nommés « homœméries », ayant d'avance les qualités des corps qu'ils doivent servir à former.

Pour préciser l'orientation de la philosophie ionienne, on peut dire que l'esprit qui l'inspire se résume en deux mots : l'idée de génération {phf/sis ,, et l'idée à' ordre {cosmos j. Le monde est quelque chose qui a poussé, et c'est aussi quelque chose de bien arrangé. Car ces chercheurs et ces raisonneurs sont aussi des artistes. La question des éléments se pose dans leur esprit devant le spectacle des choses, qu'ils ont le temps de contempler, mais ils éprouvent le besoin d'y apporter des solutions élégantes, harmonieuses, car le sens du beau s'est développé chez eux par l'éducation. Chose remarquable, l'idée d'un Dieu arrangeur est absente jusqu'à Socrate, et néanmoins tous les efforts des philosophes tendent à établir dévastes symétries, des correspondances systématiques entre les différentes parties et les différentes forces de l'univers. Il faut que les systèmes tiennent debout comme de beaux temples ou de beaux vases. La vérité pourra se plaindre, mais les veux artistes seront contents.

L'art ionien, reflet des élégances de la race. —Artiste, l'Ionien l'est dans toutes les branches. Les mêmes causes qui ont affmé son sens esthétique en matière de poésie et de philosophie l'affinent aussi en matière de musique et d'architecture. En musique, sans doute, l'Ionie n'attache son nom à aucun système nouveau. Mais elle s'approprie deux « modes » asiatiques, nés dans l'arrière-pays, et les adapte aux chants de ses poètes. La Phrygie, la Lydie donnent leurs noms à ces deux modes, ou « genres » mélodiques. A propos de la flûte, nous avons déjà parlé des aptitudes musicales de la Phrygie, oùMarsyas défiait Apollon. Depuis lors, Apollon et les siens sont venus, par le jeu des émigrations et des superpositions, perfectionner le talent des disciples de Marsyas. Quant à la Lydie, elle avait fini par subir d'une façon très notable l'influence intellectuelle et morale des Grecs. Le mode lydien était doux et voluptueux, spécialement adapté, nous dit Platon, aux joies du festin. Le mode phrygien était ardent et passionné.

En revanche, l'Ionie a attaché son nom à un style spécial d'architecture. La colonne ionique est plus légère, plus élancée que la colonne dorique. Au lieu de poser directement sur le sol, elle a un pied et une base. Les cannelures du fût sont plus nombreuses et adoucies aux angles. Le chapiteau, beaucoup plus orné que le chapiteau dorique, comprend un gorgerin, ou sorte de col, décoré d'une petite frise sculptée, une échine couverte d'ornements appelés oves, et enfin les volutes, qui caractérisent à première vue l'ordre ionique. Ces volutes supportent encore une placiue carrée et sculptée. Comme l'ordre dorique par sa sévérité, l'ordre ionique, par son élégance, reflète admirablement le génie de la race qui l'a créé.

Les plus beaux spécimens de l'architecture ionique étaient le temple d'Apollon Didyméen à Milet et le temple de Diane à Éphèse (ce dernier catalogué parmi les « sept merveilles du monde »). Le temple d'Apollon à Milet fut reconstruit, à une époque assez tardive, par les architectes Pœonios et Daphnis, sur les ruines d'un temple archaïque du même dieu, comme la ville avait été fondée à nouveau sur l'emplacement d'un vieux

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